La colère d’une mère

Six Québécois ont été tués dans l’attentat qui a été perpétré à l’hôtel Splendid de Ouagadougou, vendredi dernier.
Photo: Issouf Sanogo Agence France-Presse Six Québécois ont été tués dans l’attentat qui a été perpétré à l’hôtel Splendid de Ouagadougou, vendredi dernier.

Six Québécois ont été tués lors d’une attaque terroriste perpétrée vendredi dernier par al-Qaïda dans la capitale du Burkina Faso (un pays d’Afrique francophone situé au sud du Mali). À cette occasion, 29 personnes originaires de 18 pays différents ont péri. Dans le cas des Québécois, il s’agissait de travailleurs humanitaires partis il y a trois semaines accomplir du bénévolat au bénéfice d’une communauté religieuse de ce pays.

 

En annonçant publiquement les condoléances officielles du Canada aux familles éprouvées, le nouveau premier ministre canadien a négligé d’ajouter les formules attendues indiquant que ces morts ne resteront pas impunies et que le pays sera impitoyable envers les coupables de ces assassinats.

 

De toute évidence, cet oubli a irrité au plus haut point Camille Carrier, la mère d’une des victimes, réclamant plus de fermeté, plus précisément par l’envoi de troupes canadiennes pour venger la mort de sa fille.

 

Nous comprenons tous le chagrin de Mme Carrier. Toutefois, envoyer les troupes canadiennes combattre au Burkina Faso, cela signifie ajouter des dizaines ou des centaines de morts de militaires canadiens à la liste des six civils qui ont déjà péri à Ouagadougou. C’est multiplier le nombre de veuves et de mères canadiennes éplorées, à l’image de Mme Carrier. C’est à y penser deux fois.

 

Les causes immédiates

 

Les islamistes du Sahel ont étendu leur dangerosité grâce aux armes que nos pays ont distribuées généreusement à tous ceux qui voulaient abattre le régime de Mouammar Kadhafi en Libye. Une fois le dictateur abattu, les nomades sont retournés chez eux et ont vendu leurs armes aux terroristes de la région. Avec le résultat qu’on sait. Par cet attentat, al-Qaïda veut démontrer qu’elle n’est pas cette organisation terroriste en déclin, discréditée par le groupe État islamique.

 

De plus, al-Qaïda veut démonter également que l’expédition française au Mali en 2013 n’aura provoqué que le repli temporaire des organisations terroristes, de retour en force après le départ des troupes étrangères.

 

Les conséquences pour le Canada

 

Le gouvernement canadien a favorisé l’obtention d’un contrat militaire de quatorze milliards de dollars qu’une entreprise canadienne a obtenu de l’Arabie saoudite. Par ailleurs, selon les dépêches diplomatiques américaines révélées par WikiLeaks, l’Arabie saoudite est la plaque tournante du financement du terrorisme international. Le Canada ne peut pas défendre ce contrat au nom de la création d’emplois d’une part, et d’autre part voir ses citoyens se faire tuer par des milices financées par cette pétromonarchie. Combien d’emplois dans l’industrie de l’armement une vie canadienne vaut-elle ? À quel moment est-ce trop cher payer ?

 

Les cyniques diront que précisément, grâce à ce contrat, les Saoudiens auront quatorze milliards de moins à dépenser pour le terrorisme. Toutefois, à l’inverse, rien ne nous garantit que ce matériel militaire ne servira pas à équiper des terroristes. Le Canada peut invoquer des engagements secrets de l’Arabie à ce sujet. Mais une fois placé devant le fait accompli, le Canada sera impuissant à y changer quoi que ce soit, comme il l’est quant au cas de Raïf Badawi.

 

Tôt ou tard, pour faire cesser le terrorisme, nos gouvernements devront aller à la cause, ce qui signifie le renversement de la dictature saoudienne. Or, la vente d’armements à ce pays découle d’une politique à courte vue ; l’arsenal saoudien obtenu du Canada compliquera la tâche de pacifier cette région une fois que les soldats de nos pays auront entrepris l’inévitable.

12 commentaires
  • Claire Lavigne - Inscrite 21 janvier 2016 07 h 03

    Couper les vivre:les armes!

    Le moyen le plus pacifiste!. Évitons d'envoyer nos soldats, de futures cibles!
    Claire Lavigne.

  • Michel Lebel - Abonné 21 janvier 2016 08 h 01

    Le bouc-émissaire!

    "La cause du terrorisme serait l'Arabie saoudite". Il me semble que la question est beaucoup plus complexe. Autrement, elle derait réglée depuis longtemps! Ici comme ailleurs, on cherche la cause, la seule cause. Illusion idéologique!


    Michel Lebel

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 21 janvier 2016 09 h 05

      On ne dit pas que l Arabie Saoudite est la seule cause du terrorisme,mais elle en est une grande,enorme,construisant partout en Afrique et ailleurs des mosques avec des precheurs de haine.Or donc par consequent doublons,triplons les contrats ontariens ou suivons l exemple de la Suede.Le Canada me decoit tellement....... J-P.Grise

  • Jean-Paul Michon - Inscrit 21 janvier 2016 08 h 41

    Un autre moyen de lutter contre le terrorisme

    L’Arabie saoudite n’est seulement le pays qui finance le terrorisme, c’est le pays que répand le Wahhabisme, cette idéologie anti-occidentale à travers le monde. Une des bonnes façons de lutter contre le terrorisme serait de dénoncer les idées véhiculées par cette idéologie. Seulement, cette idéologie est protégée sous couvert de religion. La famille Trudeau a toujours mis les religions au-dessus de la démocratie. À la façon dont Justin Trudeau continue de s’afficher avec la religion qui prône ces idéologies, ce n’est pas demain la veille que l’on va éradiquer ces idéologies destructrices à l’origine du terrorisme. Alors, éviter de parler d’armes et autres milliards de dollars, mais parlons des vraies choses qui nuisent à la paix dans le monde.

  • Jean Lafleur - Abonné 21 janvier 2016 09 h 11

    La colère d’une mère

    Quel raisonnement tordu! L'armée n'est pas là pour venger, elle est là pour défendre et les djihadistes attaquent le monde civilisé en ne suivant aucune règle. Bien que j'admire le pacifisme de M. Martel et souscrit à son idée de couper les vivres aux fournisseurs d'arme comme le Canada, je crois qu'il faut prendre tous les moyens pour se débarrasser de cette vermine.

    • René Bezeau - Abonné 21 janvier 2016 13 h 33

      Je comprend la colère légitime de cette mère, mais le pouvoir militaire du Canada est si infime et le peu d'influence politique dans la fameuse coalition contre l'EI et autres terroristes de tout acabits. On peut se fâcher, oui !

  • Jean-Pierre Roy - Abonné 21 janvier 2016 09 h 28

    Pas des troupes, mais des "protecteurs"

    Je ne pense pas qu'il soit nécessaire d'envoyer des troupes militaires traditionnelles.
    je suggère plutôt des "protecteurs" ("special ops", selon la terminologie en langue anglaise bien connue") pour accomagner les travailleurs humanitaires.