Patrimoine et aménagement du territoire, de nombreux défis à venir

La Maison Alcan a été classée par le ministre de la Culture grâce à un accord multipartite novateur.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir La Maison Alcan a été classée par le ministre de la Culture grâce à un accord multipartite novateur.

À quelques semaines du scrutin, le jeu des partis et des promesses s’intensifie, laissant trop souvent pour compte les enjeux de patrimoine et d’aménagement du territoire. Sans négliger l’intérêt de voir les équipes en lice avancer des projets ambitieux et pertinents, d’incontournables défis s’annoncent avec la désaffectation programmée de nombreux bâtiments patrimoniaux et les nouvelles responsabilités découlant de l’adoption des projets de loi 121 et 122. Ces défis ne pourront être négligés. Les relever demandera créativité et collaboration entre élus, citoyens, experts et promoteurs.

Faste en célébrations et en legs, dont l’agrandissement de Pointe-à-Callière et les premières promenades urbaines, 2017 conclut un mandat marqué de nombreux dossiers de patrimoine et d’aménagement. À Montréal, on a démoli la maison Redpath, la Montreal Works, les vestiges du village des tanneries à Saint-Henri et, bientôt, l’ancien hôpital pour enfants sans que ces sacrifices enrichissent le patrimoine montréalais. Heureusement, la Maison Alcan a été classée par le ministre de la Culture dans le cadre d’un accord multipartite novateur et la Ville de Montréal a acquis, pour les mettre en valeur, le couvent et le verger des Hospitalières de Saint-Joseph et le site archéologique de Fort-Lorette, au Sault-au-Récollet.

Longueuil puis Montréal se sont dotées de plans d’action en patrimoine comptant plusieurs mesures pertinentes, voire novatrices. À Montréal, ce plan reconnaît le Conseil du patrimoine, dont l’existence était menacée, et manifeste une volonté de collaborer avec les arrondissements et les acteurs montréalais par un observatoire et un comité de suivi mixte. La Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) a aussi travaillé sur les ensembles patrimoniaux, les paysages riverains et les Montérégiennes. Bref, on avance.

Les gouvernements ont aussi agi. Ainsi, le nouveau pont Champlain en construction respecte un design obligatoire digne du Saint-Laurent et le futur plan directeur du Vieux Port est en consultation. Surtout, le chantier du renouvellement de la politique culturelle du Québec comprend une réflexion sur le patrimoine dont on attend des mesures concrètes et incitatives qui reconnaissent la spécificité de la métropole et renversent le fardeau qu’imposent au patrimoine la fiscalité et le court terme.

Enfin, ces quatre années illustrent l’effort de la société civile pour suppléer au manque de prévoyance des pouvoirs publics devant la désaffectation massive d’édifices patrimoniaux. Ainsi, l’Université Concordia a donné une nouvelle vie à la maison mère des Soeurs grises et l’Université McGill évalue la possibilité d’intégrer l’ancien hôpital Royal Victoria à son campus. Des organismes communautaires travaillent à la réaffectation de l’Hôtel-Dieu, de l’ancienne Institution des sourdes-muettes, de Blue Bonnets et du couvent de Pointe-Claire.

2017-2021: les défis incontournables 
 

Après le 5 novembre, d’importants devoirs attendent les élus municipaux montréalais et métropolitains en patrimoine et d’aménagement.

Ainsi, l’arrivée du Réseau électrique métropolitain (REM) et le déploiement plus discret du sentier vélopolitain de la CMM modifieront considérablement le paysage, les habitudes et les relations entre le coeur et les parties de la région métropolitaine. De même pour le projet Royalmount, ce mégacentre commercial de divertissement dont l’apparition spectaculaire en 2015 a démontré les profondes faiblesses de notre culture de planification, encore largement dominée par les projets ponctuels et la fiscalité des villes, aux dépens d’une cohérence d’ensemble et d’un aménagement du territoire de qualité.

Comment réussir ? Il faudra plus que des paroles bien intentionnées. Certains rendez-vous offrent des occasions à saisir intelligemment, par exemple en mettant en place des mécanismes collaboratifs de suivi à l’image de l’Agora métropolitaine.

En 2018, la Ville de Montréal doit mettre à jour son Plan d’urbanisme et mettre en oeuvre son plan d’action en patrimoine. La CMM, que préside le maire de Montréal, devra faire l’état de son Plan métropolitain d’aménagement et de développement (PMAD). Le gouvernement du Québec amorcera le plan d’action de la nouvelle politique culturelle. Il aura aussi énoncé les critères permettant aux municipalités d’adopter des politiques de participation publique pour exercer les nouveaux pouvoirs accordés par la loi 122 et d’être exemptées de l’actuelle obligation de consulter la population par référendum.

Au centre-ville comme partout dans la métropole, l’entretien du patrimoine civique et la transformation des ensembles patrimoniaux sont des défis. Il faudra refuser l’échec auquel on nous a tant habitués. On n’a pas droit à l’erreur en rénovant la rue Sainte-Catherine et les artères commerciales. Ni à l’insignifiance en revitalisant des ensembles patrimoniaux aussi emblématiques que l’Hôtel-Dieu, l’ancienne brasserie Molson, l’Office national du film, le Silo 5, la Dominion Bridge, le parc Jean-Drapeau ou le Parc olympique. Il faut aussi réussir à sauvegarder la maison La Fontaine et le jardin Notman, à réhabiliter nos écoles et nos lieux de culte patrimoniaux, et à regagner l’accès au fleuve.

Pour que Montréal, ses quartiers et la région métropolitaine réussissent en 2017-2021 à revitaliser et à enrichir leur patrimoine, il faudra mieux planifier et recenser, en amont, les défis et les possibilités que présente le territoire. Il faudra aller au-delà du réglementaire et mettre en place des processus efficaces, éclairés et cohérents qui stimulent l’émergence de projets et de nouveaux usages pertinents, inspirants et enrichissants pour notre société. Il faudra mobiliser notre créativité par un « travailler ensemble » à la montréalaise qui instaure une relation collaborative entre élus et société civile à l’échelle locale, municipale et métropolitaine. Cela fera de la métropole un lieu de confiance, d’imagination et de bien-vivre pour sa population autant qu’un exemple à suivre.

 

1 commentaire
  • Yves Côté - Abonné 23 octobre 2017 03 h 38

    Où donc aller ...?

    Où donc aller en terme de patrimoine, lorsque la véritable patrie historique elle-même est niée par la propagande nationaliste étroite du Canada qui ne cherche qu'à encourager le folklore, plutôt que la culture des peuples pré-britanniques ?