École privée et école publique: un débat enfantin

Environ 20 % des élèves qui fréquentent le réseau public sont handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage, alors que la proportion serait inférieure à 3 % dans les écoles privées.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Environ 20 % des élèves qui fréquentent le réseau public sont handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage, alors que la proportion serait inférieure à 3 % dans les écoles privées.

Monsieur Jean-Marc Saint-Jacques, président de la Fédération des établissements d’enseignement privés, j’ai lu avec intérêt vos propos en réponse au message véhiculé par la publicité diffusée par la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) pour dénoncer les coupes du gouvernement du Québec en éducation (« La FAE manipule les faits », Le Devoir, 11 avril ). Quelle ironie de lire un texte aussi manipulateur que le vôtre ! La propagande dénoncée s’apparente étrangement à celle que vous proposez.

 

D’abord, selon une étude du ministère de l’Éducation, le financement des écoles privées au Québec représente en réalité 75 % des coûts. Vous affirmez que l’école privée appartient à sa communauté. Je vous répondrai qu’elle appartient en grande majorité au peuple québécois.

 

Ensuite, vous dites que « l’école privée affiche des taux de réussite très élevés, et ce, même si elle accueille des élèves au profil de plus en plus varié. En effet, plusieurs écoles privées ont adopté des mesures et des programmes particuliers afin d’amener à la réussite des élèves ayant des défis particuliers ».

 

Auriez-vous l’amabilité de chiffrer vos affirmations et de dresser un portrait de la situation par région ? Serait-il possible de m’expliquer ce qu’est pour vous un défi particulier ?

 

Pour votre information, « on estime qu’environ 20 % des élèves qui fréquentent le réseau public sont handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage, alors que la proportion serait inférieure à 3 % dans les écoles privées ». (Le Devoir, 2015)

 

Concurrence et qualité

 

En fait, j’en ai marre de constater le gaspillage des ressources humaines et financières dans le but d’alimenter ce débat enfantin opposant l’école privée à l’école publique. J’en ai marre de voir un syndicat utiliser les cotisations de ses membres à des fins publicitaires. J’en ai marre que cette concurrence public-privé entraîne une dilapidation éhontée des fonds publics.

 

L’automne prochain, lors de cette période de grande frénésie mercantile en éducation, nous serons encore témoins des manoeuvres des écoles publiques et des écoles privées afin d’attirer les clients potentiels : portes ouvertes, pubs variées, etc. Il y a des coupes en éducation et il faut les dénoncer ? Fort bien. Pourquoi est-il alors socialement acceptable de dépenser pour la vente de son produit ?

 

Attaquer l’école privée n’est pas l’enjeu de ce débat. La question fondamentale demeure la suivante : comment permettre la mission collective de notre système d’éducation ? Ce qu’il faut, monsieur Saint-Jacques, c’est le désir commun de construire le meilleur système d’éducation non pas pour le bien de son enfant, mais pour celui de tous les enfants.

 

La prémisse derrière votre argumentation est la suivante : la concurrence est synonyme de qualité. À ce propos, il semble que l’existence d’un système à deux vitesses et la marchandisation de l’éducation causent beaucoup trop de tort à nos élèves vulnérables.

 

Selon le rapport d’un comité d’experts (2014), « les élèves qui sont plus à risque d’échouer pour des raisons liées à leur statut socioéconomique ou à leur origine ethnique bénéficient significativement de la présence d’élèves forts dans leur classe, alors que les élèves forts ne sont pas pénalisés par la composition hétérogène de leur classe. Favoriser l’hétérogénéité des classes et des établissements scolaires apparaît donc comme un moyen peu coûteux d’améliorer l’efficience d’un système scolaire, alors que la pratique du placement sélectif des élèves dans des classes ou des écoles différentes sur la base de leurs résultats scolaires, résultats qui sont intimement liés à leur origine sociale, entraîne des coûts supplémentaires dus à la concentration d’élèves à risque dans les mêmes groupes ».

 

« Selon plusieurs recherches rigoureuses menées à travers le monde, le placement sélectif des élèves sur la base de leurs résultats scolaires et de la capacité de leurs parents de choisir une école ou une classe plutôt qu’une autre est à la fois inéquitable et inefficace, car il entraîne systématiquement une diminution substantielle dans les taux de réussite scolaire de l’ensemble des élèves et contribue à maintenir les inégalités sociales. Il faut également souligner que dans un système fortement normé comme le Québec, l’effet positif de la compétition entre les écoles sur la performance de l’ensemble des élèves n’est pas démontré. »

 

Je constate avec joie, monsieur Saint-Jacques, que vous aimez la comparaison canadienne et européenne. J’aimerais vous rappeler que nos voisins ontariens, qui ne financent pas l’école privée, possèdent le système le plus performant au pays. Les Finlandais, quant à eux, ne permettent pas l’existence d’un réseau privé et il s’agit de l’un des systèmes éducatifs les plus performants au monde… J’imagine que je ne vous apprends rien, mais il est facile d’oublier ces détails lorsqu’on manipule les faits.

Le déclencheur

« Dans sa publicité, la FAE laisse entendre que les écoles privées ont été épargnées par les coupes en éducation. C’est faux. »

— Jean-Marc Saint-Jacques, « La FAE manipule les faits », Le Devoir, 11 avril
  • Jacques Lamarche - Abonné 21 avril 2016 07 h 08

    Débat mercantile surtout!

    Les motivations de M. Saint-Jacques sont de deux ordres!

    D'abord il y a les préjugés, les idées reçues qui déprécient la valeur de l'école publique et haussent celle de l'école privée.

    Puis, il y a, au fond de ce débat qui n'a rien d'enfantin, l''intérêt marchand, la vente d'un produit et la recherche d'un profit!

    L'intérêt supérieur de l'éducation au Québec se trouve en effet fort mal servi par les propos du président de la Fédération des établissements d' enseignements privés. En prêchant ainsi pour sa paroisse, il ne fait qu'accroître les inégaliés et rendre encore moins performant tout le système d'enseignement.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 21 avril 2016 07 h 19

    Enfantin

    « La propagande dénoncée s’apparente étrangement à celle que vous proposez. » (Sylvain Dancause, enseignant, Québec)

    De ce genre de propagande « similaire », il convient de savoir, ou de se rappeler, que le sens de l’appartenance de cœur, si cher au privé, tend à disparaître !

    Quant au reste, le « public » finance, avec ou sans consentement, ces deux types d’école !

    Enfantin ! - 21 avril 2016 -

  • Claude Bernard - Abonné 21 avril 2016 08 h 04

    Un débat sur l'avenir d'un peuple n'est pas enfantin, jamais

    L'éducation est la porte de la liberté.
    Ce n'est pas un débat enfantin que de vouloir reserver aux nantis l'accès à une éducation de qualité supérieure.
    Les francophones sont sous représentés dans ce groupe et enlever à la classe moyenne la possibilté de profiter de l'école privée me semble suicidaire.
    Je sais que plusieurs sont convaincus que de forcer le retour des meilleurs dans l'école publique serait bons pour les élèves en difficulté et sans effet pour les étudiants repatriés contre leur gré.
    Quelques études jamais citées ne peuvent garantir réellement l'effet d'une mesure socialiste qui comme toutes les tentatives de «socio engineering» ont toujours des résultats différents de ce qui était «supposé» se passer.
    Sacrifier l'élite de demain à un rêve égalitariste est, me semble-t-il, un risque à ne pas prendre.

  • Bernard Terreault - Abonné 21 avril 2016 08 h 26

    Un bon point

    La lettre souligne le fait que l'école privée n'est pas subventionnée en Ontario et que, pourtant, la performance globale de ses écoles est supérieure à celle du Québec. Scientifique ayant vécu 11 ans aux États-Unis et en France, j'ai constaté comment l'école privée, primaire ou secondaire, y était un phénomène rare. Même des Prix Nobel y avaient été formés dans des écoles publiques! Au Québec, la sagesse populaire a décidé que l'école publique était si médiocre que si nous voulions que nos enfants aient un avenir ils devaient aller au privé. Si cela est vrai, pourquoi, au contraire, ne pas rehausser le niveau du public? Si Ontariens, États-Uniens, Français et autres peuvent le faire, pourquoi pas nous?

  • Josée Duplessis - Abonnée 21 avril 2016 08 h 36

    Les enfants ne sont et ne doivent pas être des sujets de marketing!!!!

    ''Ce qu’il faut, monsieur Saint-Jacques, c’est le désir commun de construire le meilleur système d’éducation non pas pour le bien de son enfant, mais pour celui de tous les enfants.''
    Très bien dit.

    • Daniel Trottier - Abonné 21 avril 2016 14 h 17

      J’aimerais bien, comme le fait M. Dancause à Jean-Marc St-Jacques, tenir de tels propos aux parents d’un élève handicapé ou aux prises avec un trouble envahissant du développement. Belle phrase, sans doute, mais un brin culpabilisante. Opposer ainsi le bien commun au désir légitime des parents de souhaiter la meilleure éducation pour leurs enfants (comme le prévoient d’ailleurs la Charte québécoise des droits et libertés et le préambule de la loi sur le ministère de l’Éducation) a quelque chose de totalitaire.