Les cégeps, facteur d’accessibilité à l’enseignement supérieur

Il faut s’attaquer à certaines causes profondes qui affectent les parcours des jeunes du Québec, notamment la ségrégation scolaire au secondaire et le manque de ressources d’un réseau public malmené, estime l'auteure. 
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Il faut s’attaquer à certaines causes profondes qui affectent les parcours des jeunes du Québec, notamment la ségrégation scolaire au secondaire et le manque de ressources d’un réseau public malmené, estime l'auteure. 

La Fédération des enseignantes et enseignants de cégep (FEC-CSQ) considère que l’existence des établissements collégiaux n’explique en rien la différence de diplomation universitaire entre le Québec et l’Ontario, bien au contraire. La FEC-CSQ réagit ainsi à l’article publié le 24 janvier dernier dans Le Devoir. Intitulé « Baccalauréat : le Québec accuse du retard sur le ROC », le texte fait référence à une étude réalisée par le CIRANO et publiée dans un ouvrage collectif au titre évocateur de la vision mercantile de l’éducation mise en avant, soit Le Québec économique. Éducation et capital humain.

Il semble tout d’abord inexact d’affirmer que le Québec est en retard sur le ROC. Seul l’Ontario semble faire un tout petit mieux que le Québec si on prend en considération l’ensemble du postsecondaire selon des données de Statistique Canada. Pour effectuer une comparaison plus légitime de la diplomation, il aurait fallu également intégrer les titulaires de diplômes d’études préuniversitaires, techniques et professionnelles. En faisant cet exercice, l’économiste Pierre Fortin a d’ailleurs démontré un « effet cégep » positif sur l’accès aux études supérieures. Cette démarche classe en effet le Québec en tête de liste.

De nombreuses autres études ont mis en évidence les facteurs qui déterminent l’accès aux études postsecondaires et à la diplomation. Les auteurs associés au CIRANO ne semblent pas, quant à eux, les avoir pris suffisamment en considération. Par exemple, le niveau d’éducation et de revenu des parents et la proximité d’un établissement collégial ou universitaire sont primordiaux. Ce n’est donc peut-être pas l’Ontario qui fait mieux, mais davantage les caractéristiques de la société et des jeunes qui y étudient qui favorisent cette réussite. La province est en effet plus riche, plus urbanisée et accueille de très nombreux étudiants des autres provinces (notamment du Québec) ou issus de l’immigration. L’importance de bien catégoriser la population étudiée nous apparaît donc primordiale.

L’Institut de recherche sur le français en Amérique (IRFA) a d’ailleurs publié une analyse qui effectuait cet exercice. « La proportion de détenteurs de grade universitaire est, à toutes fins utiles, la même dans les deux populations historiques majoritaires », concluait la recherche, qui comparait notamment les parcours scolaires des francophones du Québec à ceux des anglophones de l’Ontario.

Par contre, et il faut le mentionner, là où l’Ontario fait mieux, comme le démontrait un récent rapport du Conseil supérieur de l’éducation, c’est au niveau de ses politiques éducatives plus égalitaires en amont des études postsecondaires. Moins de ségrégation scolaire et moins de subventions aux écoles privées permettent à davantage d’élèves de réussir, notamment pour ceux issus des milieux moins bien nantis. Dans l’ouvrage auquel les auteurs ont participé, il est plutôt question du succès des écoles privées…

Bien qu’il reste des progrès à faire au Québec concernant l’accès aux études postsecondaires, notamment pour les francophones et l’enseignement en français, ce n’est pas en attaquant une nouvelle fois les cégeps que nous les ferons. Il s’agirait plutôt de soutenir encore davantage ces établissements qui font leurs preuves depuis 50 et de s’attaquer à certaines causes profondes qui affectent les parcours des jeunes du Québec, notamment la ségrégation scolaire au secondaire, le manque de ressources d’un réseau public malmené et, plus globalement, la faiblesse des revenus d’un nombre non négligeable de ménages.

1 commentaire
  • Paul Cadrin - Abonné 27 janvier 2018 11 h 03

    Comparaison Québec-Ontario

    Madame, J'endosse pleinement votre approche concernant le rôle que les cégeps jouent dans notre système d'éducation, qui font que toute comparaison avec les autres provinces est boîteuse. Je suis convaincu que les avantages de ce système pour le niveau d'éducation générale du Québec, en particulier dans les régions en dehors des grands milieux urbains, le rendent incontournable.
    Je me permettrai d'apporter une petite nuance à votre comparaison avec l'Ontario. On oublie toujours que cette province compte un important réseau d'écoles confessionnelles qui sont pleinement considérées comme faisant partie du système public et financées à l'avenant. Toutes ces écoles seraient privées au Québec. On parle ici de 29 commissions scolaires catholiques de langue anglaise, 8 commissions scolaires catholiques de langue française, et une commission scolaire anglophone protestante. Il s'agit donc de plusieurs dizaines de milliers d'élèves. Les parents qui veulent envoyer leur enfant dans une école confessionnelle au Québec n'ont pas d'autre choix qu'une école privée. En Ontario, il y a un important réseau public qui répond à cette demande. À mon avis, ça fausse complètement les données quand on compare réseau public et réseau privé entre les deux provinces.