Les cégeps et le défi des formations techniques

L’innovation tant célébrée pour l’industrie devrait avoir son équivalent en éducation.
Photo: Getty Images L’innovation tant célébrée pour l’industrie devrait avoir son équivalent en éducation.

Lettre ouverte au p.-d.g. de la Fédération des cégeps du Québec

La 4e révolution industrielle, et les technologies numériques qui l’accompagnent, nous projette en avant à une vitesse telle qu’il est maintenant impossible d’en suivre, voire d’en prédire les développements.

 

Cette révolution numérique engendre une toute nouvelle économie. Elle se répercute en profondeur sur tout le secteur de l’emploi et de la formation. Son accélération se fait de plus en plus rapide. Nous n’avons pas encore les mécanismes qui nous permettent de demeurer dans la course en ce qui a trait à la formation.

 

Nos gouvernements comprennent bien ce virage et ils y investissent massivement. À juste titre, d’ailleurs. Ils considèrent que les soutiens financiers aux entreprises innovantes sont une nécessité pour faire face à cette révolution numérique qui frappe les entreprises. Ils espèrent ainsi améliorer leur productivité et leur compétitivité. Depuis janvier, des milliards ont été annoncés par la ministre de l’Économie, de la Science et de l’Innovation.

 

Les efforts gouvernementaux actuels visent essentiellement les industries, ainsi qu’en fait foi la multiplicité des annonces dans nombre de secteurs industriels. La cible visée est claire. Amener les entreprises aux capacités du 4.0. Les investissements pour rendre nos formations qualifiantes actuelles alignées sur les technologies de pointe se font encore attendre. D’une révolution à l’autre, les pressions se sont toujours exercées sur les compétences exigées pour exercer un emploi. Nos diplômés sont-ils préparés à travailler sur un site minier automatisé où les opérateurs sont à distance ? Les mécaniciens formés dans les cégeps peuvent-ils gérer et réparer des outils connectés ? Les robots, les algorithmes et leur traitement par l’IA (intelligence artificielle) peuvent-ils être supervisés et entretenus par nos diplômés dans l’entreprise manufacturière ? On parle de 50 milliards d’objets connectés d’ici dix ans. Quels sont les nouveaux métiers qui leur seront reliés, comment y préparons-nous maintenant la prochaine génération à occuper des emplois qui n’existent pas encore ?

 

Jorge Lopez, v.-p. chez Gartner, en réponse à une question sur la formation des travailleurs dans les entreprises qui modernisaient leurs équipements, précisait que les entreprises visent une formation « juste-à-temps, juste-pour-elles ». Au Québec, cela se traduit par une offre accrue de formation continue menant aux attestations d’études collégiales (AEC). Mais offre-t-on les outils nécessaires aux cégeps pour assurer leur pertinence en formation initiale ? Au rythme où se déploient les formations imposées par les industries, le diplôme d’études collégiales (DEC) risque de devenir la partie congrue en formation technique (FT). Aujourd’hui encore, il peut prendre de trois à huit ans avant de livrer un nouveau programme en FT. Dans le contexte de la révolution industrielle, ces processus ne tiennent plus.

 

Préparer l’avenir

 

À l’heure du passage à l’industrie 4.0, de nouveaux mécanismes d’actualisation des programmes doivent être testés. Le Ministère devrait décider d’en décentraliser une large partie en offrant aux milieux les moyens pour développer leurs capacités. Il faut plus d’agilité, de créativité et d’innovation. L’innovation tant célébrée pour l’industrie devrait avoir son équivalent en éducation. Il y va même de la survie des cégeps en FT et de leur pérennité en régions.

 

Les directions des cégeps doivent regrouper leurs forces. L’avenir de notre société en dépend. Elles doivent se mobiliser afin de donner un coup de barre en formation. Les compétences anticipées doivent être recensées. Divers chantiers pourraient être mis en place et regrouper les forces vives. […] La Fédération pourrait coordonner ces activités par des comités de travail multidisciplinaires y associant les syndicats.

 

Nous sentons une volonté ferme des ministères concernés de travailler en collaboration pour donner un vrai coup de barre en FT. Les grandes entreprises doivent considérer qu’il est de leur devoir social d’investir dans les équipements de pointe dans les établissements.

 

Alors que les cégeps célèbrent leur 50e anniversaire, il devient nécessaire d’accentuer la complémentarité plutôt que la concurrence. Il y va de votre devenir collectif. Les liens doivent être renforcés avec les universités, les CFP et les entreprises. Et travailler en complémentarité pour le développement des régions.

 

Les directions des cégeps doivent se positionner comme visionnaires sur l’avenir du travail dans notre société. L’avènement de la nouvelle économie du savoir exige une société centrée sur la progression du savoir et de l’innovation. Chaque établissement du réseau doit amener la force de réflexion et de travail qui entoure naturellement les cégeps à apporter leur contribution pour préparer les jeunes à affronter la révolution numérique qui force les murs.

 

La collaboration et la flexibilité, où syndicats, patrons et entreprises travaillent de concert, sont incontournables pour instaurer ce nouveau modèle de conception et de mise en oeuvre des programmes de formation.

Lettre appuyée par Denis Hardy, p.-d.g. du Centre de recherche industrielle du Québec, Robert Marquis, p.-d.g. de l’Institut national des mines, et Jean-Yves Roy, p.-d.g. sortant de l’Institut national d’optique

  • Yvon Robert - Abonné 29 août 2017 09 h 19

    Pas surprenant

    Lors de mon passage à la direction générale de la Fédération des CEGEP,un comité de travail mis en place a établi que 45% de l'argent fédéral transféré au Québec pour la formation professionnelle était englouti en bureaucratie, alors qu'en Ontario les collèges professionnels travaillent directement avec le fédéral, pas surprenant de prendre 8 ans pour développer un nouveau programme.

  • Cyril Dionne - Abonné 29 août 2017 10 h 39

    Collaboration 4.0

    Bien qu'il y ait beaucoup de discussions sur l'impact de la technologie non seulement dans la classe, mais dans nos sociétés, les gouvernements ne sont pas encore prêts. Alors, comment imaginer que les écoles le sont? Cela étant dit, les programmes d'études actuels dans le milieu scolaire (primaire et secondaire) ne reflètent pas cette réalité à sa pleine justification. La programmation n'est pas une langue formelle enseignée à l'école, mais son importance pour l'éducation des futurs créateurs d'emplois est cruciale pour toute société. Les curriculums doivent être essentiellement biologiques et, en raison de ce fait, ils devraient être en mesure de changer rapidement pour s'adapter à un monde éducationnel en constante évolution.

    Nous sommes à la veille d'une nouvelle révolution. La quatrième révolution industrielle des robots et de l'intelligence artificielle et nous ne sommes même pas encore à même de comprendre pleinement l'impact de la troisième révolution industrielle de l'automatisation et d'un monde connecté. Dans un monde futur de robots, de voitures sans conducteur, d'intelligences artificielles, quels seront les emplois de demain? Comment pouvez-vous expliquer à un enfant de six ans qu'il ne pourra peut-être pas suivre les traces de son père parce que les conducteurs ne seront plus nécessaires? L'impact de la technologie a des répercussions non seulement dans le monde industriel, mais aussi dans les activités humaines. Nous vivons dans un monde connecté. Maintenant, dans une communauté d'apprenants interconnectés, nous sommes en mesure de résoudre les problèmes les plus complexes qui se présentent dans tous les domaines. L'intrication quantique de la robotique et de l'intelligence artificielle n'augmentera que de façon exponentielle dans les années à venir.