Un raisonnement trompeur

«Bandes criminelles ou crime organisé, avec ou sans registre, aucun ne serait assez stupide pour s’approvisionner chez un armurier ! Restent alors les chasseurs, les collectionneurs ou le fermier du coin et son .12 accroché au-dessus du foyer», écrit l'auteur.
Photo: Patrick Kovarik Agence France-Presse «Bandes criminelles ou crime organisé, avec ou sans registre, aucun ne serait assez stupide pour s’approvisionner chez un armurier ! Restent alors les chasseurs, les collectionneurs ou le fermier du coin et son .12 accroché au-dessus du foyer», écrit l'auteur.

Au regard de toutes ces fusillades qui, hélas, ne font que se répéter en détournant notre attention des quelques centaines de milliers de morts liées aux conflits par nations interposées ou de la faim qui enterre plus de 18 000 enfants par jour, hypocrisie oblige, rien n’empêchera le quidam de se mettre à table ce soir en regardant les mêmes bulletins de nouvelles ou de se louer la dernière version de Saw, un sac de pop-corn à la main.

Que cela soit dans une école, dans un centre commercial ou du haut d’une tour, que se cache-t-il vraiment derrière cet objet à la fois diabolisé et à la fois devenu un incontournable du monde cinématographique, où la fiction finit par faire la une de tous nos médias ? Comment un tel objet peut-il exercer autant de fascination ?

Comme dans bien des domaines, que l’on soit pour ou contre… le mieux, évidemment, serait de ne rien posséder du tout, mais en suivant cette logique on ne peut plus simpliste, retirons l’automobile de nos routes et, pendant qu’on y est, bannissons l’alcool et le tabac, lesquels tuent infiniment plus que toutes les armes à feu réunies dans le monde !

Et puis est-ce l’outil qui fait le « monstre » ou est-ce la personne qui choisit tel objet plutôt qu’un autre ? Voyons cela d’un peu plus près.

Manque de connaissances

Au Canada, plus de 7 millions d’armes à feu sont entre les mains de près de 2,3 millions de propriétaires, dont près de deux millions possédant un permis. Ouvrons ici une toute petite parenthèse derrière ce fameux registre des armes à feu d’inspiration libérale au sens philosophique et politique du terme. Bien que les armes soient enregistrées depuis 1934 au Canada, c’est durant la Seconde Guerre mondiale, et plus exactement en 1943 et non en 1995, que fut créé le registre des armes à feu, lequel interdisait et interdit toujours la possession de toute arme de poing ou automatique (par rafales). Ce pseudo-contrôle, qui n’a d’autre poids qu’un simple écran de fumée à des fins purement électoralistes, bandes criminelles ou crime organisé, avec ou sans registre, aucun ne serait assez stupide pour s’approvisionner chez un armurier ! Restent alors les chasseurs, les collectionneurs ou le fermier du coin et son .12 accroché au-dessus du foyer.

À l’instar de bien des domaines, la plupart de ceux qui brandissent de tels discours d’épouvante et pour le moins récurrents sur les armes à feu n’ont généralement pas la moindre connaissance sur la question. Et dans ce qui ressemble à un relent du cerveau reptilien, beaucoup croient aussi que ceux qui en possèdent au moins une sont dénués de jugement. Or, au regard des faits, moins d’un propriétaire d’arme à feu ayant un permis sur 100 000 autres est accusé de meurtre durant une année donnée, et ce, depuis près d’un demi-siècle. Autrement dit, les Canadiens qui ne possèdent pas d’armes à feu sont beaucoup plus enclins à commettre un homicide que ceux qui en ont une.

Derrière l’abattage médiatisé, le Canada enregistre annuellement une moyenne de 580 homicides depuis les 20 dernières années. De 1961 à 2016, sur un total de 30 510 homicides, moins du tiers était attribuable aux armes à feu. Les victimes sont la plupart du temps tuées avec un objet coupant, contondant ou à mains nues. Chiffres que l’on préfère ignorer en croyant enfin avoir trouvé les coupables et contre lesquels le registre s’avère LA solution.

Aux États-Unis, plus de 283 millions d’armes à feu circulent librement : 9 citoyens sur 10 en possèdent au moins une. Au regard des données statistiques, la moyenne étasunienne s’élève à 16 000 homicides tous moyens confondus, dont un peu plus de la moitié par armes à feu. En fonction de cette naïveté disant que « armes à feu = tueries », alors que l’histoire de l’humanité est bâtie sur l’anéantissement de populations entières bien avant l’invention des premières armes à feu, avec de tels chiffres, le nombre de fusillades devrait en toute logique grimper à quelques centaines de milliers de morts par an ! Une fusillade comme celle qui vient encore une fois de secouer les esprits, au nombre d’armes à feu en circulation d’est en ouest, il devrait y en avoir au moins une dizaine par jour !

Raisonnement réducteur

La logique « armes à feu = violence » relève d’un raisonnement extrêmement réducteur, un peu comme si c’était l’arme qui fabriquait le meurtrier alors qu’elle n’est qu’un objet au même titre qu’un marteau, une batte de baseball ou un simple couteau. De plus, aucune étude dans le monde n’a pu à ce jour démontrer en toute impartialité que les lois entourant le contrôle des armes à feu permettaient de réduire le nombre de crimes violents ni même de suicides.

Que l’individu s’interroge plutôt sur la véritable nature qui l’habite depuis la nuit des temps. Cela semble en effet extrêmement difficile à concevoir et combien terrible à entendre, alors on préfère, et de loin, évoquer telle ou telle autre pathologie. Criminologues et psychologues ont développé un véritable savoir-faire dans ce type de discours, car il est beaucoup plus facile de dire que l’individu a agi par haine (généralement la mère toujours fautive…) que de s’entendre dire qu’il a agi par plaisir. Il est totalement inconcevable de penser que l’homme de la rue puisse tuer ou faire mal par pure satisfaction ! Même rhétorique pour les armes à feu, le coupable, c’est bien elle, alors abolissons-les toutes et nous aurons enfin retrouvé la sainte paix.

Or, qui sont tous ces hommes aux valeurs souvent pro-sociales, tous ces bons pères de famille et qui, en temps de guerre, tuent, violent, pillent un peu partout dans le monde et ailleurs demain ? Des malades mentaux ? Des dépravés ? Des pervers lubriques assoiffés de sang ? Laissons cela aux romans policiers. La réalité est tout autre : de simples et petits hommes tout ce qu’il y a de plus banal peuplant nos prisons. Oui, la nature est étrange lorsqu’il s’agit de trouver un coupable et de le pendre sur la place publique.

7 commentaires
  • Marc Davignon - Abonné 5 février 2018 08 h 46

    Et?

    Tout cela pour ? Pourquoi ce long discours sur la nature reptilienne de l'humain? Pour être contre un registre des armes à feu? Vous faite intervenir l'ignare qui se vautre dans les abysses de l'ignorance et pour faire quoi? Faire valoir votre grande connaissance ... de l'être humain?

    En effet, votre raisonnement est sophistique.

  • André Goyette - Abonné 5 février 2018 11 h 26

    Raisonnement "tronqué" !

    Les armes ne tuent pas, ce sont ceux qui les utilisent qui tuent. Pas besoin d'avoir un bac en criminologie pour savoir ça !
    L'accès facile aux armes dangereuses, c'est ça qui tue. C'est ça le contrôle des armes à feu, qui devrait s'appeler "le contrôle de l'accès aux armes à feu". Avec une batte ou un couteau, on ne peut tuer 20 personnes en 2 minutes et même là on ne laisse pas ces choses dans les mains d'enfants ou de personnes irresponsables.
    Avec le raisonnement de M. Bensimon on n'aurait pas besoin de traité sur les armes nucléaires qui interdit leur fabrication ? Beau raisonnement de criminologie !
    Par contre, le contrôle des armes n'empèche pas, en plus, le contrôle (ou l'essaie de contrôle) de la folie humaine.
    C'es un peu court comme raisonnement de criminologue.

  • Yves Mercure - Abonné 5 février 2018 11 h 41

    Expert cromologue!

    Au Canada, le tiers des meurtres, seulement, par armes à feu... Aux USA, autour de 50%. On pourrait supposer que plus d'armes à feu ajoute des morts, toute proportion gardée. Non, il ne le fait as.
    Le reptile qui dort en chacun semble bien éveillé chez cet expert qui supporte le droit au gun : les circonstances du "réel" font de chacun un assassin potentiel, ce qui est bien démontré dans les drives totalitaires, c'est admis; mais il faudrait faire abstraction des bon porteurs d'arme, chasseurs ou autres sportifs. Simplisme et réductionnisme sont bien présents dans le raisonnement : il s'agit bien d'un reptile qui dort peu pendant l'affût de ceux qui tien mènent à garder le pouvoir de donner la mort. Un peu de reptile aussi dans ces arguments massus voulant que "l'autre argument" est pauvre et ignare. Une mise à jour en criminologie serait peut-être appropriée? Les gens ordinaires peuplant les prisons ne sont pas si ordinaire qu'il a observé : victimes avant que d'être bandit ou dépendants, ils voguent au-delà des moyennes population elles quant à leur problèmes reptilien. L'auteur ne peut pas le savoir. Il applique sa compassion dans un argumentaire biaisé , ce qui n'aide pas les victimes devenus bourreau!

  • Nadia Alexan - Abonnée 5 février 2018 11 h 42

    On ne doit jamais céder au chantage de l'industrie d'armes et de leurs alliés

    L'auteur à tort. Toutes sociétés civilisées partout dans le monde ont interdit la possession des armes à feu. Et c'est très bien comme ça. Seuls les États-Unis se distinguent par la barbarie de cette politique libertarienne, avec les effets sauvages que l'on connait. On ne doit jamais céder au chantage de l'industrie d'armes et de leurs alliés.

  • Jonathan Pigeon - Inscrit 5 février 2018 15 h 38

    Opinions

    M. Bensimon, il faut du courage pour écrire ces lignes. Que ce soit à l'aide de la méthodologie qualitative ou quantitative, les enseignements en criminologie suggèrent de se baser sur des faits avant de tirer des conclusions. Or, je trouve que plusieurs de vos affirmations sont subjectives et aléatoires. Mes études en criminologie m'ont permis de comprendre les notions différemment, mais bon. Être en accord ou non avec votre texte a peu d'importance à mes yeux. Je souhaite seulement clarifier les faits. Comme vous l'avez indiqué, c'est en 1943 qu'a fait l'apparition du premier registre d'armes à feu fédéral. En revanche, ni l'ancien registre en vertu de l'ancienne Partie III du Code criminel ni le registre actuel en vertu de la Loi sur les armes à feu n'a jamais "interdit la possession de toute arme de poing ou automatique". Pour ce faire, je vous suggère fortement de lire l'article 12 de la Loi sur les armes à feu et vous réaliserez à quel point vous êtes dans l'erreur. L'énoncé suivante est maintenant désuette: "Ce pseudo-contrôle, qui n’a d’autre poids qu’un simple écran de fumée à des fins purement électoralistes, bandes criminelles ou crime organisé, avec ou sans registre, aucun ne serait assez stupide pour s’approvisionner chez un armurier ! Restent alors les chasseurs, les collectionneurs ou le fermier du coin et son .12 accroché au-dessus du foyer". Je suis désolé de vous décevoir, mais encore ici ce sont des opinions et non des faits. Je vous suggère d'aller sur Google et tapper: "Straw Purchaser", et vous réaliserez que vous faites erreur. Si vous en doutez, je vous suggère fortement de contacter un policier ou d'appeler le Programme canadien des armes à feu. Pour le reste, mon but n'est pas de vous blesser, mais de vous faire réaliser qu'en utilisant le titre de criminologue, l'on s'attend à ce que vos données soient exactes, peu importe que l'on soit d'accord avec vos opinions. Bien à vous M. Bensimon.