Multiculturel et non multiculturaliste

S’il est très vrai que la société d’accueil se doit de s’ouvrir toujours plus et mieux, elle n’a pas à «cacher ses statues», expression d’actualité, métaphore de ses valeurs, de ses us et coutumes.
Photo: François Pesant Le Devoir S’il est très vrai que la société d’accueil se doit de s’ouvrir toujours plus et mieux, elle n’a pas à «cacher ses statues», expression d’actualité, métaphore de ses valeurs, de ses us et coutumes.

« Le Québec ressemble au Canada autant qu’un poisson ressemble à une bicyclette. » — Dany Laferrière. « Le Québec et le reste du Canada n’ont en commun que la monnaie, la bière et la méconnaissance de l’autre. » — Robert Gurik, homme de théâtre d’origine hongroise. Faut-il donc être né ailleurs pour s’apercevoir que le Québec est unique ? Que dire du « nous autres » d’Akos Verboczy, pour qui, dans sa Rhapsodie québécoise, le « nous » englobe autant les « de souche » que toutes celles et tous ceux qui, issus de tous les horizons, acceptent d’y adhérer, de s’y intégrer ? Ces trois personnalités nées ailleurs ne sont pas les seules à se considérer comme vraiment et pleinement québécoises. Les Kim Thúy, Maka Kotto, Amir Khadir, Djemila Benhabib, Boucar Diouf, entre autres, ont aussi adopté le Québec, comme le Québec les a adoptés.

 

S’il est très vrai que la société d’accueil se doit de s’ouvrir toujours plus et mieux, elle n’a pas à « cacher ses statues », expression d’actualité, métaphore de ses valeurs, de ses façons de faire, de ses us et coutumes, comme on dit. Elle a toujours à se laisser enrichir par l’apport de celles et de ceux qui viennent de loin. Par ailleurs, ces personnes, quel que soit leur continent d’origine, sont appelées, à leur tour, à obéir « à nos lois, à nos valeurs et à nos traditions » comme l’exprimait madame Merkel, chancelière du pays d’accueil le plus généreux à l’endroit des réfugiés en Europe. Quant à l’apprentissage de l’allemand, ça allait déjà de soi.

 

À l’instar de ces personnes plus connues, le plus grand nombre, y compris mes amies et amis originaires d’Algérie, du Burundi, du Cambodge, du Salvador, du Mexique, de l’Ontario, du Guatemala ou du Chili, ont joué le jeu de l’intégration et le jouent au quotidien. Ces anonymes se reconnaissent dans notre Immortel qui dit : « Ce n’est pas bon de vivre constamment dans la nostalgie du pays d’origine, comme c’est ridicule de prétendre qu’on vient de nulle part. » Ces personnes ont adopté le Québec, dans la nébuleuse canadienne ou hors de celle-ci, et elles veulent vivre en cette terre québécoise avec ces caractéristiques la distinguant des autres entités, États ou provinces, de ce grand continent nord-américain.

 

Apartheid et apathie

 

Il est malheureux que d’autres personnes venues d’ailleurs ne veuillent pas adopter le Québec dans ce qu’il est : une nation francophone, en marche vers l’officialisation de sa laïcité, attentive à l’égalité entre les femmes et les hommes, déjà multiculturelle mais pas « multiculturaliste ». Elles sont encore trop nombreuses : mes propriétaires d’origine chinoise, qui, avec la complicité (?) de la commission scolaire anglophone, ont pu sortir leurs garçons de l’école française ; ces 20 % d’immigrants qui ne veulent pas apprendre la seule langue officielle du Québec. Et que dire de ces grandes maisons commerciales qui ne veulent ni franciser leur nom ni le faire suivre d’un explicatif en français ?

 

Ces Québécoises et Québécois « de territoire » sont encouragés dans leur « apartheid social » par la Chambre de commerce de Montréal qui invite à être « moins pointilleux sur la connaissance du français et plus exigeant sur celle de l’anglais » (Le Devoir, 2 février). Ces gens suivent le premier ministre Couillard dans sa hantise de ne pas gêner l’homme d’affaires étasunien venu voir ses intérêts à l’oeuvre dans une usine. Dans ces deux derniers cas, « money talks ». La première tâche du PM ne demeure-t-elle pas toujours la défense et la promotion du « pays » du Québec et de ses caractéristiques fondamentales ?

 

Il faut bien reconnaître, cependant, qu’une certaine apathie (sinon une apathie certaine) de la population majoritaire à l’endroit de la langue commune n’aide vraiment pas les nouveaux venus à faire les efforts nécessaires pour faire partie du « nous ». Sans oublier que 85 % des nouveaux venus s’implantent dans la région de Montréal, que les francophones montréalais ne dépassent plus tellement le 50 % et que, sur l’île, réside la plus grande partie de la puissante et influente minorité anglophone. Sans oublier, peut-être surtout, que Montréal est dirigée par un maire très « mondialisé » aspirant à créer une cité-État « dé-québécisée ».

 

N’y a-t-il pas lieu d’entretenir quelques craintes ? Une chance que les Laferrière, Gurik, Verboczy et les autres veillent au grain. Merci !

  • Jacques Lamarche - Abonné 6 février 2016 05 h 17

    L'oeil de l'étranger, plus attentif, plus sensible à notre différence

    Quand il faille que des russes, des sénégalais ou polonais se lèvent pour défendre et réaffirmer notre propre identité, il doit y avoir un sérieux problème!

    Fort inquiétant, d'autant que notre gouvernement, comme trop de gens, semble tout-à-fait indifférent!

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 6 février 2016 13 h 38

      Or par cosequent,n est-ce pas,ce peuple jeune,ardent qui grandit sur le bord du grand fleuve n a d autres solutions que de devenir independant,ouvert sur le monde et apprecie de tous sauf par le gouv.Couillard et les brillantes Chambres de Commerce.Il reste "trenta meses para cambiar." Allons tous ensemble pour notre bien. J-P.Grise

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 6 février 2016 13 h 38

      Or par cosequent,n est-ce pas,ce peuple jeune,ardent qui grandit sur le bord du grand fleuve n a d autres solutions que de devenir independant,ouvert sur le monde et apprecie de tous sauf par le gouv.Couillard et les brillantes Chambres de Commerce.Il reste "trenta meses para cambiar." Allons tous ensemble pour notre bien. J-P.Grise

  • Jocelyne Lapierre - Abonnée 6 février 2016 09 h 32

    Excellent commentaire

    Merci, monsieur Breault, de faire la nuance entre multiculturalisme et multiculturaliste d'une manière si adroite.

  • Jocelyne Lapierre - Abonnée 6 février 2016 09 h 35

    Faire la part des choses

    Monsieur Breault, vous démontrez la nuance entre multiculturel et multiculturaliste (et non entre multiculturalisme et multiculturaliste) d'une manière fort adroite.

  • Jean Duchesneau - Abonné 6 février 2016 10 h 35

    Multiculturalisme et interculturalisme?

    Il règne une malsaine ambiguïté à propos du multiculturalisme que seuls les québécois pourraient régler s'ils étaient plus conscient des enjeux. Faut-il le rappeler, le multiculturalisme est fondé sur la prémisse qu'il n'y a pas de "culture" commune à priori. Celle-ci se construit au fil du temps par l'arrivée des immigrants de divers horizons culturels et la croissance de la population. C'est la mosaïque canadienne selon Trudeau père et maintenant fils. Cette idéologie ne convient pas aux québécois francophone qui se fondent lentement mais sûrement dans la masse, Montréal étant le creuset du "melting pot" nord-américain. Les plus inconscients sont ceux des régions; celle de Québec en particulier. C'est là où beaucoup d'effort sont faits pour "geler" les esprits! Vivement un "el nino" intellectuel????

  • Jean Richard - Abonné 6 février 2016 10 h 43

    Et si on changeait notre façon d'enseigner le français

    « mes propriétaires d’origine chinoise, qui, avec la complicité (?) de la commission scolaire anglophone, ont pu sortir leurs garçons de l’école française ; »

    On ne va pas mettre tous les Chinois dans le même panier et idem avec les anglos. Il est intéressant toutefois de noter que c'est chez ces deux groupes que se retrouvent probablement le plus grand nombre de récalcitrants à la langue française. C'est que dans les deux cas, nous avons affaire à des cultures colonisatrices, avec une différence : le Chinois ne cherchera pas à imposer le mandarin, mais l'anglais car en quittant la Chine, il a opté pour l'anglais comme nouvelle langue impérialiste.

    Le Québec doit défendre avec plus d'agressivité la langue française s'il y croit encore, et c'est peut-être par l'éducation qu'il pourrait y arriver. Une inquiétude pourtant : notre façon d'enseigner le français dans les écoles, au primaire surtout, pourrait être stérile. Les enfants d'immigrants sont souvent amenés à détester le français et pire, les pure-laines sont bien loin de vivre une liaison amoureuse avec cette langue. Les virus du français sont connus : l'obsession de l'orthographe, qui s'accompagne d'une béatification de la dictée, l'analyse faite à l'envers (comme si la linguistique n'était pas une science mais une croyance – apprenez les dogmes par cœur et ne cherchez pas à comprendre), entre autres.

    Si on ne donne pas aux enfants le goût de lire et d'écrire, c'est qu'on a échoué à leur enseigner la langue, qui doit être perçue comme un outil de création et d'affirmation et non de répression.

    Il y a plus : les langues sont différentes l'une de l'autre, mais la linguistique est universelle. Une meilleure formation en linguistique permettrait de comprendre les différences entre le français et les diverses langues maternelles des enfants d'immigrants. Hélas, on veut former des enseignants qui ne font pas de fautes d'orthographe sans se demander s'ils connaissent la linguistique.

    • Michel Blondin - Abonné 6 février 2016 12 h 41

      L'nvironnement de la langue au Québec défait tout ce que l'enseignement peut faire.
      Comment aimer une langue désabusée, négligée et défendue par la ministre de l'immigration qui a passé une bonne partie de sa vie professionnelle à contrer la loi 101. Nos élus de ce gouvernement autant au Québec qu'à Ottawa ne cesse de déboulonner cette langue.

      Les fédéralistes investissent dans la minorité anglophones du Québec pour augmenter son rayonnement sur la seule place dont il est prétendu que la seule langue officielle est le français. Mon oeil! Nous sommes entouré de 300 millions d'anglophones.

      La façon d'enseigner n'y est que pour une faible part. Si l'environnement est peu invitant, comment faire à un niveau inférieur!
      Ces gens partent avec deux prises au baton.