La confiance et l’innovation, clés de l’éducation

Si les enfants ont été habitués à écouter et à comprendre autrui, s’ils ont intégré au plus tôt les règles de respect et de politesse, s’ils ont une vision positive de leur environnement, ils seront des adultes qui bâtissent un avenir pour la société.
Photo: Martin Bureau Agence France-Presse Si les enfants ont été habitués à écouter et à comprendre autrui, s’ils ont intégré au plus tôt les règles de respect et de politesse, s’ils ont une vision positive de leur environnement, ils seront des adultes qui bâtissent un avenir pour la société.

La confiance est un des biens suprêmes de la vie. Elle ouvre, elle apaise, elle relie. Elle est pour cela ce que l’on cherche à donner à un enfant dès sa naissance. L’amour inconditionnel des parents en est le premier moteur. Et l’enfant avancera ensuite, aidé par la sérénité que peut lui transmettre le monde adulte. Les sciences cognitives ont fortement corroboré ces dernières années ce que l’intuition pouvait concevoir : l’enfant a un potentiel d’empathie et de connaissance considérable dès la naissance. La bienveillance et les stimulations qui caractériseront son environnement au cours des premières années seront décisives pour la vie entière. La confiance mise en l’enfant se traduira en confiance en soi. Ce qui est vrai à l’échelle individuelle l’est aussi à l’échelle collective.

Les sociétés où l’on constate de forts indices de confiance sont aussi les plus optimistes et s’inscrivent dans le cercle vertueux de la réussite économique et sociale. L’éducation joue un rôle décisif dans ce cadre, car c’est elle qui, sur la durée, crée les conditions de la confiance. Si les enfants ont été habitués à écouter et à comprendre autrui, s’ils ont intégré au plus tôt les règles de respect et de politesse, s’ils ont une vision positive de leur environnement, de leur pays, ils seront des adultes qui bâtissent un avenir pour la société.

Les systèmes éducatifs habités par la confiance sont ceux qui réussissent. Ainsi, on parle souvent des succès de la Finlande en matière éducative en mettant l’accent sur les méthodes pédagogiques, mais le premier ingrédient du succès finlandais est le statut social du professeur, son prestige. La confiance ne se décrète pas ; elle se construit. Elle est comme un virus positif qui peut aller du pays jusqu’à l’enfant et de l’enfant jusqu’au pays : confiance du système en ses professeurs et réciproquement, confiance des professeurs entre eux, confiance de l’élève et de la famille dans le professeur et réciproquement… Tout ceci débouche in fine sur la confiance en soi de l’élève et sur la confiance en soi du pays.

L’enjeu d’un tel cercle vertueux est à la fois politique et pédagogique. Sur le plan politique, il faut accepter que l’éducation relève d’une temporalité différente de la plupart des autres politiques publiques. Elle suppose une vision à long terme et des continuités. Elle exige donc une entente transpartisane traduisant une vision de la Nation sur l’avenir de ses enfants. Le débat sur l’éducation doit pouvoir échapper aux querelles qui agitent le corps politique et social sur d’autres sujets. Certains pays y arrivent, d’autres moins. La responsabilité des partis et des syndicats est considérable pour atteindre un tel objectif.

Sur le plan pédagogique, il faut s’entendre sur ce qui marche et donc sur ce qui doit faire l’objet d’un sillon de longue durée. Pour établir cela, il faut trouver un équilibre entre la trajectoire propre du pays et les nécessaires évolutions inspirées des bonnes pratiques à l’échelle mondiale. La tradition et l’innovation ne sont alors pas en concurrence, mais en complémentarité. L’éducation fait justement le lien entre passé et futur.

Méthode expérimentale

De ce point de vue, il faut accorder beaucoup d’importance à la méthode expérimentale. Car elle permet de tester à petite échelle des hypothèses avant de pouvoir généraliser une idée. C’est la force de la preuve qui peut créer de la contagion positive des bonnes pratiques.

La question de la confiance se pose en des termes plus complexes au XXIe siècle. La crise de la notion de progrès en est une de la notion de vérité qui était le socle de l’école des Lumières. La confiance en l’avenir était naturelle ; la foi dans la science l’accompagnait. Mais notre monde a changé de paradigme. Le Bien et le Vrai ne sont plus des références aussi simples qu’avant. Et la crise des systèmes éducatifs n’est que la traduction de cette crise des valeurs. C’est pourquoi il est important de déterminer comment l’éducation, au lieu d’être sur la défensive par rapport à ces tendances lourdes, peut redevenir le moteur d’une maîtrise par l’Homme de son destin.

Car la crise des certitudes n’est pas nécessairement un problème pour affronter l’avenir. Elle peut même être une opportunité. L’incertitude est en soi porteuse de son propre paradigme qui est de nature éthique, scientifique et esthétique. Le philosophe Edgar Morin préconise d’ailleurs d’enseigner l’incertitude aux enfants, de familiariser l’élève aux risques de l’erreur, ce qui est une bonne méthode sur le plan scientifique mais qui permet aussi d’apprendre à vivre, à savoir faire un pas de côté pour interroger le réel et respecter autrui.

On dit souvent de l’éducation qu’elle est un système, parfois pour en dénigrer les lourdeurs. Mais, plus encore, elle fait système car tous les éléments sont liés (recrutement et formation des professeurs, participation des parents, définition des programmes, etc.). Mais cela signifie aussi que l’éducation est la clé d’une évolution cohérente de nos pays car elle est le lien entre l’homme et la société, entre notre être et notre devenir. La réforme de l’éducation est donc possible. C’est une question de méthode et d’esprit.

7 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 26 septembre 2015 08 h 15

    "Statut social et prestige"

    Au Québec, même le ministre de l'éducation crache sur les enseignants; il s'ingénie à leur donner les pires conditions de travail possible.
    À leur tour, les enseignants doivent enseigner des programmes pédagogiques conçus par des imbéciles de première classe. On bourre de Ritalin les enfants n'osent pas écouter.
    Le systeme québécois d'éducation s'écroule et monsieur le ministre est content; il réussi la mission qu'on lui avait confiée.

  • Jacques Boulanger - Inscrit 26 septembre 2015 08 h 48

    Jeter ses perles aux pourceaux

    « Le premier ingrédient du succès finlandais en éducation est le statut social du professeur, son prestige ». Pas sûr, M. Blanquer, que vous vous adressiez à la bonne clientèle. Vous aurez devant vous des comptables, des affairistes pour qui la profession d'enseignant est une profession réservée aux ratés de la société qui répètent à qui veulent les entendre que si vous ne savez pas le faire (le savoir-faire), vous pouvez toujours l'enseigner. Voilà à quoi se résume la philosophie de ceux qui vous entendront en fin de semaine parce qu'aucun ne vous écoutera ou au mieux, feront semblant de vous avoir compris et que le dos aussitôt tourné vous tourneront en ridicule. Voilà où nous en sommes avec notre « élite » libérale. Bon courage.

    • Roxane Bertrand - Abonnée 26 septembre 2015 13 h 49

      Les gens d'affaires ne sont pas tous des gens qui pillent la société pour leur propre enrichissement!!!

      Beaucoup de gens d'affaire ont une vision constructive de la sociétés. Énormément de gens d'affaire sont des moteurs pour l'économie. C'est ensemble, collectivement, que nous serons une société plus riche. Les PME favorisent l'épanouissement de la qualité de vie de tous les québécois et elles sont tenus à bout de bras, elles aussi, par des gens biens : vos amis, vos voisins, vos cousins,...

      Il faut encourager les jeunes à se partir des entreprises et soutenir leur éducation car pour se faire, nos jeunes ont besoin d'avoir confiance en eux.

    • François Dugal - Inscrit 26 septembre 2015 14 h 19

      @Roxane Bertrand
      Peut-on se «partir en affaires» quand on ne sait pas additionner?
      Une «société plus riche» est-elle nécessairement plus heureuse?

    • Jacques Boulanger - Inscrit 26 septembre 2015 17 h 46

      Mme Bertrand, je ne parle pas de ces gens-là pour qui j'ai beaucoup d'admiration. Je parle de ces petits faiseux que l'on retrouve dans le parti libéral et qui sont là que pour leurs intérêts personnels. Ce sont ces gens-là qui, en fin de semaine, vont entendre ce conférencier tout en n'y comprenant rien. Je sais ce que je dis, je suis, à couvert, parmi eux.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 27 septembre 2015 06 h 46

      «L'argent ne fait pas le bonheur», mais son manque garanti le malheur; M. Dugal.

      PL

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 26 septembre 2015 10 h 01

    Ici au Quebec

    on coupe partout hélas en education ,culture et langue alors que presque tous souhaitent plus d investissements envers nos enfants au publique autant qu'au privé. Comparez les salaires des enseignants avec d autres travailleurs est pour le moins disgracieux et proportionnel a la confiance et l importance qu'on leur donne.Nos enfants sont le futur de notre société.Je ne sais pas qui a dit: Une population mal éduquée,mal informée,ca fait leurs affaires.Ils nous veulent caves pour continuer a les élire. C'est sérieux. Ainsi l'austérité va nous couter tres cher. J-P.Grisé