La légalisation du cannabis ouvre la porte à plusieurs problèmes

La légalisation du cannabis ouvre la porte à plusieurs problèmes, croit l'auteur. 
Photo: Katarzyna Bialasiewicz Getty Images La légalisation du cannabis ouvre la porte à plusieurs problèmes, croit l'auteur. 

Pour un médecin qui travaille depuis plus de 30 ans dans le diagnostic et le traitement des toxicomanies, ce projet de loi paradoxal (sur la légalisation du cannabis à des fins récréationnelles) apparaît comme une entorse à la logique, voire au bon sens. D’une part, l’argumentaire gouvernemental pour légaliser le cannabis veut qu’il permette de mieux prévenir la consommation abusive chez les jeunes. Cependant, les messages entendus chez cette clientèle vulnérable sont que comme le cannabis doit être légalisé bientôt, il n’est donc plus dangereux, et pour certains, il n’est donc plus une drogue.

 

Or, légaliser une substance pour ensuite faire de la recherche en prévention, c’est un peu comme légaliser un poison pour financer la recherche sur l’antidote.

 

Or, on annonce en grande pompe une loi qui se veut récréative mais qui est susceptible de créer plus de problèmes que de plaisir.

 

En effet, toutes les recherches médicales et scientifiques depuis des décennies démontrent que de ceux qui expérimentent la consommation de cannabis, 9 % en deviendront dépendants (trouble lié à l’utilisation du cannabis). Ce nombre augmente à 17 % chez les adolescents qui en consomment. Ces individus sont plus vulnérables et plus à risque de développer des complications à court et à long terme.

 

Les effets du cannabis à court et à long terme sont une réalité clinique connue, documentée et étudiée scientifiquement.

 

Énorme préoccupation

 

Le cannabis est un psychotrope qui agit sur le système nerveux central et qui peut donc altérer la cognition, les fonctions psychomotrices et qui peut produire des effets psychiatriques et des idéations psychotiques aiguës, exacerber l’anxiété, déclencher des paniques, exacerber la dépression et fragiliser les gens porteurs d’une maladie affective bipolaire. Cette consommation de cannabis est souvent accompagnée d’un syndrome amotivationnel.

 

La préoccupation des médecins et cliniciens qui oeuvrent dans le domaine de la toxicomanie est énorme :

 

Banalisation de la consommation du cannabis depuis la mise en oeuvre de ce projet de légalisation.

 

Certaines études démontrent que la légalisation augmente la prévalence de consommation chez les jeunes adolescents.

 

On estime que 11 % des Canadiens consomment du cannabis, avec une augmentation de ce pourcentage chez les jeunes, particulièrement de 15 à 24 ans. À cet âge, la consommation est trois fois plus importante que chez les adultes.

 

La préoccupation clinique des médecins oeuvrant dans ce domaine et qui rencontrent des jeunes qui consomment du cannabis depuis plusieurs années (ou trouble lié à l’utilisation du cannabis) est de discerner la nature exacte du tableau qu’ils présentent ; dépendance, dépression majeure, émergence d’un trouble schizophréniforme, démotivation chronique.

 

En conclusion, la légalisation du cannabis ouvre la porte à plusieurs problèmes :

 

Difficultés à contrer l’usage abusif chez les jeunes de 15 à 24 ans malgré les contraintes juridiques mises en place. Il s’agit donc de la population la plus vulnérable, et surtout de la plus influençable.

 

Problèmes de santé publique, dont des consultations accrues à l’urgence et dans les services médicaux.

 

Problèmes de conduite avec les facultés affaiblies, particulièrement la conduite automobile. Il faut savoir que la consommation chronique en phase aiguë peut multiplier par sept les accidents mortels.

 

Ce risque d’accident est encore augmenté s’il y a présence d’alcool, à cause de l’effet synergique.

 

La prévention de l’utilisation du cannabis devrait être le premier enjeu sur lequel le gouvernement devrait se pencher et agir au lieu de prioriser la légalisation, qui donne un message tout à fait contraire.

7 commentaires
  • Claire Dufour - Abonnée 21 avril 2017 06 h 03

    Le ''pot''

    Monsieur,
    Avec toute l'argumentaire que vous apportez et basée sur des faits scientifiques, pourquoi ce gouvernement ne réalise-t-il pas la problématique qui se présente.
    Suivre les traces du père est une chose mais quand cette trace va dans la mauvaise direction est autre chose. (Trudeau père avait lancé une première tentative).
    Les Trudeau et Cie devraient y réfléchir avant de rendre régal récréativement cette drogue. C'est de la supercherie!!!

  • Michel Lessard - Abonné 21 avril 2017 06 h 21

    la légalisation du canabisouvre la porte à plusieurs problèmes

    J'ai 75 ans. Je connais plusieurs mordus du canabis depuis leur adolescence. Tous sont des êtres repliés sur eux-mêmes, asociaux,démotivés d'être, insouciants. Tous!
    Michel Lessard, Lévis.

  • Sylvain Auclair - Abonné 21 avril 2017 07 h 50

    Une question

    Le nombre d'alcooliques a-t-il augmenté avec la fin de la prohibition?

    • Jean Gadbois - Abonné 21 avril 2017 14 h 54

      En réponse à votre question, M. Auclair,

      Oui et de 36%, entre les années '30 et 2000, au Canada et aux États-Unis (OCDE/UNESCO, rapport quinquennal, N.U., 2014). Une augmentation sensiblement analogue est prévue en regard de la consommation du canabis chez les jeunes de 15 à 24 ans.
      Il faut aussi tenir compte du fait avéré que le taux de T.H.C. dans le canabis d'aujourd'hui est nettement supérieur à ce qu'il était en 1970 (on parle de 25 à 35 fois plus élévé, selon la marchandise disponible, parfois plus).
      Certes, d'une drogue douce qu'elle était naguère, elle est passé au statut de drogue dure aujoud'hui.
      Les dangers pour la santé dépassent largement ceux encourus à l'époque du "Peace and love hippy" des années '70. Le postulat qui affirme que leurs pères, aujourd'hui retraités, l'ont fait eux aussi et donc qu'on ne peut donner de leçons de morale aux jeunes contemporains, ne tient pas la route.
      Nos gouvernements voient là l'occasion de faire des milliards, comme pour le jeu, l'alcool, les narcotiques (Industrie pharmaceutique) et les boissons énergisantes, par exemple.
      Les enjeux électoraux sont aussi à considérer dans cette saga n'est-ce pas?
      Ne l'oublions pas, nous vivons à l'aire de l'hédonisme festif et du courtermisme. L'avenir et la santé de nos jeunes? Que se soit en éducation, en santé mentale ou en regard des valeurs à leurs transmettre, les deux générations qui les ont précédé n'en ont que faire.

      Et le poison, dont il est question dans les propos du Dr. Chiasson, ne se trouve peut-être pas là où on l'attend le plus.

      Jean Gadbois

  • Denis Rousseau - Abonné 21 avril 2017 11 h 58

    Prenez-vous les Québécois pour des imbéciles?

    Si ça peut vous rassurer, M. Chiasson, aucun Québécois est assez imbécile pour croire que le cannabis est bon pour la santé.

    Aucun Québécois est assez imbécile, non plus, pour croire que le fast food, le sel, le gras saturé et l'alcool sont bons pour la santé. On rend pas, pour autant, ces consommateurs criminels de par leur habitude alimentaire.

    Aucun Québécois est assez imbécile pour croire que la sédentarité n'est pas néfaste pour la santé. Allons-nous foutre des amendes aux Québécois que ne s'entraîne pas un minimum de 3x30 minutes par semaine?

    Heureusement qu'encore, au Québec, nous pouvons faire des choix.

    • Pierre Robineault - Abonné 21 avril 2017 17 h 19

      En effet, vous avez raison quant à la liberté de choix.
      Mais par ailleurs tout ce que j'exigerais, moi, serait d'appliquer les mêmes loi et règlements à propos de la consommation de tabac. En particulier quant à son odeur désagréable. Je vous imagine donc d'accord avec cet aspect ou alors je croirai que vous en êtes vous-même un fervent consommateur.

  • Jean Gadbois - Abonné 22 avril 2017 00 h 17

    Ouiiii, faire des choix.

    Chouette, on peut encore faire des choix au québec. Et quel choix! Ouf! quelle chance nous avons!
    Aucun québécois n'ignore les méfaits de ce qui n'est pas bon pour lui, aucun, aucun.
    Mais c'est extraordinaire! Pourquoi on ne nous a pas informé de cette lucidité sociale unique au monde? Nous sommes vraiement une société distincte...

    Un petit hic: l'odeur désagréable. Tout ce qui reste à exiger pour que nos jeunes et moins jeunes ne nous importunent pas, c'est de la changer, la modifier.
    On pourrait peut-être créer un parfum "full québécois, genre", style: pot "saveur poutine" genre?