S’attaquer aux «zones de vulnérabilité»

Malgré des avancées majeures du Québec pour adapter son système éducatif à la diversité, notamment pour accueillir les jeunes issus de l’immigration dans le secteur français, la recherche québécoise révèle cependant des «zones de vulnérabilité», qui prennent parfois la forme de processus ou de pratiques qui ont des effets involontairement préjudiciables sur les parcours scolaires.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Malgré des avancées majeures du Québec pour adapter son système éducatif à la diversité, notamment pour accueillir les jeunes issus de l’immigration dans le secteur français, la recherche québécoise révèle cependant des «zones de vulnérabilité», qui prennent parfois la forme de processus ou de pratiques qui ont des effets involontairement préjudiciables sur les parcours scolaires.

Le 16 septembre dernier, le ministre de l’Éducation a annoncé une consultation publique en vue d’élaborer une Politique de la réussite éducative, de la petite enfance à l’âge adulte. Parmi les thèmes de réflexion, qui font partie des grandes priorités du XXIe siècle, la prise en compte de la diversité, l’adoption de pratiques d’équité et le développement des compétences interculturelles et civiques du personnel scolaire et des élèves sont particulièrement centraux.

 

En effet, et malgré l’expertise développée dans les milieux, les intervenants des systèmes éducatifs doivent prendre en compte des réalités de plus en plus complexes, devant lesquelles ils se sentent parfois démunis : discriminations multiples et racisme, accommodements raisonnables, arrivée de réfugiés, radicalisation, et autres. Face à ces enjeux, l’adaptation des institutions pour favoriser le vivre-ensemble et garantir des conditions d’équité pour chacun représente un défi permanent.

 

Des carences

 

Le Québec a fait des avancées majeures depuis les années 1960 pour adapter son système éducatif à la diversité, notamment pour accueillir, depuis la loi 101, les jeunes issus de l’immigration dans le secteur français, qu’ils fréquentent aujourd’hui à plus de 90 %. En témoignent un dispositif impressionnant, ainsi que les résultats globalement favorables de ces élèves en matière de persévérance scolaire au secondaire et de cheminement vers les études collégiales et universitaires. À cet égard, les élèves de 2e génération (nés au Canada de parents immigrants) ont un profil plus positif que l’ensemble des élèves québécois, et ceux nés à l’étranger font preuve d’une résilience supérieure à celle de leurs pairs natifs de milieu socio-économique équivalent.

 

La recherche québécoise révèle cependant des « zones de vulnérabilité », qui touchent autant la prise en compte des besoins et réalités de certains de ces élèves que le vivre-ensemble dans les écoles. Elles prennent parfois la forme de représentations, de processus ou de pratiques qui ont des effets involontairement préjudiciables sur les parcours scolaires, tels qu’une offre de services inappropriée au regard des besoins, une « culturalisation » des difficultés scolaires, une faible adaptation des liens école-famille-communauté à la réalité pluriethnique, ou encore une inadéquation des processus d’évaluation et de classement des élèves.

 

Ainsi, plusieurs jeunes arrivés en cours de scolarité secondaire au Québec, souvent allophones ou en situation de grand retard scolaire, sont dirigés dès 16 ans au secteur de la Formation générale des adultes (FGA), où les services sont moins nombreux ou adaptés à leurs besoins. Par ailleurs, de nombreux jeunes des minorités visibles connaissent une construction identitaire difficile, marquée par des sentiments de racisme et d’injustice, et un parcours scolaire moins favorable, affecté par leur « surétiquetage » comme élèves en difficulté et des mesures disciplinaires plus sévères.

 

Par ailleurs, la formation initiale du personnel scolaire sur la diversité se résume souvent à un seul cours dans les programmes de quelques universités, et les étudiants ne sont pas évalués sur leurs compétences interculturelles dans les stages. De plus, le corps enseignant est encore peu diversifié, et le personnel issu de l’immigration récente rencontre des obstacles en emploi. Enfin, les études constatent des difficultés, des malaises ou des résistances chez les enseignants pour aborder des sujets sensibles, notamment les questions religieuses, les rapports entre majoritaires et minoritaires et les droits et libertés, même chez les enseignants d’éthique et culture religieuse ou d’histoire et éducation à la citoyenneté.

 

Rendre obligatoire la formation sur la diversité

 

Une politique nationale d’éducation sur la réussite doit donc orienter les acteurs scolaires vers l’élimination de ces « zones de vulnérabilité » au sein des institutions et, à cet égard, leurs compétences sont centrales.

 

Pour ce faire, et dans la foulée des développements internationaux et nationaux en matière de politiques d’éducation inclusive, elle devrait viser simultanément à lutter contre les discriminations, l’intimidation, la violence et le décrochage, à offrir une éducation de qualité qui développe le plein potentiel de tous dans le respect de l’équité et des droits et libertés, et à préparer les élèves à devenir des citoyens responsables et engagés envers la justice, la résolution des conflits et la protection de l’environnement.

 

Cette nouvelle politique devrait se poser clairement comme inclusive, systémique et holistique, afin d’agir comme cadre de référence global, proposant aux écoles une démarche d’implantation et des outils pour mettre au jour les mécanismes préjudiciables et améliorer les pratiques de tous types.

 

Puisque l’équité consiste à soutenir les apprenants tout au long de leur parcours, la politique devrait donc cibler tous les ordres d’enseignement (du préscolaire à l’université) et offrir une continuité de services adaptés aux besoins, en facilitant les transitions entre secteurs. Enfin, une politique inclusive doit favoriser le développement d’une culture de coresponsabilité, d’engagement et de responsabilisation de tous, sous forme d’écosystèmes de compétences dans chaque école, fondés sur les apprenants et le personnel comme ressources et sources de savoirs, savoir-faire et savoir-être. À cet égard, elle doit rendre obligatoire la formation sur la diversité dans tous les programmes universitaires pour le personnel scolaire, et intégrer des compétences interculturelles dans les référentiels ministériels.

 


Plus de 200 personnes vont débattre de ces questions du 26 au 28 octobre à Montréal lors de la 2e Rencontre internationale du Réseau international Éducation et diversité, organisée par l‘Observatoire sur la formation à la diversité et l’équité, en croisant leurs regards sur les politiques inclusives et les défis de la formation du personnel scolaire sur ces enjeux au Québec, en France, en Suisse et en Belgique.

  • Johanne St-Amour - Abonnée 24 octobre 2016 09 h 59

    Une vision multiculturelle et multiconfessionnelle?

    Donc, si je comprends bien, on doit rendre obligatoire la formation sur la diversité pour tous les enseignants pour la réussite scolaire de tous les enfants? Mais qu'est-ce que cette obligation sur la formation de la diversité?

    On dirait une extension du cours Éthique et culture religieuse. Qu'est-ce que la diversité a à voir avec la réussite? Devra-t-on se plier à tous les particularismes des élèves? Quels sont ces particularismes? Imposera-t-on ainsi ces particularismes à des élèves d'une certaine communauté, qui eux ne veulent plus vivre certaines de ces particularités ou encore en créant des stéréotypes ? Comme ces petites filles musulmanes immanquablement voilées dans les cours ECR?

    On semble assister à une vision multiculturelle et multiconfessionnelle de la réussite scolaire ici. Inquiétant à mon avis.

  • Nadia El-Mabrouk - Abonnée 24 octobre 2016 10 h 36

    Qui sont les racistes?

    L'art de parler pour ne rien dire. Mais de quel pays parle-t-on? Il est question de discrimination, d'intimidation, de racisme envers des enfants qui seraient affectés par des mesures disciplinaires plus sévères que les autres. Qui? C'est comme pour les viols, on a besoin de cas précis, des noms, des preuves, et congédier les enseignants responsables. Personnellement, je ne reconnais pas le Québec là-dedans. Est-ce qu'on nous dit que l'école devrait considérer les enfants différemment selon leur provenance, leur ethnie, leur religion? Veut-on vraiment créer un pays multiethnique, multiconfessionnel? Est-ce vraiment ça l'objectif de nos pédagogues qui exercent un lobbying sur le ministère de l'éducation? Ce qu'ils proposent, C'EST du racisme. Considérer que les enfants sont différents selon leur couleur de peau, selon leur provenance, et selon qu'ils portent le voile ou non. Plutôt que de considérer le voilement des enfants comme une maltraitance envers l'enfant, plutôt que de combattre ce fléau, il faudrait enseigner aux profs de l'accepter sans broncher. C'est ça le racisme. Nos enfants ne sont pas les votres. Vos enfants peuvent endurer le voile, pas les notres. C'est le différencialisme culturel. Ce sont ces pédagogues qui sont en train d'implanter le racisme, le relativisme, le différentialisme culturel au Québec.

  • Ghisline Larose - Inscrite 24 octobre 2016 11 h 15

    Zones de vulnérabilité--la citoyenneté

    Je suis choquée de lire cet article-- Je sais pertinemment que plusieurs enfants du primaire venant de religion différente donc de culture différente se permettent de reprendre d'autres enfants sur la nourriture qu'ils mangent, ce qu'ils croient ou non--jusque dans la cour d'école-- Ça se passe dans nos écoles montréalaises ---- Pourquoi on n'entend parler de rien? est-ce que l'on se demande réellement pourquoi? Si nos loi d'immigration-d'intégrationn-d'accommodements étaient claires et nettes , que de problèmes on éviterait-- Ce qui est proposé est carrément du racisme -- Pourquoi ne jamais initier les enfants à la citoyenneté? Il me semble que c'est le début de l'intégration plutôt que de ségrégation----On peut très bien avoir le respect de chacun sans toomber dans ces différences qui séparent plutôt que favoriser le vivre-ensemble-- Ce vivre ensemble doit s'apprendre dès le bas âge., c'est ce qui fera que demain les citoyens le seront à part entière plutôt que d'être dans telle et telle communauté.

    • Nadia El-Mabrouk - Abonnée 24 octobre 2016 15 h 03

      Tout à fait. Le racisme, on est en train de le créer avec de telles initiatives. De quel pays parle-t-on dans cet article? Il est question de discrimination, d'intimidation, de racisme envers des enfants qui seraient affectés par des mesures disciplinaires plus sévères que les autres. Qui? C'est comme pour les viols, on a besoin de cas précis, des noms, des preuves, et congédier les enseignants responsables. Personnellement, je ne reconnais pas le Québec là-dedans. Est-ce qu'on nous dit que l'école devrait considérer les enfants différemment selon leur ethnie et leur religion? Est-ce vraiment ça l'objectif de nos pédagogues qui exercent un lobbying sur le ministère de l'éducation? Ce qu'ils proposent, c'est ça le racisme. Considérer que les enfants sont différents selon leur couleur de peau, leur provenance et selon si les petites filles portent le voile ou non. Plutôt que de considérer le voilement des enfants comme une maltraitance envers l'enfant, plutôt que de combattre ce fléau, il faudrait amener les enseignants à l'accepter sans broncher? C'est ça le racisme: nos enfants ne sont pas les votres; vos enfants peuvent endurer le voile, pas les notres. C'est le différencialisme culturel. Ce sont ces pédagogues qui sont en train d'implanter le racisme, le relativisme, le différentialisme culturel au Québec.

  • Anne-Marie Bilodeau - Abonné 24 octobre 2016 11 h 37

    Enlever le volet religieux des cours d'éthique et de culture religieuse

    Vous affirmez: "Enfin, les études constatent des difficultés, des malaises ou des résistances chez les enseignants pour aborder des sujets sensibles, notamment les questions religieuses, les rapports entre majoritaires et minoritaires et les droits et libertés, même chez les enseignants d’éthique et culture religieuse ou d’histoire et éducation à la citoyenneté."

    Ce n'est pas en enseignant les religions, autrement que dans un cours d'histoire, ni en établissant une formation particulière pour les minorités, que l'on facilitera leur intégration à la société québécoise.

    Au contraire, cette approche multiculturaliste crée une forme d'apartheid de ces élèves et nuit considérablement à leur intégration aux autres élèves.

    Une seule formation éthique et citoyenne pour tous et toutes prépare davantage l'élève au vivre ensemble en société.

    • Nadia El-Mabrouk - Abonnée 24 octobre 2016 15 h 06

      Tout à fait. Une pétition est d'ailleurs disponible sur le site de l'Assemblée nationale pour l'abolition du volet "culture religieuse" du cours Éthique et Culture Religieuse (ÉCR). Merci de signer et de partager.

      https://www.assnat.qc.ca/fr/exprimez-votre-opinion/petition/Petition-6309/index.html

  • Anne-Marie Bilodeau - Abonné 24 octobre 2016 11 h 37

    Enlever le volet religieux des cours d'éthique et de culture religieuse

    Vous affirmez: "Enfin, les études constatent des difficultés, des malaises ou des résistances chez les enseignants pour aborder des sujets sensibles, notamment les questions religieuses, les rapports entre majoritaires et minoritaires et les droits et libertés, même chez les enseignants d’éthique et culture religieuse ou d’histoire et éducation à la citoyenneté."

    Ce n'est pas en enseignant les religions, autrement que dans un cours d'histoire, ni en établissant une formation particulière pour les minorités, que l'on facilitera leur intégration à la société québécoise.

    Au contraire, cette approche multiculturaliste crée une forme d'apartheid de ces élèves et nuit considérablement à leur intégration aux autres élèves.

    Une seule formation éthique et citoyenne pour tous et toutes prépare davantage l'élève au vivre ensemble en société.