Pénurie de suppléants et lourdeur de la tâche

Dans les conditions actuelles, les professeurs s’épuisent de plus en plus tôt au cours de l’année scolaire et certains d’entre eux doivent s’absenter plus souvent. Le nombre de suppléants qualifiés n’est donc plus suffisant pour répondre aux besoins, souligne l'auteur. 
Photo: iStock Dans les conditions actuelles, les professeurs s’épuisent de plus en plus tôt au cours de l’année scolaire et certains d’entre eux doivent s’absenter plus souvent. Le nombre de suppléants qualifiés n’est donc plus suffisant pour répondre aux besoins, souligne l'auteur. 

Après avoir enseigné pendant vingt-six ans au secondaire dans deux écoles publiques de la Commission scolaire de la Rivière-du-Nord (CSRDN), j’ai pris ma retraite le 30 juin 2014 à l’âge de 55 ans, soit cinq ans plus tôt que prévu. Ce n’est pas à cause des élèves que j’ai devancé ma retraite, mais la lourdeur de la tâche était telle que je n’arrivais plus à maintenir les standards de qualité que je m’étais toujours fixés comme enseignant. J’étais tout simplement épuisé. Malgré tout, je continue d’enseigner à titre de suppléant à la CSRDN, car je m’ennuie encore des jeunes.

 

Je peux témoigner de la pénurie de suppléants dans les écoles. Je croise régulièrement des personnes suppléantes très bien scolarisées, mais n’ayant pas de formation en éducation. La répartitrice doit elle-même faire une ou plusieurs périodes de suppléance dans une journée, car il y a un manque de personnel. La situation est déplorable, mais elle n’est pas surprenante. En effet, le personnel enseignant est de plus en plus épuisé dans l’accomplissement de son travail, et ce, pour plusieurs raisons.

 

Depuis au moins une quinzaine d’années, la tâche des professeurs ne cesse d’augmenter. L’intégration massive d’élèves ayant des difficultés très diversifiées a fait en sorte que le nombre de plans d’interventions adaptées (PIA) a explosé à tous les niveaux d’enseignement. À ma dernière année d’enseignement, un élève sur trois avait un PIA en première secondaire. Dans deux classes de troisième année d’une école primaire, 24 élèves sur 48 en avaient un.

 

Expulser des élèves

 

Il m’est arrivé d’expulser certains élèves (au primaire et au secondaire), car ceux-ci empêchaient le bon déroulement du cours. Malheureusement, l’expulsion d’un élève est mal vue par certaines directions d’école. Il peut même arriver que le professeur (pas seulement en suppléance) soit blâmé, car on lui reproche sa mauvaise gestion de classe. Or, pour l’avoir vécu en 3e secondaire, les élèves d’un groupe de mathématiques m’ont remercié après l’expulsion d’un jeune. Selon les élèves, ce camarade de classe dérangeait souvent le groupe dans plusieurs matières. Je n’ai pas hésité à l’envoyer dans un local (La Ressource) afin qu’il effectue un travail que je lui avais donné. Mon expérience m’a aidé à gérer la situation. Malheureusement, ce ne sont pas toutes les personnes suppléantes qui osent expulser un élève. Tout d’abord, à son arrivée à l’école, le suppléant reçoit les clés d’un local et doit s’y diriger rapidement. On ne l’informe pas toujours de la procédure à suivre lorsqu’un élève perturbe le groupe. Malheureusement, le manque de soutien fait en sorte que le climat de la classe devient non propice aux apprentissages.

 

Par ailleurs, les enseignantes et les enseignants ont perdu leur autonomie professionnelle. Pourtant, ces professeurs doivent suivre une formation universitaire de quatre années. Ce n’est pas rien ! Or, ils sont soumis très souvent à des réformes éducatives, à des pratiques pédagogiques douteuses imposées par le ministère, des omissions scolaires, certaines directions scolaires ou encore des conseillers pédagogiques peu expérimentés.

 

Nous formons des professionnels et nous les engageons. Il reste à les traiter comme des professionnels. Dans ces conditions, les professeurs s’épuisent de plus en plus tôt au cours de l’année scolaire et certains d’entre eux doivent s’absenter plus souvent. Conséquemment, le nombre de suppléants qualifiés n’est plus suffisant pour répondre aux besoins.

 

Ainsi, afin d’aider les élèves à réussir, les conditions d’apprentissage et d’enseignement (l’un ne va pas sans l’autre) doivent être revues et bonifiées. Il faut en finir avec les remises en question systématiques de l’autorité des professeurs devant les élèves perturbateurs qui nuisent aux bonnes conditions d’apprentissage et d’enseignement. Les élèves et leurs professeurs (ainsi que les suppléants) ont le droit de travailler dans un climat serein et propice aux apprentissages. Assurons-nous que les élèves et les professeurs se sentent à l’aise dans l’accomplissement de leurs tâches respectives : apprendre et enseigner.

3 commentaires
  • Marguerite Paradis - Abonnée 2 février 2018 05 h 46

    LES GRANDS GROUPES

    Pourquoi les professeurEs ont accepté les « suggestions » de leurs syndicat et signer des conventions collectives qui contribuent à la déterioration de leurs conditions d'enseignement et, ricochet, les conditions d'apprentissage des étudiantEs?
    Les retraitéEs de l'éducation devraient aussi se poser quelques questions sur ce qu'ils ont contribué à créer.
    M.P.

    • Jean-François Laferté - Abonné 2 février 2018 15 h 49

      Madame,
      C’est mal connaître les demandes syndicales...Maintenant retraité,je peux vous dire que les groupes ont diminué depuis les dernières années.De plus,les conditions de 1983 lors de mon arrivée jusqu’à mon départ en 2015 ont grandement changé.Ce qui n’a pas changé c’est la vue à court terme des « ménisses »de l’éducation tous partis confondus sur le vécu quotidien des jeunes et des profs.L’éducation n’a été,n’est et ne sera une priorité gouvernementale:cela ne rapporte pas politiquement car nous travaillons sur le long terme..Oui,les syndicats ont parfois des torts msis dans le cas de l’éducation ils ont fait des progrès énormes et pour l’élève et pour les profs.Demandons maintenant aux parents et à la société de valoriser cette profession et de respecter l’autorité du prof qui instruit et socialise et laisse l’éducation aux chers parents de leurs chérubins.
      Jean-François Laferté
      Terrebonne

  • Hélène Boily - Abonnée 2 février 2018 09 h 15

    Climat en classe

    Vous avez tellement raison. J'ai vécu la même chose que vous il y a deux ans. Vous avez cité un exemple au primaire. En effet, un grand nombre d'élèves ont des "besoins particuliers" que l'enseignant.e seule n'arrive pas à gérer. Les TES occupés, la direction souvent malhabile, pas de lieu pour envoyer l'élève se calmer. Lorsqu'un enfant est aperçu dans le couloir, on rappelle à l'enseignante que l'enfant n'y est pas en sécurité. Message eu subtil: sécurisez les enfants sous votre regard entre 4 murs et si vous ne leur enseignez rien, ce n'est pas grave.