L’école privée, un remède contre le nivellement vers le bas en éducation!

L’école privée offre un choix, et avoir des choix, c’est une composante inéluctable d’une démocratie.
Photo: Francis Vachon Le Devoir L’école privée offre un choix, et avoir des choix, c’est une composante inéluctable d’une démocratie.

S'il y a un débat en éducation qui ne se démode pas, c’est bien celui de la prétendue dualité opposant les secteurs privés et publics. Habituellement, celui-ci occupe l’espace médiatique à l’automne ; il aura fallu que Gabriel Nadeau-Dubois, lui-même un ancien élève de l’école privée, relance le débat en plein printemps pour que l’opinion publique s’enflamme une fois de plus. Résultat : on répète ad nauseam les mêmes arguments année après année. En effet, il s’agit de l’un des rares dossiers d’actualité qui est récurrent et dont on n’apprend rien de plus d’une année à une autre. Bref, on débat pour débattre.

 

Cela dit, au-delà des perpétuelles questions financières, sociales, culturelles, éthiques et politiques, comment voir la présence des écoles privées québécoises différemment ?

 

Une école privée subventionnée en est une qui est autonome. Bien évidemment, elle ne l’est pas complètement sur le plan financier, mais elle l’est sur le plan décisionnel. Ces décisions y sont prises localement, bien souvent après consultation des acteurs qui y gravitent : membres du personnel, parents, élèves, conseil d’administration, etc. Une fois prises, ces dernières sont implantées immédiatement, puisqu’il n’existe pratiquement aucune structure bureaucratique ralentissant les initiatives du milieu. L’école privée a les moyens de mettre en oeuvre les idées qui sont générées par sa communauté, et ce, autant sur le plan humain qu’organisationnel.

 

Il est donc plus simple de mobiliser les acteurs, puisque tous prennent part aux initiatives locales. La rétroaction à la suite de la mise en place ne tarde pas et cette information importante n’est pas noyée dans une mer d’intervenants oeuvrant sur divers paliers décisionnels.

 

L’école privée subventionnée implique donc une meilleure accessibilité aux instances ainsi qu’au personnel qui encadre les élèves.

 

L’obligation d’innovation

 

Bien souvent, l’école privée subventionnée permet des percées novatrices en éducation. Cela va de soi : elle vend des services éducatifs à une clientèle qui choisit de s’affranchir d’un service similaire offert gratuitement. Cette école doit se remettre constamment en question et justifier son existence. Elle se doit d’innover. C’est une question de survie.

 

Quand on y pense, cela rompt avec le modèle où la clientèle scolaire (ce terme en fait sursauter plus d’un qui y collent automatiquement une connotation mercantile ou néolibérale) doit consommer des services éducatifs de façon obligatoire, jusqu’à 16 ans. Trop longtemps, le milieu scolaire a été l’un de ces très rares marchés qui pouvaient peu se soucier des attentes de sa clientèle pour subsister. Entièrement subventionné par le gouvernement, et ce, peu importe le rendement de l’école, de la commission scolaire ou du personnel en place, l’élève a fini par être tenu pour acquis, lui qui doit obligatoirement être présent en classe. En somme, la clientèle est contrainte à consommer des services scolaires prédéterminés.

 

L’école privée offre un choix, et avoir des choix, c’est une composante inéluctable d’une démocratie. Également, avoir des choix et devoir payer pour un produit déjà offert gratuitement implique que les écoles doivent faire face à des attentes élevées de la part des payeurs, et ce, autant en ce qui concerne les parents que le gouvernement.

 

L’école privée subventionnée n’a pas le choix de satisfaire les attentes. En fait, de nos jours, on s’attend à plus que simplement satisfaire les attentes d’une clientèle ; il est question de les dépasser. D’où la place centrale de l’innovation dans bon nombre de ces écoles… Il est désormais question de justifier son existence et de demeurer pertinent dans le monde scolaire.

 

L’école privée subventionnée tire le monde scolaire québécois vers le haut depuis longtemps. Le nouveau débat public entourant les subventions de ces écoles a tendance à évacuer ce fait ou encore à prétendre que c’est justement grâce au trésor public que les écoles privées subventionnées sont en mesure d’innover. Si on argumente dans cette logique, le réseau public devrait innover encore plus, non ?

 

Enfin, pour mieux comprendre les campagnes de dépréciation des écoles privées subventionnées, on doit en revenir au constat de base en éducation québécoise au XXIe siècle : ceux qui innovent et qui font autrement sont victimes de l’effet beige, cet immense vortex uniformisateur qui nivelle sans cesse vers le bas au nom de l’équité et de l’égalité des chances, et ce, autant pour les élèves que le personnel scolaire !

  • Monique Bisson - Abonné 13 mai 2017 07 h 35

    Cher Monsieur,

    Si le remède contre le nivellement vers le bas en éducation était aussi simple que vous le prétendez, privatisons toutes les écoles du Québec.

    Vous voyez bien que cela ne règle en rien la situation un peu problématique de l'éducation québécoise. Il faut réinvestir pour de bon aux niveaux primaire et secondaire et arrêter de sélectionner les élêves à l'entrée.

    Pierre Carpentier
    Gatineau

    • Brigitte Garneau - Abonnée 13 mai 2017 10 h 48

      Tout à fait!

    • Jean Richard - Abonné 13 mai 2017 12 h 43

      Un remède contre un mal qui n'existe pas n'est pas un remède. C'est aussi simple que ça. Quand on nivelle, on écrête les sommets et on remplit les creux, pour aboutir à une surface uniforme et horizontale au niveau du centre.

      À bien y penser toutefois, c'est l'école privée qui, en s'appropriant les crêtes, contribue à faire baisser le niveau moyen de ce qui reste. Prenez un groupe dans lequel 20 % des enfants ont plus de 80 et 20 % ont moins de 60, vous pourriez avoir une moyenne de 70 %. Mais enlevez le 20 % qui a plus de 80 et recalculez la moyenne : elle sera plus basse. Les directeurs ou les commerciaux des écoles privées ne font pas ce calcul.

    • Cyril Dionne - Abonné 13 mai 2017 15 h 02

      Si on a bien compris ce cher monsieur Girard, les écoles privées sont pour ceux qui représentent le haut de la courbe socioéconomique à partir de la médiane. Les écoles publiques sont pour les autres qui n'ont aucun choix, disons-le, inéluctable.

      On imagine tous aussi qu'un apprenant avec des troubles comportementaux et des difficultés d'apprentissage n'est pas le bienvenu dans ces antres éducationnels aux attentes élevées.

    • Hermel Cyr - Abonné 13 mai 2017 16 h 37

      Vous avez tout ait raison. Pendant des années la revue L’Actualité, avec son « palmarès » stupide des écoles a tenté de faire croire que le privé était supérieur au public. Elle a échoué, tellement les bases de sa démonstration étaient biaisées. Toute personne normalement constituée sait bien que le privé sélectionne les élèves les plus performants (les rejetons de la bourgeoisie qui ont les moyens de réussir). Voyons donc, quand on repêche les étudiants qui ont plus de 70% de moyenne, on risque peu de se retrouver avec les résultats moindres aux examens du ministère.

      En fait quelle est l’école la plus performante ? L’école publique qui accepte tous les élèves (incluant ceux qui ont des problèmes psycho-sociaux) dont la moyenne serait de 62% à l’entrée et qui les amènerait à 70%, par exemple, ou une école (privée) dont les élèves à l’entrée ont une moyenne de 70% et dont la cohorte aurait 72% à la sortie ?

    • Roxane Bertrand - Abonnée 13 mai 2017 18 h 19

      L'école privé a sauvé mon fils alors que le public m'a dit :" Madame, ça n'existe pas l'école à la carte, s'il avait été autisme, on aurait eu du financement".

      L'école public crée des problèmes chez les élèves par sa rigidité. Les enfants qui ne s'adapte pas facilement se font traiter d'hyperactif ou de TSA (autiste).

      L'école privé se retrouve imputable de ses échecs auprès des élèves, et les commentaires de monsieur Marc-André Girard sont extrêmement exact...ils prennent les bonnes mesures pour la réussite des élèves. Ils ne prennent pas les bons élèves, ils les forment.

      Au public, si ça va mal, cela revient à être la responsabilité des parents car au bout du compte, les intervenants du public ont leur sécurité d'emploi,...donc prend du ritalin ou reste chez toi!

  • Yvon Robert - Abonné 13 mai 2017 08 h 27

    L'autonomie des écoles un gage de succès

    Actuellement les écoles sont paralysées par la bureacratie et des conventions collectives faites pour gérer des usines.La majorité des écoles privées ne font pas de sélection.J'en parle par expérience,aprés avoir dirigé une commission scolaire pendant 15 ans ,durant les 15 années suivantes j'ai travaillé à mettre en place des écoles privées et les ai dirigées.

  • François Beaulé - Abonné 13 mai 2017 09 h 39

    Le mode de subvention est injuste

    Les enfants dont les parents font partie du haut de la classe moyenne ou sont riches sont surreprésentés dans les écoles privées. Dans les régions de Montréal et de Québec, les subventions aux écoles privées provoquent une séparation des élèves selon le niveau de revenu des parents ou leur religion ou leur ethnie.

    Pour rendre ces subventions équitables, il faudrait qu'elles soient variables en fonction du revenu des parents. Très importantes pour les pauvres et très faibles pour les riches.

    Pour le reste, le plaidoyer de monsieur Girard est plus en faveur de l'autonomie des écoles que du système actuel et injuste de subvention des écoles privées.

  • Nadia Alexan - Abonnée 13 mai 2017 11 h 28

    L'école publique a un succès phénoménal malgré ses défis!

    La thèse de l'auteur est ridicule. Le fait que les écoles privées ont de meilleurs résultats provient du fait que ses élèves sont sélectionnés auparavant. De plus, ces élèves proviennent de familles aisées, de parents déjà instruits, qui sont capables d'aider leur progéniture avec leur devoir.
    Également, l'école publique a l'obligation de recevoir tous les élèves, même ceux avec des handicapés mentaux ou physiques. En ce sens, l'école publique a un succès phénoménal, considérant les défis avec lesquels elle doit composer.
    Il ne faut pas encourager l'idée d'une éducation à deux vitesses, avec des élèves de deux zones!

    • Jacques Tremblay - Inscrit 14 mai 2017 08 h 09

      Je voulais vous mettre un " J'aime " mais ça marche pas!

  • Jean Richard - Abonné 13 mai 2017 12 h 27

    L'école sans conscience

    Pour mieux cacher la réalité, on brandit avec condescendance ce vieux cliché usé, éculé, le nivellement par le bas. Et la réalité, c'est que l'école privée fait l'économie de toute conscience sociale en sélectionnant sa « clientèle » dès le départ. La suite est facile à prévoir : on s'accapare les élèves les plus malléables et il ne reste qu'à suivre la voie la plus facile, la course aux notes.

    L'école publique s'est donné comme mission d'éduquer tous les enfants et pas seulement ceux qu'elle aurait pu choisir par écrèmage, opération qui n'est permise qu'à l'école privée. L'école publique hérite donc de tous ces enfants qui ont de la difficulté, pour quelques raisons que ce soit. Ces enfants qui ont de la difficulté, et ils représentent un pourcentage non négligeable de la population scolaire, ont ceci de particulier : ils grugent beaucoup de ressources – et ces ressources, elles se font déjà grugées par ces gouvernants qui au fond, ne croient plus en l'école publique.

    Éduquer tous les enfants impliquent qu'on ne peut pas en laisser sur les pavés. En l'absence de ressources, ces enfants sont plus ou moins intégrés aux classes régulières et si on veut faire de l'école un marathon de bulletins, on n'a pas le choix que de ralentir pour ne pas abandonner ceux qui peinent à suivre. Et là, les élitistes défenseurs de l'école privée nous arrivent avec leurs accusations de nivellement par le bas.

    Le proprio d'un dépanneur n'éprouve aucun scrupule à vendre des bonbons sucrés à des enfants diabétiques. L'école privée n'a aucun scrupule à trier ses élèves sans la moindre conscience sociale. Le dépanneur est là pour vendre et l'école privée est là pour vendre également, vendre un savoir à qui peut se les payer.

    Ceux qui n'ont jamais côtoyé d'enfants ayant des difficultés d'apprentissage devraient se garder une petite gêne. Leur culte de la hiérarchie (verticale) ne cache pas toujours leurs techniques de nivellement par la droite.

    • Jean B. Couvrette - Abonné 13 mai 2017 14 h 48

      Votre réponse est fort éloquente. Et très juste. Bravo.

    • Cyril Dionne - Abonné 14 mai 2017 15 h 42

      Bravo pour votre excellente réponse M. Richard.