La proposition de Jean-François Lisée est insuffisante

«Au regard des faits, la situation actuelle a de quoi inquiéter», estiment les auteurs.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Au regard des faits, la situation actuelle a de quoi inquiéter», estiment les auteurs.

En 1977, après des années de mobilisation citoyenne instiguée notamment par les Sociétés Saint-Jean-Baptiste et le Mouvement Québec français, le gouvernement du Québec a fait adopter la Charte de la langue française. Ce fut un véritable geste historique d’affranchissement collectif. Un saut dans la modernité.

 

Aussi déterminante fût-elle pour le Québec, la loi 101 n’est pas pour autant un phénomène exceptionnel à l’échelle mondiale. La plupart des États occidentaux ont leurs lois linguistiques. Le bon sens veut que, sur un territoire donné, une seule langue commune s’impose, que ce soit pour l’éducation ou pour les services publics. Loin de susciter la division, il s’agit là d’un facteur majeur de cohésion nationale, essentiel à l’inclusion des nouveaux arrivants. Au-delà de la nécessité de pérenniser la francophonie en Amérique du Nord, faire du français la seule langue officielle au Québec, dans le respect des droits de la minorité historique anglophone et des Premières Nations, c’est vouloir « unir », « inclure » ; c’est favoriser l’harmonie et la réussite sociale.

 

Aussitôt adoptée, la Charte de la langue française fut combattue sans relâche, notamment devant les tribunaux. Le gouvernement fédéral interviendra de toutes les manières inimaginables pour faire prévaloir sa propre vision de l’aménagement linguistique, que ce soit par le financement généreux des groupes de pression anglophones ou la promulgation unilatérale en 1982 d’une Constitution pourtant rejetée par le Québec. Le bilinguisme institutionnel ainsi restauré, la vitalité du français s’en verrait largement diminuée.

 

Au regard des faits, la situation actuelle a de quoi inquiéter. Le pouvoir d’attraction de l’anglais reste largement supérieur à celui du français, qui ne parvient pas à s’imposer en tant que langue commune. Le français recule aussi comme langue d’usage à la maison, alors que le poids de l’anglais ne cesse d’augmenter. Sur l’île de Montréal, la proportion de gens parlant le français à la maison n’est que de 53 %, soit 8,8 points de pourcentage de moins qu’en 1986 (61,8 %). C’est énorme. Et si rien de sérieux n’est entrepris, les projections démontrent qu’en 2056, cette proportion chutera à 43 %.

 

Intégration à l’emploi

 

Pour éviter le pire, il y a lieu tout d’abord d’actualiser notre vision du rôle du système d’éducation, ce lieu névralgique d’intégration et de transmission de la langue et de la culture. En particulier, l’enseignement collégial et universitaire représente de nos jours une étape majeure de l’intégration à l’emploi et influe fortement sur la langue de travail et les transferts linguistiques.

 

À son époque, Camille Laurin n’aurait pas pu prévoir qu’en 2017, un si grand nombre de jeunes Québécois fréquenteraient les cégeps et les universités de langue anglaise. Alors qu’il n’y a que 8 % d’anglophones au Québec, plus de 11 % des élèves du primaire et du secondaire fréquentent l’école anglaise. Au collégial, 23 % des étudiants qui suivent la formation préuniversitaire choisissent de le faire en anglais. Au niveau universitaire, plus de 21 % des étudiants fréquentent un établissement anglophone.

 

Il a été démontré que, parmi les jeunes ayant fait le saut du secondaire français au cégep anglais, ceux qui souhaitent continuer leurs études s’inscriront presque systématiquement par la suite à l’université anglaise. Aussi, dans la plupart des cas, leur langue de travail sera l’anglais. Plus précisément, chez les allophones poursuivant des études postsecondaires dans la langue de Shakespeare, trois sur quatre occuperont ensuite un emploi en anglais. Chez les francophones, cette proportion est de l’ordre de 50 %, un chiffre préoccupant.

 

C’est pourquoi il est si essentiel que le champ d’application de la Charte de la langue française soit étendu au collégial, agissant ainsi en amont du monde du travail.

 

Équilibre

 

Aussi, il faut absolument rétablir l’équilibre dans le financement des établissements universitaires de langue française et ceux de langue anglaise à l’image du poids relatif des réseaux français et anglais des secteurs primaire et secondaire (89 %-11 %). Certaines mesures proposées par M. Lisée vont dans cette direction.

 

De plus, étant donné qu’encore aujourd’hui, plus de 200 000 Québécois issus de l’immigration ne parlent pas un mot de français, les cours de francisation devraient être obligatoires et les allocations pour ce faire, bonifiées.

 

Au-delà de l’éducation et de la francisation, il faut considérer comme prioritaire de mettre fin au bilinguisme institutionnel dans les services gouvernementaux. Entre autres mesures, il est plus que temps de mettre en vigueur l’article 1 de la loi 104, adoptée à l’unanimité en 2002. Cette disposition cruciale établit que, dans ses communications écrites avec les personnes morales établies au Québec, l’Administration publique utilise uniquement la langue officielle.

 

Ensuite, pour que le français devienne « la véritable langue de l’État », comme le souhaite monsieur Lisée, il faudrait tout d’abord qu’en matières judiciaire et législative, soit deux des trois composantes de cet « État », la langue française redevienne la seule langue officielle…

 

À un moment ou un autre, ces mesures ont presque toutes déjà fait partie du programme du Parti québécois. Certaines figuraient même dans la loi 101 originale. Or, on n’en retrouve pratiquement aucune dans la proposition principale présentée par le nouveau chef.

 

Cela est fort regrettable. S’il avait fallu, au moment d’adopter la loi 101, qu’on s’empêche d’agir par peur de « diviser », le Québec français serait aujourd’hui probablement à terre, et la nation québécoise, plus divisée que jamais. Afin d’éviter cette éventualité et de garantir à notre langue un avenir digne de ce nom, il faut parachever une bonne fois pour toutes la reconfiguration institutionnelle entamée par Camille Laurin en faisant du français la seule langue officielle et commune au Québec.

20 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 14 janvier 2017 05 h 16

    … un colonisé ! ?

    « … il faut parachever une bonne fois pour toutes la reconfiguration institutionnelle entamée par Camille Laurin en faisant du français la seule langue officielle et commune au Québec. » (Collectif d’auteurs)

    Bien sûr que certes, et ce, en tout temps, il faille donner au français la place qu’il lui revient de plein droit, selon la loi 101 !

    Si Lisée cherche à la réfuter, il aurait dû le dire pendant la course à la chefferie du PQ plutôt de se déguiser ou parler comme …

    … un colonisé ! ? - 14 jan 2017 -

  • Yves Côté - Abonné 14 janvier 2017 06 h 16

    Pour être unis...

    Pour être unis, il faut s'unir sur du concret. Et certainement pas sur du sable mouvant.
    Un projet, voilà ce dont nous avons besoin. Et pas un semblant d'idée sur le minimum qu'il faut pour protéger ce qui reste de notre langue sans cesse plus maltraitée au Canada.
    La théorie, les gradns principes, les déclarations de vertu et d'intentions, dans le combat que le peuple québécois mène depuis plus d'un demi-siècle, tout cela est rendu aussi inutile que vide de sens.
    Faudrait-y pas que nous chefs indépendantistes s'en rendent enfin compte ?
    D'ailleurs, a-t-on déjà vu un peuple combattre exclusivement pour des principes, aussi nobles et grands fussent-ils ?
    Poser la question est y répondre et nous ne sommes certainement pas autrement dans l'action que n'importe quel autre peuple du monde...
    De combattre pour des principes doit s'accompagner obligatoirement du combat pour l'amélioration concrète du quotidien des femmes et des hommes. Parlez-en aux femmes de plus de cinquante ans, elles vous le dirons sans détour...
    Alors, un projet concret autour duquel nous nous regrouperons puisque celui-ci donnera chair tant à ce que nous voulons être, qu'à ce que nous voulons que soit l'avenir de nos enfants et petits-enfants.
    Un projet de République moderne et respectueuse autant de ce que nous sommes, que de notre environnement et de la démocratie.
    Un projet de société clair et pi ça presse, c'est ce dont nous avons besoin. Et cela, peu importe les "vedettes" qui se portent à notre tête collective.
    Il n'y aura qu'ainsi que nous souderons notre détermination de peuple à ne pas disparaître dans un miasme culturel qui n'a pour point commun que la volonté de consommer au maximum...

    Et comme toujours avec moi, Vive le Québec libre !

  • Raymond Labelle - Abonné 14 janvier 2017 08 h 05

    Les signataires s’attachent aux symboles et le réel leur échappe.

    Ce texte ne reconnaît pas que JFL vise les mesures les plus efficaces qui soient pour promouvoir et assurer le français au Québec. Des mesures que même les gouvernements du PQ n’avaient pas osé prendre alors que les situations avaient déjà évolué dans le sens indiqué par les signataires – sous les gouvernements Bouchard, Landry et Marois.

    - L’immigration est la partie de la population qui croît le plus : JFL propose de s’assurer que les immigrants économiques aient une connaissance intermédiaire ou avancée du français avant même d’arriver au Québec. Là où la francisation est la plus difficile, c’est parmi les immigrants qui n’avaient aucune connaissance du français. Pour les réfugiés : une fois au Québec, cours de français obligatoires, mais rémunérés. Avoir de seuils d’immigration conformes à nos capacités d’accueil.

    - Le milieu du travail est aussi au centre du problème : proposition d’étendre l’obligation de franciser les entreprises de 25 à 49 employés.

    - Anglos québécois qui ne parlent pas français : rendre une connaissance avancée du français obligatoire pour l’obtention du DEC – viser à ce que les universités fassent de même. Que les anglos doivent faire une session dans un cégep français – non seulement l’immersion est favorable à l’apprentissage de la langue, mais cela les forcerait à sortir de leur bulle pour connaître la population majoritaire.

    Refuser de parler anglais au citoyen unilingue anglais qui cherche à payer ses impôts, se fait soigner, va au CLSC ou demande des renseignements sur son permis de conduire ne se fait pas en pratique de toute façon - c’est pour ça que ça n’arrivait pas même sous les gouvernements du PQ.

    Des mesures vexatoires et mesquines à peu d’effet mineraient inutilement la crédibilité des mesures importantes efficaces.

    Il faut mesure l'ensemble du réel et des mesures proposées en fonction de l'efficacité de la francisation et non pas chercher des poux.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 14 janvier 2017 12 h 12

      J'abonde dans le même sens que vous, M. Labelle.

      Au sujet des CÉGEPs anglais, les frondeurs crient à la trahison parce que M. Lisée renonce à les soumettre à la Loi 101.

      En réalité, ni René Lévesque, ni Jacques Parizeau, ni Lucien Bouchard, ni Bernard Landry, ni Pauline Marois n’ont osé restreindre l’accès des CÉGEPs anglais aux seuls étudiants angloQuébécois. Ils l’ont peut-être dit, mais ils ne l’ont pas fait.

      Mais c’était moins grave à leur époque, disent les frondeurs.

      J’aimerais que ces derniers cherchent à comprendre pourquoi tant de parents francophones veulent que leurs enfants fréquentent un CÉGEP anglais. Promouvoir une indépendance de type ‘punitif’ pour corriger le peuple de ses défauts n’est pas très vendeur.

      Fin stratège, M. Lisée veut enlever du programme du PQ une disposition qui permettrait aux Libéraux de crier au loup. Une disposition qui, de toute manière, ne serait mis en application ni par lui ni par personne d’autre.

      En contrepartie, au niveau des CÉGEPs anglophones, M. Lisée veut (comme vous le dites vous-mêmes, M. Labelle) que tous les finissants réussissent un examen de français avant de recevoir leur diplôme. Conséquemment, le français devient alors l’équivalent d’une matière obligatoire.

      Même auprès des parents angloQuébécois, c’est une mesure facile à justifier au nom de l’employabilité, une mesure facile à mettre en application et qui possède l’avantage indiscutable d’être mieux que rien.

    • Jacques Lamarche - Abonné 15 janvier 2017 10 h 26

      Moi aussi, j'abonde! Pour l'instant, mieux vaut reculer un peu que sur tous les fronts foncer! C'est d'abord l'image du parti qu'il faut soigner, celle que les batailles contre la loi 101 ont ternie et que le combat contre la chartre a démolie! C'est la conquête du pouvoir qui doit primer! Le PQ doit faire preuve de modération s'il veut regagner le coeur de Québécois qui, sur maints dossiers, l'ont mal jugé!!

    • Raymond Labelle - Abonné 15 janvier 2017 20 h 08

      "Pour l'instant, mieux vaut reculer un peu" - et en plus, il ne s'agit pas d'un recul mais d'une avancée, où jamais aucun gouvernement du PQ n'avait osé aller. Je ne comprends pas cette levée de boucliers des signataires.

  • Michel Blondin - Abonné 14 janvier 2017 09 h 02

    Il doit faire cela mais aussi beaucoup plus.

    Lisée doit aussi répudier la constitution de 1982.
    Se retirer de la constitution par trahison du pacte et par continuité du chemin tracé depuis ses origines il y a 400 ans. Un traité peut bien céder des terres mais jamais il ne peut céder des citoyens comme des esclaves.
    Cette loi de 1982 ne fait pas exception sur la volonté de ce peuple malmené dans sa langue. Votée dans des circonstances pour le moins troubles dont certains les croient de nature d’un coup d’État, cette constitution est un affront inacceptable et inconcevable dans une fédération dont un des fondateurs s’y trouve exclu.
    Camille Laurin craignait en 1977 de ses deux cauchemars, que Lévesque change d’avis ou que la Cour suprême brise les fondements de sa loi, que l’un se réalise. C’est fait!
    Les jugements depuis 40 ans démontrent que les meilleurs jugements des Cours sont de nature à faire fi de cette loi. L’édifice de la constitution est devenu imparable pour juger de ce que la loi 101 deviendra comme digue à l’anglicisation : une construction vaine et atypique.
    Cette constitution traite le Québec comme un fils illégitime- elle ne le reconnaît pas, n’en veut pas, le considère insignifiant et espère sa langue moribonde.
    Pour sortir de cette bâtardise politique, le Québec doit agir dans l’intérêt de la nation et annuler toutes les décisions contradictoires a sa volonté de pérennité. Il doit affirmer son refus de cette constitution.
    Le président du parti québécois doit amender la loi 99, par exemple, pour infirmer la constitution comme étant une loi qui rend le Québec orphelin de ses droits les plus fondamentaux et qu’il s’y retire, l’annule et la rend nulle de nullité absolue.

    Le Québec a des droits de se retirer de cette fédération. Les États sont les parties contractantes du traité initial. Dans cette perspective ces États possèdent un certain nombre de droit dont celui de rompre l’engagement initial. En conséquence, le droit étatique est supérieur à l’armature juridique de la fédératio

    • Claude Bariteau - Abonné 14 janvier 2017 16 h 41

      Un point important est oublié dans votre analyse. En 1867, ni la Bas-Canada et ni la Province of Québec n'existe. Le Canada-Uni, décidé par Londres, abolit le parlement du Bas-Canada. N'existe alors que ce gouvernement avec deux sections, l'est et l'ouest, pour des fins électorales et l'administration locale dont les prérogatives et les alignements sont définis au parlement du Canada-Uni.

      Lorsque la décision se prend au Canada-Uni pour adhérer au projet de Dominion of Canada, esquissé à Charlottetown puis précisé à Québec par 72 résolutions, il n'y a pas eu de consultation dans les sections est et ouest de la population même si Dorion a déposé une proposition à cet effet. Sa proposition fut battue. La décision fut prise par un vote des parlementaires des deux sections (91 pour 33 contre). La Grande-Bretagne a demandé de vérifier le vote dans la section est. Il s'est avéré favorable, une majorité de députés des deux langues étant favorables à ce projet dont Georges-Étienne Cartier qui était associé è Macdonald.

      Ni le peuple d'alors, ni le gouvernement, car il n'existait pas, ne se prononcèrent.

      En 1982, le peuple du Québec ne s'est pas prononcé et René Lévesque ne l'y a pas invité, craignant probablement de perdre. Quant au parlement de la province de Québec, il s'est dit contre, mais Trudeau a pensé, les juges de la Cour suprême aussi, que les élus du Québec au parlement canadien étaient les seuls en droit de se prononcer. D'où la banalisation de la position des parlementaires de la province de Québec qui est une entité secondaire insignifiante, comme vous le dites.

    • Claude Bariteau - Abonné 14 janvier 2017 17 h 02

      Dernièere précision : c'est d'un ridicule à faire rougir un béluga que d'avancer que ce Canada de 1867, qui n'est qu'une réunion des colonies britanniques consentantes (3 sur 4) est le produit de deux nations fondatrices.

      Ces « nations » ne se sont pas prononcées et les parlementaires de la section est du Canada-Uni ne se sont pas prononcés en tant que représentants de « nations » dont ils émanaient mais uniquement en tant que parlementaires n'ayant aucun mandat.

      De fait, ils ont présumé avoir la responsabilité ministérielle pour agir, qui est une pratique inventé en Grande-Bretagne selon laquelle un parlement, s'il n'est pas renversé, demeure l'autorité politique et peut, comme parlement colonial, suggérer de modifier son statut à l'autorité qui l'a créé, en l'occurence la Grande-Bretagne.

      Alors, vaut mieux ne pas faire rougir les bélugas, ce qu'ontfait les idéologues locaux pour justifier la position des élus de la section est en leur accordant le statut de représentants d'une « nation » qu'ils ont utlisé à la manière britannique.

    • Michel Blondin - Abonné 14 janvier 2017 18 h 12

      Monsieur Bariteua,
      Merci de votre texte.
      La phrase qui vous rebute semble :

      "Se retirer de la constitution par trahison du pacte et par continuité du chemin tracé depuis ses origines il y a 400 ans. Un traité peut bien céder des terres, mais jamais il ne peut céder des citoyens comme des esclaves."

      C'est la remarque d'un juge à la retraite qui exprimait dans un livre sur l'histoire les tribunaux de Montréal que les traités de l'époque (18e siècle) ne pouvaient céder des citoyens. Ils étaient à l'époque protégés par les traités internationaux.
      La lecture que je fais que sous-tend ce passage est aussi la même que l'ex-juge de la Cour Suprême, Migneault, qui en vient à la conclusion, (dans un texte à l'action Nationale), en résumé, que l'acte de 1774 est un "Bill of Wight". Il redonne tous les droits de se gouverner par L'Édit le Louis XIV de 1663. La doctrine de Migneault s'étend après 1867 et mes lectures me permettent de croire qu'il y aurait encore un fondement en 1982.
      D'où mon saut en histoire de 400 ans pour arriver à la constitution de 1982.

      Aussi, j'en conviens, le pacte des deux nations n'a jamais été une notion de droit, mais politique. Un leurre, peut-être, mais un objet politique, tout de même..

      Quant aux prétentions de se retirer de la fédération, elle vient aussi de l'argument de fond utilisé par les sudistes qui a abouti à un litige et ... la guerre de Sécession. Cela est mis en évidence dans 'les contradictions de la démocratie, L'Amérique des États" de Arnaud Coutant. Ceteris Paribus, elle peut être utile à explorer.
      Quant aux autres arguments, ils ne sont pas discutés dans mon texte ci-haut et sur l'essentiel, nous faisons une lecture historique semblable, bien que vos propos, parfois, semblent s'adresser à quelqu'un d'autre.

    • Claude Bariteau - Abonné 15 janvier 2017 08 h 24

      Monsieur Blondin, la phrase que vous citez n'a rien à voir avec mon commentaire, car celui-ci découle d'une autre phrase : « cette constitution est un affront inacceptable et inconcevable dans une fédération dont un des fondateurs s’y trouve exclu ».

      En fait, je voulais signaler que le « un des fondateurs » n'était en rien une nation comme le veut le discours officiel qui conduit à des propos revendicateurs de privilège alors que l'aval de la section-est du Canada-Uni fut l'affaire de députés, la plupart corrompus ou associés au clergé, qui n'avaient pas le mandat et qui refusèrent de consulter le peuple d'alors.

      Sur l'autre phrase, deux précisions : après la conquête territoriale reconnue dans le traité de Paris en 1763, les ressortissants, qui n’ont pas quitté le territoire conquis deviennent des sujets britanniques auxquels certaines exigences s'appliquent, car, comme vous le signalez, ce ne sont des esclaves, mais des habitants auxquels la Grande-Bretagne reconnut leur pratique religieuse en vertu du Traité de Westphalie (1648), aussi les terres habitées, mais exigea un serment pour devenir des sujets ayant accès à des postes.

      L'Acte de Québec (1774) modifia cette proclamation et devient le cadre de la gouvernance britannique. Donne-t-il tous les droits aux sujets britanniques de se gouverner ? Ça m'apparaît difficile à défendre, sauf si la Grande-Bretagne, auparavant la France, reconnaît non pas l'exercice de ce droit mais le type de gouvernement qui prend forme. En ce sens, le produit de ce droit relève de l'aval de l'autorité qui exerce le pouvoir.

      En quelque sorte, cela dit que les habitants du Québec peuvent définir leur organisation de gouvernance en autant que les autorités canadiennes reconnaissent cette organisation. Or, c'est précisément ce qui ne s'est pas produit en 1836.

    • Michel Blondin - Abonné 15 janvier 2017 09 h 54

      Monsieur Bariteau,

      Je comprends mieux votre point de vue sur ma phrase:
      « cette constitution est un affront inacceptable et inconcevable dans une fédération dont un des fondateurs s’y trouve exclu »


      Votre précision me permet de comprendre que vous avez cru que le mot "fondateur" avait le sens inclusif de "nation fondatrice". Je n'ai pas fait ce lien, évidemment. Mais, le contexte immédiat ne l'excluait pas, ce qui a fait qu'une partie votre commentaire aurait eu sa pertinence, n'eût été la référence, peut-être trop lointaine, à la guerre de Sécession qui ne permettait pas cette interprétation puisque les États américains ne sont pas des nations. Il ya un flottement de sens que vos commentaires précises à bon droit.

      Quant à l'autre phrase, la lecture du "Bill of Wright" de 1774 de l'ex-juge de la Cour suprême Mignault vaut la peine d'être tout entendue. En discuter plus à fond mériterait un autre environnement que cet encadrement.
      Quand au fond, Lisée doit répudier la constitution de 1982 au lieu de faire plaisir aux anglophones séparatistes du Québec.

  • Serge Morin - Inscrit 14 janvier 2017 09 h 11

    Les yeux dans le rétroviseur,M. Beaulieu!