La langue de la culture au Québec

L’évolution récente nous laisse penser que l’anglais est de plus en plus prédominant dans l’offre de services culturels au Québec.
Illustration: Tiffet L’évolution récente nous laisse penser que l’anglais est de plus en plus prédominant dans l’offre de services culturels au Québec.

Ces jours-ci se tient un forum national sur le projet de politique québécoise de la culture, « Partout la culture », présenté il y a un an déjà par la ministre Hélène David et repris depuis par le ministre Luc Fortin. Le projet se donne comme objectif « d’accentuer le rôle de la langue française comme vecteur de participation à la vie culturelle québécoise ».

 

Pourtant, il y a loin de la coupe aux lèvres si on examine rapidement la situation de la langue dans le domaine culturel au Québec. Et surtout, il y a peu de chances que le projet tel que conçu valorise réellement la langue française dans le domaine de la culture.

 

D’abord, ce projet de politique se fonde sur une illusion. Celle de penser que la culture québécoise, par ailleurs magnifiée pour sa notoriété sur la scène internationale, est de facto une culture de langue française. On n’a plus à démontrer que, dans le domaine musical, les Vigneault et Léveillée ont fait leur temps et que les jeunes musiciens se tournent inexorablement vers l’anglais pour percer sur la scène internationale.

 

Dans le domaine cinématographique, le même phénomène se produit. Après avoir percé sur la scène québécoise, les Villeneuve et Dolan, entre autres, se tournent vers la production pour les studios américains.

 

Or, si le projet de politique culturelle entend, à juste titre, respecter l’autonomie de la création et se refuse, tout comme l’a fait la loi 101, à réglementer la langue de création, ne pourrait-il pas en être autrement au sujet de la langue de l’offre de services culturels dans les institutions québécoises ?

 

La langue française et l’offre de services culturels

 

Ainsi, l’évolution récente nous laisse penser que l’anglais est de plus en plus prédominant dans l’offre de services culturels au Québec.

 

Que dire, par exemple, de l’offre de films francophones et anglophones, sous-titrés ou non, à Montréal ? Après la disparition du cinéma Parisien et de celui du complexe Desjardins, la fermeture de l’Ex-centris donnait un coup dur à la présentation de films francophones à Montréal. Depuis le début des années 2010, le nombre de salles de cinéma présentant des films principalement anglophones domine. Le nombre de films francophones présentés dans nos salles de cinéma ne cesse de décroître alors que près de la moitié de la programmation du cinéma Quartier latin est maintenant en anglais !

 

Que dire encore de la langue des musées à Montréal ? Dans une lettre publiée dans Le Devoir il y a un peu plus d’un an, je soulignais l’unilinguisme anglais des vidéos présentées au Musée d’art contemporain de Montréal (MAC) autour de l’exposition de l’Islandais Ragnar Kjartansson. Dans sa réponse au Devoir, le directeur du MAC, John Zeppetelli, se défendait en avançant que le domaine culturel n’était pas visé par la Charte de la langue française. L’art, disait-il, est « une oasis de liberté qu’il nous faut, comme société, absolument protéger ».

 

Ainsi, durant l’été qui vient de se terminer, on retrouvait encore une nette prédominance de l’anglais dans les « activités » (vernissages, rencontres, etc.) offertes par le MAC autour des expositions d’Eliasson et d’Expo 67. Toujours cet été, le Musée des beaux-arts de Montréal présentait trois expositions, dont deux offraient des titres où l’anglais prédominait nettement : Love Is Love et « Révolution : You say you want a revolution ». Tout ceci n’a évidemment rien à voir avec le choix de la langue de création mais bien plutôt avec la langue de services offerts autour des expositions. N’est-il pas plus que temps de revendiquer un meilleur droit d’accès à la culture pour les francophones du Québec ?

 

Dans un texte récent au Devoir sur le 40e anniversaire de l’adoption de la loi 101 au Québec, le sociologue Guy Rocher appelait à repenser la politique linguistique québécoise dans un contexte sociopolitique qui n’avait plus rien à voir avec celui de 1977. Si la loi s’est d’abord penchée sur la langue de l’enseignement et des communications et ensuite sur la langue au travail, disait-il, il faudrait maintenant la repenser comme langue de la culture.

 

La concordance entre le 40e anniversaire de la loi 101 et la présentation de la nouvelle politique culturelle arrive à point pour penser une politique de la culture qui puisse réellement valoriser la langue française. Pour cela, il faudrait entre autres revenir sur certains principes ayant guidé la loi 101 pour clairement dissocier le principe du choix de la langue en matière de « création » de celui tout aussi important de la prédominance du français dans l’offre de services culturels permettant un meilleur accès des francophones à la culture. Et avec ça, le débat ne serait certainement pas clos…

  • Sylvain Auclair - Abonné 6 septembre 2017 07 h 36

    On voulait que les Québécois maitrisent l'anglais?

    Voilà le résultat!

  • Philippe Hébert - Abonné 6 septembre 2017 09 h 01

    Je suis pas mal en accord avec votre texte, sauf au niveau des cinémas.

    Il est vrai que la grande majorité des salles de cinémas de Montréal présentent les films en versions anglaises maintenant, et il est vrai que le cinéma du Quartier Latin, longtemps reconnu comme un cinéma présentant que des films en français seulement, présentent maintenant la moitié des films en anglais.

    Cependant, c'est ici que j'arrête d'être d'accord avec vous, puisque vous utilisez cet exemple dans votre argument global de votre texte. Selon moi, il ne devrait pas y figurer, et voici pourquoi.

    Tout d'abord, la majorité des jeunes aujourd'hui sont bilingues. Pourquoi alors irait-ils voir des films doublés, quand ils peuvent voir un film dans la langue d'origine? C'est toujours en plus les 4-5 mêmes voix masculines que l'on entend. J'aime bien Bernard Fortin et Yves Corbeil, mais là... ça nous sort du film complètement.

    Ce que vous devriez utiliser dans votre argument, c'est le fait que les cinémasa ne présentent plus vraiment d'oeuvre français. Que ce soit le cinéma d'ici ou d'ailleurs, les films en version originale française se font de plus en plus rare.

    On a eu deux films québécois qui ont bien marché cette année, c'est à dire, De Père En Flic 2 et Bon Cop Bad Cop 2. Ce sont des films qui vont chercher un publique plus large et qui vont remplir les salles de cinémas. Il est donc normal que les cinémas les tiennent en salle.

    Ces films étaient mêmes offert dans les cinémas exclusivement anglophones, avec des sous-titres français. Ça prouve ici que la consommation de la culture au grand écran se transforme, que les gens étant plus bilingues, ils vont consommer l'oeuvre dans la langue d'origine.

    Les films d'auteurs, mêmes s'ils sont bons, ne sont pas nécessairement des oeuvres que la majorité des gens veulent aller voir au cinéma. Les gens veulent du divertissement, pas pleurer ou se faire faire la morale pendant 1h30.

    C'est pour cela que les films américains ont la c

    • Alain Boisvert - Abonné 6 septembre 2017 11 h 52

      On est très loinn de la moitié des films en anglais au Quartier Latin. En comptant vite pour les films à l'affiche actuellement, je suis arrivé à 19 films en français (ou v.f.), 4 films en anglais et 1 film international (avec sous-titres français). Avancer de tels faits, moi j'appelle ça carrément charrier.

  • Gilbert Turp - Abonné 6 septembre 2017 10 h 19

    J'ai traduit en français l'Islandais Ragnar pour le MAC

    Je m'étonne de lire que le MAC n'a rien fait pour aider la transmission de l'œuvre vidéo de Ragnar auprès du public, car j'ai été engagé pour traduire le texte en français, qui était disponible dans la salle.
    Que cet artiste islandais ait lui-même choisi de tourner sa vidéo en anglais n'est pas du ressort du Musée ni du Québec.
    Mon travail auprès du musée me dit clairement que tous les efforts de francisation sont fait, dès qu'il s'agit d'œuvres internationales - souvent, oui, en anglais. Mais ça, c'est aux artistes visuels à se poser la question et à la poser au marchjé de l'art, dont la maison mère semble être New York.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 6 septembre 2017 15 h 30

    Déclin du français en culture au Québec

    En mai, j’écrivais ceci : Depuis 10 ans, les productions audiovisuelles en langue française classées par la Régie du cinéma du Québec ont diminué de façon importante. Ainsi, la Régie en classait-elle 997 en 2007, 890 en 2008, 754 en 2009, 653 en 2010, 679 en 2011, 694 en 2012, 661 en 2013, 498 en 2014, 403 en 2015, et, finalement, 300 en 2016. Il faut remonter à 1984, avec 254 productions, pour connaître une pire année que 2016. Ces chiffres sont inquiétants. Et qu’est-ce que ce sera avec l’ALÉNA 2? Car Donald Trump ne fera pas de cadeaux au chapitre de la culture. Les libéraux (à Ottawa et à Québec) comptent-ils faire quelque chose pour remédier à la situation, pour inverser la tendance?

    Fin août, j’écrivais ceci : Au Québec, 66 % des documents audiovisuels classés par la Régie du cinéma durant la dernière année sont en anglais contre… 10 % en français, comme si les employés de cet organisme purement québécois travaillaient pour les anglophones. Et 29 % des documents de Bibliothèque et Archives nationales du Québec sont en anglais. À lire ces données, on ne croirait pas que les anglophones forment moins de 10 % de la population au Québec.

    Total des documents classés par la Régie du cinéma du Québec du 30 août 2016 au 30 août 2017: 2834, dont 1883 en anglais et 290 en français.
    Total des documents détenus par la BAnQ: 978 264, dont 692 786 en français et 284 866 en anglais.