Des caisses populaires essentielles pour la population de Kamouraska

Pour plusieurs aînés, la caisse populaire constitue un lieu de socialisation et contribue à rompre l’isolement, souligne l'auteur. 
Photo: iStock Pour plusieurs aînés, la caisse populaire constitue un lieu de socialisation et contribue à rompre l’isolement, souligne l'auteur. 

Il y a deux semaines, nous apprenions la fermeture de six centres de services du Mouvement Desjardins dans la région de la Côte-du-Sud. À la suite de cette annonce, les maires des municipalités du Kamouraska ont manifesté leurs appréhensions auprès de la MRC pour sensibiliser Desjardins aux répercussions possibles d’une telle décision sur l’industrie touristique régionale. Par leur mobilisation, les élus municipaux souhaitent conserver la présence d’un guichet automatique le long du littoral entre La Pocatière et Rivière-du-Loup, un segment de près de 70 kilomètres particulièrement fréquenté par les touristes en période estivale.

Bien que leurs craintes soient tout à fait justifiées, il n’y a pas que les impacts sur le tourisme qui devraient constituer une source d’inquiétude pour les maires qui seront affectés par la fermeture éventuelle des caisses populaires Desjardins sur leur territoire. Ceux-ci devraient aussi s’inquiéter de la perte de la valeur symbolique et sociale que représente la caisse notamment pour les personnes âgées. Cette valeur symbolique est une composante majeure de l’identité collective en milieu rural. Par conséquent, les difficultés reliées au maintien des services de proximité sont susceptibles d’entraîner l’effacement du village comme unité structurante.

Pour plusieurs aînés, la caisse constitue un lieu de socialisation et contribue à rompre l’isolement. Cette fonction sociale reflète l’appartenance territoriale, la vie relationnelle et, dans une certaine mesure, le dynamisme du milieu. En aucun moment, les nouvelles technologies d’information et de communication ne pourront remplacer le lien social qui, au fil des années, s’est tissé entre les personnes âgées et les préposés affectés au service à la clientèle. Au surplus, plusieurs aînés sont peu enclins à utiliser ce type de technologie, que ce soit par manque d’intérêt, pour des motifs de sécurité (qu’ils soient justifiés ou non) ou, dans certains cas, en raison de leur plus faible capacité de résilience.

Dans cette perspective, une étude que nous avons réalisée l’été dernier portant sur la qualité de vie des aînés en milieu rural néo-brunswickois révélait que la fermeture de la caisse populaire représente une véritable onde de choc pour certaines personnes âgées qui doivent effectuer leurs transactions dans une autre localité. Dès lors, la réorganisation des services de proximité a des incidences sur les habitudes de vie des individus en plus d’être un agent de déstabilisation du tissu social. Une telle restructuration est aussi contraire à l’un des principes fondamentaux en développement régional, celui de l’équité territoriale, selon lequel toute personne, peu importe sa localisation géographique, a le droit de bénéficier de l’égalité des chances en ce qui a trait à l’accessibilité d’un service, d’un emploi ou tout autre avantage régissant la vie en société.

Services de proximité

La caisse est aussi l’un des derniers services de proximité en milieu rural, notamment dans le cas de Saint-André-de-Kamouraska, où il ne restera plus que l’église, le bureau de poste et l’école, cette municipalité ayant perdu sa station-service, sa petite cantine et son épicerie, il y a quelques années. […]

Une autre source d’inquiétude pour les maires devrait concerner les emplois qui seront perdus ou transférés de leur localité après le processus de fermeture. Combien d’emplois restera-t-il dans le secteur financier au sein des municipalités qui seront touchées par cette vague de suppressions ? En matière de développement économique, il importe aussi de réfléchir sur l’impact que de telles fermetures peuvent avoir sur les petites entreprises et les commerces locaux. La caisse crée un rapprochement immédiat entre la disponibilité de l’épargne, les investissements et le développement local.

Principal vecteur de la croissance économique, la présence d’une caisse populaire en milieu rural constitue également un facteur de rétention et d’attraction pour les entreprises et les investisseurs potentiels, et ce, en dépit de l’essor des nouvelles technologies de l’information et de communication. La caisse soutient des projets dont les retombées se manifestent non seulement du point de vue de la rentabilité et de l’efficacité, mais aussi de la solidarité, de la prise en charge collective, de l’appropriation, voire la réappropriation des ressources locales en plus de favoriser la consolidation du capital social. […]

Bref, la perte d’un service de proximité tel que la caisse populaire a toutes sortes d’impacts (sociaux, culturels, économiques, symboliques, etc.) et d’implications qui sont susceptibles de se manifester avec une plus grande acuité en milieu rural et, de surcroît, dans les localités de petite taille démographique, éloignées des villes et à forte vocation touristique, où la caisse peut non seulement constituer un des pôles intégrateurs autour duquel s’articule la vie collective, mais aussi servir de point d’ancrage à la population locale. De toute évidence, l’effritement des services de proximité est un signe de fragilisation pour les localités concernées, en plus de favoriser l’accentuation des disparités entre les villes et les campagnes, autant de conséquences qui sont en porte-à-faux avec un développement territorial durable.

7 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 29 janvier 2018 01 h 09

    La Caisse doit retourner à ses racines.

    La Caisse populaire doit retourner à sa mission originaire, soit de servir la population. «La caisse soutient des projets dont les retombées se manifestent non seulement du point de vue de la rentabilité et de l’efficacité, mais aussi de la solidarité, de la prise en charge collective.»

  • Gilles Racette - Abonné 29 janvier 2018 07 h 21

    Et si c'est vrai pour Kamouraska

    Ça l'est aussi pour un peu partout ailleurs en région où les Caisses ont été et restent importantes pour la population vieillissante mais encore vivante et le mouvement Déjardins qui a aussi grandi par eux et grâce a eux semble s'en fouter totalement, que ce soit a Ham-Nord, St-Norbert où St-Valère, non seulement on ferme les caisses mais aussi ensuite, le guichet automatique, soit le dernier lien d'importance pour se trouver des services essentiels de proximité alors qu'il est trop tard pour retirer ses sous et repartir avec une autre institution, pour ne pas dire que Desjardins tient toutes ces populations en otage qui doivent malgré eux continuer de faire affaire avec eux a distance et sans reconnaissance. Belle mentalité...

  • Daniel Lemieux - Abonné 29 janvier 2018 07 h 56

    Le Mouvement Desjardins, irrespectueux et arrogant

    Il y a longtemps que les Québécois ne voient plus en Desjardins les avantages d'un système coopératif au service de ses membres.

    Il faut se demander où est le pouvoir réel des conseils d'administration des caisses et des divers comités de gouvernance (et des membres votants) si le siège social de Lévis impose les fermetures des « points de service » sans imputabilité, sans un minimum de respect pour les utilisateurs des services, qui paient tels des « clients » plutôt que des « sociétaires ».

    Desjardins doit être la seule institution financière à exiger des frais de 1,00 $ pour un dépôt au comptoir, une aberration qui en dit long sur le manque de respect envers la clientèle.

  • Bernard Terreault - Abonné 29 janvier 2018 08 h 36

    Je m'interroge

    Les gens âgés "socialiseraient" principalement en faisant la queue au guichet automatique? Ne devraient-ils pas plutôt redensifier les villages au lieu de se disperser le long des routes et se rencontrer à l'épicerie, pour des danses au sous-sol de l'ancienne église ou pour dîner au petit resto?

  • Nicole Delisle - Abonné 29 janvier 2018 10 h 59

    Que dirait Alphonse Desjardins de l’évolution de ses caisses?

    La prospérité et la rentabilité ne devraient pas faire oublier à ses dirigeants la raison première de leur fondation et de leur but premier: les clients sont d’abord des sociétaires et à ce titre ils devraient avoir leur mot à dire. Mais les hauts dirigeants en tiennent-ils compte ou pensent-ils d’abord à la manière des banques? Fuir les régions comme c’est devenu la norme depuis quelques années, c’est véritablement manquer
    à sa vocation première. On ne peut abdiquer ses responsabilités locales et laisser des kilomètres de routes sans possibilité de faire des transactions financières. C’est aller à contre-sens de la volonté première de son fondateur! N’y a-t-il pas des solutions alternatives à cet état de fait, si elles doivent persister? Si on est capable de faire fonctionner des caisses scolaires dans les écoles ou centre pour personnes âgées dans certaines résidences de façon périodique, pourquoi ne pas penser dans ce sens
    pour les régions? Si on peut accommoder nos aînés avec des popotes roulantes, ne peut-on pas penser à des caisses pop roulantes, se déplaçant de village en village?
    Bien sûr, il y a la question de la sécurité, mais soyons créatifs car notre population vieillissante s’accroit. Elle est en droit de recevoir des services de qualité et essentiels. Devrons-nous transférer nos avoirs pour que l’on soit entendu?