La «banque de privatisation des infrastructures» de Trudeau va vous coûter cher

«Depuis des années, les gouvernements successifs des libéraux et des conservateurs ont négligé de faire des investissements adéquats dans les infrastructures», plaide l'auteur.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir «Depuis des années, les gouvernements successifs des libéraux et des conservateurs ont négligé de faire des investissements adéquats dans les infrastructures», plaide l'auteur.

Est-ce que ça vous tente de payer plus cher pour nos infrastructures publiques ? Moi, non. Pourtant, c’est justement le plan des libéraux de Justin Trudeau.

 

En fait, ils ont récemment décidé de nous en passer une petite vite. Visiblement, le scandale des commandites est bien loin dans leurs mémoires, car derrière des portes closes, le premier ministre et son cabinet ont développé une stratégie avec leurs amis de Bay Street pour privatiser nos infrastructures publiques.

 

En gros, les libéraux ont demandé aux grandes sociétés du secteur financier, comme BlackRock, le plus grand gestionnaire d’actifs privés au monde, de les conseiller sur la conception de la Banque de l’infrastructure du Canada, laissant ainsi des intérêts privés orienter la politique gouvernementale sur le développement de nos infrastructures.

 

Les libéraux vont injecter 35 milliards de dollars de fonds publics dans cette banque d’investissement qui aura comme objectif premier de générer d’énormes profits pour leurs riches amis de Bay Street et de Wall Street, tandis que les citoyens se verront refiler la facture en nouveaux péages et en frais de service démesurés. Bref, les libéraux ont décidé de réserver la poule aux oeufs d’or pour leurs amis et essaient de faire croire aux citoyens que c’est dans leur intérêt.

 

Le ministre des Finances justifie ce plan en disant qu’il s’agit d’une situation gagnante autant pour le gouvernement que pour le secteur privé et les citoyens. Mettons les choses au clair : il a été prouvé à maintes reprises que la privatisation des infrastructures coûtait plus cher aux citoyens pour des résultats moindres. La raison est simple : la population assume les risques financiers, alors que les investisseurs privés récoltent tous les bénéfices.

 

Au Québec, par exemple, le partenariat public-privé de Montréal pour le Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) a été présenté aux citoyens comme un projet qui permettait de réaliser d’énormes économies. La réalité ? Selon la vérificatrice générale du Québec, un modèle public traditionnel aurait permis au gouvernement d’épargner 10,4 millions de dollars. Cette somme considérable aurait sûrement permis aux aînés de recevoir de vrais repas dans les CHSLD.

 

De l’autre côté de l’océan, les Australiens ont mis en place un plan similaire à celui de Trudeau au cours des 20 dernières années, et les résultats ont été catastrophiques. Selon le président de l’Australian Competition and Consumer Commission, Rod Sims, les Australiens en paient le prix au moyen de frais exorbitants. Leur économie a mangé tout un coup.

 

Péages supplémentaires et frais d’utilisation pour le peuple, voilà le plan d’infrastructure des libéraux. Quel changement de cap depuis les dernières élections : en ce qui concerne la privatisation, ils surpassent même les experts en la matière, les conservateurs !

 

Depuis des années, les gouvernements successifs des libéraux et des conservateurs ont négligé de faire des investissements adéquats dans les infrastructures, et les citoyens continuent à en payer le prix. Selon moi, ce n’est pas en donnant un chèque en blanc aux géants du secteur financier qu’on va régler le problème.

 

Mais au moment même où des gouvernements européens et américains sont en train de reprendre leurs projets d’infrastructures des mains du secteur privé, ayant pris conscience des erreurs qu’ils avaient commises, les libéraux se dirigent carrément dans le sens opposé. Ça n’a aucun sens.

 

Alors que les emplois précaires sont devenus la norme, que les familles sont aux prises avec un niveau d’endettement inédit, que le prix des loyers est inabordable et que le coût de la vie augmente sans cesse, Ottawa laisse des investisseurs privés dicter les priorités du gouvernement.

 

Au NPD, nous croyons que chaque dollar investi doit se faire sentir dans tous les secteurs de l’économie et créer de bons emplois pour la population. En finançant lui-même les projets, le gouvernement réduirait les coûts pour les futures générations grâce à des taux d’intérêt bien moins élevés, et il limiterait les risques pour l’ensemble du public.

 

Malheureusement, les « voies ensoleillées » des libéraux semblent illuminer uniquement l’avenir de leurs amis de Bay Street, laissant l’ensemble des citoyens dans l’obscurité.

  • Nadia Alexan - Abonnée 21 juin 2017 09 h 36

    Les banques privées ont eu le droit légal d’escroquer les Canadiens!

    Merci, Monsieur Boulrice, pour vos propos lucides. C'est vrai qu'avec la privatisation «la population assume les risques financiers, alors que les investisseurs privés récoltent tous les bénéfices.»
    J'ai déjà écrit dans ce même journal les bienfaits de la Banque du Canada. Ça ne prend pas un génie pour comprendre qu'il y'a un conflit d'intérêts dans le projet BIC. Ce sont les Canadiens qui vont finalement payer la note des dépassements de coûts et de la collusion et la corruption du privé. Les exemples de ce genre du fiasco sont nombreux! Il y'avait un autre alternatif que le gouvernement ne veut pas explorer. La Banque du Canada.
    La Banque du Canada a été créée en 1935 en tant que banque privée, mais en 1938, en reconnaissant que l'argent devrait être créé dans l'intérêt public, le gouvernement a modifié la Loi sur les banques et a transformé la Banque en une institution publique.
    La Banque a été presque immédiatement exploitée pour financer non seulement l'effort de la guerre (au Canada, nous étions classés quatrièmes dans la production du matériel de guerre pour nos alliés) mais une longue liste de projets d'infrastructure, y compris l'autoroute Transcanadienne, la Voie maritime du Saint-Laurent et, au fil des décennies, les hôpitaux et les universités à travers le pays.
    Il a été chargé de prêter non seulement au gouvernement fédéral, mais aux provinces et aux municipalités.
    Mais, depuis 1974, plutôt que le gouvernement canadien emprunte de l'argent à sa propre banque, notre banque - la Banque du Canada – il a choisi d'emprunter exclusivement des institutions privées internationales et nationales, contre l’intérêt public.
    Ce sont les idées radicales du marché libre de Milton Friedman: mettre la création du crédit dans les mains privées et créer des charges de la dette, ce qui restreindrait le potentiel de la gouvernance démocratique.
    Le résultat, jusqu’en 2012, le gouvernement avait payé 1 milliard de dollars d'intérêts, gaspillés, soit deux fois sa dett

    • Nadia Alexan - Abonnée 21 juin 2017 13 h 20

      Juste la continuation de mon commentaire ci-haut: Le résultat, jusqu’en 2012, le gouvernement avait payé 1 milliard de dollars d'intérêts, gaspillés, soit deux fois sa dette nationale. L'intérêt pour la dette est maintenant la dépense budgétaire la plus importante du gouvernement - plus grande que les soins de santé, les prestations supérieures ou la défense nationale.
      La plus grande et la plus scandaleuse fraude jamais perpétrée sur les Canadiens.

  • Diane Germain - Abonné 21 juin 2017 11 h 02

    Tant et plus...

    Amenez-en des projets d'infrastructure publique, on va vous gérez ça. L'argent pour le privé et les risques pour le public. Quoi de plus équitable...