Réaffirmer la mission de l’école, valoriser le travail des enseignants

La difficulté de la tâche d’enseignant, et la fatigue qui en découle, en amène plusieurs à prendre congé de l’école, à se tourner vers le privé ou tout simplement à partir, déplorent les auteurs. 
Photo: iStock La difficulté de la tâche d’enseignant, et la fatigue qui en découle, en amène plusieurs à prendre congé de l’école, à se tourner vers le privé ou tout simplement à partir, déplorent les auteurs. 

Ces derniers jours, Le Devoir a consacré deux éditoriaux et quelques articles à l’éducation obligatoire ; nous ne pouvons que nous en réjouir. Quatre problèmes ont retenu l’attention : 1) la nécessité de trouver des personnes qualifiées pour remplacer le personnel enseignant malade ou en congé ; 2) la pénurie de suppléantes et suppléants à la journée pour effectuer les remplacements ; 3) le difficile travail des enseignantes et enseignants au quotidien ; 4) l’annulation des formations faute de suppléants. Nous, signataires de ce texte, avons enseigné à l’école publique, soit durant les années 1967-1980, soit durant les années 1990, soit nous y enseignons encore. Nous souhaitons proposer quelques explications à ces quatre problèmes et des solutions à long terme qui tiennent compte de la mission de l’école.

Qui connaît la réalité de l’enseignement au primaire et au secondaire sait que ce travail est de plus en plus épuisant, souvent désespérant, et de moins en moins conforme à l’idéal de l’enseignante ou enseignant qui arrive frais et dispos dans une classe et en ressort avec le sentiment du devoir accompli. Ainsi, fatigue, maladie, exil vers les écoles du réseau privé ou décrochage amènent plusieurs à prendre congé de l’école pour un temps ou définitivement, d’où la nécessité de les remplacer. Ce phénomène qui date de plusieurs années, faut-il le rappeler, n’est qu’un épiphénomène, mais il a pris une telle ampleur qu’il occupe l’actualité. Il faut bon nombre de personnes qualifiées pour effectuer ces remplacements, mais il y a pénurie. Le miniboom démographique (qui a dû être prévu par les démographes du Ministère), l’arrivée d’immigrants, somme toute minime, et la baisse progressive des ratios maître-élèves sont cependant loin d’expliquer l’ampleur de ce phénomène.

Les quatre problèmes évoqués s’expliquent bien davantage par les compressions nettes d’un milliard de dollars faites par le gouvernement libéral au cours de la dernière décennie ; la lente destruction d’un système scolaire unique avec la création d’écoles et de parcours séparés ; l’attrait de plus en plus faible des facultés d’éducation pour qui connaît un tant soit peu le travail et la rémunération inadéquate du corps enseignant, et enfin par les très difficiles conditions du travail d’enseignant, auxquelles il faut ajouter un certain mépris de la population pour qui y oeuvre. Dans les années 1965-1980, enseigner était considéré au Québec comme un noble métier et nous étions respectés. En 1982, le gouvernement du PQ a adopté une loi spéciale qui, entre autres, réduisait les salaires des enseignants et montrait ainsi le peu de respect qu’il avait pour eux, si bien que, peu à peu, on a vu ou entendu dans les médias des propos de plus en plus offensants : « Des gens qui se plaignent pour rien, qui ne travaillent pas fort et qui ont deux mois de vacances… ».

Un bien fondamental

Or, quelles sont les mesures prises par le ministre et les derniers gouvernements du PLQ relayées par les médias ? Comme d’habitude, des solutions à la pièce et à court terme, sans que nous puissions avoir la preuve qu’elles seront en vigueur : embauche de 2000 enseignants et professionnels l’an prochain (sans préciser si ce seront des postes permanents ou non et si on trouvera des personnes pour les occuper) ; signature de milliers d’autorisations d’enseigner et de tolérances d’enseignement ; injections de nouveaux millions ; incitations des universités pour qu’elles diplôment plus d’étudiants, etc. Mais tout cela ne peut tenir lieu de vision de l’éducation, dont la mission, on doit le rappeler, est d’instruire, c’est-à-dire d’élever la conscience des jeunes par la connaissance et ainsi leur permettre d’avoir une réflexion critique sur le sort du monde.

Ce qu’il faut avoir le courage de faire, de toute urgence, c’est valoriser l’institution scolaire publique, dont la mission est en péril. Pour cela, il faut améliorer les conditions d’exercice du métier, ce qui implique des ratios maître-élèves moins élevés, une plus grande autonomie professionnelle, une meilleure formation initiale jointe à une plus grande sélection des inscrits et la possibilité d’activités de formation continue pertinentes pour le corps enseignant, une meilleure rémunération, ainsi que l’établissement d’équipes-écoles comme lieux d’entraide et de solidarité. Aux politiciens et administrateurs comptables, nous disons : l’éducation n’est pas une marchandise dont il faut calculer les coûts de production ; c’est un droit fondamental, et sa finalité est de former des êtres capables de contribuer à une société plus juste. Il en va de l’avenir.

17 commentaires
  • Jacques Lamarche - Abonné 29 janvier 2018 05 h 41

    Le privé draine la qualité!

    Un vaste chantier! Tant de facteurs ont joué sur les nombreux et graves problèmes évoqués! Pas facile de s'y retrouver d'autant que l'école est en crise dans bien des sociétés! L'autorité, le socle sur lequel elle était fondée, est partout si malmenée!

    Mais il me faut déplorer le peu d'espace que vous consacrez à l'école privée! Elle attire les meneurs, se garde les leaders, prennent ceux qui peuvent, dans la clase, tout changer! Elle me paraît une des principales causes du climat qui n'a cessé de se dégrader et votre discours oublie de la condamner.

    D'abord, l'image de l'école publique doit être restaurée et l'école privée devenir celle de parents qui, comme au Canada ou aux USA, paient les frais en totalité. Cela, en priorité, doit être affirmée. Alors seulement, on pourra s'attaquer aux autres causes et espérer en qualité progresser!

    • Jean-Yves Arès - Abonné 29 janvier 2018 12 h 25

      "Le privé draine la qualité!"

      Et le syndicalisme revenchard, qui formate une meute de ses membres pour en faire de véritables "jamais content" qui n'ont toujours que complaintes a faire, enfonce l'éducation publique.

    • Roxane Bertrand - Abonnée 29 janvier 2018 13 h 15

      Le financement attaché au patient a fait ses preuves dans le monde pour améliorer la qualité et l'efficacité des systèmes de santé. Il est peut-être temps de l’appliquer au système d’education public avant q’il ne meure. Toutes les écoles seraient privés subventionnées, et la satisfaction des parents en garanti du succès.

      Pour en avoir fait l’experience, je dirais que le système public est déjà mort car il n’arrive plus à remplir ses obligations éducatives.

    • Cyril Dionne - Abonné 29 janvier 2018 18 h 24

      M. Lamarche,

      Ce n’est pas le privé qui draine la qualité, mais l’essence même de l’éducation publique. Oui, cette volonté de penser que tous peuvent réussir au même niveau dans une salle de classe est ridicule. N’en déplaise à plusieurs de nos rêveurs de la gauche « solidaire », tous ne sont pas nés avec les mêmes compétences ou stimulés de façon positive de la naissance jusqu’à 5 ans. L'apprentissage et le développement émotionnel, social et cognitif de l’enfant sont proportionnels à son succès scolaire et inversement proportionnels à l'âge chronologique de celui-ci lorsque non stimulé.

      L’école commence à la maison. Ensuite, c’est un partenariat entre la famille, l’école et la communauté qui conduira l’apprenant à gravir et obtenir les plus hauts échelons éducationnels. Malheureusement, avec la génération d’enfants rois 2.0, ceci n’est qu’un rêve chimérique. Le rôle de l’enseignant est passé de celui d’un éducateur qui élève les enfants tout en étant à la fois psychologue et travailleur social. Ce n’est pas le rôle ou la mission de l’école et encore moins celui de l’enseignant. Avec l’avènement de la 4e révolution industriel, on peut être perplexe à savoir comment notre système éducationnel réussira à doter les jeunes des connaissances et compétences nécessaires pour faire leur place dans un monde très compétitif et sans merci. Pensez-y, il y a plus de 200 millions d’Indous (Inde) qui parlent, lisent et écrivent mieux l’anglais que les jeunes canadiens.

      Si un apprenant comprend la différence entre le bien et le moins bien, il est donc uniquement responsable de son cheminement pédagogique en concert avec les parents et l’école.

      En passant, on pensait tous que le trio de « Lab-École », oui nos « Three Stooges » de l’éducation allaient résoudre tous les problèmes, eux qui n’ont jamais mis les pieds dans une école. C’est « ben » pour dire.

    • Jacques Lamarche - Abonné 30 janvier 2018 02 h 40

      M. Arès, la meute d'enseignants qui se traînnt les pieds, je ne l'ai en quarante ans jamais observée. Ils travaillent comme des forcenés, ils sont carrément débordés.

      Mme Bertrand, ce que vous proposez pour l'école, quelque chose comme le paiement à l'acte, personne ne l'a jamais expérimenté. Bien sûr que le système public ici est en danger, mais dans maints pays d'Europe ou d'Asie, il est en pleine santé. Et donne des fruits dont nous pouvons rêver!! Pas besoin d'aller si loin! En Ontario, où le privé se limite à quelques écoles pour parents très fortunés, le public donne de rendements que nous pouvons envier!! Et égaler ou surpasser!

      M. Dionne, je souscris volontiers. Toutefois, si à la base, l'école est sapée par les facteurs d'érosion que vous avez raison d'évoquer, il faut agir avec encore plus de lucidité et de fermeté. Les défis à relever, qui sont de plus en plus élevés, valent pour toutes les sociétés. Alors, pour y arriver, il faut que les meilleures conditions soient réunies et que les plus grandes ressources (notamment la crème des élèves) soient concentrées dans l'école de la majorité, comme en Suède, en Allemagne ou en Inde! Quant à notre fameux trio, il nous permet de jauger le niveau de réflexion des libéraux!

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 29 janvier 2018 08 h 25

    Que répondre ?!?

    « Mais tout cela ne peut tenir lieu de vision de l’éducation, dont la mission, on doit le rappeler, est d’instruire, c’est-à-dire d’élever la conscience des jeunes par la connaissance et ainsi leur permettre d’avoir une réflexion critique sur le sort du monde. » (Texte collectif)

    De cette « mission », celle d’éduquer existe-t-elle, ou encore, fait-elle partie des plans à susciter, à réactualiser, et ce, en milieu-vie scolaire ?

    De cette mission, vers une vision gagnante là où l’éducation instruira, là où, possiblement, l’instruction éduquera !

    De ce qui précède, une douceur :

    Vaut-il mieux s’instruire sans éducation ou s’éduquer avec instruction ?

    Que répondre ?!? - 29 jan 2018 -

  • Nicole Delisle - Abonné 29 janvier 2018 10 h 14

    Mauvaise répartition des deniers publics!

    Peut-être que si on avait eu des professeurs au lieu de médecins à la tête de l’État nous n’en serions pas là! Tous les médecins qui sont passées au gouvernement ont d’abord fait avancer leur cause! Et le ministre Barrette qui était en net conflit d’intérêts après son passage à la fédération des spécialistes, a bouclé le tout en rémunérant les médecins de façon indécente en regard de notre capacité collective de payer. Comment pouvait-il rester quelque chose pour l’éducation après une telle décision? Si seulement, cette largesse de l’État avait réglé les problèmes en santé, mais non cela les a aggravés! Le milieu de l’éducation a souffert et souffre toujours des compressions incompréhensibles qu’il subit depuis de nombreuses annés. L’éducation de nos jeunes n’a jamais vraiment été une priorité des gouvernants. Un peuple moins bien éduqué est aussi un peuple moins critique, moins revendicateur, et cela fait sûrement l’affaire de certains! La société ne valorise pas non plus l’éducation de nos jeunes, l’exemple venant de plus haut! Les parents souvent cherchent plus
    à prendre l’école ou l’enseignant en défaut, qu’à critiquer les dirigeants qui créent
    des conditions défavorables au bien-être de leurs enfants. L’éducation de nos jeunes
    souffre de ces années de laisser-aller collectif. Les effets directs continueront de se faire sentir à moins d’un véritable coup de barre donné par la société et les gouvernants qui se renvoient la balle pour se disculper de leur lamentable gestion!

  • Nadia Alexan - Abonnée 29 janvier 2018 10 h 26

    L'éducation n'est pas une marchandise.

    «L’éducation n’est pas une marchandise dont il faut calculer les coûts de production ; c’est un droit fondamental, et sa finalité est de former des êtres capables de contribuer à une société plus juste.»
    J'ajouterais aussi que c'est par le biais d'une l'éducation publique de qualité que le Québec s'est modernisée dans les années 60. Le gouvernement doit comprendre que l'éducation n'est pas un lux dont on peut se départir. L'éducation est essentielle pour une démocratie dynamique et participative.
    Les conditions de travail des enseignants-es ces jours-ci équivalent l'esclavage, surtout au niveau secondaire: cinq classes par jour de 30 élèves chaque, 5 bulletins par année, plus les corrections qui ne sont jamais comptabilisées dans la tache, plus les réunions avec les parents, les rencontres avec les élèves récalcitrants, et la surveillance. Ce n'est pas une tache propice à l'épanouissement.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 29 janvier 2018 12 h 40

      Si si c'est une marchandise madame Alexan.

      Une marchandise parce que les commercants que sont les syndicats veulent bien vendre le plus plus cher possible minute par minutes le service.

      L'hypocrite utilisation fait ici du terme "valorisation" n'est qu'une demande a être payé plus cher. On est en plein commerce ici, et rien d'autre.

    • Nadia Alexan - Abonnée 29 janvier 2018 13 h 35

      Vous êtes mal renseigné, monsieur Arès. Vos idées préconçues ne sont pas basées sur les faits.
      Les professeurs font de leur mieux dans des conditions de travail très difficile. Ils/elles travaillent sans cesse à transmettre les connaissances à leurs élèves, malgré les problèmes d'apprentissage de ceux-ci. C'est un travail ardu qui mérite notre respect et notre admiration.
      De plus, votre condamnation des syndicats ne tient pas la route. Les pays les plus avancés et les plus progressistes du monde, tels que les pays scandinaves, le sont à cause d'un taux de syndicalisation très élevé!
      De même, en Europe, chaque conseil d'administration aux seines de toutes les institutions privées et publiques doit inclure des représentants syndicaux qui prennent les décisions conjointement avec les dirigeants. Ce qui n'est pas le cas chez nous.
      Je vous invite d'aller voir le documentaire de Michael Moore: «Where to invade next,» qui décrit les avantages sociaux des Européens par rapport aux États-Unis, ou même le Canada.

  • Gilles Théberge - Abonné 29 janvier 2018 11 h 10

    Vous écrivez : « Les quatre problèmes évoqués s’expliquent bien davantage par les compressions nettes d’un milliard de dollars faites par le gouvernement libéral au cours de la dernière décennie »!

    Ça n’a va pas se régler en un tour de main, mais cela va faire du bien de se débarrasser de la clique qui nous accable depuis trop longtemps.

    À la condition bien entendu, que l’on ne remplace pas cet « hydre », par un semblable...