Offrir la meilleure éducation possible, une obligation collective

La création d'un Institut national d’excellence en éducation représentera un investissement stratégique, permettant à chaque citoyen de développer son plein potentiel, estiment les auteurs. 
Photo: Jirka Matousek / CC La création d'un Institut national d’excellence en éducation représentera un investissement stratégique, permettant à chaque citoyen de développer son plein potentiel, estiment les auteurs. 

Les acteurs de l’éducation naviguent sur une mer de savoirs et de points de vue souvent contradictoires. Il est difficile de s’y retrouver. Si l’on veut que l’école réponde mieux aux besoins de ses élèves, il faudra se donner les moyens de tirer le meilleur des connaissances disponibles, d’où qu’elles viennent. C’est pourquoi le projet d’un Institut national d’excellence en éducation (INEE), depuis sa formulation en 2014, s’attire de plus en plus d’appuis.

Cet institut aura pour mission d’agir en toute indépendance afin d’offrir aux acteurs et aux décideurs scolaires des synthèses et des avis qui rendent compte de l’état des connaissances sur les défis identifiés par la recherche et par le milieu éducatif. Contrairement à ce qu’on entend parfois, et contrairement à ce qui se produit souvent en ce moment, ces avis tireront parti de la diversité des paradigmes, des approches et des sources de connaissances en éducation. Ils préciseront les apports comme les limites des savoirs disponibles, favoriseront une décision plus éclairée et favoriseront le transfert des connaissances en concertation avec les acteurs existants.

Le monde de la santé, confronté à des défis analogues, s’est doté d’organismes qui assument cette mission, comme l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) et l’Institut national d’excellence en santé et services sociaux (INESSS). On s’en félicite aujourd’hui. Sans transposer le modèle à l’identique, le milieu de l’éducation gagnera à s’enrichir d’un organisme qui répond au besoin d’un usage plus réfléchi et nuancé des connaissances. Des réseaux thématiques permanents, soutenus par le personnel de l’INEE, réuniront des scientifiques externes représentant les divers courants épistémologiques et méthodologiques, de même que des praticiens, des gestionnaires et des décideurs, consolidant les liens entre la recherche et le milieu éducatif.

À l’heure actuelle, il est ardu pour les différents acteurs d’accéder aux connaissances pertinentes pour la réussite éducative, notamment parce qu’elles ne sont pas recensées, analysées et répertoriées de façon systématique et thématique en un lieu unique. Qui plus est, différentes autorités du système éducatif fournissent parfois des messages contradictoires. Enfin, les connaissances scientifiques étant disponibles majoritairement en langue anglaise, certains acteurs francophones y ont difficilement accès. Par conséquent, plusieurs connaissances demeurent peu ou pas accessibles, ce qui ne favorise pas leur mobilisation.

L’INEE contribuera à développer en éducation une culture de recherche, favorisant le développement des compétences et la mise à jour des pratiques. Une culture vigoureuse de la recherche en éducation bonifiera la réponse aux besoins des élèves et des différents acteurs. L’INEE se coordonnera avec les universités et les associations professionnelles, pour faire s’épanouir cette culture dans la formation initiale et continue.

Accessible à toutes les régions du Québec, l’INEE réunira et catalysera les forces vives oeuvrant pour la réussite éducative. La création de cet institut représentera un investissement stratégique, relevant d’une décision socialement et économiquement responsable, dans un contexte de société du savoir devant permettre à chaque citoyen de développer son plein potentiel, afin de pouvoir en retour contribuer pleinement à la société.


* Ont signé ce texte: 
Christian Dagenais, professeur agrégé, Université de Montréal;
Frédéric Guay, professeur titulaire, Faculté des sciences de l’éducation, Université Laval;
Michel Janosz, directeur, École de psychoéducation, Université de Montréal;
Normand Lessard, directeur général, Commission scolaire Beauce-Etchemin;
Alain Poirier, vice-président, Valorisation scientifique et communication, Institut national de santé publique du Québec; 
Jean-Marie Van Der Maren, professeur titulaire retraité, Département d’administration et fondement de l’éducation, Université de Montréal;
Isabelle Archambault, professeure agrégée, École de psychoéducation, Université de Montréal;
Michel Boivin, professeur, Faculté des sciences sociales, Université Laval;
Thérèse Bouffard, professeure titulaire, Département de psychologie, Université du Québec à Montréal;
Marie-Christine Brault, professeure, Département des sciences humaines et sociales, Université du Québec à Chicoutimi;
Monique Brodeur, professeure titulaire, Faculté des sciences de l’éducation, Université du Québec à Montréal;
Julien Bureau, professeur, Faculté des sciences de l’éducation, Université Laval;
Stéphane Cantin, professeur agrégé, École de psychoéducation, Université de Montréal;
Alain Desrochers, directeur scientifique, Institut des troubles d’apprentissage;
Stéphane Duchesne, professeur, Faculté des sciences de l’éducation, Université Laval;
Véronique Dupéré, professeure agrégée, École de psychoéducation, Université de Montréal;
Alexis Gagné, étudiant au doctorat en Sciences humaines appliquées et porte-parole de l’Institut des générations;
Hubert Gascon, directeur, Unité départementale des sciences de l’éducation, Université du Québec à Rimouski;
Simon Larose, professeur, Faculté des sciences de l’éducation, Université Laval;
Célia Matte-Gagné, professeure, Faculté des sciences sociales, Université Laval;
Linda Pagani, professeure titulaire, École de psychoéducation, Université de Montréal;
André Plamondon, professeur, Faculté des sciences de l’éducation, Université Laval;
Julien Prud’homme, professeur, Université du Québec à Trois-Rivières;
Catherine Ratelle, professeure, Faculté des sciences de l’éducation, Université Laval;
Marc St-Pierre, directeur général adjoint, Commission scolaire de la Rivière-du-Nord (2002-2012);
George Tarabulsy, professeur, Faculté des sciences sociales, Université Laval;
Évelyne Touchette, professeure, Psychoéducation, Université du Québec à Trois-Rivières;
Michel Umbriaco, professeur, Unité d’enseignement et de recherche en éducation, TELUQ;
Carole Vezeau, professeure, Département de psychologie, cégep régional de Lanaudière à Joliette;
Frank Vitaro, professeur titulaire, École de psychoéducation, directeur du Groupe de recherche sur l’inadaptation psychosociale chez l’enfant (GRIP), Université de Montréal​
8 commentaires
  • Marguerite Paradis - Abonnée 17 novembre 2017 04 h 32

    LES INTELLIGENCES MULTIPLES DE L'INDIVIDU

    Le développement du potentiel ça commence par la prise en compte des intelligences multiples de l’individu – intrapersonnelle, interpersonnelle, visuelle-spatiale, auditive-musicale, corporelle-kinesthésique, logico-mathématique, naturaliste, verbo-linguistique – ce qui est loin d'être la norme même dans l'enseignement, y compris en éducation.
    Pourtant cette info est accessible depuis les années ’80, étonnant n’est-ce pas?
    M.P.

    • Jacques Tremblay - Inscrit 18 novembre 2017 08 h 50

      Ce qui est étonnant c’est plutôt que des gens pensent que c’est possible pour des enseignants, avec 32 élèves hétérogènes dans chacune de leurs classes, de tenir compte de toutes les facettes possibles de l’esprit humain tout en tenant compte des caractéristiques socio-économiques et des retards pédagogiques de chacun!

      Faudrait-il donner un même cours de 8 ou 12 manières différentes pour y arriver? Faudrait-il présenter un examen de 8 manières différentes pour respecter les capacités de chacun? Ou encore faudrait-il dès leur entrée dans le système scolaire étiqueter les élèves afin de les regrouper chacun dans leur propre classe?

      On est loin de l’intégration scolaire.

      Imaginez, le système ne tient même pas compte des différences d’apprentissage qu’il y a entre les gars et les filles malgré le haut taux de décrochage scolaire des garçons!

      L’élève devenu étudiant ne devrait-il pas avoir appris à s’adapter à la société où il devra de toute façon chercher à s’épanouir à sa manière?

      Est-ce un exemple de données probantes que peut offrir le fameux nouvel institut?

      Même si ces connaissances sur les caractéristiques d’apprentissage de l’esprit humain sont, du reste, très intéressantes, il n’est pas humainement réaliste de penser que ces connaissances peuvent devenir des figures pédagogiques imposées pour les enseignants. Faut-il rappeler que les enseignants ne sont que des êtres humains?

      Ce n’est qu’en récupération individuelle que l’intervention adaptée devient possible et même parfois très évidente.

      Jacques Tremblay
      Sainte-Luce,Qc

  • Jean-François Trottier - Abonné 17 novembre 2017 09 h 44

    Sentez-vous cette odeur de pourriture ?

    ...parce que ça pue pas à peu près!

    Comment tant de personnes, censées être des sommités, peuvent pondre un truc aussi maladivement dirigiste sans le moindre fondement de pensée ?

    C'est extrêmement grave! Réveillez-vous!

    On va entrer un peu dans le discours :
    - Comment pouvez-vous parler d'excellence sans définir ce but ? Ce faisant vous partez sur des idées qui luisent comme de beaux préjugés dans votre grande noirceur de réflexion.
    C'est quoi, l'excellence, tabaslac ?

    C'est QUOI, la "réussite éducative", calv...

    Y a des limites à étaler son incompétence comme ça!

    De toute évidence le but ci-visé est une uniformisation po-li-ti-que via des méthodes qui, si elles se veulent pédagogiques, deviendront à court terme de la manipulation à grande échelle. Comment faites-vous pour ne pas le voir, vous tous ?

    La banque de données, excellent. D'ailleurs je la propose aussi, ailleurs dans Le Devoir aujourd'hui.

    Mais le dirigisme que vous y accolez, l'intention comprise dans l'institution est une tare dangereuse à tout point de vue.
    Le simple usage du mot "excellence" dans ces lignes relève d'un interventionnisme plus que malsain.

    Entendons-nous : vous ne savez absolument pas ce qu'est la réussite éducative, vous n'avez ni droit ni la capacité de décider du futur de notre société.

    Vous ne savez pas ce qu'est l'excellence, et en tout cas certainement pas d'un point de vue pédagogique. D'ailleurs ce mot devrait être banni de tout projet éducatif. On ne forme pas des "excellents"... à moins de croire aussi à l'eugénisme et autres visions "gagnantes".

    La banque de données, certainement.

    Le reste... Votre religion de la sanité de passera pas, en tout cas je l'espère.

    • Marc Therrien - Abonné 17 novembre 2017 19 h 50

      C’est justement parce qu’ils ne savent pas qu’ils vont chercher à le trouver. Il se pourrait qu’ils ne trouvent pas ce qu’ils cherchent de façon à ce que la raison d’être de l’INEE continue de se justifier par elle-même. Et s’il advenait qu’ils réussissent à trouver ce qu’est l’excellence pour qu’elle puisse être atteinte, ils pourront toujours rebaptiser l’institut en l’Institut National de Recherche de la Perfection en Éducation (INRPE) pour lui donner un second souffle.

      Marc Therrien

  • Yvon Bureau - Abonné 17 novembre 2017 15 h 38

    Mon utopie

    Que le budget de l'Education soit égal ou supérieur à celui de la Santé

    • Roxane Bertrand - Abonnée 17 novembre 2017 19 h 10

      En fait, lorsque le budget d'éducation augmente, on remarque une baisse des besoins de budgets en santé. Mais, les citoyens ont voté pour donner l’argent à leur médecins plutôt qu’à leurs enfants.

  • Frederic Saussez - Abonné 17 novembre 2017 16 h 05

    Une amorce pour une consultation ?

    Ce texte propose une orientation pour l’Institut différente de celle défendue dans le document soumis à la consultation : vision pluraliste de la recherche en éducation, régulation professionnelle du contenu du travail, etc. Il s’avance aussi sur une architecture possible : constitution de réseaux thématiques impliquant la participation de différentes catégories d’acteurs. Bravo, en 5500 signes vous proposez plus de contenu que le document actuel. Peut-être serait-il pertinent de suggérer au Ministre de prolonger les consultations en proposant à la sagacité du public des orientations claires et différents scenarii d’opérationnalisation !

  • Claude Bernard - Abonné 18 novembre 2017 11 h 17

    Prendre la santé comme modèle? Étrange idée!

    Personne ne peut soutenir sérieusement que le système de santé du Québec doit être pris comme modèle à suivre.
    Compiler et analyser les résultats des études scientifiques, pour en faire quoi?
    Les rendre disponibles à qui?
    Au ministre, aux mille fonctionnaires du ministère, aux multiples commissions scolaires, aux centaines de professeurs, à tous les parents intéressés par la réussite de leurs enfants, au public en général?
    Allo la cacophonie et le rêgne du roi pétaud!
    Ne devrait-on pas savoir, après toutes les réformes, les essaies, les nombreux ministres qui se succédèrent sans améliorations notables que le sujet dépasse les lubies des uns et des autres?
    Des questions demeurent sans réponses: pourquoi le ministère est-il si opaque, pourquoi certaines commissions scolaires réussissent-elles mieux que d'autres, pourquoi toutes ne sont-elles pas dans le mandat de une vérificatrice générale, pourquoi et surtout comment certaines écoles publiques repértoriées par le Journal de Montréal obtiennent-elles de si bons résultats?
    Quand est-il de la sélection et de la formation des administrateurs dans les écoles?
    Qui nous donnera la réponse à ces questions?
    Certainement pas un institut de plus dans le paysage.
    C'est aux journalistes de questionner le ministre sur cela et c'est à lui de trouver les réponses.
    Ils et lui sont payés pour ça!