«Le Devoir» garde le cap malgré une mer agitée

Vue sur la nouvelle salle de rédaction du «Devoir» depuis décembre 2016
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Vue sur la nouvelle salle de rédaction du «Devoir» depuis décembre 2016

Le Devoir a terminé l’année 2016 avec des résultats négatifs, mais il envisage l’avenir avec un optimisme prudent en raison de ses progrès pour recapitaliser l’entreprise et accentuer le développement de ses plateformes numériques.

 

Les états financiers vérifiés du Devoir, pour l’année qui s’est terminée le 31 décembre 2016, affichent un résultat négatif après impôts de 294 245 $. Ce déficit est préoccupant. Il n’est pas imputable à une mauvaise gestion au sein de l’entreprise, mais plutôt à un déclin des ventes publicitaires dans l’imprimé, un phénomène qui frappe l’ensemble des médias traditionnels, au Québec et ailleurs dans le monde.

 

Pour redresser la situation, Le Devoir fait appel à la générosité du public. Nous relançons cette semaine notre campagne de soutien à l’intention du grand public. Même des gestes simples, comme s’abonner au Devoir, abonner un proche ou faire un don aussi modeste que 20 $ peuvent aider à faire changer les choses.

 

Dans les moments difficiles de son histoire, Le Devoir a toujours pu compter sur ses lecteurs et ses lectrices pour maintenir le navire à flot. Aujourd’hui, nous faisons de nouveau appel à leur sens de l’entraide et de la solidarité.

Pour redresser la situation, Le Devoir fait appel à la générosité du public. Nous relançons cette semaine notre campagne de soutien à l'intention du grand public.

Avec un actif de 4,5 millions de dollars, Le Devoir n’a pas le droit à l’erreur dans ses stratégies. Les revenus de philanthropie occupent une part modeste de nos finances : à peine 2 % du budget. Vos dons peuvent nous soutenir dans nos efforts pour équilibrer le budget.

 

Pour l’année qui vient de se terminer, les produits des activités courantes se sont élevés à 17 328 208 $, comparativement à 16 365 771 $ l’année précédente. Il s’agit d’une augmentation de 5,9 %, principalement attribuable à l’augmentation des ventes de notre édition imprimée et à la croissance de nos revenus numériques.

 

La distribution moyenne du Devoir, y compris le numérique, telle qu’elle a été évaluée au 30 septembre par l’Alliance for Audited Media, une organisation indépendante, s’est établie à 55 041 exemplaires en semaine et à 75 211 exemplaires pour l’édition de fin de semaine. Au 31 décembre, Le Devoir comptait 12 630 abonnés numériques en semaine et 12 800 la fin de semaine. Selon les données de Vividata, Le Devoir est lu par un nombre cumulatif de 1,1 million de lecteurs toutes les semaines, dans ses versions imprimées et numériques.

 

Des défis communs à tous les médias

 

L’industrie des médias a connu de sérieux défis encore en 2016. Les recettes publicitaires totales des journaux ont poursuivi leur tendance à la baisse, alors que les médias numériques étrangers, tels que Google et Facebook, ont consolidé leur emprise sur le marché. Les géants de la Silicon Valley sont de meilleurs capteurs des revenus de publicité numérique que les médias nationaux.

 
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Le directeur du «Devoir», Brian Myles

La situation du Devoir n’est pas exceptionnelle, comme en témoigne le récent rapport du Forum des politiques publiques, intitulé Le miroir éclaté, qui fait état d’une diminution généralisée des bénéfices des journaux. Le Devoir s’en tire mieux que bien des concurrents, car il a réussi à protéger l’essentiel de ses recettes. La raison est fort simple. Le Devoir n’est pas fondé sur les concours de popularité, l’attrait du « clic » et la publicité à outrance. Le contenu rédactionnel occupe environ 80 % de nos espaces. La publicité est une source de revenus importante pour Le Devoir, mais elle est complémentaire aux revenus d’abonnements.

 

L’année 2016 était ma première à la direction du Devoir. J’ai convié le personnel à accélérer et à parachever la transformation du Devoir de journal à média sur un horizon de cinq ans. D’ici 2020, Le Devoir sera devenu une référence parmi les médias numériques. Il aura consolidé et accru son achalandage sur toutes ses plateformes en misant sur une stratégie basée sur l’abonnement, tant pour notre version imprimée que nos plateformes numériques, et sur l’engagement de nos lecteurs et lectrices. Ces transformations impliquent que tous les membres du personnel s’approprient des enjeux et des défis propres aux médias numériques.

 

Le Devoir offrira toujours à ses lecteurs une version imprimée, à la condition qu’ils soient suffisamment nombreux à l’exiger et qu’ils soient prêts à payer le juste prix pour ce produit de niche. D’ailleurs, Le Devoir a procédé tout récemment à une augmentation de ses tarifs d’abonnement afin de compenser le déclin de la publicité traditionnelle.

 

Notre équipe est persuadée qu’il existe un modèle d’affaires alternatif à celui de la gratuité. Il y a un marché pour la production d’une information nichée et de qualité, destinée à des abonnés. Cette stratégie porte ses fruits. Depuis quelques mois, Le Devoir compte presque autant d’abonnés numériques que d’abonnés à sa version imprimée en semaine. En 2016, Le Devoir a également augmenté de 15 % le tirage de son édition imprimée en semaine, en raison du retrait d’un concurrent.

 

Les projets du Devoir

 

En 2016, Le Devoir a lancé une application mobile qui a reçu un accueil très positif. Au 31 décembre, notre application avait été téléchargée par 51 100 personnes. Nous dépasserons le cap des 100 000 téléchargements en 2017. Offerte gratuitement pendant trois mois grâce à une commandite du Fonds de solidarité de la FTQ, l’application est devenue « payante » en mars 2017. Les résultats préliminaires de notre campagne d’abonnement sont encourageants.

 

Le Devoir est maintenant disponible sur papier, application mobile, application tablette, Internet et journal virtuel. D’ici l’automne prochain, nous procéderons à une refonte de notre site Internet, fort consulté par les utilisateurs. Nous renforcerons également nos contenus en vidéo et nos projets en journalisme de données.

 

Le Devoir a pu investir dans le développement de son offre numérique grâce au soutien des Amis du Devoir. De « Grands Amis » ont pris l’engagement de nous verser 1000 $, pendant trois ans, afin de soutenir nos projets numériques. Le conseil d’administration des Amis du Devoir et des solliciteurs bénévoles ont récolté des dons de 271 059 $ en 2016. Et c’est sans compter sur la campagne « Je soutiens Le Devoir », destinée au grand public, que nous relançons cette semaine avec espoir. Le Devoir est l’un des rares médias québécois à bénéficier d’un soutien philanthropique. Nous avons l’intention de pérenniser ce secteur d’activités en 2017.

 

L’année 2017 sera également celle de la recapitalisation du Devoir et l’arrivée de nouveaux actionnaires au conseil du Devoir inc. À ce sujet, une étape importante a été franchie, en octobre 2016, avec le rachat des actions de la SPEQ Le Devoir et la dissolution de cette société. Cette transaction n’a généré aucune incidence défavorable sur la situation financière et l’indépendance du Devoir.

 

Remerciements

 

L’année 2016 fut marquée par le changement : déménagement, lancement de l’application mobile, renouvellement des cadres à l’information, à la publicité et au sein du comité de direction. L’équipe de direction, formée de Luce Julien, Christianne Benjamin, Stéphane Roger et Mark Drouin, est soudée, compétente et dévouée corps et âme à la réussite de ce projet collectif qu’est Le Devoir.

 

Luce Julien, rédactrice en chef depuis le mois de février 2016, coordonne avec brio la gestion du changement et la déclinaison des contenus sur chacune de nos plateformes. Pour l’appuyer, la direction de l’information a été scindée en deux. Marie-Andrée Chouinard, directrice de l’information, et Florent Daudens, directeur de l’information numérique, travaillent main dans la main afin de briser le cloisonnement dans la production quotidienne d’information.

 

Le développement de notre application mobile est le résultat d’une collaboration fructueuse entre l’équipe de Luce Julien et celle de Christianne Benjamin, vice-présidente au développement. Le succès de notre application, développée à faible coût par rapport à celles de nos concurrents, repose sur une utilisation mixte de ressources internes et externes en programmation. Exploit non négligeable, Mme Benjamin a piloté en même temps le projet de l’application mobile et celui du déménagement du Devoir, de la rue De Bleury à la rue Berri, de concert avec notre vice-président aux finances, Stéphane Roger. Celui-ci assure la stabilité et la continuité dans la gestion des opérations courantes.

 

Enfin, Mark Drouin, nommé vice-président aux ventes en décembre 2016, a la responsabilité de dynamiser notre équipe de directrices de comptes et d’exploiter le plein potentiel de la marque du Devoir, sans la dénaturer, sur l’ensemble de nos plateformes.

 

Ce sens de l’engagement ne s’arrête pas au comité de direction, loin de là ! Tous les cadres, les membres du personnel et les collaborateurs contribuent au succès du Devoir dans des conditions financières parfois difficiles. Je les remercie de soutenir le rythme du changement auquel nous sommes tous conviés.

 

Le Devoir peut également compter sur l’implication du conseil d’administration des Amis du Devoir, de son président bénévole, Michel Petit, cheville ouvrière de la campagne des « Grands Amis », et d’un groupe fidèle de solliciteurs bénévoles.

 

Les administrateurs du Devoir inc. ont également donné généreusement de leur temps, en nous faisant profiter de leur expérience et de leur sagesse. Ils seront sûrement d’accord avec moi pour souligner la contribution constante et sans relâche de Jean Lamarre, président du conseil. Il consacre à la relance et à la recapitalisation du Devoir une énergie et une détermination qui forcent le respect et l’admiration.

  • Roch Yves Simard - Abonné 15 mai 2017 00 h 56

    Pourquoi demander la charité?

    J'apprends que je bénéficie de l'abonnement premium au tarif de 17,75$ par mois. Je serais prêt à payer plus cher pour le Devoir. Pourquoi pas 19 ou 20$ par mois? Il me semble que cela fait des années que le coût de mon abonnement n'a pas augmenté. La qualité a un prix et on doit s'attendre à payer en conséquence. J'aime mieux considérer le Devoir pour sa qualité journalistique que pour une institution en quête de donation. C'est pour moi une question de respect pour les artisans du journal!

    • Brian Myles - Auteur 15 mai 2017 13 h 52

      Bonjour M. Simard. Nous avons développé un outil qui vous permettra de faire un don, à votre discrétion, lors du renouvellement de votre abonnement. Nous avons également augmenté les tarifs d'abonnement à l'édition imprimée. Nous estimons cependant qu'il y a une certaine résistance à l'augmentation des tarifs numériques.

  • Nadia Alexan - Abonnée 15 mai 2017 01 h 23

    Une suggestion pour une levée de fonds.

    Félicitations aux journalistes du Devoir pour un travail passionné et à Monsieur Miles, en particulier, pour sa direction admirable malgré les défis.
    Je suggère que le Devoir tient une rencontre, pour une levée de fonds, avec les lecteurs/lectrices du Devoir et les journalistes. Chaque invité pourrait verser, par exemple, 50.00$ pour une visite guidée des nouveaux lieux du Devoir. Ainsi, l'on pourrait tisser des liens affectifs avec le journal qu'on aime et en même temps, on pourrait aider à son financement.
    Je suggère que Les Amis du Devoir se préoccupent de l'organisation. Bonne chance avec mes meilleurs veux et je suis prête à donner un coup de main.

    • André Joyal - Abonné 15 mai 2017 12 h 59

      Ce faisant, la nouvelle administration pourrait informer ses abonnés de l'orientation qu'elle est en train de donner au journal. Ainsi,certains abonnés, particulièrement inquiets, pourriaient savoir sur quel pied danser.

  • Chris G. Eustace - Abonné 15 mai 2017 05 h 16

    Où puis-je envoyer mes 20 $?

    Vos articles sur l'éducation sont de première classe.

    Où puis-je envoyer mes 20 $?

    Chris Eustace

    (Professeur retraité)

  • Claude Bariteau - Abonné 15 mai 2017 05 h 40

    OUF !

    Le Devoir survit dans un contexte difficile et entend se régénérer grâce à son application mobile, mais aussi avec sa recapitalisation et « l’arrivée de nouveaux actionnaires au conseil du Devoir inc. ».

    C'est ce qu'annonce son directeur qui, selon la structure de l’institution, détient « la majorité des actions de l'Imprimerie populaire limitée (IPL) et le contrôle effectif sur les orientations du journal ».

    Le support du Devoir Inc. a été déterminant dans les années au début des années 1990. Le sera-t-il pour la suite et, surtout, se manifestera-t-il sans rechercher à avoir une influence sur le contenu ?

    Le bilan du directeur ne parle ni du contenu, ni des journalistes, mais fait l’éloge des changements et de la direction actuelle. Ça m'a surpris.

    Comme professeur d’université, j'ai vécu des changements institutionnels. Lorsqu’ils se sont déployés, il était toujours fait mention de la qualité de la direction et du personnel entourant le recteur. Rarement des professeurs, sauf ceux qui obtenaient des subventions de recherche.

    Aussi suis-je inquiet pour l’avenir du Devoir. En fait pour les journalistes de carrière qui l’alimentent de leurs réflexions et de leurs analyses.

    Je le suis parce qu’à l’université les professeurs de carrière sont en décroissance par rapport aux chargés de cours et professionnels qui produisent selon les attentes de la direction, qui y recourt pour façonner l'université selon la vision du personnel qui l'entourre.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 15 mai 2017 09 h 30


      Il y a des problèmes financiers au Devoir. Il y a aussi des problèmes d’orientation. Depuis quelque temps, j’observe une dérive dans le Devoir. Des chroniqueurs s’acharnent plus que de raison sur le PQ qu’ils accusent de ne pas être plus blanc que blanc, alors que les pages sont grandes ouvertes à la moindre activité de QS.

      J’en ai marre des chroniqueurs du Devoir qui tapent à qui mieux-mieux sur le PQ et sur le nationalisme québécois et qui alimentent l'auto-flagellation des Québécois. Abonné au Devoir depuis plus de 50 ans, ma patience est à bout. Avec les attaques répétées des David, Dutrisac et Pelletier, conserverai-je longtemps mon abonnement papier, que j’ai gardé jusqu’ici pour pouvoir lire les commentaires des lecteurs qui ont souvent plus de bon sens et de jugement que certains des chroniqueurs.

      Qui tire les ficelles au Devoir? La transparence exige que le public lecteur sachent qui sont les administrateurs du Devoir inc., de même que les nouveaux actionnaires au conseil du Devoir inc.

      Et quels sont les détails de la nouvelle vision du Devoir, quelle est son orientation?

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 15 mai 2017 09 h 54

      Votre dernier paragraphe...touche la cible: "façonner" l'université... selon les attentes...du "personnel"...dirigeant.

      Et pour qui... et pourquoi...? La mondalisation tous azimuts.!

    • André Joyal - Abonné 15 mai 2017 13 h 02

      @ M. Saint-Arnaud: je partage vos préocupations.

    • Pierre Desautels - Abonné 15 mai 2017 16 h 43

      @Raymond Saint-Arnaud

      Il y a une diversité d'opinions au Devoir et c'est très bien ainsi. Le devoir de débattre, vous connaissez? Comme indépendantiste, un organe officiel du PQ, non merci.

  • Bernard Morin - Abonné 15 mai 2017 09 h 37

    Oui...

    je vais comme à mon habitude contribuer financièrement afin d'assurer la survie et le developpement de mon journal. Toutefois cette année je le ferai malgré une grande déception quant à la nouvelle orientation encore un peu floue qu'on semble voulouir lui donner. J'éprouve également un profond malaise vis-à-vis la politique éditoriale et certains choix éditoriaux pratiqués par la nouvelle direction du Devoir.

    • Pierre Lavallée - Inscrit 15 mai 2017 18 h 01

      Je partage votre sentiment et votre réserve...

      Le Devoir s'est éloigné de sa base traditionnelle mais semble bien loin d'avoir trouvé sa "nouvelle" clientèle.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 16 mai 2017 14 h 16

      J'aimerais bien avoir une réponse de M Brian Myles quant à votre grande déception quant à la nouvelle orientation encore un peu floue qu'on semble voulouir donner au Devoir.