Non au piège Énergie Est

«Nous appelons la population québécoise, ses représentants et représentantes politiques à former un front commun pour barrer la route à cette menace aux écosystèmes, à notre santé ainsi qu’au climat de la planète.»
Photo: Olivier Zuida Le Devoir «Nous appelons la population québécoise, ses représentants et représentantes politiques à former un front commun pour barrer la route à cette menace aux écosystèmes, à notre santé ainsi qu’au climat de la planète.»

Aujourd’hui, nous disons NON à Énergie Est. C’est un refus catégorique et sans compromis que nous affichons à l’endroit du projet d’oléoduc de la compagnie TransCanada, de même qu’à toute tentative d’expansion du complexe des sables bitumineux. Nous appelons la population québécoise, ses représentants et représentantes politiques à former un front commun pour barrer la route à cette menace aux écosystèmes, à notre santé ainsi qu’au climat de la planète. Le rejet d’Énergie Est repose sur notre mobilisation collective. Avec le livre Le piège Énergie Est. Sortir de l’impasse des sables bitumineux, nous voulons fournir aux citoyens et citoyennes un outil pour que ce projet ne voie jamais le jour.

La conférence de Paris en décembre 2015 a abouti à un constat clair : le climat de la planète est « au bord d’un point de rupture ». De cette urgence découle un impératif de transition qui implique et interpelle toutes les nations, tous les êtres humains. Nous devons tourner le dos aux énergies fossiles qui appartiennent au passé. L’histoire exige de nous un avenir où d’autres formes d’énergie, d’autres logiques de production et de consommation prédomineront. Cet impératif écologique implique d’abord que nos gouvernements respectent les engagements qu’ils ont signés à New York ce 22 avril et refusent tout projet qui nous éloigne de ce défi climatique.

Un piège écologique, économique et social

L’oléoduc de TransCanada est bien plus qu’un simple tuyau où couleraient 2000 litres de pétrole à la seconde. C’est un piège écologique, économique et social qui nous enfermerait pour plusieurs décennies dans la dépendance à une croissance dopée aux hydrocarbures extrêmes. Autoriser Énergie Est, c’est s’exposer à des risques majeurs pour des retombées qui affaibliraient à terme notre économie. Au Québec, plus de 860 cours d’eau seraient traversés, dont le fleuve Saint-Laurent. En cas de déversement majeur, les conséquences envisageables sont 36 fois supérieures à celles du déraillement de Lac-Mégantic, menaçant l’eau potable de plus de 5 millions de personnes… Voulons-nous risquer une marée noire dans le fleuve ?

Au-delà des risques qu’il pose en matière d’environnement et de sécurité, accepter Énergie Est, c’est aussi nous soumettre au diktat d’une industrie qui n’a qu’un objectif : extraire le maximum possible de pétrole en saccageant la forêt boréale de l’Ouest canadien et acheminer ce liquide vers les côtes afin de l’exporter sur les marchés internationaux. Il n’y a pas de demande suffisante pour ce pétrole ici au Québec ou dans les provinces maritimes, et ce pétrole n’est pas destiné à nos raffineries, déjà bien approvisionnées. Accepter Énergie Est revient aussi à permettre une augmentation considérable et définitive de l’extraction du pétrole des sables bitumineux pour au moins un demi-siècle ! En un mot, Énergie Est symbolise notre enfermement collectif dans un modèle de société qui nie les dangers que représentent les changements climatiques.

Transition énergétique immédiate

La science des changements climatiques est formelle : 85 % des réserves d’hydrocarbures des sables bitumineux doivent rester dans le sol d’ici 2050 afin d’éviter un dérèglement du climat. Nous ne pouvons faire fi de ce signal d’alarme en ouvrant les vannes à l’industrie pétrolière. Nous ne pouvons ignorer l’impératif de la transition énergétique. C’est là que nous devons investir nos énergies et canaliser notre inventivité. Il faut impérativement éviter une hausse de la température du globe de 2 °C. Le Canada s’est lui-même engagé à poursuivre l’action menée pour limiter l’élévation des températures à 1,5 °C pour éviter un emballement climatique et les conséquences néfastes qui en découleraient. Or, arrivé à la pompe, chaque litre de pétrole issu de ce pipeline a déjà contribué à émettre dans l’atmosphère jusqu’à quatre fois plus de CO2 et autres gaz à effet de serre que le pétrole conventionnel. Au point où, bien avant de manquer de pétrole, nous risquons de nous retrouver à court de ciel pour stocker le CO2 que génère son usage ! Voilà pourquoi il faut bloquer Énergie Est.

Un refus sans compromis possible

Notre non est ferme et sans compromis ; il n’y a pas de « peut-être, on verra ». Énergie Est n’est pas un projet au bénéfice des populations qui habitent le territoire. Certes, il nous lie, de l’Alberta au Nouveau-Brunswick, en passant par le Québec et l’Ontario. Mais le seul véritable lien qu’il représente, c’est le risque que l’on partage de voir nos rivières, nos champs et nos forêts souillés à tout jamais pas un déversement le long du tracé. Il ne constitue en aucun cas un projet de société, à part celui de ne pas être à la hauteur de nos responsabilités et devoirs collectifs envers le climat et les générations futures. Il nous rend complices du programme économique de quelques grandes entreprises détenant des droits d’extraire et dont l’intention se résume à l’expansion de leurs profits.

Notre refus ne relève pas d’une quelconque posture du « pas dans ma cour » ; ses assises sont plus larges et profondes. Il se fonde sur un devoir envers le climat qui prime tout droit à l’extraction. Nous n’en avons pas contre le pétrole, mais l’extraire et le consommer de façon aussi insouciante est désormais une position insoutenable pour l’avenir de la planète. Certains gisements doivent rester sous terre, et les sables bitumineux entrent dans cette catégorie.

Notre irresponsabilité doit cesser.

Le monde nous regarde.

C’est un piège écologique, économique et social qui nous enfermerait pour plusieurs décennies dans la dépendance à une croissance dopée aux hydrocarbures extrêmes.



* Ont également signé celle lettre: Fondation Coule pas chez Nous!, Écosociété, Nature Québec, Greenpeace, Équiterre, Fondation David Suzuki, Eau Secours, Association québécoise contre la pollution atmosphérique (AQLPA), Alternatives, Fondation Rivières, Réseau québécois des groupes écologistes (RQGE), Confédération des syndicats nationaux (CSN), Le Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec, Conseil central du Montréal métropolitain, ENvironnement JEUnesse, Regroupement vigilance hydrocarbure Québec, AmiEs de la Terre de Québec, Union paysanne, Stop oléoduc Capitale-Nationale, Stop oléoduc Montmagny-L’Islet, Stop oléoduc Portneuf–Saint-Augustin, Stop oléoduc Kamouraska, Stop oléoduc Bellechasse-Lévis, Mur de femmes contre les oléoducs et les sables bitumineux, Mobilisation environnement Ahuntsic-Cartierville, Enjeux énergies et environnement, Regroupement citoyen contre les bitumineux et pour le développement durable, Justice climatique Montréal, Alerte pétrole Rive-Sud, Environnement Vert Plus, Comité citoyen environnemental de l’est de Montréal, Villeray en transition, Prospérité sans pétrole, Oléoduc Laval en amont (OLEA), Marche des peuples pour la Terre Mère, NON à une marée noire dans le Saint-Laurent, Coalition Vigilance Oléoducs (CoVO), L’Association madelinienne pour la sécurité énergétique et environnementale, Regroupement citoyen Saint-Marc-sur-Richelieu, Collectif moratoire alternatives vigilance intervention, Les citoyens au courant, Action Environnement Basses-Laurentides, Collectif moratoire alternatives vigilance intervention, Mobilisation Environnement Ahuntsic-Cartierville, Action Climat Montréal, Saint-Antoine-de-Tilly-Milieu de vie, Conseil des Canadiens, chapitre Montréal, Syndicat des étudiants et étudiantes salarié-e-s de l’Université du Québec à Rimouski (SEES-UQAR), Association madelinienne pour la sécurité énergétique et environnementale, Association générale des étudiant-e-s du campus de Rimouski (AGECAR), Le Regroupement des étudiantes et étudiants en biologie (REEB) de l’UQAR, Manon Massé, députée de Sainte-Marie–Saint-Jacques et porte-parole en matière environnementale pour Québec solidaire, Craig Sauvé, conseiller de la ville Saint-Henri–Petite-Bourgogne–Pointe-Saint-Charles, Projet Montréal, Xavier Barsalou-Duval, député fédéral de Pierre-Boucher-Les Patriotes-Verchères (Bloc québécois), Gérard Jean, maire de Lanoraie, Widia Larivière, Idle No More, Mélissa Mollen Dupuis, Idle No More, Laure Waridel, Annie Roy (ATSA), Dominic Champagne, Ianik Marcil, Christian Vanasse, Jean Baril, professeur de droit au Département des sciences juridiques de l’UQAM, Lucie Sauvé, Directrice du Centre de recherche en éducation et formation relatives à l’environnement et à l’écocitoyenneté de l’UQAM, Robert Laplante, IREC, Eve Lamont, réalisatrice du film Pas de pays sans paysan, Olivier D. Asselin, réalisateur du film Pipelines, pouvoir et démocratie, Andrés Fontecilla, président et coporte-parole de Québec solidaire, Camil Bouchard, militant
33 commentaires
  • Robert Bernier - Abonné 28 avril 2016 05 h 38

    Bravo

    Et j'invite ceu qui le désirent à aller lire au moins un des mémoires qui auraient dû être présentés dans deux semaines. Il est hébergé à

    http://philosophiesciences.centerblog.net/12-oleod .

    Robert Bernier
    Mirabel

  • Raymond Vallée - Abonné 28 avril 2016 06 h 00

    Citoyen responsable. Raymond Vallée

    Ajouter ma signature a cette lettre.

  • François Doyon - Inscrit 28 avril 2016 06 h 54

    Je signe également cette lettre!!

    J'ajouterai ceci:

    Plus personne ne conteste l'indéniable fait que la "Pollution" tue!

    Je refuse catégoriquement d'être complice de ce crime humanitaire!

  • Claude Bariteau - Abonné 28 avril 2016 07 h 31

    En toute conscience

    Je signe.

    • Gilbert Turp - Abonné 28 avril 2016 16 h 50

      Moi itou.

  • Pierre Grandchamp - Abonné 28 avril 2016 07 h 57

    C'est coulé dans le béton: ce sera OUI!

    J’écoutais,hier, l’entrevue entre M. Eric Pineault et un autre M. Eric Tétrault de l’Association des manufacturiers. Pauvre M. Pineault, vous n’avez pas ébranlé votre vis-à-vis. Pour ce dernier, Québec va dire OUI pis Trudeau va dire OUI. Ce représentant des manufacturiers ridiculisait même votre argumentaire sur les risques de fuite de pétrole :”Il manque juste la date de la fuite”....en signifiant que ceux qui s’opposent exagèrent les risques. Pour ce monsieur, il y aura, aussi, un oléoduc qui passera en Colombie britannique malgré l’opposition là-bas.

    Pour le Québec, ce sera un “remake” de 1982.

    L’oléoduc du pétrole sale, destiné surtout à l’exportation, passera au Québec:le Québec prendra tous les risques au profit de l’Alberta et du New Brunswick. Malgré l’opposition de quelque 160 maires/municipalités. Malgré le fait que cet oléoduc traversera de nombreux cours d’eau dont plusieurs servent en alimentation pour l’eau potable. Malgré le fait que, près de plusieurs cours d’eau, il y a des risques d’affaissement du sol. Malgré le fait que le tracé traversera des terres agricoles certifiées biologiques.

    Le double langage de Trudeau: d’un côté de la bouche, il prône la diminution des GES( Énergie Est polluera comme 7 millions de véhicules) pis de l’autre côté de la bouche, il n’aura pas le choix de dire OUI suite aux pressions des gens d’affaires, aux pressions dans l’Ouest et de Bay Street . Même chez nous, les Conservateurs Mulroney, Deltell et les autres n’ont que faire des opposants: ces gens-là sont les représentants du Canada chez nous et non l’inverse. “IL faut sauver le Canada”, dit l’ineffable Mulroney.

    C’est triste à dire mais c’est ce que je pense : c’est le prix à payer pour rester dans le Canada. Les Couillard,Arcand, Heurtel n’auront pas le choix: ils vont dire OUI! Malgré le fait que, comme l'écrit M. Pineault, un déversement possible serait l’équivalent de 36 fois le déraillement de Lac-Mégantic.

    • Claude Bariteau - Abonné 28 avril 2016 10 h 18

      Monsieur Grandchamp, vous oubliez un point majeur : le peuple québécois. Les décideurs canadiens, Mulronney comme Couillard et leurs semblables, espèrent que le Canada de Trudeau fils sera comme le Canada de Trudeau père,

      À vous lire, je vous sens solidaire d'eux comme s'ils étaient au-dessus du peuple pour tracer la voie aux multnationales. Ils ne le sont justement pas et ne pourront pas le prétendre si le peuple québécois leur dit et exprime qu'il n'en veut pas par les moyens à sa disposition.

    • Réal Bergeron - Abonné 28 avril 2016 11 h 58

      M.Grandchamp, votre défaitisme fait le jeu des partisans de cet odieux projet. Au lieu de jouer les cassandres, joignez-vous à tous ces gens qui luttent pour que vos prédictions ne se réalisent pas.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 28 avril 2016 12 h 09

      @ M. Claude Bariteau

      Je suis contre Énergie Est, bien sûr! Mais j’observe ce qui se passe. Les Conservateurs, l’Association des manufacturiers, à date le NPD, la majorité des libéraux fédéraux, Bay Street, la CAQ, l’Alberta et la Saskatchewan: tout ce beau monde pense qu’il faut dire OUI.

      Pour le président des manufacturiers: c’est une évidence! Pour Mulroney aussi! Ces gens-là sont influents! Demandez à François Legault.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 28 avril 2016 13 h 01

      @ M. Claude Bariteau

      Je complète mon argumentaire. Est-ce que les pressions des groupes environnementalistes, des municipalités, des agriculteurs, des autochtones seront suffisantes pour aboutir à un NON? Je le souhaite de tout coeur, mais j'en doute profondément.

      Quand Mulroney dit aux gens d'affaires de Toronto:"Il faut sauver le Canada", ça veut tout dire. Quand le conservateur Gérard Deltell, n'attendant absolument pas les conclusions des études d'impact, prend le crachoir et vante le OUI....ça veut dire que les Conservateurs sont pour le OUI, même nos députés conservateurs québécois. Demandez à Rone Ambrose. Demandez à Mulcair, à Legault.

      Bien sûr que les Marc Garneau et autres Québécois de service à Ottawa, pour le moment, sont silencieux....mais ils ne pourront pas résister aux pressions des milieux d'affaires et de l'Ouest.

      Quand je dis:"C'est le prix à payer pour rester dans le Canada", je veux dire par là que je ne suis pas prêt à payer ce prix!

    • Pierre Grandchamp - Abonné 28 avril 2016 14 h 40

      @ M. Bergeron

      Mon expérience en politique m'a appris à être réaliste, à dire les choses telles qu'elles sont. Notre combat pour le NON est un immense défi.

      “Jouer au cassandre”, dites-vous. Au contraire, je veux signifier qu’il faudra plus qu’une pétition pour contrer les démarches pour le OUI. Il va falloir faire pression sur les députés québécois à l’Assemblée nationale, sur François Legault et la CAQ, sur les députés libéraux à Québec. Sur les députés québécois à Ottawa. Il va falloir que Denis Coderre, le maire de Laval pis les autres aient le courage de s’affirmer. À ce que je sache, le maire Labaume est un OUI.

      Ça va prendre “des gros bras”! Bravo à cette pétition! Mais pour obtenir le NON, ça va prendre “des gros bras”=ça va prendre des grosses pressions!

    • Claude Bariteau - Abonné 28 avril 2016 17 h 32

      Monsieur Grandchamp, merci de vos précisions.

      Devant la charge, une réplique s’impose avec détermination. Elle doit devenir l’assise de l’indépendance du Québec, seul véritable outil pour stopper ce projet de pipeline et l’exploitation pour exportation du pétrole sale de l’ouest.

      Le temps presse, car, au Québec, il n’y a plus de gouvernement, mais uniquement des intermédiaires au service du Canada.

      Voir mon commentaire à un article du Devoir de ce jour.

      https://www.facebook.com/claude.bariteau.7