Pour un programme efficace d’éducation à la sexualité

L’éducation à la sexualité devrait débuter dès le primaire et suivre un curriculum «spiralé», ce qui implique de revoir les mêmes thèmes sur plusieurs années.
Photo: iStock L’éducation à la sexualité devrait débuter dès le primaire et suivre un curriculum «spiralé», ce qui implique de revoir les mêmes thèmes sur plusieurs années.

Dans les dernières années, de nombreuses personnes se sont prononcées sur la question de l’éducation à la sexualité : parents, enseignant.e.s, sexologues et élèves. Avec le mouvement #MoiAussi et l’annonce d’une éducation à la sexualité obligatoire dans toutes les écoles du Québec dès la rentrée 2018, les débats refont surface. C’est rassurant, il semble maintenant y avoir un certain consensus quant à la nécessité de l’éducation à la sexualité à l’école. Toutefois, des perspectives s’affrontent quant au « comment faire ? ».

La proposition ministérielle est de laisser le soin à chaque équipe-école de choisir les façons de transmettre les apprentissages prescrits en fonction du degré d’aisance et d’expertise des enseignant.e.s et des professionnel.le.s disponibles. Ainsi, les apprentissages peuvent s’inscrire dans toutes les disciplines ou lors d’activités parascolaires selon une intensité variant de cinq à quinze heures par année. Dans ce contexte, les écoles peuvent solliciter le soutien de professionnel.le.s et d’organismes externes, comme les organismes communautaires. Cette formule en fait sourciller plusieurs, notamment les regroupements d’enseignant.e.s, qui rappellent ne pas avoir été consultés ni formés pour ce mandat, ainsi que les sexologues, qui militent pour une reconnaissance de leur expertise. Et dans tout ce brouhaha politico-médiatique, la recherche semble occuper peu de place…

Pourtant, l’une des fonctions de la recherche dans le domaine est de soutenir la prise de décisions et d’améliorer nos façons de mener le dossier de l’éducation à la sexualité. Mon intention ici est de contribuer à la réflexion en rendant accessibles les résultats issus d’une synthèse rigoureuse parue cette année. Sans plaider pour une confiance aveugle envers ces « données probantes », ces recommandations pourraient servir de base à une approche plus critique et concertée entre les différents acteurs et actrices interpellé.e.s par la santé sexuelle des enfants et des adolescent.e.s.

Voici les grands constats de cette synthèse, dont le but était de documenter qu’est-ce qui fait que les programmes d’éducation à la sexualité sont efficaces ; qu’ils sont acceptés par les équipes-écoles, les parents et les élèves ; qu’ils durent dans le temps ; et qu’ils sont uniformément adoptés d’une école à l’autre. La force de cette synthèse anglaise est d’inclure une diversité de sources : des entrevues avec des intervenant.e.s scolaires, des études de cas incluant parents et élèves, une grande enquête et des recensions d’études publiées.

Dès le primaire

Cette recension révèle que l’éducation à la sexualité devrait débuter dès le primaire et suivre un curriculum « spiralé », ce qui implique de revoir les mêmes thèmes sur plusieurs années, mais adaptés selon le développement des enfants et des adolescent.e.s. La proposition du gouvernement respecte ces deux recommandations. Les activités d’apprentissage devraient être interactives et se dérouler dans un cadre sécuritaire, ce qui implique de mener certaines activités en petits groupes, parfois divisés selon le genre. Elles devraient être obligatoires et programmées au même titre que les autres disciplines scolaires.

Pour leur part, les activités parascolaires ne sont souhaitables que si elles complètent une programmation officielle et devraient surtout viser à réagir à des évènements ponctuels (ex. : Saint-Valentin, bal des finissants) et d’actualité (ex. : #MoiAussi). À ce sujet, la proposition du gouvernement s’éloigne fortement de ces recommandations en adoptant une approche flexible.

L’éducation à la sexualité devrait être menée dans une approche positive, d’ouverture et de franchise. Les émotions, les aspects relationnels, le consentement et le plaisir devraient toujours faire partie du contexte d’apprentissage. Il est nécessaire que ces apprentissages soient abordés dans une approche inclusive, qui est sensible et reflète une diversité de réalités (ex. : sexuelles, ethnoculturelles, socioéconomiques), de manière à remettre en question les stéréotypes et les inégalités sociales plutôt que de les renforcer.

De plus, les leçons sur les risques sexuels exigent d’être développées et enseignées avec prudence, de manière à ne pas aliéner les élèves ni développer un rapport à la sexualité teinté de peur et de négativisme. Enfin, il est essentiel que les intervenant.e.s transmettent des informations justes, claires et récentes sur les options de contraception, de « sécurisexe », d’avortement et d’accès aux services de santé.

Aborder la question de façon confortable

Et qu’en est-il de l’épineuse question « qui devrait enseigner ces apprentissages ? » Il est fortement recommandé d’impliquer des professionnel.le.s externes aux écoles, surtout au secondaire, pour des raisons de confidentialité et d’efficacité des démarches. Les enseignant.e.s restent des partenaires privilégié.e.s, des expert.e.s de leur classe et des modèles importants pour les élèves. Néanmoins, les démarches qualifiées d’efficaces pour favoriser la santé sexuelle sont celles menées par des personnes formées adéquatement et en continu, confiantes, critiques et enthousiastes à l’idée de parler de sexualité. Pour être efficace et ne pas causer de tort, il est essentiel que les professionnel.le.s qui abordent la sexualité soient confortables. Ce sont également des personnes qui doivent servir de pont entre les écoles et les services externes, notamment les services de santé, lorsque nécessaire.

Bref, l’implantation d’une démarche nationale d’éducation à la sexualité ne peut reposer uniquement sur une vague de dénonciations, aussi percutante soit-elle, et encore moins sur le caractère imminent des élections. Nous pouvons tirer des leçons utiles de la recherche, pourquoi nous en priver ?

L’auteure a coordonné l’étude PIXEL sur la santé sexuelle des jeunes adultes au Québec (INSPQ) et a travaillé à l’évaluation de différents programmes d’éducation à la sexualité en milieu scolaire, notamment Spring Fever, implanté dans les écoles primaires en Angleterre. L’article duquel est tirée la majorité des recommandations partagées : Pound, P., Denford, S., Shucksmith, J. et coll. « What Is Best Practice in Sex and Relationship Education ? A Synthesis of Evidence, Including Stakeholders’ Views ». BMJ Open 2017.

3 commentaires
  • Jean Lapointe - Abonné 18 décembre 2017 07 h 48

    Du charabia

    «Et qu’en est-il de l’épineuse question « qui devrait enseigner ces apprentissages ? » (Sara Mathieu C.

    On n'enseigne pas des apprentissages. C'est quoi ce charabia? C'est mal parti.

    Il faudrait d'abord se demander ce que cela devrait pouvoir veut dire éduquer et ce qu'on veut dire par apprentissage.

    Et qu'est-ce qu'on entend par enseigner? Est-ce que ça veut dire informer, faire apprendre ou faire comprendre ou inculquer? Ou endoctriner ou conditionner?

    • Solange Bolduc - Abonnée 18 décembre 2017 21 h 38

      On ne parle pas des parents catholique ou musulmans qui rpéféreraient qu'on ne parle pas d'enseignement à la sexualité, ce qui gênerait , si on en parlait, leur idéologie religieuse !

      On n'est pas sorti du bois avec les religions, pensez-y un instants !

      Et quoi choisir entre l'instinct sexuel, ou le désir qui fait oeuvre de chair ou de consentement normal, et la religion qui impose l'interdit, ou impose ses règles, et n'ose parler du plaisir sexuel, surtout pour les femmes qui doivent être soumises à l'homme, en mariage en particulier! Et si cela s'impose en mariage, cela aussi en tant que célibataire, non?

  • Raymond Ayas - Abonné 19 décembre 2017 12 h 33

    que des préjugés

    Solange, pourquoi dites-vous que les catholiques préfèrent qu'on ne parle pas d'enseignement à la sexualité? C'est tout à fait faux. J'ai fait une présentation au nom de l'Association des parents catholiques du Québec printemps dernier. En tant que porte-parole de l'Association j'ai clairement exprimé que c'est un sujet important, et que nous ne sommes pas contre un cours, mais contre le programme tel qu'il était présenté dans les documents officiels du Ministère de l'éducation.