«Option Québec» de René Lévesque, toujours actuel

La Fondation René-Lévesque souligne le 50e anniversaire de la publication de «Option Québec», un manifeste fondateur qui a eu une influence majeure sur l'évolution du Québec et du Canada. 
Photo: Alain Renaud Le Devoir La Fondation René-Lévesque souligne le 50e anniversaire de la publication de «Option Québec», un manifeste fondateur qui a eu une influence majeure sur l'évolution du Québec et du Canada. 

Publié en janvier 1968, Option Québec arrive après une année bouillonnante où les Québécois découvrent le monde grâce à Expo 67 et où le monde découvre le Québec avec la déclaration du « Vive le Québec libre ! » du général de Gaulle. L’année est bouillonnante aussi pour René Lévesque, car il y élabore puis y défend son idée de souveraineté-association qui a germé à travers ses discussions avec un groupe de libéraux réformistes, notamment Paul-Gérin Lajoie, Yves Michaud, Pierre Laporte, Éric Kierans et Robert Bourassa.

Sur sa démarche de réflexion, il écrivit dans Dimanche-Matin :« Chacune de mes constatations, d’autres les avaient faites. Les conclusions qu’elles m’ont dictées, il y a longtemps déjà que bien d’autres se sont mis à les véhiculer chez nous. […] La seule chose qui m’appartienne, je crois, c’est la façon dont j’ai fait de mon mieux l’examen puis l’assemblage de ces pièces, afin d’en tirer une synthèse valable et une option politique définie que je me sens, en conscience, autorisé à défendre et à proposer à d’autres. »

L’originalité de l’idée de René Lévesque est de changer le rapport de force avec le Canada pour que le Québec soit en mesure de négocier de nation à nation une union réciproquement avantageuse. Dans ses mémoires, il précisait : « Plus j’y pensais, plus ça m’apparaissait comme un projet logique et facile à articuler. À la simplicité des lignes maîtresses s’ajoutait cet autre avantage paradoxal : loin d’être révolutionnaire, l’idée était presque banale. Çà et là de par le monde, elle avait servi à rapprocher des peuples qui, tout en tenant à demeurer chacun maître chez soi, avaient trouvé bon de s’associer de diverses façons. Association, donc, concept qui figurait depuis longtemps dans notre propre vocabulaire et qui ferait avec souveraineté un mariage assez euphorique. »

On ne peut pas dire que l’euphorie s’empara du Parti libéral du Québec (PLQ), qui refusa catégoriquement de discuter de cette proposition lors de son congrès d’octobre. Avec fracas, René Lévesque rompt avec le parti et le quitte sur-le-champ.

Il porte alors son option avec tout le poids de sa notoriété, de son intégrité, de sa crédibilité et de son charisme. Sa démarche aboutit au regroupement des forces souverainistes au sein du Mouvement Souveraineté-Association (MSA), qui deviendra le Parti québécois. Le livre est vendu à 50 000 exemplaires en quelques semaines. L’adhésion au MSA explose et passera de 700 membres à 7000 entre janvier et avril 1968.

Un point de ralliement

À la fois essai et manifeste, le livre s’ouvre sur un avant-propos intitulé « À l’heure du choix », sous une signature collective des personnes qui quittèrent le PLQ avec Lévesque. La préface est de l’historien Jean Blain, qui prophétise que cette option sera « un des points de ralliement les plus importants de notre histoire ».

En six chapitres, la première partie résume les principaux enjeux politiques du Québec d’alors. Des enjeux qui résonnent toujours : l’identité québécoise, l’adaptation aux changements technologiques, le rôle de l’État, les limites du cadre fédéral, la paralysie constitutionnelle et la nécessité d’un Québec souverain avec une nouvelle union canadienne.

La seconde partie, « Ce pays qu’on peut faire », aborde plus spécifiquement la réalisation de la proposition d’association économique, qui s’inspire du marché commun à l’européenne, et la période de transition, avec les mesures à mettre en place pour la traverser.

La troisième partie est composée de sept annexes pour appuyer les deux premières et réfuter les arguments opposés. On y retrouve en particulier le fameux discours de Jacques Parizeau prononcé à Banff lors d’une conférence sur l’unité canadienne où il conclut que le Québec a déjà un statut particulier et qu’il serait plus sage de négocier.

Le livre se termine de façon originale sur une note artistique avec un épilogue imagé et touchant du cinéaste Pierre Perrault.

Option Québec a eu une influence majeure sur l’évolution du Québec et du Canada. Notamment sur le rôle de l’État comme instrument de développement de la société, une idée phare de la Révolution tranquille, qui y est réaffirmée avec force. Quant au concept de la souveraineté-association, il a provoqué un réalignement durable des positions politiques. Mais l’influence la plus profonde se trouve dans la conviction inspirante que les Québécois ont le pouvoir de bâtir le Québec qu’ils veulent : « C’est d’abord qu’il y a chez nous, en nous, la capacité de faire notre « ouvrage » nous-mêmes, et que c’est à nous seuls de trouver et d’appliquer à nos problèmes les solutions qui nous conviennent. »

Tout le long de cette année qui commence, la Fondation René-Lévesque soulignera le 50e anniversaire de la publication de ce texte fondateur qui a marqué l’histoire du Québec.

8 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 26 janvier 2018 06 h 43

    Merci !

    Merci Monsieur O'Leary de votre investissement personnel si constant et du sens de la continuité auquel vous contribuez largement !
    Nous sommes frappé de si bon coeur par Ottawa et sa propagande anti-québécoise depuis 20 ans que nous en sommes trop souvent à ne plus faire la différence entre brasser des idées pour trouver le chemin commun et s'affronter de manière non-pas stérile, ce qui encore serait un moindre mal, mais de façon destructrice de solidarité culturelle et politique pour nous Québécois.
    Et qui plus est en donnant des points à nos adversaires, en confondant même parfois recherche intense de sens collectif et attaques personnelles...
    Oui, Vive le Québec libre, Monsieur !

  • Claude Bariteau - Abonné 26 janvier 2018 08 h 40

    Comment rendre « Option Québec » d'actualité ?

    L'idée principale d'« Option Québec », à savoir que « (c)’est d’abord qu’il y a chez nous, en nous, la capacité de faire notre « ouvrage » nous-mêmes », et de choisir nos solutions, est certes d’actualité.

    Deux concepts nécessitent une mise en contexte : la « nation » et l'« association ».

    Au moment où M. Lévesque écrit ce livre historique, plusieurs prétendent que le Québec, province, recouvre une « nation » historiquement définie.

    Cette lecture, inspirée des Britanniques, reprise par divers auteurs et des politiciens renvoie au concept de « nation » préhistorique, à qui les Nations Unies ont octroyé un droit à l'autodétermination interne mais pas un droit à l'autodétermination externe.

    Avec cette lecture, la négociation ne peut conduire qu'à une association au sein d’un pays, non à l'indépendance, parce qu’elle fait de la « nation » une entité préexistante alors que la création d’un nouveau pays implique, selon Marcel Mauss, celle d’une nation moderne.

    Jacques Parizeau pensait autrement le Québec. Pour lui, c’est une entité politique avec un statut particulier et il est plus sage de négocier sur cette base, ce qui diffère des vues de Lévesque.

    L’histoire de leurs relations le révèle. Pour Parizeau, c’est ce statut qu’il faut revoir à défaut de quoi l’indépendance est une option. Et, pour Parizeau, les Québécois et les Québécoises, concepts qui renvoient à l’ensemble de la population, peuvent faire leur « ouvrage » et appliquer leurs solutions.

    Alors, si « Option Québec » et d’actualité, l’est uniquement de créer un nouveau pays, par définition une nouvelle nation, ce qui ne se négocie pas, mais conduit à des associations avec les nations des pays existants, comme dans l’ALÉNA, l’UE, et cetera.

    Voilà qui conduit à choisir l’angle d’approche de M. Parizeau basée sur une citoyenneté québécoise à affirmer et un système politique à inventer.

  • Bernard Morin - Abonné 26 janvier 2018 09 h 24

    J'y reviens régulièrement et à chaque fois je ne peux m'empêcher d'y voir un projet d'une très grande actualité et porteur de valeurs universelles.

  • Michel Blondin - Abonné 26 janvier 2018 09 h 35

    Un demi-siècle illusoire

    Il est rare qu’un peuple qui prend l’autre pour conquis arrive à voir l’autre, autrement. Pourtant le traité de Versailles de 1763 est une cession réciproque.
    La prémisse de Lévesque, une association, est d’une telle naïveté qu’il est beau de voir l’action politique et les énergies déployées pour y parvenir depuis tant d’années. Le peuple québécois a tout tenté pour se faire considérer comme d’égal à égal. Les échecs carabinés ne l’ont peu ralenti.
    Pour démolir tout effervescence et sentiment nationaliste, les deux têtes de Turcs Trudeau et de Chrétien passeront à l’histoire. L’un pour le coup d’État et l’autre pour la corruption inégalée.
    Le déficit de démocratie et l’enfermement du Québec, le rendant bâtard constitutionnel, en résultent. Le régime monarchique s’est servi des rois nègres québécois pour les autos-pelures-bananiser. Beau gâchis !
    L’association tant privilégiée a été rompue et corrompue par le Québec bashing des élites fédéralistes.
    Le peuple québécois ne peut se permettre de continuer à s’illusionner devant les échecs lamentables et percutants dont il n’a pas encore pris toute la signification. Il vague encore des uppercuts pour l’assimiler des cinq décennies de mensonges et de négations jusqu’à son histoire.
    Aux trente-cinq ans d’enfermement du Québec s’ajoute le siècle de la pseudo-fédération pour l’« édenté et le dégriffé » qui s’additionnent à un autre siècle de vandalisme légal.

    Le Parti québécois, l’instrument de René Lévesque, doit faire peau neuve ou imploser. L’Option Québec est devenue caduque. L’association a été refusée par Ottawa au référendum de 1980. Seul le renvoi de la Cour suprême de 1998 par vertu exige une négociation à douze impossible.
    La déclaration unilatérale d’indépendance progressive (DUI) dès l’élection majoritaire est la seule alternative politique qui reste réaliste. Elle permettrait de remplacer la monarchie et le chef de l’église anglicane désuète par une démocratie citoyenne et rapatrier la loi des lois

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 26 janvier 2018 12 h 08

      D’accord avec la DUIP. Vivement sortir le Canada du Québec! (Sic)

  • Michel Lebel - Abonné 26 janvier 2018 10 h 06

    Les limites de la logique


    Lévesque voyait les choses selon une certaine logique, une logique de structures Lego!) qu'on pouvait donc facilement modifier. Mais les pays défient souvent la logique, la raison. Ce sont souvent, sinon généralement, des entités fondées sur l'histoire et les forces en présence. La logique vient bien en second. Ce qui démontre que Lévesque, par son Option Québec, était surtout un intellectuel. Et les intellectuels sont rarement de bons politiques (politiciens).

    M.L.

    • Claude Bariteau - Abonné 26 janvier 2018 13 h 55

      Le Canada est un pays fondé sur une histoire au cours de laquelle des guerres ont été déterminantes :

      1) celle de 1754-1761 avec la France;

      2) celle contre les Américains (1774-1781) qui se solda par le maintien des colonies de la Grande-Bretagne au nord des États-Unis, dont celle de la Province of Quebec;

      3) celle, frontalière, de 1812 contre les États-Unis;

      4) celle contre les Patriotes (1837-1838) qui se solde par la création du Canada-Uni;

      5) celle de la Sécession aux États-Unis que la Grande-Bretagne et des Britanniques de ses colonies du Nord appuient, qui se solde par la création du Dominion of Canada et, par le Traité de Washington (1871) débouche sur la création d'une armée du dominion;

      6) celle contre les Métis conduisant à la pendaison de Riel;

      7) la Première Guerre mondiale dont participe le Canada, qui se termine par sa signature du Traité de Versailles en 1919 à la demande des États-unis, ce qui lui octroie un statut de quasi pays, ce qui conduit à son indépendance en 1931 et à un début de construction nationale;

      8) la Deuxième Guerre mondiale au cours de laquelle le Canada s'investit grâce à un transfert d'impôt des provinces, qu'il maintient sauf au Québec pour éviter qu'un mouvement d'indépendance prenne forme dans le cadre de la reconnaissance du droti à l'autodétermination des peupels colonisés.

      Après le retour d'impôt au Québec, des développements associés à la révolution tranquille ont amené le Canada, sous Pierre-Elliott Trudeau, à déployer des moyens coercitifs et le recours aux mesures de guerre pour ramener l'ordre canadien au Québec, ce qui fut finalisé par le rapatriement et la modification de la Constitition de 1867.

      Comme la réplique du Québec fut le référendum de 1995, le Canada s'est alors octroyé unilatéralement le pouvoir d'en discréditer les résultats.

      Dans cette histoire, la guerre est constante et le Canada dispose d'une armée, d'une cour suprême et de lois pour imposer de force sa propre logiqu