Obstacle à une vraie victoire pour le climat

Une institution financière ne peut prétendre être moindrement «verte» et respecter les droits des Premières Nations si elle continue à financer les pipelines de sables bitumineux, estiment les auteurs. 
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Une institution financière ne peut prétendre être moindrement «verte» et respecter les droits des Premières Nations si elle continue à financer les pipelines de sables bitumineux, estiment les auteurs. 

Alors que des représentants de quelque 180 pays discutent cette semaine à Bonn, en Allemagne, des solutions à apporter à la crise climatique et que 15 000 scientifiques d’à travers le monde ont profité de l’occasion pour lancer un avertissement urgent que l’humanité court à sa perte, les banques, et même Desjardins, continuent de financer le pétrole le plus sale au monde — les sables bitumineux en Alberta.

C’est pourquoi les chefs des Premières Nations au Québec et au Labrador, réunis en assemblée de l’APQNL à Montréal le 31 octobre dernier, ont adopté une résolution exigeant que Desjardins tourne le dos au financement des trois projets de pipelines de sables bitumineux qu’il reste à la suite de l’abandon du projet Énergie Est : Trans Mountain Expansion de Kinder Morgan, Keystone XL de TransCanada et Ligne 3 d’Enbridge.

Cette résolution fait suite à une rencontre en septembre entre des dirigeants de Desjardins et des représentants, dont les soussignés, de l’alliance de 150 Premières Nations du Canada et des États-Unis qui ont signé le Traité autochtone contre l’expansion des sables bitumineux. Depuis la signature du traité, le mouvement contre l’expansion des sables bitumineux a grandement contribué à arrêter définitivement deux projets de pipelines qui auraient permis cette expansion : Énergie Est de TransCanada et Northern Gateway d’Enbridge.

Sans nouveaux pipelines, il ne peut y avoir d’augmentation importante de la production des sables bitumineux. C’est pourquoi la construction de l’un ou l’autre des trois projets de pipelines de sables bitumineux restants transformerait la mort d’Énergie Est en victoire creuse.

L’abandon d’Énergie Est ne veut donc pas dire que la partie est gagnée, loin de là. Le risque d’une augmentation massive des émissions de gaz à effet de serre et d’accélération de la crise climatique est toujours là et les risques de contamination de l’eau ont simplement été déplacés ailleurs, mettant à risque d’autres Premières Nations et d’autres communautés.

Cette demande auprès de Desjardins s’insère dans le cadre d’une campagne mondiale de désinvestissement menée par les peuples autochtones appelée Mazaska Talks (mazaska veut dire « argent » en lakota) et visant les institutions financières qui financent les sables bitumineux ainsi que les pipelines qui aggravent ce fléau climatique.

Une institution financière ne peut prétendre être moindrement « verte » et respecter les droits des Premières Nations si elle continue à financer les pipelines de sables bitumineux. En particulier, un groupe financier coopératif comme Desjardins, qui est le plus important au Québec, qui se dit sensible aux questions sociales et environnementales, ne devrait pas être associé à des projets qui violent les droits des Premières Nations.

La banque française BNP Paribas, l’une des plus grosses banques au monde, a compris le message. Dans une grande victoire, BNP Paribas a annoncé tout récemment qu’elle ne financerait plus les pipelines de sables bitumineux ni des entreprises dont l’essentiel des activités repose sur les sables bitumineux, le gaz ou le pétrole de schiste ainsi que le pétrole en Arctique.

Desjardins annoncera bientôt la suite qu’elle donnera au moratoire temporaire qu’elle a institué cet été sur le financement et les investissements dans les pipelines. Un moratoire pour les projets futurs est assurément une bonne chose. Toutefois, afin de respecter les droits des Premières Nations, il faut aller plus loin. Desjardins doit se départir des centaines de millions de dollars de prêts qu’elle a accordés aux sociétés de pipelines de sables bitumineux TransCanada, Kinder Morgan et Enbridge, y compris les 145 millions de dollars prêtés à Kinder Morgan pour son projet de pipeline Trans Mountain Expansion, et ce, juste avant l’imposition du moratoire.

Ces entreprises sont en guerre contre les Premières Nations et contre la planète. Les chefs des Premières Nations au Québec et au Labrador tendent la main à Desjardins afin de l’inviter à choisir le bon camp.

6 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 16 novembre 2017 03 h 34

    La santé climatique avant les profits!

    Heureusement que les Premières Nations se mobilisent pour sauvegarder l'héritage sacré de la terre et de l'eau contre l'hypocrisie de nos gouvernements. Il n'y a pas de cohérence entre les déclarations «vertes» des institutions financières et le respect des droits des Premières Nations, si elles continuent à financer les pipelines de sables bitumineux.
    Le bon sens exige que la santé climatique doive avoir préséance sur le profit.

  • Bernard Terreault - Abonné 16 novembre 2017 08 h 07

    Et les autochtones de l'Ouest?

    Les Premières Nations de l'Ouest, dont certains membres travaillent dans le gaz et le pétrole, sont-elles d'accord?

    • Luc Falardeau - Abonné 16 novembre 2017 15 h 20

      Les Premières Nations de l'ouest auraient plus de crédibilité dans cette histoire si elles exprimaient leurs opinions aux banques de l'Ouest canadien.

  • Gilbert Troutet - Abonné 16 novembre 2017 09 h 08

    Desjardins, une banque comme les autres

    Pas étonnant que Desjardins finance encore des projets liés aux sables bitumineux : il faut que ça rapporte ! Or c'est à nous, sociétaires et consommateurs, de faire savoir à leurs conseillers financiers que notre argent devrait être investi autrement.

    Depuis quelques années, les dirigeants du Mouvement « coopératif » Desjardins ont fait des caisses populaires une banque comme les autres. D'une part, ils augmentent les frais et ferment les comptoirs de quartiers, y compris les guichets automatiques. D'autre part, ils se paient des salaires faramineux : les sept membres de la haute direction se sont partagé 14 millions $ en 2016. Monique Leroux, qui a précédé Guy Cormier, se permettait un traitement de 3.4 millions $ par année.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 16 novembre 2017 13 h 53

      Tout le monde ici, incluant M. Picard et Simon, consomment du pétrole.

      Même que les Premières Nations ont très souvent comme source d'électricité des génératrices qui carburent au pétrole...

      Alors bien avant de faire des leçons aux institutions financières il faut réduire sa consommation d'énergie fossile.

      Il est au moins 6 fois plus efficace en terme de réduction de GES de consommer 1 litre de moins que de juste faire du remplacement d'un litre issu des sables bitumineux.

      Et pour le ridicule appel a investir ailleurs sont effet sur les GES est de un gros ZÉRO.

      Pire même, c'est un véritable exercice de fake-action, ce qui donne l'impression qu'on a fait une action positive alors qu'il en est rien. Juste du lissage d'image en pure mode d'exercice de PR (public relations).

  • Gilles Théberge - Abonné 16 novembre 2017 10 h 24

    Si ce n’était que Desjardins, mais il y’a aussi la Caisse de Dépôt et Placements du Québec qui a annoncé plus tôt cette année, des investissements dans la sables bitumineux, et le pétrole de l’ouest.