L’enregistrement des armes pour prévenir le suicide

L’une des mesures les plus efficaces pour prévenir le suicide est la réduction de l’accès aux moyens de s’enlever la vie, dont l’arme à feu.
Photo: Getty Images L’une des mesures les plus efficaces pour prévenir le suicide est la réduction de l’accès aux moyens de s’enlever la vie, dont l’arme à feu.

Trois suicides sont commis chaque jour au Québec, alors qu’il s’agit d’une cause de décès évitable. L’une des mesures les plus efficaces pour prévenir le suicide est la réduction de l’accès aux moyens de s’enlever la vie, dont l’arme à feu. Ce moyen est extrêmement létal et n’offre que très rarement une seconde chance à la personne en détresse. La personne suicidaire ne veut pas mourir, elle souhaite cesser de souffrir. Non seulement sa vision des choses est troublée par sa souffrance, mais elle est ambivalente face à la mort jusqu’à la toute dernière minute. La présence d’une arme à feu représente donc un risque majeur dans ces circonstances ; elle amplifie l’impulsivité du geste et donne peu de temps aux proches et aux intervenants pour effectuer une intervention qui permettrait de sauver une vie.

C’est pourquoi le contrôle des armes est si important. La simple présence d’une arme à feu dans la maison multiplie par cinq les risques de suicide et près du tiers des personnes qui utilisent une arme à feu pour se suicider ne sont pas propriétaires de l’arme. Ajoutons que la plupart des décès par arme à feu sont des suicides et impliquent des armes d’épaule. Ils sont souvent le fait de personnes en détresse.

Le gouvernement a donc le devoir de réglementer l’accès aux armes à feu. D’ailleurs, les pays ayant un contrôle plus serré des armes à feu présentent un taux de suicide avec ce moyen inférieur aux pays qui n’en ont pas. Leur enregistrement permet de sauver des vies, car il a notamment pour effet de réduire le nombre d’armes en circulation. Il est démontré que moins il y a d’armes en circulation, moins il y a de suicides. Un registre facilite le travail des policiers lorsqu’ils doivent intervenir avec une personne présentant un risque de suicide, il favorise la responsabilisation des propriétaires d’armes en les incitant à respecter les normes et permet la traçabilité. Les nombreux suicides par arme à feu ont un coût énorme pour notre société. Nous n’avons pas les moyens de nous priver d’un outil efficace pour prévenir d’autres drames.

L’ensemble des mesures fédérales adoptées à la suite de la tuerie à Polytechnique, dont l’enregistrement de toutes les armes, a été associé à une baisse phénoménale des suicides par arme à feu. Au Québec, nous avons constaté une baisse de 60 % des suicides par arme à feu entre 1995 et 2008, et ce, sans indice de substitution avec d’autres moyens.

Plusieurs personnes qui ont eu des idées suicidaires dans le passé sont avec nous aujourd’hui et vont bien. Ce n’aurait peut-être pas été le cas si elles avaient eu un accès facile à une arme à feu. Pour ces raisons, nous appuyons sans réserve le projet de loi 64 sur l’immatriculation des armes d’épaule.

9 commentaires
  • Nicole Ste-Marie - Abonnée 18 mars 2016 10 h 44

    Ben oui ! ben oui !

    Ben oui, pour prévenir le suicide maintenant !

    À l'origine, c'était pour éviter la répétition d’évènements style polytechnique et protégé les enfants exposés aux armes à feu dans les domiciles familiaux.

    Ensuite, pour protéger les policiers qui arrivaient sur les lieux d'un crime et pour qu'ils puissent savoir à quoi s'attendre de la part des criminels. Maintenant, c'est pour prévenir le suicide.
    Bientôt ce sera pour mettre à l'abri d'une vengeance, les maris violents qui battent leur femme et qui risquent un coup de fusil.

    À quand: afin que les forces de l'ordre se préparent à la révolte des citoyens qui prendront les armes parce qu'ils en auront assez de se faire exploiter, frauder, subir la corruption faite par leurs élus (Normandeau, Côté etc etc),

    et qu'ils en auront assez de se faire saccager le territoire par les minières qui empochent avec l'approbation de leurs élus, (voir "trou story" en 2011, de Richard Desjardins et Robert Monderie)

    et qu'ils en auront assez de se faire saccager par les forestières qui empochent avec l'approbation de leurs élus, (voir "Erreur boréale" en 1999, de Richard Desjardins et Robert Monderie)

    et de se faire incendier leur municipalité par des compagnies de transports ferroviaires mal réglementées par Transports Canada et tout cela avec la connivence de leurs élus, (MMA en faillite, au Lac-Mégantic)

    et qu'ils en auront assez de se faire menacer la transformation de leurs terres agricoles et de leurs cours d'eau en bassin de rétention de pétrole sale avec l'approbation (à venir) de leurs élus. (le projet oléoduc "énergie Est" de transcanada)

    • Jean-Guy Mailhot - Inscrit 18 mars 2016 11 h 54

      Madame, vous auriez dû attendre de reprendre le dessus sur vous-même avant d'écrire.

      Ce M. Gaudreault mérite un certain respect pour les actions de prévention qu'il mène au Québec.

      Ensuite, ça va changer quoi dans votre vie que les armes à feu soient enregistrées? L'animal que vous allez tuer n'aura plus le même goût?

      Ce sont quoi les arguments, les vôtres, contre ce registre?

      Ben oui ben oui, pour faire sauver de l'argent aux contribuables et le réinvestir dans la prévention. La prévention, c'est justement ce que fait M. Gaudreault, et continuons dans ce sens en enregistrant ces engins qui ne sont pas des objets banals.

      Nous sommes au XXI ième siècle, fini le temps du fusil accroché à coté de la cheminée ou dans la boite du pick-up, pour défendre ses terres et son troupeau.

    • Nicole Ste-Marie - Abonnée 18 mars 2016 22 h 23

      M. Mailhot, je m'excuse de vous avoir insulté. Ce n'était pas l'objectif de mon propos, de vous insulter ou insulter qui que ce soit et surtout pas ceux qui vivent des difficultés et des expériences qui ne m'ont jamais rejoint et j'en remercie l'univers.
      Je voulais tout simplement dire qu'un registre des armes a feu n'empêchera jamais quelqu'un qui a des intentions criminelles ou suicidaires de passer à l'acte, que l'arme soit enregistrée ou pas. La personne qui a une réelle intention de se suicider le fera inévitablement. Sinon l'on devra enregistrer les câbles de nylon, les couteaux de boucherie, de cuisine, de chasse et/ou faire une enquête sur ceux à qui l'on prescrit des médicaments.
      Les gens du crime organisé n'auront jamais leurs armes enregistrées dans un registre détenu pas les forces de l'ordre.
      Pouvez-vous imaginer un registre contenant le nom d'un propriétaire d'un type d'arme particulier, avec son numéro de série, son adresse et son numéro de téléphone et que ses intentions sont criminelles ?

      Les statistiques démontrent qu'il y a moins de suicide par arme à feu selon M. Gaudreault. Comment démontrer qu'il y aura moins de suicide avec un registre d'arme à feu ? Peut-être y aura-t-il plus de suicide par pendaison et comment prouver que l'augmentation de ce type de suicide est dû à un registre des armes à feu ? L'indice du bonheur est-il considéré dans l'étude de M. Gaudreault ? Entre 1995 et 2008 (année de la crise) quel était l'indice de bonheur au Canada, au Québec, aux USA ? Les familles font des faillites records chaque année. (Stat.Canada)

      Ce que je voulais dire c'était que le registre d'armes à feu pourrait: ralentir la dissémination d'armes à feu, et que les forces de l'ordre et la sécurité civile pourront établir des statistiques en prévision d'un écoeurement général d'une population civile rendue à la limite extrême de se faire abuser par des sales abuseurs et corrompus.
      C'était l'essence de mon propos et je m'excuse de voir avoir bl

    • Jacques Tremblay - Inscrit 19 mars 2016 01 h 26

      "Ajoutons que la plupart des décès par arme à feu sont des suicides et impliquent des armes d’épaule." C'est malheureusement la réalité et il y a souvent plusieurs tentatives avec d'autres méthodes avant la malencontreuse " réussite" avec une arme à feu! Si les intervenants savent qu'il y a présence d'arme dans l'environnement des personnes en détresse ils pourront intervenir beaucoup plus efficacement. 3 suicides par jour au Québec c'est bien assez épouvantable comme ça! L'argumentaire des opposants au registre des armes à feu frise la paranoïa et rien que cela justifie pleinement la présence d'un registre: En définitive il faut protéger les gens contre eux même! On enregistre nos chiens et nos voitures, on peut bien enregistrer nos armes qui sont des objets beaucoup plus létals. C'est quoi le problème? J'ai déjà rencontré un jeune homme complètement défiguré par une arme à feu d'épaule. Aujourd'hui il veut vivre et, à l'occasion, il raconte son histoire à des élèves dans des écoles. Vous pouvez être sûr qu'il n'y a plus d'arme à feu qui traîne à son domicile car il craint de retomber en dépression à force de revoir le résultat de sa tentative de suicide chaque matin dans son miroir!
      Ceux qui se pense à l'abri de toute maladie mentale sont tout simplement des inconscients. J'ai eu la chance de travailler dans une institution psychiatrique lorsque j'étais étudiant et croyez-moi aucune classe sociale n'est à l'abri de la maladie mentale. On pense qu'on contrôle tout dans la vie alors qu'il suffit qu'une petite glande dans notre cerveau arrête de produire pour nous faire dérailler....une fois de trop.
      Jacques Tremblay
      Sainte-Luce, Qc

  • Jean-Yves Arès - Abonné 18 mars 2016 12 h 43

    Les faits vous contredisent monsieur Gaudreault.

    À l'heure ou le suicidaire veut passer l'acte il prend les moyens qui lui sont disponibles. Et les choix sont vraiments multiples. Voir illimités.

    Le bilan de l'historique des moyens utilés présenté par l'INSPQ (Institue nationnal de la Santé Publique du Québec) ne laisse pas de place pour espérer qu'il peut y avoir une planche de salut avec cet illusoire contrôle des moyens disponibles pour réduire le suicide.

    ''La mortalité par suicide au Québec : 1981 à 2012 – Mise à jour 2015''
    http://tinyurl.com/zdv6rwe

    Quand on applique les proportions associés a chaque méthode à l'ensemble des décès survenus durant les périodes couvertes on obtient un recule de l'utilisation de l'arme à feu qui passent de 995 à 411. En retrait encore plus spectaculaire des noyades comme moyen qui reculent de 301 à 111.

    Parcontre, pour ce recule de 774 cumulés sur ces deux méthodes on observe un accroissement de 810 cas de l'utilisation de la ''pendaison, strangulation et asphyxie'' qui passent de 966 à 1776.

    Comment donc pouvez-vous en arriver à dire que le recule de l'utilisation de l'arme à feu s'est fait «sans indice de substitution avec d’autres moyens» ? ?

    Il me semble assez clair que les méthodes utilisées fluctuent sur une simple base d'opportunités disponibles.

    Mais il me semble encore bien clair que si, comme vous dites, «La personne suicidaire ne veut pas mourir, elle souhaite cesser de souffrir» que c'est en s'addressant a cette souffrance qu'on fait réellement reculer ce fléau.

    Il me semble tout aussi clair que les budgets qui seraient consacrés pour cette bureaucratisation supplémentaire serait fort mieux utilisés en intervention pour réduire cette souffrance qui est au coeur du problème.

    • Jacques Tremblay - Inscrit 19 mars 2016 13 h 46

      Bien qu'il y a diminution d'environ 60% des suicides par arme à feu depuis l'adoption du registre des armes à feu il y a par contre augmentation des suicides par pendaison, strangulation et asphyxie mais dans l'ensemble il y a eu une forte diminution des suicides depuis l'apparition du registre canadien. On ne peut pas contrôler la longueur des cordes vendues dans les magasins ni empècher les gens de s'enfermer dans leur garage avec leur voiture mais c'est notre devoir de société civilisée de tenter de protéger les gens les plus vulnérables de moyens aussi fondamentalement létaux et expéditifs que sont les armes à feu. Un registre permet aux intervenants sociaux d'intervenir plus efficacement auprès de l'individu en détresse tout en ayant une vision d'ensemble des armes possédées par son entourage familiale. Et puis la plupart des chefs des corps de polices importants du Canada considèrent le registre comme un outil vraiment utile dans leurs opérations de tous les jours.

  • Yvon Bureau - Abonné 18 mars 2016 13 h 07

    Diminuer le nombre des suicides

    Surtout chez les personnes très âgées et les personnes en fin de vie. L'Aide médicale à mourir facilitera la diminution du nombre des suicides. Et encore plus lorsque l'AMAM pourra être incluse dans les Directives médicales anticipées (DMA).

    Quant aux armes, bien des personnes âgées s'en départissent, en les faisant détruire. Ce que j'ai fait dernièrement. Pas question de les donner ni à mes enfants ni à des plus jeunes.

    • Jacques Tremblay - Inscrit 19 mars 2016 01 h 28

      Vous avez bien raison.

  • François Bélanger Boisclair - Abonné 19 mars 2016 12 h 25

    L'art du Sophisme

    L'argument présenté est un sophisme. Il présume que tenir un registre des armes va diminuer le taux de suicide en permettant «la réduction de l’accès aux moyens de s’enlever la vie». Le registre permet de savoir combien d'arme possède une personne. Il n'a aucun effet sur l'accessibilité. La prévention de l'accessibilité est elle régit par les permis de pocession et d'acquisition.

    Dans un second temp, la prévention du suicide par «la réduction de l’accès aux moyens de s’enlever la vie» est une idée irréaliste et fodamentalement en contradiction avec les droits fondamentaux des personnes. Nous avons le devoir d'encourager les personnes à vouloir vivre. Cependant, nous n'avons aucunement le droit de les forcer à vivre.

    Cette situation nous met devant un dilème. Devons-nous considérer la vie sacré au point de la priorisé devant le droit de mourrir? Notre système juridique considère que nous sommes maître de notre corps et pouvons en disposer comme nous le désirons. Cette notion a été de nombreuse fois confirmé par des jugements en rapport à la toxicomanie pendant la grossesse (refus de traitement ou d'avortement), au droit à l'avortement et dernièrement particulièrement par le droit de l'aide a mourrir en fin de vie. Si nous pouvons disposer de notre corps juridiquement et moralement, nous avons le droit de mourrir.

    Inciter une personne a ce suicider peut-être illégale. Mais la forcer à vivre est violer son droit fondamental comme personne de disposer d'elle-même.