Faisons de Montréal une ville sanctuaire

L’après-attentat exige de notre part plus que de simples messages de solidarité, font valoir les auteurs.
Photo: Alice Cliche Agence France-Presse L’après-attentat exige de notre part plus que de simples messages de solidarité, font valoir les auteurs.

Les villes de Toronto, de Vancouver et d’Hamilton ont déjà adopté des politiques faisant d’elles des sanctuaires. Trente-sept villes américaines aussi. Il est grand temps que Montréal se joigne au mouvement. L’attentat effroyable qui a fauché six personnes au Centre culturel islamique de Québec dimanche soir dernier interpelle directement tous les Québécois.

 

Inutile de se cacher la tête dans le sable et de prétendre qu’il n’y a pas de courant islamophobe au Québec. Non seulement existe-t-il, mais il crache son venin quotidiennement. Parfois de façon ouverte, criminelle et haineuse, comme à la mosquée de Québec. D’autre fois de façon plus ou moins subtile, au détour par exemple de débats sur le voile islamique dans la sphère publique.

 

Peut-on nier le climat dangereux créé par le « muslim ban » du président Trump et les inepties xénophobes et islamophobes que charrie son courant extrémiste de droite aux États-Unis ? Est-ce un pur hasard que cet attentat ait lieu lors d’une fin de semaine dominée médiatiquement par le décret anti-immigration musulmane promulgué par le tout nouveau gouvernement américain ?

 

Décret Trump

 

L’après-attentat exige de notre part plus que de simples messages de solidarité. Il nous faut agir, à l’instar des mouvements de protestation au sud de la frontière, pour contrer directement et efficacement les actes racistes et xénophobes. Le décret Trump est contré non seulement par des mouvements citoyens spontanés aux abords des aéroports internationaux américains, mais aussi par des juges fédéraux à Brooklyn et au Massachusetts, par les maires et les conseils municipaux des grandes agglomérations de New York, de Los Angeles ou de Boston.

 

Ainsi se propage le mouvement dit des villes sanctuaires, où les autorités locales annoncent leur refus de collaborer avec les décrets anti-immigration du gouvernement fédéral et affirment vouloir protéger les immigrants sans papiers, les réfugiés et autres victimes potentielles du délire trumpiste. Plus de 37 villes américaines, dont New York, Los Angeles, Chicago, San Francisco, Miami et Seattle, l’ont déjà fait.

 

Le premier ministre Trudeau vient de réaffirmer l’ouverture du Canada aux réfugiés. Le ministre fédéral de l’Immigration a pour sa part annoncé qu’il offrira des permis de résidence temporaire aux personnes coincées au Canada en raison de l’interdiction de séjour imposée par le président américain aux résidants de sept pays à majorité musulmane. Comme vient de l’affirmer dans une déclaration solennelle le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, « le monde entier nous regarde. C’est le moment, ensemble, de montrer qui nous sommes ». Denis Coderre, maire de Montréal, ajoutait : « Il est peut-être temps qu’on se dise : au lieu de bâtir des murs, il faut bâtir des ponts. »

 

Fraternité

 

Faisons de Montréal une ville sanctuaire. Parce que nous sommes pour la fraternité entre les peuples, nous accueillerons dans notre métropole ceux et celles qui seront coincés aux aéroports internationaux du Canada. Dénonçons la politique xénophobe du président Trump en ouvrant les bras aux réfugiés syriens et autres victimes des terribles conflits du Moyen-Orient, en donnant accès à tous les services municipaux aux immigrants sans papiers et en exigeant que les autorités fédérales, provinciales et municipales fassent de même avec leurs services. Montréal rejette toute forme de racisme et de xénophobie.

 

Montréal a déjà innové en ce domaine en adoptant une « Politique anti-apartheid et zone libre d’armements nucléaire » en 1987. Dans les années 1960, notre ville a accueilli des milliers de jeunes Américains refusant de servir au Vietnam. En février 2003, des centaines de milliers de Montréalais sont descendus dans la rue pour protester contre la guerre américaine en Irak.

 

Le contexte actuel exige de mettre en avant une mesure forte pour marquer notre volonté de vivre ensemble. Toronto, Vancouver et Hamilton ont déjà adopté des politiques faisant d’elles des villes sanctuaires. Il est grand temps que Montréal le fasse aussi. Soyons solidaires en 2017 et faisons de Montréal une ville sanctuaire.

  • Marc Lacroix - Abonné 2 février 2017 06 h 37

    L'événement Trump !

    L'arrivée au pouvoir du milliardaire égocentrique constitue un tournant pour notre civilisation. Le mythe américain du progrès pour tous en prend pour son rhume; Trump ne parle pas de justice et de progrès social, mais des intérêts à court terme des seuls Américains. La table est mise, il faut faire avec.

    Faire de Montréal une ville sanctuaire semble une avenue prometteuse, mais pas à n'importe quelles conditions! L'idée d'accueillir des réfugiés, des gens qui fuient la guerre est au départ positif, si les réfugiés arrivent en souhaitant se refaire une vie nouvelle — avec les autres citoyens —, pas en ghetto, isolé du reste de la population.

    Ne soyons pas naïfs, si ceux qui arrivent ne cherchent qu'à rebâtir leur ancien monde misogyne et patriarcal ici, c'est peine perdue. Ne soyons pas hostiles à ceux qui se disent croyants, si de leur côté ces derniers veulent considérer leurs femmes et leurs filles — comme des égaux. Les clivages religieux marqués n'ont plus leur place, et dans l'espace public, les visages cachés et les écoles qui n'enseignent — que la religion — n'ont pas de légitimité; nous sommes au 21e siècle et les enfants ont le droit à une véritable éducation qui leur permettra de subvenir à leurs besoins dans la société.

    Toutes les idées religieuses — ne se valent pas —, certaines sont ouvertement sexistes et discriminatoires, en tant que société d'accueil, nous ne pouvons les considérer comme — des droits — au même niveau que le droit à l'égalité des sexes..., dans nos chartes, cohérence oblige. Ville sanctuaire, peut-être, mais l'intégration doit se faire, et nous devons nous donner les moyens de bien la faire.

    Au niveau de la fonction publique, M. Untel et Mme Untelle, sont des fonctionnaires, pas des juifs ou musulmans ou cathos... Dans l'espace public, la loi doit être la même pour tous et les efforts ne peuvent provenir uniquement de la société d'accueil.

  • Jean-François Trottier - Abonné 2 février 2017 07 h 52

    Non, non et non! Le Quéec dans son ensemble!

    Il est hors de question de continuer la même politique d'immigration du gouvernement Couillard avec les mêmes voeux pieux démentis par chacun des gestes administratifs. Son dernier discours est de même eau que la normale.
    Faire de Montréal une ville-sanctuaire serait tout aussi nocif à moyen et long terme.

    Nommer Trump ne suffit pas non plus pour que tout ce qu'on propose devienne blanc comme neige! Faut AUSSI repenser la très faible logique de Couillard et consorts. qui veulent du cheap labor et... la peur comme moteur de leur élection.

    Il est urgent que l'on accueille réellement chaque immigrant. La politique du laisser-faire actuelle est un non-sens à la limite de l'inhumain qui sacrifie au simulacre de grandeur du multiculturalisme : quelques colifichets, beaucoup de drapeaux, rien à la clé.

    À chaque cellule familiale d'immigants (de une à beaucoup de personnes) doit être offert un emploi et un gîte dès leur arrivée en plus d'une formation à la vie au Québec y compris des cours de français. Pas un miracle, pas une sinécure, simplement un minimum de support.

    Ceci à une seule condition : que les immigrants soient distribués égalemnent sur le territoire.
    Pas Montréal! Le Québec dans son ensemble, c'est simple, non?

    Votre proposition mène directement à la formation de ghettos. Elle regroupe tous les immigrants en un seul lieu qui, déjà, les accepte facilement puisqu'il les connaît.

    Chaque immigrant se verra offrir un support solide à la condition qu'il aille vivre à Sherbrooke, ou Gatineau, ou Ste-Adèle ou même Hérouxville. La question est de solidifier les liens entre les nouveaux-venus et les résidents, des les faire s'interpénétrer et échanger.

    Montréal devrait, dans un monde sensé, accueillir juste assez d'immigrants pour réunir les cellules familiales et un peu plus, puisque la cellule familiale est un noyau reconnu par notre société.

    Les régions, elles, ont besoin de régénération et de nouveauté. C'est ce qui doit être visé.

  • Diane Germain - Abonné 2 février 2017 09 h 42

    Montréal ville sanctuaire ?

    D'accord que Montréal devienne ville sanctuaire, mais pas à n'importe quel prix.

    Mais à Toronto que veut dire cette ouverture ? Il suffit de lire la réplique du restaurant français Le Papillon Park par rapport à leur condamnation par Human Right Court of Ontario (HRCO) lepapillonpark.com. Selon le propriétaire du restaurant, le chef cuisinier (après 17 années de service) et deux autres musulmans ont refusé d'entrainer une femme cuisinière, d'où le début de la mésentente. De plus, il ne semble pas que ce soit un cas rare. Ils auraient reçu des douzaines d'appels et de courriels de d'autres petites entreprises qui auraient été également été injustement condamnés pour des accusations de discrimination au HRCO et qui ont perdu leur entreprise.

    Donc, oui soyons ouverts mais pas dupes. L'égalité homme-femme n'est pas encore assurée, il ne faudrait surtout pas la fragiliser.

  • Pierre Desautels - Abonné 2 février 2017 10 h 02

    Un exemple.

    "Ne soyons pas hostiles à ceux qui se disent croyants, si de leur côté ces derniers veulent considérer leurs femmes et leurs filles — comme des égaux."

    Comme la religion catholique, par exemple?

  • Jacques Tremblay - Inscrit 2 février 2017 10 h 22

    Créons un milieu d'ultime tolérance en reconnaissant un fois pour toute la laïcité de nos institutions

    Oui Montréal une ville sanctuaire qui protège le droit fondamental de l'égalité des hommes et des femmes contre toute forme de sectarisme religieux. Un sanctuaire de laïcité où la religion des uns ne sera en aucun moment la loi des autres.
    Jacques Tremblay
    Sainte-Luce, Qc