Cologne, et après?

Dans une gare d’Helsinki, en Finlande
Photo: Joel Carillet / iStock Dans une gare d’Helsinki, en Finlande

Les crimes sexuels de masse dont des femmes européennes ont été victimes au Nouvel An soulèvent une question essentielle ; si ces femmes avaient été voilées, auraient-elles été agressées par ces hommes arabes ? Je pense que non.

Ces événements scandaleux illustrent à quel point le voile islamique est bien plus qu’un simple vêtement religieux ou culturel, comme le prétendent les militantes pro-voile, en ce qu’il participe d’une idéologie patriarcale et comporte une fonction sociale et politique que nous aurions tort d’ignorer.

Le voile fait de la femme un objet sexuel

Cacher ses cheveux, son cou, ses oreilles, ses bras et ses jambes, c’est reconnaître que la femme est un objet sexuel. C’est s’afficher ostensiblement comme une proie sexuelle au regard des hommes. C’est se définir comme objet du désir des hommes, tout en transformant ceux-ci en de vulgaires prédateurs. C’est reconnaître que le sexe n’appartient qu’aux hommes et que le désir sexuel ne se conjugue qu’au masculin. C’est témoigner publiquement de la négation de son propre désir dans ce qu’il a de plus sauvage et de plus intime. C’est consentir à son refoulement le plus violent, dont la version sublimée se drape dans la vertu, la respectabilité et la pudeur.

Cacher ainsi son corps, c’est accepter de n’être définie que par le regard des hommes. C’est se constituer en objet au lieu de se comporter en sujet libre et autonome. C’est se poser comme l’inessentiel, l’accessoire, le factice en face de l’essentiel masculin. Tout le contraire de la liberté. C’est d’ailleurs l’une des grandes leçons du Deuxième sexe de Simone de Beauvoir. C’était en 1949…

Le voile islamique est un formidable pied de nez à toutes ces femmes qui se sont battues pour la reconnaissance de leur désir et de leur sexualité. Il représente la triste et silencieuse liquidation de plusieurs décennies de luttes féministes qui ont permis aux femmes d’aujourd’hui d’avoir droit au sexe.

Le voile comme prolongement de l’espace domestique

La femme, c’est le sexe, et le sexe, c’est le désordre. Très tôt, l’on apprend aux femmes que leur corps est une menace pour les hommes. Lorsque Khomeini prit le pouvoir en 1979 en Iran, il a d’abord exigé que les femmes soient voilées sur les lieux de travail, puis quelques mois plus tard, il a étendu l’obligation du port du voile à tout l’espace public.

Par le voile des femmes, Khomeini a chassé le sexe de l’espace public et aseptisé le regard, minimisant ainsi les occasions de séduction. Ce voile islamique avait pour fonction principale de prolonger l’espace domestique dans l’espace public et de confiner le sexe au mariage et à la famille. Il devenait ainsi le rempart contre la dislocation de la famille et la dépravation des moeurs, le socle sur lequel se fondera la morale islamique. Encore aujourd’hui dans nos démocraties occidentales, ce voile renvoie au sexe et à cette morale étriquée avec pour ambition de purifier l’espace public de tout ce qui n’est pas conforme à celle-ci. Pour ces femmes voilées que nous croisons dans la rue, liberté d’étudier, oui, liberté de travailler, oui, mais liberté sexuelle, non.

Le sujet est tabou, même dans l’islam ; le Coran interdit aux femmes musulmanes d’épouser un non-musulman sauf si l’époux se convertit à l’islam. Les codes de la famille marocain et algérien reprennent d’ailleurs cet interdit. Sachant que l’enfant aura la religion du père, on comprend mieux pourquoi les femmes ne doivent épouser que des musulmans.

Cette limitation à leur liberté sexuelle et affective montre bien à quel point la sexualité des femmes demeure soumise aux exigences de la communauté pour être mise au service de l’Oumma. Le voile islamique n’est qu’un puissant révélateur de cette instrumentalisation de leur sexualité et d’une morale patriarcale et antiféministe qui refuse aux femmes le droit individuel à disposer de leur propre corps. Contrairement à ce que prétendent les pro-voile, celui-ci n’est pas un symbole d’émancipation, mais bien un prodigieux symbole d’aliénation.

«Exit» le féminisme, on naît femme

Par choix ou non, il n’y a que les femmes qui portent le voile. Naturaliser les différences entre les sexes et essentialiser les identités sexuées ; voilà une des principales fonctions du voile islamique qui contribue à renforcer la thèse voulant que ce soit la nature qui détermine le destin des femmes. Parce que dans l’islam comme dans toutes les autres religions, on naît femme.

Du XVIIIe siècle jusqu’à aujourd’hui, tout le féminisme s’est bâti sur une contestation radicale de cette thèse voulant que la vie des femmes soit basée sur leur anatomie. C’était d’ailleurs la thèse centrale de Simone de Beauvoir dans Le deuxième sexe : « On ne naît pas femme, on le devient. »

Le féminin est bien davantage une construction sociale qu’un donné de la nature. Tout le contraire de ce qu’affirment les religions, qui n’ont jamais été un facteur d’émancipation pour les femmes. Et le voile islamique nous fait reculer de quelques siècles.

Cologne, et après ?

Quel rapport avec les événements de Cologne, me direz-vous ? Ces agressions nous donnent une indication sur la vision islamique de la sexualité et sur le sens du port du voile. Porter et défendre le voile, c’est partager la même vision, la même idéologie que ces hommes arabes qui ont agressé des milliers de femmes non voilées. Le voile islamique n’est que l’autre face d’une même médaille.

Dans le but de mettre un terme à ces agressions, plusieurs pays européens ont mis sur pied des cours de relations hommes-femmes pour les migrants. Mais on ne peut pas éduquer ces hommes arabes d’un côté et laisser des éducatrices musulmanes en garderie et des enseignantes musulmanes dans nos écoles publiques porter un symbole sexiste. Est-ce ainsi que l’État québécois entend éduquer nos jeunes et protéger les droits des femmes ? On devrait également interdire le port du voile pour les filles fréquentant l’école publique. Protéger les mineures et envoyer un message clair sur l’égalité des sexes.

26 commentaires
  • Luc Archambault - Abonné 25 janvier 2016 02 h 52

    Ségrégation sexuelle des femmes

    Porter un voile islamiste (hijab, tchador, tchadri, niqab, burqa) dans l'espace public non seulement affiche clairement et publiquement son adhésion à la ségrégation sexuelle des femmes musulmanes, mais aussi en concrétise effectivement l'effet, ce qui n'est pas admissible dans un État de droit démocratique égalitariste.

    • Jacinthe Lafrenaye - Abonnée 25 janvier 2016 11 h 17

      J'étais d'accord pour l'interdiction du voile uniquement dans les services publics mais à la lumière de ce qui s'est passé à Cologne, je pense qu'il faudrait aussi l'interdire dans l'espace public. Moi n'en portant pas, je comprends maintenant que cela me mets en danger d'agression sexuelle.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 27 janvier 2016 22 h 26

      « Cacher ses cheveux, son cou, ses oreilles, ses bras et ses jambes, c’est reconnaître que la femme est un objet sexuel. C’est s’afficher ostensiblement comme une proie sexuelle au regard des hommes. »

      Et oui, ce devait être le sens de la soutane des religieuses, je suppose. Comme je suppose qu'on réussit bien mieux à ne pas être pris pour un objet sexuel en mettant ses seins en vitrine dans des décolletés plongeants ? Bien sûr que non. Madame Mailloux va vous l'expliquer, madame, le sens réel de vos préférences vestimentaires, quoi que vous en pensiez vous-même. Car si elle répugne à voir les femmes investies par un discours sexiste, elle ne répugne pas du tout à les enbrigader toutes dans le sien, de discours, au nom de toutes les femmes... dignes de ce nom?

  • Pierre Desautels - Abonné 25 janvier 2016 06 h 52

    Cette obsession...


    Encore ce lancinant débat sur le voile, vestige du débat sur la charte des "valeurs". Madame Mailloux serait plus avisée de passer à autre chose. Cette obsession d'interdire le port du voile ne mène nulle part. Bien sûr que ce port du voile peut nous choquer et reste un symbole très puissant. Mais, à la limite, cela ne nous regarde pas. C'est un choix personnel, que d'ailleurs confirmeraient les deux chartes des droits. Ce n'est pas aux gouvernements de dire aux gens quoi porter ou non.

    "Est-ce ainsi que l’État québécois entend éduquer nos jeunes et protéger les droits des femmes ?"

    Bien d'accord. Mais comment? Il faudrait premièrement cesser de subventionner les écoles religieuses. C'est un dossier beaucoup plus important, que nos partis politiques, toutes tendances confondues, ont laissé tomber...

    • Sylvain Auclair - Abonné 25 janvier 2016 07 h 30

      Ce n'est pas au gouvernement/employeur de dire quoi porter? Depuis quand? Pourquoi tous les commis de banque portenti-ils des cravates? Réglement. Pourquoi les policiers ou les chauffeurs d'autobus ont-ils un uniforme? Règlement. Et les infirmières? Règlement. Pourquoi doit-on porter un costume de bain à la piscine? Règlement.

    • Pierre Hélie - Inscrit 25 janvier 2016 09 h 30

      Le débat sur la charte a été lancinant parce que 1) il a été très mal piloté par le PQ et en particulier le ministre responsable, M. Drainville (qui proposait une laïcité à géométrie variable), et 2) parce que ses opposants ne semblent pas comprendre qu'une charte de la laïcité est un sine qua non du mieux vivre ensemble et un rempart contre tous les extrémismes religieux. Pour ce qui est du voile et de tous les signes religieux ostentatoires, ça ne me regarde pas dans la sphère privée, mais ça me regarde quand c'est du domaine public, quoiqu'en disent vos chartes.

    • Gilles Delisle - Abonné 25 janvier 2016 10 h 09

      Monsieur,
      Dommage que vous n'ayez rien compris du texte de Mme Mailloux. Relizez, cà vous ouvrira l'esprit!

    • Annie-Ève Collin - Abonnée 25 janvier 2016 12 h 26

      Alors moi, qui suis une femme, si je vais chercher des services publics et que la personne qui me sert porte un symbole affirmant mon infériorité, ça ne me regarde pas?

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 25 janvier 2016 07 h 08

    ???

    « Porter et défendre le voile, c’est partager la même vision, la même idéologie que ces hommes arabes qui ont agressé des milliers de femmes non voilées. » (Louise Mailloux, féministe et militante laïque)

    Oui, mais cette question :

    Pourquoi ces arabes se sont-ils abstenu d’agresser celles et ceux portant ou défendant le voile ?

    Double avenue :

    A Parce qu’ils visent, par étapes et outils djadistes (?), l’islamisation de l’Occident ?, ou ;

    B Parce qu’ils se seraient trompé de cibles ?

    ??? - 25 jan 2016

  • Gisèle Filion - Abonnée 25 janvier 2016 08 h 48

    Ici, c'est la démocratie !

    Oui Madame Mailloux, il y a bel et bien tout ce que vous écrivez, et vous ciblez bien le noeud problème. Ce à quoi j'ajouterais ce qui suit.

    La démocratie est basée sur la bonne foi et la confiance mutuelle dans la mixité. En démocratie, ne devrait-on pas être présumé innocent tant qu’il n’est pas prouvé, qu’on est coupable?

     Quand on sait que le voile ou tous ces vêtements qui dissimulent le corps des femmes ont pour but de  soustraire les femmes  à la concupiscence des hommes, le port de ces vêtements n’est-il pas méprisant pour eux, en les définissant comme de potentiels  prédateurs sexuels ? 
     
    Le port de vêtements dissimulant le corps des femmes, ne fait-il pas  la promotion de la méfiance mutuelle, de la ségrégation alors que la démocratie se vit dans la confiance et la mixité ?

      Quel affront à l'autonomie et des femmes et à la démocratie ! Est-ce là une façon d’entrer en communication les uns avec les autres, sur le mode égalitaire souhaité par la démocratie?

  • Louis Lapointe - Abonné 25 janvier 2016 10 h 10

    L'uniforme scolaire, notre voile à nous?

    Dans la Presse de ce matin, un dossier sur l'uniforme à l'école publique.

    "L'uniforme obligatoire en voie de devenir la norme dans les écoles publiques (...)

    "La présidente de la Fédération des comités de parents du Québec, Corinne Payne, estime que le phénomène des uniformes complets dans les écoles est largement dû à la concurrence que se livrent le public et le privé. Elle croit aussi qu'il s'agit d'un moyen de baliser l'hypersexualisation chez les adolescentes.

    « Le réseau des écoles publiques concurrence plus que jamais le privé, dit-elle. Mais au-delà de ça, je me souviens d'un bal des finissants en sixième année où les élèves avaient été consultés sur l'organisation de l'événement. Les jeunes filles ne voulaient qu'une chose : pouvoir porter des bretelles spaghettis. »

    « L'hypersexualisation vestimentaire est un problème depuis des années dans les écoles. C'est une façon de le contrôler. » (...)"

    • Pierre Hélie - Inscrit 25 janvier 2016 21 h 36

      M. Lapointe, vous ne semblez pas faire la différence entre un symbole de bêtise et de sexisme et un de barbarie misogyne. Encore le relativisme à l'oeuvre. Misère!

    • Annie-Ève Collin - Abonnée 26 janvier 2016 14 h 43

      Vous oubliez que l'uniforme d'école s'applique aussi aux garçons.