Pourquoi ne pas couper le cours d’ECR?

L’amputation du cours Monde contemporain, envisagée pour libérer du temps pour un éventuel cours d’éducation financière, ne fera malheureusement qu’aggraver les lacunes en culture générale de nos jeunes.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir L’amputation du cours Monde contemporain, envisagée pour libérer du temps pour un éventuel cours d’éducation financière, ne fera malheureusement qu’aggraver les lacunes en culture générale de nos jeunes.

Le ministre de l’Éducation vient d’annoncer l’implantation, dès l’automne 2017, d’un nouveau cours obligatoire d’éducation financière en Ve secondaire. Le scénario retenu pour faire place à ce nouveau cours est d’amputer la moitié du cours Monde contemporain. Pourtant, ce cours aborde les principaux enjeux et problèmes mondiaux, dont les enjeux économiques. L’autre scénario, finalement écarté, était celui de couper dans les cours à option en arts, en langues ou en sciences.

 

Comment se fait-il que le cours Éthique et culture religieuse (ECR) n’ait pas été envisagé dans ces scénarios de rationalisation de matières à enseigner ? Pourtant, le ministre vient d’annoncer que ce programme serait revu. Cette annonce faisait suite à une pétition citoyenne signée par plus de 5000 personnes réclamant l’abolition du volet « culture religieuse » et au rapport dévastateur du Conseil du statut de la femme affirmant qu’il contribuait à véhiculer le sexisme des religions. L’occasion était toute trouvée de délester ce cours de sa partie controversée. Il serait même envisageable d’étendre le volet « éthique », qui vise à promouvoir des comportements citoyens responsables, afin d’y inclure le volet « éducation financière » souhaité par le ministre afin d’amener les jeunes à adopter des « comportements responsables » dans la gestion de leurs finances.

 

Au lieu de cela, le ministre propose de sabrer un cours d’éducation citoyenne sur les enjeux et problèmes mondiaux. Paradoxalement, l’un des arguments maintenant avancés par ceux qui demandent le maintien d’un cours sur les religions est la nécessité, en ces temps marqués par des conflits mondiaux à référent religieux, de fournir des connaissances aux jeunes afin de les armer contre les fausses informations et les prémunir contre la radicalisation. Or, pour atteindre cet objectif, au lieu d’un cours sur le symbolisme et les expressions du religieux, il serait tout indiqué de renforcer des cours permettant de comprendre les problèmes mondiaux, dans une approche critique, à travers les diverses perspectives géographiques, historiques, économiques, politiques, et aussi religieuses. L’amputation du cours Monde contemporain ne fera malheureusement qu’aggraver les lacunes en culture générale de nos jeunes, déjà mise à mal dans un contexte de déclin de l’enseignement de la géographie au collégial, comme le rapportait récemment un collectif d’enseignants et d’étudiants en géographie.

 

Orienté vers la délibération et la prise de position, le cours Monde contemporain a pour objectif d’amener les élèves à développer leur sens critique dans l’étude de problèmes et d’enjeux du monde contemporain. C’est tout le contraire du volet « culture religieuse » du cours ECR, où l’exercice du jugement critique est banni. Alors que le volet « éthique » est conçu comme une réflexion critique sur les conduites, les valeurs et les normes des membres d’un groupe, la compétence en culture religieuse consiste à comprendre le fait religieux en pratiquant un dialogue de respect orienté vers la recherche du vivre-ensemble. Autrement dit, il s’agit de reconnaître l’existence de croyances et de pratiques religieuses, et de les accepter toutes. Outre le paradoxe de vouloir favoriser le vivre-ensemble en mettant en avant ce qui divise le plus les individus, soit leur religion, comment, sans esprit critique, ce cours pourrait-il constituer un rempart contre l’endoctrinement des jeunes ? Bien au contraire, il contribue à fragiliser les futures générations en les rendant inaptes à reconnaître des manifestations extrémistes des religions pouvant mener à la violence. Rien dans le contenu du cours ECR ne permet de débattre des enjeux mondiaux ni de comprendre l’actualité marquée par les attentats perpétrés par le groupe État islamique.

 

L’objectif n’est pas ici de me prononcer sur le bien-fondé de la création d’un cours d’éducation financière, mais de discuter de l’impact des coupes envisagées pour lui faire place. Plutôt que d’amputer le cursus des étudiants de Ve secondaire d’une matière permettant aux jeunes de comprendre les enjeux mondiaux dans une approche critique, plutôt que de couper dans des cours optionnels en arts ou en langues qui sont les véritables véhicules du vivre-ensemble, délester le cours ECR de sa partie enseignement religieux que suivent les enfants depuis la première année du primaire me paraît tout indiqué.

11 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 23 décembre 2016 05 h 30

    … ensemble ?

    « Outre le paradoxe de vouloir favoriser le vivre-ensemble en mettant en avant ce qui divise le plus les individus, soit leur religion, comment, sans esprit critique, ce cours pourrait-il constituer un rempart contre l’endoctrinement des jeunes ? » (Nadia El-Mabrouk, professeure, U MTL)

    Comment ?

    En délestant le volet religieux dudit cours (ÉCR) ?

    Pas nécessairement, car ce genre de cours, ne visant pas de rempart, demeure utile dans la mesure où les intérêts, des uns et des autres, culminent vers un « vivre-ensemble » respectueux des différences !

    De plus, si on veut vraiment faire appel à un esprit critique, y aura-t-il lieu de prévoir une formation « philo » capable de composer avec le domaine de l’endoctrinement que de chercher à étayer des cours qui, d’autres types (Ex. : « éducation financière », « finance et société », ou autres dénominations ?), risqueraient de le banaliser ou l’assimilation des individus aux diktats des marchés d’origine politico-socio-économique ?

    Vivre ensemble ou vivre autrement …

    … ensemble ? - 23 déc 2016 -

  • François Dugal - Inscrit 23 décembre 2016 08 h 01

    Pourquoi?

    "Pourquoi ne pas couper le cours d'ECR"?
    Parce que le MELS est est un navire sans gouvernail qui va s'échouer le l'iceberg de l'ignorance; parce que, au Québec, l'éducation de qualité n'est pas une priorité, voilà pourquoi, madame El-Mabrouk.

  • Pierre St-Amant - Abonné 23 décembre 2016 09 h 35

    Tout à fait d'accord

    Donnons à nos enfants les compétences et les connaissances qui les aideront à mieux comprendre notre monde plutôt que de les forcer à consommer l'opium religieux.

  • Denis Blondin - Inscrit 23 décembre 2016 10 h 20

    Pourquoi ne pas couper le cours d'Éducation financière?

    Madame El-Mabrouk

    De tout évidence, votre préoccupation essentielle n'est pas de proposer le meilleur curriculum possible pour les étudiants québécois mais de faire disparaître le cours d'Éthique et culture relligieuse parce que vous croyez que toute religion est l'ennemie de l'idéologie féministe.

    Vous refusez de vous prononcer sur les mérites de ce nouveau cours que le ministre de l'éducation semble avoir sorti de sa manche et vouloir imposer à toute vitesse, sans débat public sur la question. Je vous donne raison sur le fait que c'est une très mauvaise idée de sabrer dans le cours Monde contemporain mais pour le reste, je pense que vous avez tout mal. Et surtout dans votre empressement à saisir n'importe quel prétexte pour proposer l'élimination de tout enseignement sur l'existence des religions dans le monde actuel. Comme si l'ignorance d'une réalité suffisait à la faire disparaître. Bel exemple de pensée magique!

    Vous êtes aussi dans l'erreur en pensant que le patriarcat est une invention des religions. Ignorez-vous la simple distinction entre une corrélation et une causalité? Le fait que, dans notre histoire récente ou dans certaines sociétés actuelles, on observe une coexistence du patriarcat et de religions patriarcales ne démontre pas que l'une est la cause de l'autre. Par exemple, ce n'est pas parce que notre langue est sexiste qu'elle doit être tenue pour responsable du sexisme. Et de toutes façons, ce n'est pas en supprimant un cours sur les religions qu'on obtiendra leur disparition ou leur neutralisation.

    Enfin, même votre argumentation est aussi boiteuse et elle sent la manipulation. Par exemple, quand vous suggérez que l'Éducation financière serait une simple application de l'éthique, sous prétexte qu'elle contribuerait à promouvoir des "comportements responsables". Personne n'a besoin d'éducation financière pour ça.

    Denis Blondin

    • Hélène Paulette - Abonnée 23 décembre 2016 12 h 52

      La religion relève du privé et n'a rien à faire avec l'éducation publique, monsieur Blondin. Il est clair que ce cours sert de porte d'entrée à l'éducation religieuse, tout comme on a perverti les cours de morale.

  • Andréa Richard - Abonné 23 décembre 2016 10 h 20

    UNE OPPORTUNITÉ A NE PAS MANQUER...

    Bravo Nadia! On ne peut mieux dire. L'opportunité est là sous nos yeux, pourquoi ne pas l'a saisir et agir en enlevant ce -volet religion- du cours ECR? Ce serait vraiment de mauvaise volonté que de refuser. Il faut absolument que M.le Ministre Proulx soit à l'écoute, non pas de Sherpa et des initiateurs de ce cours volet religion, qui à tout prix, veulent garder ce cours en y apportant que de simples améliorations; non, mais de grâce M.Proulx, soyez sensible et à l'écoute des citoyennes et citoyens qui sont des mille, et celà depuis l'instauration du cours en 2008, a demander qu'on l'enlève. De plus en plus de parents demandent l'exemption pour leurs enfants. Au Nouveau-Brunswick et en d'autres provinces, il n'y a pas de religions dans les écoles, et on s'en porte que mieux... pourquoi au Québec, qui se veut pourtant d'avant-garde, faut-il aller en reculant; en introduisant toutes les religions archaïques dans notre système d'éducation? il y a tellement mieux a offrir aux jeunes; et une opportunité se présente, vous voulez couper une matière, Monsieur le Ministre, il est temps, agissez, plus de cinq mille signataires sur le site de l'Assemsblée Nationale demandent l'abolition de ce volet religion; une autre pétition en ligne sur Avaaz, des centaines de signatures de plus; et des demandes de parents affluent pour des exemptions. C'est le moment d'agir!

    • Pierre Hurteau - Inscrit 23 décembre 2016 18 h 54

      Chère madame, l'obscurantisme et le fanatisme ne sont pas que religieux. Il faut se méfier d'un vague retour au Lumières et de ses critiques trop faciles des religions assimilées à la magie et à l'oppression. Il s'agit de phénomènes complexes qui ont façonné les systèmes des valeurs de toutes les sociétés et continuent de le faire. Vous avez raison sur un point : il faut les enseigner de manière critique. Les faire disparaitre dans le cursus académique constitue une autre forme d'idéologie dont il faut se méfier. Vous employez souvent l'expression "religions archaïques". Je ne sais pas exactement quel sens vous donnez à cela. Si par cela vous entendez qu'elles appartiennent à un temps révolu, par exemple en raison de leur position sur l'égalité des sexes et l'hétéronormativité, il faut voir plus loin. Par exemple, la Chine et la Russie ne sont pas des sociétés où la religion a joué un rôle majeur depuis près d'un siècle. Pourtant les stéréotypes sur les rôles des sexes et sur l'identité de genre sont tout aussi forts, probablement plus, que chez nous. Ce sont des questions complexes que la précipitation ne servira pas à éclairer.