À quand un revenu garanti pour tous au Québec?

Le revenu de base garanti pourrait contribuer à éliminer la pauvreté et à assurer une meilleure éducation à ceux qui souhaitent s’en prévaloir.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le revenu de base garanti pourrait contribuer à éliminer la pauvreté et à assurer une meilleure éducation à ceux qui souhaitent s’en prévaloir.

L’idée d’un revenu garanti pour tous — sans égard aux activités professionnelles, au revenu annuel ou au statut social et civil de l’individu — gagne en popularité en Europe et commence à faire son bout de chemin au Canada. Coup d’oeil sur une philosophie susceptible d’entraîner de multiples bouleversements.

 

Le gouvernement finlandais planche actuellement sur le projet d’offrir un revenu de base à tous les citoyens du pays. L’idée est d’assurer l’octroi d’un montant garanti pour chaque résident, qu’il ait un emploi ou non. L’allocation mensuelle pourrait même frôler les 1000 euros, semble-t-il. Logiquement, pour en arriver à financer une telle mesure, d’autres programmes passeront cependant à la guillotine. La Finlande pourrait ainsi faire le choix d’éliminer l’aide financière aux chômeurs, les subventions aux entrepreneurs et les prestations pour les retraités, par exemple. Chaque citoyen serait ainsi dans l’obligation de « s’autoassurer », et de prendre en charge son avenir financier. « Chacun aurait alors à choisir entre une vie simple, mais sans travailler [le temps pourrait alors être consacré à la famille, à la société, à soi…], et une vie bien plus confortable, mais avec des obligations professionnelles », indique le site Les Affaires.

 

Le revenu de base pourrait aussi être expérimenté en Aquitaine — dans le sud-ouest de la France — prochainement. La ville d’Utrecht, aux Pays-Bas, est aussi sur le point de mettre en place un système d’allocation universelle. « Le principe est simple : chaque personne recevrait de l’État un montant mensuel déterminé, suffisant pour survivre, qui remplacerait toutes les prestations attribuées aujourd’hui en raison de la pauvreté ainsi que les prestations familiales et [dans certaines versions] les allocations de chômage », expliquent les auteurs de ce billet.

 

Et au Canada ? L’Institut Cooper a demandé récemment au gouvernement de l’Île-du-Prince-Édouard de mettre sur pied un projet-pilote de revenu minimum garanti. Pas étonnant sachant que 17 % des foyers y vivent dans l’insécurité alimentaire. Toujours d’après Radio-Canada, la ville de Dauphin, au Manitoba, est le seul endroit au Canada ayant fait l’expérience du revenu minimum dans les années 1970.

 

Au Québec ?

 

Je ne sais pas si un tel concept pourrait voir le jour au Québec. La machine gouvernementale y gagnerait en simplicité administrative. Une telle mesure égalitaire pourrait contribuer à éliminer la pauvreté et à assurer une meilleure éducation à ceux qui souhaitent s’en prévaloir. Cette solution — à peaufiner — pourrait s’avérer le filet de sécurité nécessaire qui permettrait aux entrepreneurs de prendre le risque d’innover. D’entreprendre ! Certains avancent même qu’elle serait bénéfique pour l’environnement ! Il y a certes des avantages.

 

Par contre, plusieurs en viendraient à remettre en question la valeur de leur travail. Des impacts négatifs seraient sans aucun doute comptabilisés sur le marché de l’emploi. Quoique le niveau du revenu de base étant modeste, l’incitation à travailler devrait normalement perdurer.

 

Cette mesure « prend ainsi l’aspect d’une réforme réaliste, qui a le mérite de bouleverser les fondements mêmes de l’économie dans un sens humaniste et égalitaire », conclut tout en finesse Laurent Joffrin dans les pages de Libération.

 

Les économies d’échelle générées par l’implantation d’une prestation universelle semblent, à première vue, alléchantes. Le revenu garanti remplacerait ainsi un certain nombre de programmes gouvernementaux. Combien coûte le fait de faire fonctionner la Régie des rentes du Québec ou le programme de l’assurance-emploi ? Combien comptons-nous de dédoublements de postes, d’un ministère à l’autre ?

 

Le simple fait de dédoubler au Québec la perception des taxes et impôts coûte au trésor québécois la rondelette somme de près de 500 millions de dollars annuellement. Or, en contexte d’austérité, toutes les solutions doivent être étudiées.

 

Et elles doivent parfois rimer avec « simplicité ».

 

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Des Idées en revues

Chaque mardi, Le Devoir offre un espace aux artisans d’un périodique afin qu’ils présentent leur perspective sur un sujet qui les préoccupe ou dont ils traitent dans les pages de leur publication. Cette semaine, un extrait de la nouvelle revue Web Avenues.
5 commentaires
  • Bertrand Malenfant - Inscrit 1 septembre 2015 02 h 55

    Revenu décent

    Bravo pour cet aperçu des modalités d'application à travers le monde (industrialisé au moins) de ce concept vieux de 45 ans au moins (Dauphin, Man). Plusieurs gouvernements semblent vouloir s'en inspirer pour "simplifier" leurs mesures d'aide aux démuniEs. En réalité il s'agit bien plutôt d'un projet de revenu décent pour une catégorie de plus en plus importante des populations dans nos pays dits "riches". On sait que la richesse produite dans la société est très mal répartie et que les timides impôts progressifs n'y changent rien. On verse une maigre pitance de 600$ par mois à une personne seule, sans tenir compte des statistiques voulant que 1500$ par mois soit le strict minimum pour combler les besoins essentiels et atteindre le seuil de pauvreté. Je crois que l'istauration d'un revenu décent devrait être l'argument principal du projet, et non pas la simplification de l'administration de la pauvreté.
    Il est vrai que votre journal a déjà congédié dans le déshonneur votre grand journaliste Jean-Claude Hébert, qui a osé dire que les "inaptes" n'étaient pas les pauvres, mais les élus qui déterminaient de telles catégories de bénéficiares. Cette catégorisation n'avait-elle pas, elle aussi, le but de "simplifier" l'administration de la pauvreté? Il serait peut-être temps de présenter des excuses à celui qui a osé dire la vérité.

    • Bertrand Malenfant - Inscrit 3 septembre 2015 03 h 04

      Toutes mes excuses à M.Hébert, il s'agissait évidemment de M. Jean-Claude Leclerc.
      B.Malenfant

  • Sylvain Auclair - Abonné 1 septembre 2015 06 h 47

    C'est Ottawa qui serait content

    Tous les Québécois gagneraient davantage, ce qui signifierait plus d'impôts payés à Ottawa, pour un programme financé uniquement par Québec! De plus, comment arrimer ce programme à l'assurance-emploi ou aux pensions de vieillesse, administrées par Ottawa?

  • Jacques Gagnon - Inscrit 1 septembre 2015 11 h 47

    Réduire les inégalités, sauf que ..

    « Non je crois que la façon la plus sûre de tuer un homme, c'est d'l'empêcher de travailler en lui donnant d'l'argent», dit la chanson de Félix Leclerc

    Vous le dites vous-mêmes : « Par contre, plusieurs en viendraient à remettre en question la valeur de leur travail. Des impacts négatifs seraient sans aucun doute comptabilisés sur le marché de l’emploi. Quoique le niveau du revenu de base étant modeste, l’incitation à travailler devrait normalement perdurer.»

    Le vrai mal, c'est la sous-utilisation et la dévalorisation du potentiel des gens qui travaillent. C'est une perte énorme pour la société. Il faut valoriser le travail en payant mieux et en respectant tous les types de travail. Prenez par exemple la part énorme que prend le bénévolat dans la société. Sans lui, rien ne fonctionnerait. Il n'y a pas de raison valable à la disproportion de plus en plus grande entre les salaires. D'autant plus que la valorisation par le travail doit compter dans un indice de bien-être.

    • Sylvain Auclair - Abonné 1 septembre 2015 13 h 44

      On a essayé ce système dans un village africain, je crois. Le taux d'emploi a... augmenté. Les gens avaient la possibilité de créer des emplois ou de changer d'emploi, sans risquer de mourir de faim dans le processus.