La loi du tchador

«Le tchador, le niqab et la burqa sont donc des marqueurs de frontières» pour les femmes, écrit Fatima Houda-Pepin.
Illustration: Tiffet «Le tchador, le niqab et la burqa sont donc des marqueurs de frontières» pour les femmes, écrit Fatima Houda-Pepin.

Ne cherchez pas le tchador et la burqa dans le Coran ou dans les hadiths du prophète Mohamed. Lorsque les versets coraniques lui avaient été révélés, à La Mecque et à Médine, l’islam n’avait pas encore atteint les contrées de l’Iran et de l’Afghanistan où prévalaient, depuis des siècles, ces codes vestimentaires d’un autre âge, et qui sont tout sauf islamiques.

 

Si vous cherchez le tchador, vous le trouverez aussi dans le projet de loi 62 sur la neutralité religieuse de l’État, que la ministre Stéphanie Vallée veut imposer aux employées de l’administration publique, sous prétexte du « visage découvert ». Il en va de même pour la burqa et le niqab, mais au cas par cas, au gré des accommodements.

 

Une lecture du texte « Le niqab, la burqa et le tchador sont des signes d’infériorisation des femmes et non des symboles religieux » peut être éclairante.

 

Imposée

 

Érigée en carte d’identité politique par les idéologues salafistes, la burqa a été imposée d’abord aux femmes afghanes par les talibans, à fin des années 1990, avant qu’elle ne fasse irruption dans les pays occidentaux, avec les débats qu’on connaît.

 

Le tchador a été interdit aux fonctionnaires en Iran par le roi Reza Chah, en 1936, avant que la chape de plomb ne tombe sur les femmes avec l’arrivée au pouvoir de l’ayatollah Khomeini, en février 1979.

 

L’un des premiers gestes qu’il a posés à son retour d’exil en France fut de décréter le port obligatoire du tchador pour toutes les Iraniennes. Les manifestations antitchador ont été sévèrement réprimées et les Pasdaran ont traqué, avec une violence inouïe, jusque dans leurs lieux de travail, toutes les récalcitrantes, pour la moindre mèche de cheveux qui dépassait.

 

Pourtant, le port de ces tenues archaïques avait été abandonné ou interdit dans la plupart des pays musulmans, en Turquie par Kemal Atatürk en 1925, et en Égypte au début des années 1930. Au Maroc, c’est le roi Mohamed V, également commandeur des croyants, qui a présenté sa fille, Lalla Aïcha, dévoilée, lors d’un célèbre discours qu’elle avait fait sur l’émancipation de la femme, le 10 avril 1947.

 

Une fixation pathologique

 

Cependant, depuis la montée en puissance des groupes islamistes, le corps de la femme est l’objet d’intenses batailles idéologiques et politiques. Après avoir réussi à ériger le voile en « dogme islamique », voilà qu’ils s’activent à faire disparaître le corps de la femme au complet de l’espace public.

 

Mais d’où vient cette fixation pathologique des idéologues et militants islamistes pour le contrôle du corps de la femme ?

 

De l’expansion de l’idéologie salafiste, un cancer disséminé par l’Arabie saoudite depuis les années 1970 et qui a infecté aussi bien le monde musulman que l’Occident. Une idéologie politique rétrograde basée sur l’endoctrinement, les prêches haineux et l’appel au djihad. Une idéologie qui a enfanté le groupe État islamique en Irak et en Syrie.

 

Alors pourquoi cacher le corps de la femme ? Selon les idéologues et prédicateurs salafistes qui crachent leur haine tous les jours sur Internet et les télévisions satellitaires, une femme musulmane non voilée est une femme nue (awra).

 

Ils ne s’entendent pas tous sur la définition des parties intimes du corps de la femme qui doivent être cachées. Certains estiment que c’est la partie entre le nombril et le genou, d’autres y incluent les cheveux, les yeux et la poitrine. D’où les variantes vestimentaires entre le niqab, la burqa et le tchador.

 

Ainsi, la femme musulmane ne peut se dévoiler que devant les maharim, c’est-à-dire les hommes avec qui il serait illicite pour elle de se marier. Cette logique va jusqu’à lui interdire de se montrer devant d’autres femmes, de peur que celles-ci décrivent ses charmes, en son absence, à d’autres hommes. Ce qui risquerait de les exciter.

 

Son territoire normal est donc la maison. Si elle s’aventure dans la rue ou au travail, un espace qui n’est pas le sien, elle doit cacher les formes de son corps derrière un vêtement ample (tchador ou burqa), sinon il y a un risque qu’elle attire le regard des hommes sur sa awra.

 

La mixité étant interdite, le tchador, le niqab et la burqa sont donc des marqueurs de frontières (hudud) qui rappellent à la femme musulmane que sortir sans être intégralement voilée, c’est faire de l’exhibitionnisme (tabarruf). Voilà le modèle du rapport hommes-femmes qui se cache derrière le tchador, que le gouvernent du Québec s’apprête à introduire dans les institutions publiques.

39 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 27 octobre 2016 01 h 57

    Le gouvernement doit refaire ses devoirs.

    Honte au gouvernement Couillard qui veut nous ramener au 7e siècle avec les vêtements qui rendent la femme invisible. C'est honteux que ce gouvernement cède aux pressions des intégristes salafistes qui n'ont pas ni de respect pour les femmes ni pour l'égalité homme/femme.
    De plus, il se moque de l'opinion publique qui est contre ces vêtements, symboles de l'asservissement de la femme au diktat du patriarcat. Pire encore, il s'en fout de l'opinion majoritaire des musulmans, qui ont en honte de ces vêtements archaïques et ostentatoires.

    • Diane Guilbault - Abonnée 27 octobre 2016 09 h 28

      En effet, le gouvernement fait bien peu de cas de l'opinion majoritaire des musulmans. À l'opposé, Mme Fatima Houda Pepin parle d’expérience, avec une véritable connaissance du sujet, ce qui est loin d’être le cas de notre ministre de la Justice, pour qui tout cela, «c’est du linge».
      Il faudra bien aussi un jour que les médias nous expliquent le sens qu’ils donnent au mot «identitaire» et les reproches qu'il sous-entend. Les gens en faveur de la laïcité de l'État et qui exigent que les employé-es des services publics laissent leurs «identités» politiques et religieuses au vestiaire sont des ... identitaires? Et ceux qui exigent de porter leur identité religieuse dans leur travail de fonctionnaire ou d'enseignant-es sont des ...? Désolée, il doit m'en manquer des bouts!

    • Richard Génois Chalifoux - Inscrit 27 octobre 2016 11 h 58

      Vous avez bien raison madame.

      C’est ça la véritable culture du viol : les diktats du mâle dominant.

  • Yves Côté - Abonné 27 octobre 2016 04 h 40

    Merci pour ce texte...

    "Mais d’où vient cette fixation pathologique des idéologues et militants islamistes pour le contrôle du corps de la femme ?"
    De la haine qu'ils développent et entretiennent contre la liberté.
    Et d'où vient cette haine ?
    De la conviction que la faiblesse de l'homme est méprisable, puisque la puissance de domination est la seule chose qui vaille. La puissance de domination de Dieu sur tous et toutes choses, et celle des détenteurs du sexe masculin sur l'autre.
    Et donc, de la certitude que l'homme est méprisable et que la femme ne peut l'être qu'encore plus...

    Merci pour ce texte aussi éclairant que pausé, Madame Houda-Pépin.

    • Jean-Marc Simard - Abonné 27 octobre 2016 09 h 24

      Correction à votre texte Monsieur Côté: Vous dites: « La puissance de domination de Dieu » Dites plutôt la puisssance de domination de l'homme sur tout et toute choses...Dieu n'a rien à voir avec la folie de certains hommes...Je veux bien croire que Dieu a les épaules larges, mais n'en faites pas le boucémissaire de toute la problématique humaine...La logique humaine n'est pas une logique divine...Rendre Dieu coupable de tous les maux engendrés par l'humain rend ce dernier incapable de corriger ces mêmes maux...C'est faire du déterminisme un absolu et nier toute liberté humaine...C'est faire de l'humain un être irresponsable et incorrigible, ce qui est faux...

    • Yves Côté - Abonné 27 octobre 2016 16 h 12

      Monsieur Siard, vous avez parfaitement raison dans le raisonnement que vous nous donnez ici.
      D'ailleurs, dans mon texte, la phrase en question est le reflet de la conviction de celles et ceux qu'on appelle "les fous de Dieu", parce qu'il s'agit des individus qui ont la haine de la liberté. Et ce n'est certainement pas moi qui haît celle-ci, je vous l'assure.

      Mais peut-être mon texte n'est-il pas assez clair pour bien illustrer mon propos ?
      C'est possible.

      Mes salutations, Monsieur Simard.

    • Michèle Sirois - Abonnée 27 octobre 2016 22 h 28

      Selon Leila Lesbet, en ces temps de morosité et de la globalisation de l’aplaventrisme devant l’islam politique, il est réjouissant de vous lire madame Houda Pépin. Merci d’informer la population québécoise sur l’ignorance de ceux qui nous gouvernent envers la majorité de l’immigration musulmane laïque que nous sommes. J’apprécie l’élégance, l’intelligence de votre franc-parler pour mettre à nu le projet de loi 62. Un projet qui bafoue la dignité de la femme en général et la musulmane en particulier. Plus je vous lis, plus je vous écoute, plus je comprends la décision du PM du Québec : dans ce gouvernement l’honnêteté et l’intégrité intellectuelle ont peu ou pas de place, ce qui a conduit à votre éviction. Bravo de continuer de porter ces valeurs qui sont chères aux électrices et électeurs que nous sommes.

  • Claude Bariteau - Abonné 27 octobre 2016 05 h 45

    Précisions assassines

    Ces précisions sur les contraintes auxquelles renvoie le port de la burqa, du tchador et du niqab enlèvent toute légitimité au projet de loi 62 du gouvernement Couillard. Elles révèlent clairement sa vision politique dégradante envers les femmes et leur liberté individuelle, puisque celles-ci les portent par contrainte.

    Il manque par contre une mise en contexte du hijab, qui cache les cheveux, les oreilles et le cou, et vise à ne révéler que le visage après avoir dérobé le reste aux regards et n’est qu’une adaptation du niqab avec des visées analogues.

    Je présume que des précisions additionnelles viendront en commission parlementaire.

    Merci madame Houda-Pepin.

    • Jean-Marc Simard - Abonné 27 octobre 2016 09 h 28

      N'y aurait-il pas une grande influence de notre très saoudien PM Couillard, là-dessous...Est-il en train de salafaciser le Québec avec ce projet de loi ? Veut-il recréer au Québec l'idéologie salafiste, sous le couvert de la liberté d'expression et vestimentaire ?

    • Claude Bariteau - Abonné 27 octobre 2016 14 h 15

      Je ne sais pas ce que veut Couillard. Je sais seulement qu'il fait tout pour ramener le Québec sous le giron canadien. Cette loi 62 ne fait qu'appliquer le jugement de la cour suprême concerant le reconnaissance à la citoyenneté canadienne.

      Il le fait parce qu'il s'est donné comme mission de participer à la réalisation de la construction nationale canadienne amorcée en 1940, stoppée un temps sous Pearcon et réactivée avec Trudeau-père dont Chrétien et Trudeau-fils ont pour mission de finaliser.

      Au Québec, Charest poussa sans cette direction en désarticulant l'économie du Québec, Couillard poursuit en canadianisant tout le reste.

    • Gilles Théberge - Abonné 27 octobre 2016 16 h 52

      Comment on va faire pour se débarrasser de Couillard...?

      Cet homme est une engeance!

  • Hélène Gervais - Abonnée 27 octobre 2016 07 h 02

    Merci madame .....

    Votre texte est court, net et précis. Avant j'étais un peu ambivalente en me disant que les femmes avaient bien le droit de porter ce qu'elles voulaient, mais d'après ce que vous écrivez, je ne penserai plus jamais de cette façon vous pouvez en être assurée. Par contre, ce serait bien que vous écriviez aussi sur le port du hijab. Est-il autant porteur de honte d'être une femme que les autres ports de la burqa, du tchador et du niqab?

  • Michel Lebel - Abonné 27 octobre 2016 07 h 37

    L'importance du regard

    Le fondement des rapports sociaux en Occident est l'expression du visage. Le regard est capital pour tout échange humain. Tout vêtement qui empêche la vue du visage, tel le niqab ou la burqa doit donc être interdit dans l'espace public. Ceci me semble un préalable incontournable à l'exercice des droits et libertés de la personne.

    Michel Lebel

    • Jacques Lamarche - Abonné 27 octobre 2016 11 h 53

      Et que penser du corps, M. Lebel! Sur ce capital, bien des hommes s'y attardent davantage!!!! Un détour incontournable pour rejoindre enfin le visage!

      Je badine? Pas du tout! Qui s'est attardé au regard de la femme drapée et embrigadée dans l'infériorité?

    • Michel Lebel - Abonné 27 octobre 2016 17 h 12

      @ Jacques Lamarche,

      Comment les femmes s'habillent, ça les regarde! Pas question de faire ici la police, sauf si la sécurité publique et la décence sont en jeu.

      Quant au visage, c'est une autre question. Dans l'espace public: rues, magasins, restaurants, hôtels, services publics, etc., il doit, selon moi, toujours être découvert. Dans l'espace privé, tel les domciles et les lieux de culte, cette dernière règle ne devrait pas s'appliquer. Donc je ne serais pas contre le port du tchador(sauf si exigé pour la sécurité publique), car le visage est découvert.
      Mais porter le tchador, on ne peut pas dire que c'est une grande manifestation de vouloir s'intégrer dans la société d'accueil! Mais à ce que je sache, le port du tchador n'est pas très répandu au Québec!! Pas dans mon village en tout cas!

      M.L.

    • Marc Therrien - Abonné 27 octobre 2016 18 h 39

      L'importance du visage qui regarde.

      @M. Lebel, je renforce votre idée par l'éthique du visage d'Emmanuel Levinas. Le visage est ce par quoi nous faisons l'expérience d'autrui. L'un qui dévisage l'autre et vice versa sans que ni l'un ni l'autre n'ait accès à son propre visage dans cette rencontre humaine nous fait vivre une expérience intense de dénuement et de vulnérabilité. Le regard d'autrui me dépossède de moi-même.

      C'est pourquoi la burqua est davantage qu'un symbole illustrant l'inégalité du rapport homme-femme. Il est carrément négation de l'altérité, de la possibilité de la femme de se présenter comme autrui. Mais en même temps, suivant la description par Levinas de cette sensation profonde de dénuement quand survient l'apparition du visage d'autrui qui me dévisage, j'ai cette impression étrange que la rencontre avec la femme ainsi voilée ne se déroule pas effectivement d'égal à égal: elle peut me dévisager sans que je ne puisse faire de même avec elle,ce qui pourrait peut-être finalement lui conférer un pouvoir étrange...de me faire peur?

      Marc Therrien

    • Michel Lebel - Abonné 27 octobre 2016 22 h 07

      @ Marc Therrien,

      Je me souviens (assez vaguement) d'avoir lu un texte de Levinas sur le visage et l'altérité. Avec pareil philosophe, je suis en bonne compagnie! Merci du rappel.

      M.L.