Énergie Est: pour une discussion nationale sur nos ressources naturelles

Selon l'auteur, il n’y a pas de doute que la faible acceptabilité sociale a ralenti le développement du projet Énergie Est.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Selon l'auteur, il n’y a pas de doute que la faible acceptabilité sociale a ralenti le développement du projet Énergie Est.

Tous les spécialistes du secteur de l’énergie s’entendent pour dire que l’abandon du projet Énergie Est s’explique essentiellement par des facteurs économiques. Avec la baisse des prix du pétrole, le ralentissement de la croissance de la production des sables bitumineux et l’approbation de deux autres projets d’oléoduc (Trans Mountain et Keystone XL), la rentabilité d’Énergie Est était devenue douteuse. N’eût été cela, TransCanada aurait poursuivi ses efforts, comme elle l’a fait ailleurs, peu importe les obstacles posés sur sa route par les politiciens et les écologistes.

 

Évidemment, il n’y a pas de doute que la faible acceptabilité sociale a ralenti le développement du projet. Cette résistance de différents milieux n’était pas une mauvaise chose en soi. En effet, TransCanada est arrivée au Québec avec de gros sabots, faisant peu de cas des préoccupations et des craintes d’une population peu habituée aux façons de faire de l’industrie pétrolière. Il a fallu cette levée de boucliers pour que l’entreprise albertaine réalise que son oléoduc ne passerait pas comme du beurre dans la poêle et refasse ses devoirs.

 

Une certaine hypocrisie

 

Cela dit, j’aurais souhaité que les élus québécois, tout en exprimant les réserves que leur inspirait le projet, tiennent compte de son importance pour l’économie de l’ouest du pays, économie dont nous sommes nous-mêmes bénéficiaires. Il y a eu dans ce rejet massif de la part des politiciens une certaine hypocrisie, notamment quand il venait de la part de dirigeants de grandes villes carburant à l’automobile. Pour sa part, le maire de Montréal, Denis Coderre, autrefois grand promoteur de l’unité canadienne, a fait preuve d’un déplorable esprit de clocher, alors qu’il aurait fort bien pu se faire le champion d’un juste milieu entre la protection de l’environnement et le développement économique, entre ses intérêts politiques à courte vue et les intérêts économiques du pays en son entier.

 

Rivalisant avec le maire en cette matière, le premier ministre de la Saskatchewan, Brad Wall, n’a cessé de blâmer le Québec pour les difficultés auxquelles faisait face Énergie Est. Ce faisant, M. Wall a commodément oublié que le projet Northern Gateway est mort et que le projet Trans Mountain est menacé en raison de la forte opposition de leaders provinciaux, municipaux et autochtones de l’ouest du pays. Le manque de solidarité avec les provinces productrices de pétrole n’est pas l’apanage du Québec.

 

En raison de l’immensité de son territoire, la prospérité du Canada dépendra toujours en bonne partie de ses ressources naturelles. Le pétrole et le gaz en feront partie pour encore plusieurs décennies. Mais, en raison de la lutte urgente contre les changements climatiques, ces dernières ressources font face à des défis particuliers. C’est pourquoi, comme le souhaitait récemment Ken Hughes, ancien ministre albertain de l’Énergie, il est temps que les Canadiens aient une discussion franche sur l’avenir de ces hydrocarbures. Cette conversation pourrait, par exemple, prendre la forme d’une commission royale d’enquête. Elle devrait viser une exploitation de nos ressources naturelles pour le bien de l’économie du pays, exploitation encadrée par des règles exigeantes en matière environnementale et respectueuse des droits des peuples autochtones.

 

Pour qu’une telle discussion ait lieu, il faut un leadership national, qui repose d’abord sur les épaules des élus fédéraux. Mais cela ne suffit pas : les leaders autochtones, provinciaux et municipaux doivent aussi faire preuve d’un esprit national, c’est-à-dire s’engager dans de tels échanges en ayant en vue l’intérêt du pays d’un océan à l’autre, pas seulement l’intérêt de leur communauté. Sans quoi, l’esprit de clocher triomphera. À chaque grand projet abandonné, une région, quelques villes crieront victoire. Mais le Canada aura perdu.

12 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 11 octobre 2017 01 h 37

    La science n'est pas négociable!

    C'est incroyable que le sénateur, André Pratt, veuille discuter de l'indiscutable. Ce n'est pas le maire Coderre qui vise ses intérêts politiques à courte vue, ce sont les tenants du pétrole à tout prix qui ne comprennent pas que les changements climatiques ne sont pas négociables. Au lieu d'investir les milliards de dollars accordés pour subventionner le pétrole sale des sables bitumineux, il faudrait mettre ces fonds dans les énergies renouvelables pour sauver la planète. J'aurais attendu un peu plus de sagesse de la part du sénateur!

  • Claude Bariteau - Abonné 11 octobre 2017 07 h 34

    Pratte, Pratte, Pratte, où es-tu ?

    Pourquoi cette question ?

    Parce que monsieur, assis dans le deuxième wagon du train canadien à côté de vous savez qui, leur dit qu'il fera la leçon aux énergumènes, politiciens locaux et leaders autochtones qui ont négligé les intérêts du Canada que promeuvent les entreprises pétrolières en Alberta.

    En fait, monsieur entend expliquer aux Canadiens d’un océan à l’autre que cette exploitation demeurera pour les prochaines années l’assise du Canada sans laquelle ce pays, sans ce pétrole, sera perdant car son économie périclitera, sa prospérité sera en baisse et les revenus du gouvernement central en chute.

    Affirmant que les spécialistes expliquent que seuls des facteurs économiques ont amené TransCanada à retirer son projet Énergie Est des mains d’ONÉ, il passe sous silence que ses dirigeants ont clairement dit l’avoir fait à cause de la prise en compte des GES produit pour l’exploitation du pétrole.

    Donc, à l’instar de « Malbrough s’en va-t-en guerre », ce Pratte se fait porte-parole de l’ex-ministre albertain de l’énergie, qui n’a rien d’un politicien de village, selon qui il est temps de discuter franchement de l’avenir des hydrocarbures. Non pour les exclure mais pour les exploiter pour le bien de l’économie du pays.

    Mais pas n’importe comment. En commission royale d’enquête afin que ce dossier devienne celui des prochaines élections, parce que le pétrole de l’Alberta sera aux premières loges et que le PLC risque de se retrouver sur la paille, ce qui pourrait faire imploser le Canada.

    En retirant Énergie Est des mains de l’ONÉ, TransCanada a fait de ce dossier un enjeu politique pour le PC. Là, le sénateur Pratte fait de même pour le PLC. Il part en guerre pour sauver le Canada.

    Pratte, Pratte, Pratte, Malbrough, qui ne savait pas quant il reviendra, est mort au combat. Enterré, on se rappela qu’il se battit. Puis, les gens présents à son enterrement s’en retournèrent en Alberta.

  • Bernard Terreault - Abonné 11 octobre 2017 08 h 50

    On n'éteint pas si aisément des intérêts divergeants

    M. Pratte maintenant sénateur propose qu'une grande Conversation Nationale sous la forme d'une Commission rien moins que Royale (est-ce qu'on va demander son opinion au Roi?) soit mise sur pied. Après des années de pérégrinations à travers leCanada, de consultations, de réunions, elle accouchera d'un Rapport plein de bonnes intentions que tous se dépêcheront d'oublier car on n'éteint pas si aisément des intérêts divergeants. On ne peut pas dire au reste du Monde qu'il doit réduire sa comsommation de pétrole "pour le bien de l'humanité", mais que le Canada, lui, doit produire plus d'hydrocarbures "pour son économie". On ne peut pas dire les profits pour les pétrolières, les risques de fuites catastrophiques pour le public.

  • Hermel Cyr - Abonné 11 octobre 2017 09 h 04

    Quel sophisme !

    "[Denis Coderre] aurait fort bien pu se faire le champion d’un juste milieu [...] entre ses intérêts politiques à courte vue et les intérêts économiques du pays en son entier."

    Monsieur le sénateur ne semble pas savoir que ce sont les intérêts économiques de son pays, liés au sables bitumineux, qui sont des intérêts à courte vue !

  • François Beaulé - Abonné 11 octobre 2017 09 h 12

    Le bien de l'humanité dépasse les intérêts économiques du Canada

    André Pratte nous invite à s'élever au-dessus des intérêts locaux pour chercher à maximiser les intérêts économiques du Canada. Il évoque aussi l'objectif du juste milieu entre la protection de l’environnement et le développement économique.

    Or les problèmes environnementaux, dont le réchauffement climatique, dépassent les frontières nationales. L'Accord de Paris de 2015, bien qu'insuffisant, reconnaît la dimension mondiale de cette menace. La croissance de la production et de la consommation de pétrole et de charbon sont incompatibles avec la résolution de la question climatique. Le « juste milieu » implique une diminution de la production de pétrole. À commencer par un des plus polluants au monde, celui qui est tiré des sables bitumineux.

    L'Alberta produit déjà une grande quantité de pétrole. Les pétrolières s'approprient la majeure partie des bénéfices de cette exploitation. L'Alberta n'est pas seulement excessivement dépendante de la production de pétrole à son niveau actuel. Elle est dépendante économiquement d'une croissance sans fin de cette production. Et plus la croissance de cette production se continue, plus cette province en est dépendante. Alors que cette croissance est incompatible avec la protection de l'environnement.

    Ce n'est pas d'abord au Québec ou à Denis Coderre qu'il revient de faire un examen de conscience sur l'égoïsme de la défense de ses intérêts provinciaux. Mais à l'Alberta relativement à son exploitation perverse des sables bitumineux.