Agir en commun à l’heure des fractures identitaires

L'attentat à la grande mosquée de Québec aura démontré l’incapacité de nos élites politiques à répondre avec maturité et courage aux défis du vivre-ensemble pluraliste dans toute sa complexité, estime l'auteur. 
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L'attentat à la grande mosquée de Québec aura démontré l’incapacité de nos élites politiques à répondre avec maturité et courage aux défis du vivre-ensemble pluraliste dans toute sa complexité, estime l'auteur. 

Après l’attentat qui a coûté la vie à six de nos concitoyens de confession musulmane, le 29 janvier 2017 à la grande mosquée de Québec, on aurait pu penser qu’on aurait droit à une trêve. Que cette tuerie d’une brutalité insensée aurait marqué un temps d’arrêt dans la « guerre culturelle » qui ne fait que s’exacerber depuis dix ans entre conservateurs identitaires et ce qu’il est de bon ton d’appeler la gauche « diversitaire » ou « multiculturaliste ». Devant l’évidence désormais indéniable que la peur sans cesse attisée de l’étranger — cristallisé dans la figure du musulman et dans celle du réfugié — peut mener à la violence, on aurait pu croire qu’un examen de conscience collectif aurait enfin lieu. […]

 

Après les poignantes cérémonies en l’honneur des victimes, les déclarations contrites des politiciens et les promesses du gouvernement Couillard de lutter « sérieusement » contre le racisme, on y avait presque cru. Donnant suite à la demande d’une coalition de citoyens et de groupes antiracistes réclamant depuis 2016 la tenue d’une commission d’enquête sur le racisme systémique, le gouvernement a même annoncé la tenue d’une consultation sur ce phénomène par lequel des logiques institutionnelles et organisationnelles contribuent à perpétuer des formes d’exclusion, de discrimination et de racisme.

 

Quelle qu’eût été la bonne volonté du Parti libéral du Québec dans ce dossier, toutefois, elle n’a pas résisté bien longtemps aux sirènes de la partisanerie. Sitôt annoncée, la consultation fut décriée par le Parti québécois et la Coalition avenir Québec comme étant une tentative de faire le procès des Québécois — dont ne feraient visiblement pas partie ceux et celles qui s’inquiètent de la montée du racisme au Québec. Par ailleurs, immédiatement après sa défaite électorale dans la circonscription de Louis-Hébert, attribuable selon les stratèges libéraux à la tenue de cette consultation, le PLQ a procédé à en diluer la portée. […]

 

Toute cette affaire aura ainsi démontré l’incapacité de nos élites politiques à répondre avec maturité et courage aux défis du vivre-ensemble pluraliste dans toute sa complexité. D’ailleurs, n’est-ce pas de cette faillite que témoigne la montée inquiétante des manifestations des groupes d’extrême droite affichant un racisme de plus en plus décomplexé, et leur affrontement avec des groupes antifascistes ? […] Et n’y a-t-il pas chez ces groupes une tentative de « poursuivre la politique par d’autres moyens » devant l’incapacité de la démocratie libérale à répondre aux logiques de dissolution du lien social et de la souveraineté provoquées par le capitalisme globalisé, logiques par ailleurs aux sources des nombreuses crises et malaises identitaires actuels ?

 

Notre histoire particulière

 

Ces tensions, nous ne sommes en effet pas les seuls à les vivre ; elles participent bel et bien de dynamiques mondiales. Cependant, on le voit bien, certains blocages relèvent de notre histoire particulière. D’une part, cela semble aller de soi, notre statut de nation francophone minoritaire dans un océan anglophone ajoute à l’insécurité identitaire. D’autre part, les discours dominants au Canada anglais […] nous renvoient sans cesse une image essentialisée du Québec comme étant une contrée ataviquement raciste : cela n’a rien pour faciliter la prise au sérieux des problèmes liés au racisme au Québec. Enfin, notre mémoire récente du colonialisme anglo-canadien et américain fait en sorte qu’il est difficile pour nombre d’entre nous de concevoir qu’ayant été victimes de racisme et de colonialisme, nous soyons capables d’infliger à d’autres le même genre d’oppression. Devant les demandes de justice et d’égalité de la part des personnes racisées et des peuples autochtones, le réflexe de se réfugier dans le rôle de victime prend ainsi trop souvent — et trop facilement — le dessus. […]

 

Certes, la mémoire de notre infériorisation coloniale semble s’être imposée dans le récit national, alimentant des réflexes de repli. Mais de cette mémoire on a tendance à oublier un autre aspect, fondamental, qu’il est urgent de réactiver : c’est en se solidarisant avec les autres colonisés, ces « damnés de la terre », que les Miron, Vallières, Lalonde, Aquin et tant d’autres, s’inspirant des Fanon, Césaire, Carmichael, Memmi, ont pu penser les conditions de la décolonisation et tisser la trame d’une identité québécoise moderne et émancipée. Il faut donc rappeler que ces solidarités sont au coeur de notre identité, afin que le projet indépendantiste renoue avec son souffle de libération et de justice en faisant siennes les luttes, les aspirations et les quêtes de sens de ceux qui, aujourd’hui, réclament la pleine égalité […]

 

Pour ce faire, on ne saurait trop insister sur l’importance des affects, de l’intuition, et la nécessité urgente d’investir et d’habiter ce lieu mouvant où se construisent le sens et donc les identités. L’art, la littérature, la religion et la spiritualité peuvent ici nous porter secours pour explorer et extraire la lumière de ces zones d’ombre de notre conscience individuelle et collective où s’agitent pulsions contradictoires et élans vers l’infini. […] Il faut de toute urgence savoir se mettre à l’écoute de l’humanité qui cherche à s’énoncer sous le vacarme des prises de position spectaculaires, dans le brouillard de la « guerre culturelle ». […]

 

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Des Idées en revues

Chaque mardi, Le Devoir offre un espace aux artisans d’un périodique. Cette semaine, nous vous proposons une version abrégée d’un texte paru dans la revue Relations, janvier-février 2018, no 794.

32 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 23 janvier 2018 01 h 19

    et oui a par des souvenirs qui sommes nous

    la question qu'il faut se poser, agir pour qui et pourquoi, en fait que nous reste-t-il a conquérir , il fut un temps ou on le savait, mais maintenant qu'est-ce qui nous appartient, même le premier ministre du Québec n'y tient pas, son objectif c'est que nous avons plus de chance de nous en sortir en restant canadien, enfin si on en croit madame Jolie, c'est dorénavent Netflix qui prendra soin de nous, et dire qu'il fut un temps ou nous avions la télévision la plus productive au Canada, même les anglais de Toronto nous enviaient, bon on a commercé par la céder, morceau par morceau au privé et maintenant on se demande pourquoi, on ne mets pas tout simplement la clée dans la porte

  • Marc Lacroix - Abonné 23 janvier 2018 05 h 51

    Parti-pris ?!?

    M. Arpin-Simonetti,

    Vous dites: "Toute cette affaire aura ainsi démontré l’incapacité de nos élites politiques à répondre avec maturité et courage aux défis du vivre-ensemble pluraliste dans toute sa complexité."

    Devrait-on se limiter uniquement à la capacité de nos élites politique à répondre aux défis du vivre-ensemble ? Se peut-il que le problème soit plus large ?

    Les représentants de communautés qui s'établissent ici dans un territoire de "colonisés" pourraient aussi faire preuve d'une certaine empathie et tenter eux aussi d'établir des liens avec le peuple québécois plutôt que de réclamer des droits comme le font certaines femmes pour qui le voile semble constituer une façon de se mettre à l'écart de la majorité. Autant il peut exister des groupes identitaires "de droite", autant il peut en exister représentant des groupes religieux plus ou moins fondamentalistes..., et sexistes.

    Se peut-il que dans votre vision, la société soit condamnée à accepter un peu — n'importe quoi — au nom d'une pseudo-tolérance ?

    Je ne prétends pas que les événements de Québec étaient justifiés, loin de là, mais il n'y a pas que la société d'accueil qui doit faire son autocritique !

    • Nadia Alexan - Abonnée 23 janvier 2018 10 h 57

      L'auteur oublie le fait que pour le bien vivre ensemble il faut que les immigrants fassent leur part d'intégration aussi. Quand quelques intégristes insistent de se comporter avec mépris pour la société d'accueil, quand ils refusent nos valeurs d'égalité hommes/femmes, quand ils insistent sur des accommodements bizarres, ce n'est pas surprenant qu'ils s'isolent eux-mêmes.
      L'auteur oublie aussi la portée internationale de l'Islam politique qui veut imposer la Charia partout dans le Monde.
      Pourquoi ne pas se ranger avec les réformateurs de l'Islam au lieu de défendre l'intégrisme totalitaire des intégristes? La gauche bien pensante ne se rend pas compte qu'elles font du tort à la majorité musulmane qui ne se reconnaisse pas dans cet Islam extrémiste propagé par quelques prédicateurs autoproclamés.

    • Cyril Dionne - Abonné 23 janvier 2018 17 h 44

      Je suis d'accord avec vous M. Lacroix.

      Le vivre-ensemble pluraliste ne peut s’opérer dans des conditions idéologiques en communion sociétale. Vous ne pouvez pas venir avec vos croyances personnelles, signes ostentatoires obligent et qui ne sont pas basées sur la race ou l’ethnie, pour les imposer aux autres et demander des accommodements déraisonnables. Il y a des incontournables en démocratie et au Québec, c’est la langue française, l’égalité pour tous et la liberté de conscience en incluant le droit de se rassembler pour contester des idéologies aux amis imaginaires. Nous sommes bien en 2018.

      En parlant des groupes d’extrêmes droites, le parti nazi était en fait le Parti national-socialiste des travailleurs allemands. Donc un groupe de gauche à moins que les socialistes se trouvent à droite. Mao Zedong et Joseph Staline, tous deux des leaders de gauche. Aujourd’hui, on y trouve le Venezuela, le Cuba et j’en passe.

      Les groupes identitaires "de droite" sont surtout les idéologies politico-religieuses dans le monde. Les groupes de droite sont très petits si on les compare à nos illuminés aux amis imaginaires.

      Et avant de crier au racisme, les raisons du tueur de Québec n’ont jamais été prononcées. Est-ce que c’était un malade mental qui dans ses délusions, a perpétré des actes sanguinaires pour assouvir une certaine vengeance envers les groupes islamistes qui tuent partout dans le monde? On ne le saura jamais parce que l’enquête policière a été bâclée depuis le tout début. Ensuite, le tout a été récupéré par l’idéologie politico-religieuse de paix et d’amour. ;-)

    • Marc Lacroix - Abonné 23 janvier 2018 20 h 31

      M. Dionne, ne vous méprenez pas sur le nom seul du Parti national-socialiste des travailleurs allemands, qui est un parti d'extrême droite, violemment opposé aux socialistes et aux communistes. L'invasion de l'URSS, ça vous rappelle probablement quelque chose !

      https://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_national-socialiste_des_travailleurs_allemands

      Les alliés d'Hitler étaient des dictateurs Mussolini, Franco et les militaires japonais au pouvoir dans leur pays. Rien à voir avec Staline et Mao qui étaient des adversaires de Hitler.

    • Cyril Dionne - Abonné 23 janvier 2018 21 h 53

      M. Lacroix,

      Voici le « Top 3 » des dictateurs de tous les temps.

      Mao Zedong - 45 à 75 millions (victimes)
      Joseph Staline - 40 à 62 millions (victimes)
      Adolph Hitler – 17 à 20 millions (victimes)

      Notre p’tit barbu nazi jouait dans les ligues mineures en ce qui concerne nos gauchistes.

  • Irène Doiron Et M. Pierre Leyraud - Abonnée 23 janvier 2018 06 h 05

    Et la raison dans tout ça ??

    Dans le texte de E Arpin-Simonetti il y a beaucoup de remarques et de descriptions pertinentes mais la conclision me laisse perplexe. En efet quand on lit :"Pour ce faire, on ne saurait trop insister sur l’importance des affects, de l’intuition, .... L’art, la littérature, la religion et la spiritualité peuvent ici nous porter secours pour explorer et extraire la lumière de ces zones d’ombre de notre conscience individuelle et collective où s’agitent pulsions contradictoires et élans vers l’infini. […]" il est surprenant que l'auteur ne mentionne pas la raison comme base sur laquelle doit reposer non seulement l'agir en commun, mais d'abord la conception même de ce qui nous est commun. Penser faire appel uniquement aux subjectivités ( affect, intuition, art, littérature...)pour penser l'agir en commun c'est un peu la pensée magique . En effet comment nos subjectivités, évidemment singuliaires, pourraient-elles contribuées à l'agir en commun sans ce qui justement nous est déjà commun ; la raison ?

    Pierre Leyraud

    • Jacques de Guise - Abonné 23 janvier 2018 10 h 04

      La raison universelle : chimère

      La raison de chacun est aussi singulière que les éléments de la subjectivité de chacun, ce qui peut être commun ce sont les subjectivités partagées. C'est ainsi que l'expérience devient le fondement des choses réellement ancrée dans la vie plutôt que l'illusoire et désincarnée raison d'un autre âge!!!

    • Irène Doiron Et M. Pierre Leyraud - Abonnée 23 janvier 2018 12 h 19

      J de Gusie
      Avez-vous seulement pensé que ce qui permet à votre commentare d'être compris par d'autres personnes qui n'ont pas les mêmes subjectivités que vous et qui ne se soucient pas le moins du monde de partager avec vous une quelconque subjectivité c'est justement la raison. Et c'est encore la raison qui permet de partager les expériences !

      Pierre Leyraud

    • Jacques de Guise - Abonné 23 janvier 2018 15 h 15

      À M. P. Leyraud

      Il est évident que nous avons des conceptions différentes et éloignées de ce qu'est la raison. Déjà pour moi, ce qui nous permet d'être compris et d'échanger, c'est le langage et non pas la raison, car la raison et les subjectivités s'élaborent par les interactions sociales et langagières. Ce sont les interactions sociales et langagières qui construisent notre raison et notre subjectivité, si vous tenez à les différencier (qui ne peut se faire qu'analytiquement et abstraitement), car dans la réalité concrète de la vie elles sont indissociables. Ces deux dimensions sont indissociables, elles s'interpénètrent et s'influencent constamment réciproquement.

      Puisque vous opposiez la raison aux subjectivités, c'est comme si la raison, qui renvoie à ce qu'aujourd'hui on désigne souvent comme étant la dimension cognitive, s'opposait à la subjectivité, qui elle renvoie souvent aujourd'hui à notre dimension affective, émotive, intuitive, etc.

      Or ces deux dimensions sont indissociables. Les deux émergent encore une fois grâce aux interactions sociales et langagières, qui sont premières. Ainsi tout le social s'insère en nous et crée, élabore et construit notre raison et notre subjectivité, si on veut continuer à les distinguer. C'est une toute autre conception de la personne et de l'individualité qui en découlent. C'est dans ce sens que Ricoeur disait (Je est un autre), car on est faconné de part en part par le social et que nos capacités de subjectivation sont fort limitées et fonction de notre origine sociale, etc.

      Cordialement.

    • Jean Duchesneau - Abonné 23 janvier 2018 19 h 23

      Ce qui est en cause ici selon l'auteur c'est de développer avec "l'autre" une solidarité fondée sur un statut partagé d'oprimé. "Il faut donc rappeler que ces solidarités sont au coeur de notre identité, afin que le projet indépendantiste renoue avec son souffle de libération et de justice en faisant siennes les luttes, les aspirations et les quêtes de sens de ceux qui, aujourd’hui, réclament la pleine égalité […]" Il faudrait donc se lier avec l'oprimé contre l'agresseur en l'occurence le "méchant capitaliste". C'est la thèse marxiste classique. Alors, sur quoi fonder cette solidarité: L'auteur s'exprime ainsi: "Pour ce faire, on ne saurait trop insister sur l’importance des affects, de l’intuition, et la nécessité urgente d’investir et d’habiter ce lieu mouvant où se construisent le sens et donc les identités. L’art, la littérature, la religion et la spiritualité peuvent ici nous porter secours […]"

      Le débat que vous soulevez M. Pierre Leyraud à propos de la "raison" est au coeur de la problématique moins en termes de "raison" mais davantage en terme de "liberté de penser" selon par exemple Spinoza. Il faut alors se poser une question très pratique en ce qui a trait à l'intégration des immigrants originaires d'Europe, ceux d'Asie versus ceux de cultre musulmane. Ceux originaire d'Europe se sont affranchis de l'emprise du religieux sur l'État (concept de laïcité bien intégré) au siècle des lumières. Les asiatiques pour leur part, d'une culture davantage philosophique que religieuse, ont enrichi la spiritualité occidentale en la libérant de ses dogmes religieux.

      L'auteur conclut: "Il faut de toute urgence savoir se mettre à l’écoute de l’humanité qui cherche à s’énoncer sous le vacarme des prises de position spectaculaires, dans le brouillard de la « guerre culturelle ». Suite dans mon prochain commentaire...

    • Jean Duchesneau - Abonné 23 janvier 2018 19 h 50

      L'auteur fait référence à une « guerre culturelle » "(...) entre conservateurs identitaires et (...) la gauche « diversitaire » ou «multiculturaliste ». Il conclut qu'"Il faut de toute urgence savoir se mettre à l’écoute de l’humanité" .

      Je vous invite M. Emiliano Arpin-Simonetti à vous libérer de vos ornières idéologiques et à "voir" que la plus importante "guerre culturelle" se vit principalement dans le monde musulman, entre une majorité silencieuse de musulmans dits modérés et d'une minorité criarde tenant d'un islam politique. Parlant de "raison", lisez la compilation d'articles d'intellectuels musulmans "L'islam en débat du Courrier internationnal" récemment édité et mettez vous pour de vrai à l'écoute de l'humaité qui cherche libération et respect. L'acienne gauche utilisait le "prolétaire" dans sa lutte idéologique. La nouvelle gauche, c'est le musulman qu'elle utilise. Le meilleur service qu'on peut leur rendre, c'est d'être des Québécois fiers de ce que nous sommes, de notre culture, de nos valeurs et de les inviter à s'intégrer à notre société qui leur offre la liberté dans le respect de leur culture d'origine. C'est ce qu'on appelle la laïcité sans compromis!

    • Irène Doiron Et M. Pierre Leyraud - Abonnée 23 janvier 2018 22 h 18

      À J de Guise
      Quand vous écrivez : "Déjà pour moi, ce qui nous permet d'être compris et d'échanger, c'est le langage et non pas la raison," vous mettez dans le même panier un moyen pour échanger-le langage- avec le fait d'être compris qui correspond au fait que les mêmes mots on généralement-compte tenu du contexte et de leur agencement - à peu prés le même sens pour tout le monde, et c'est la raison qui permet ce décodage. Plus loin vous écrivez aussi "la raison et les subjectivités s'élaborent par les interactions sociales et langagières." doit-on en conclure que la raison et les subjectivtés sont à ce point déterminées socialement et que des personnes d'un méme milieu parlant la même langue auraient donc toutes les chances d'avoir la même "raison'"et les mêmes subjectivités ? On pourrait alors parler d'un archipel de "raisons" et de "subjectivités" au gré des ilots de sociabilité qui constituent cet archipel ? On n'est plus loin de la tour de Babel !

      Pierre Leyraud

    • Irène Doiron Et M. Pierre Leyraud - Abonnée 23 janvier 2018 22 h 41

      À J Duchesnau
      Quand vous écrivez:"le débat que vous soulevez M. Pierre Leyraud à propos de la "raison" est au coeur de la problématique moins en termes de "raison" mais davantage en terme de "liberté de penser" selon par exemple Spinoza" il me semble que vous restreignez le rôle fondamental de la raison dans toute forme de dialogue, et on parle parfois, comme J Rawls de "raison publique". L'intégration passe par un véritable dialogue, ce qui suppose que les arguments de part et d'autre sont compréhensibles et recevables par l'autre partie- base rationnelle et absence de dogmes- et que cet échange se fait de bonne foi-liberté de penser.

      Pierre Leyraud

    • Jacques de Guise - Abonné 24 janvier 2018 11 h 45

      À M. P. Leyraud,

      Pour terminer (car on s'éloigne de plus en plus malheureusement) permettez-moi d'ajouter que ce que vous appelez raison correspond à la pensée pour moi et que penser est la capacité de manier les signes de la langue dans un contexte donné à l'aide des ressources à notre disposition. J'ai tendance à penser comme Jacques Lacan que notre conscience est comme une matrice langagière. Et qu'un grand nombre d'incompréhensions humaines résident dans la difficulté non surmontée à objectiver nos énoncés langagiers et qu'une lutte acharnée s'ensuit entre l'identitaire et l'épistémique. Toute la problématique des rapports entre la pensée et le langage s'ouvre devant nous!! Ce sera pour une autre fois, n'est-ce pas!!!!

  • Jean-François Trottier - Abonné 23 janvier 2018 08 h 44

    Quelques points

    M. Arpin-Simonetti,

    je ne veux que relever quelques détaisl peu explorés dnas votre lettre.

    D.abord, mis à part quatre enclaves précises, la langue dominante dans le Canada était le français il y a 150 ans.
    Ces enclaves : les Maritimes, les Cantons de l'est, une partie de Montréal et les rives du lac Ontario.
    Tout l'ouest utilisait le français comme langue commune puisque chaque nation avait la sienne et que les premiers émissaires entres elles était francophones, coureurs des bois et Métis.

    C,est dans ces conditions que l'AANB a été signé, avec de belles perspectives d'avenir pour les francophones dans le Canada.

    Une réelle guerre a été fomentée contre cet état de fait tout de suite après la signature, avec la "réussite" éclatante que l'on voit : maintenant les enclaves sont francohones et la majorité du territoire uniformément anglaise.
    Massacres, génocides, parcage dans des réserves... les techniques ont été aussi efficaces qu'inhumaines.

    Vallières dans les années '60 a écrit le livre "Nègres blancs d'Amérique", qui ne décrit que la réalité.
    Le peuple québécois avait en 1950 le revenu moyen le plus faible d'Amérique du Nord, noirs américains compris, autochtones non compris.
    Le plus analphabète aussi.

    Vous parlez de la vision d'un peuple au racisme atavique. Cette vision est imposée par les médias anglophones basée sur leur clientèle et reprise par cette gauche "diversitaire" pour raison de très petite partisanerie. Le racisme, les francos le subissent aussi, moins mais tout de même.

    C'est contre ça que se lève le PQ, qui a connu ces attaques inadmissibles lors de la loi 101 et pendant chaque référendum. J'ai vu des graffiti de croix gammées associées au PQ chaque fois sur les murs de Côte-des-Neiges. Atavique? C'est un élément de plus d'une campagne créée par les fédéralistes qui jamais n'en parlent ouvertement pour ne surtout pas avoir de débat!
    C'est donc bien moins identitaire que vous ne le dites.

  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 23 janvier 2018 08 h 47

    Solidarités

    Mme Arpin-Simonetti,

    J'apprécie certains passages de votre article, notamment celui de «notre histoire particulière».

    Je voudrais simplement ajouter que les solidarités et les mises en relation, souhaitables pour constituer un climat harmonieux de vivre ensemble, se font à deux.

    L'intégration des immigrants à la société québécoise implique une société accueillante, notamment au niveau des instances gouvernementales de l'État québécois, pour faciliter l'insertion des immigrants. Mais elle nécessite aussi une volonté claire chez ces personnes d'adopter les éléments clés de la société québécoise : égalité homme-femme, langue maternelle française, laïcité politique.

    Si les nouveaux arrivants souhaitent reproduire une microsociété de leur pays d'origine, de se ghettoïser, d'aller dans le sens d'un multiculturalisme à la canadienne-anglais, ils n'ont qu'à aller le faire dans les 9 autres provinces de ce plus-meilleur pays. À ce titre, la responsabilité des autorités gouvernementales québécoises est d'informer clairement, lors du processus d'immigration, les candidats.

    Évidemment, tout ça serait beaucoup moins source de confusion pour les nouveaux arrivants et plus facile pour tout le monde si le Québec était un pays indépendant, libéré de ses liens coloniaux avec le Canada.

    • André Joyal - Abonné 23 janvier 2018 10 h 11

      M. Marcoux:l’auteur à l’évidence est... un homme.
      Il aurait souhaité la tenue de cette commission sur le racsme systémique. Moi aussi, mais pas pour les meme raisons que lui. Oui, pour en entendre des vertes et des pas mures de la part de gens qui ne nous aiment pas et qui ne sont pas au Québec pour se joindre et vivre avec nous.
      Aussi, j’aurais aimé témoigner du racisme dont j’ai été témoin de la part de jeunes Haitiens dans le métro.

    • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 23 janvier 2018 11 h 37

      «Évidemment, tout ça serait beaucoup moins source de confusion pour les nouveaux arrivants et plus facile pour tout le monde si le Québec était un pays indépendant, libéré de ses liens coloniaux avec le Canada.» (J-P Marcoux)

      Non seulement indépendant mais laïc, exempt - pour ne pas dire libéré, enfin! - de toutes dérives religieuses dont le catholicisme.

      Rappelons que la revue «Relations», est une revue d’obédience catholique et qui plus est, jésuite.

    • Benoit Samson - Abonné 23 janvier 2018 11 h 54

      Monsieur Marcoux semble expliquer que dans le pays du Québec qu’il envisage, il nous faudrait clairement montrer à l’immigré que nous sommes les patrons ici; s’il se conduit bien il pourra rester, sinon il n’a qu’à déménager dans une des autres neuf provinces Canadiennes.

      Pour passer le test de la bonne conduite l’immigré devra accepter les trois valeurs québécoises qu’il décrit. À ma connaissance cela ne fait pas problème aux immigrés sauf la difficulté, surtout pour les plus âgés, d’apprendre et de maitriser la langue française.

      Mais il semble aussi que l’immigré sera forcé d'abandonner les éléments culturels, traditionnels et religieux de son pays d'origine, ou au moins éviter que l’on soit témoins de leurs expressions.

      Il faudrait revoir le ‘’Grand Reportage de Radio Canada’’ sur Alex Stanké. Dans ce reportage il nous explique qu’il demeure toujours après 60 ans ici un Lithuanien dans l’âme. Intégré certes, mais célébrant encore les chants et les coutumes de son pays d’origine avec fierté avec ses amis et sa famille. On reste toujours comme un arbre transplanté en terre d’accueil, explique-t-il, il est impossible de s’intégrer complétement et d’effacer le passé. Encore aujourd’hui il semble souvent vivre dans une microsociété de son pays d’origine qui fait peur à tant de gens pour des raisons qui dépassent l’entendement.

      J’ose espérer que le pays dont rêve monsieur Marcoux ne se matérialisera avec les paramètres qu’il décrits ici.