Il faut nuancer la thèse de «Montréal, locomotive»

Le Québec n’est pas un assemblage de territoires homogènes. Ce qui influence le développement varie d’une région à l’autre.
Photo: Jupiterimages Le Québec n’est pas un assemblage de territoires homogènes. Ce qui influence le développement varie d’une région à l’autre.

Dans l’article intitulé « Montréal, un atout pour les régions » (Le Devoir, 11 novembre), l’ancien ministre Raymond Bachand, aujourd’hui à la tête de Tourisme Montréal était cité : « Il faut convaincre les gens de Rimouski, de Sept-Îles et de Drummondville que, s’il y a un investissement qui est fait à Montréal, il faut que tout le monde soit content parce qu’ils seront plus riches demain, dans leur région  Cette approche nous renvoie 50 ans en arrière.

 

Montréal est-elle responsable de l’avenir des régions ? De nombreuses théories ou doctrines en développement régional postulent qu’il y a diffusion de l’activité économique des régions lorsqu’on investit à partir de leur centre. Telle était la proposition faite en 1970 au Québec, avec le rapport HMR (Higgins-Martin-Renaud).

 

Il avait fait grand bruit dans les régions périphériques. On y proposait des investissements publics dans la métropole montréalaise qui profiteraient aux régions. Cette approche dite des « pôles de croissance » avait complètement éludé la réalité fondamentale, et mal comprise, de la déconnexion entre l’économie métropolitaine et celle des régions. En conséquence, les effets anticipés pour les régions périphériques ne se sont jamais concrétisés.

 

Bien avant la mondialisation des échanges, l’économie québécoise et de ses régions était caractérisée par son ouverture sur le monde. Rappelons-nous de ses débuts […] : traite des fourrures, commerce du bois d’oeuvre, du papier, l’énergie hydroélectrique, etc.

 

De nos jours, les secteurs porteurs de la nouvelle économie montréalaise comme la pharmaceutique, l’aéronautique, le génie ou encore le multimédia ne diffusent pas dans les régions périphériques. D’autre part, l’économie des régions riches de ressources naturelles génère peu de retombées dans l’économie métropolitaine, à l’exception du secteur agroalimentaire dont plus de 50 % des emplois se retrouvent dans la grande région de Montréal.

 

Quel est le problème ?

 

Le Québec n’est pas un assemblage de territoires homogènes. Ce qui influence le développement varie d’une région à l’autre. C’est pourquoi une politique « mur à mur » est inefficace. Nous devons prendre en compte trois grandes considérations. La première a trait à la diversité des territoires, laquelle requiert une diversité des approches en matière de politiques publiques régionales. La seconde est liée à nos politiques économiques sectorielles qui perpétuent et alimentent une attitude d’assistance de certaines régions. La troisième est le défi d’harmoniser les interventions sectorielles et régionales dans une vision d’ensemble.

 

Des territoires diversifiés exigent une politique avec des stratégies spécifiques, multiples et modulées. Un bon diagnostic de chaque région permettrait d’abord de préciser les problématiques spécifiques de développement et de reconnaître les forces d’un territoire. Une première étape consiste à déterminer à quelle catégorie s’apparente un territoire.

 

Les travaux des chercheurs des sciences sociales et régionales ont établi trois grandes entités territoriales : 1) La région métropolitaine, soit Montréal et sa couronne urbaine ; 2) Les régions centrales ou intermédiaires ; 3) Les régions-ressources ou dites périphériques. Au-delà des désignations utilisées, un consensus large est partagé dans la communauté scientifique et dans le monde des affaires sur ce découpage du Québec en trois grands types de régions.

 

Les choix d’investir dans certains secteurs de l’activité économique peuvent avoir des effets régionaux considérables. Les différents secteurs industriels ont tendance à se concentrer spatialement dans des espaces spécialisés. Par exemple, soutenir le secteur de la pharmaceutique et de l’aéronautique revient à aider la région métropolitaine. L’aide au secteur minier conforte l’Abitibi-Témiscamingue et la Côte-Nord. Longtemps, on a pensé régler les problèmes des régions rurales avec des politiques agricoles. De plus, en concentrant les ressources publiques dans un type de territoire, afin de compenser un handicap comme la distance par exemple, on crée une concurrence malsaine entre les régions.

 

Une politique de développement des régions devrait reposer sur une meilleure compréhension des liens [...] qui unissent les différents territoires du Québec. Un premier principe de cette approche repose sur l’équité plutôt que sur la réduction des disparités, ceci pour valoriser les différences régionales. Une politique de développement des régions doit aussi intégrer les dimensions économiques, sociales et environnementales en interrelation entre elles et dans une perspective de long terme. [...]

 

Les urgences du moment, dont le nouveau pacte fiscal État-municipalités, et la révision budgétaire, ne doivent pas nous conduire à escamoter la réflexion. Le développement économique de toutes les régions du Québec ne peut reposer sur des stratégies élaborées à la hâte et sur la seule idéologie.

Le déclencheur

« “ Quand Montréal s’enrichit, le Québec des régions s’enrichit. [...]”, a résumé le président de l’Institut, Raymond Bachand, en dévoilant les résultats de l’étude intitulée “ Montréal : boulet ou locomotive ? ”. Les analyses du PIB par habitant à Montréal et en région ont permis à l’Institut de mesurer “ l’effet locomotive ” de la métropole »

— « Montréal, un atout pour les régions », Jeanne Corriveau, Le Devoir, 11 novembre 2014.
  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 18 décembre 2014 08 h 56

    De la présence de plusieurs locomotives et de la nécessité de s'entendre sur leurs destinations et sur l'identité des passagers ?

    Affirmer que Montréal est la locomotive du Québec est trompeur, cette locomotive pouvant nous mener n'importe où. De plus, il peut y en avoir d'autres. En terme de développement durable, le Québec peut souffrir de ce que certaines institutions montréalaises (et d'ailleurs) croissent économiquement alors qu'il vaudrait mieux pour lui que c'en soit d'autres plus en accord avec l'objectif de développement durable. La recherche d'équité dans le développement des régions est une source de développement durable, personne n'aimant être traité inéquitablement. Prenons l'exemple suivant. Un homme aurait des pommiers dans sa cour et il ne pourrait les vendre qu'à vil prix à un unique intermédiaire. Il crierait alors légitimement à l'injustice. On lui répondrait de déménager ou de se contenter des paiements de transfert gouvernementaux. Se sentirait-il équitablement traité ? S'intéresserait-il durablement à la pommiculture ? Les régions québécoises dites périphériques ont d'importantes ressources humaines, minières, hydroliques et éoliennes. Elles veulent être capables d'en vivre. Actuellement, ce souci se matérialise notamment dans la construction d'alumineries et d'éoliennes dispendieuses pour les gouvernements et Hydro-Québec. Peut-être exagère-t-on un peu parfois, mais il me semble inéquitable d'appliquer le seul souci d'économiser de l'argent à court terme à ces régions dites périphériques.

  • Jacques Patenaude - Abonné 18 décembre 2014 09 h 15

    La vrai cible des libéraux

    Ce que vous expliquer démontre oû se situent vraiment les libéraux politiquement. Soit à l'inverse de ce courant de pensée. Les libéraux se servent de la lutte au déficit dans le seul but de nous faire avaler ce qu'ils ne sauraient faire accepter autrement. Les changements fondamentaux qu'ils opèrent ne régleront rien financièrement car le bouleversement des structures qu'ils opèrent auront un coût moyen terme. Leur véritable plan est d'éliminer les politiques développement local misent en place depuis 20 ans. L'élimination des CLD et des CRE en fait parti. Lorsque le ministre Barette prétend éliminer le niveau régional par une "abolition" des Agences régionales il nous induit en erreur. En fait il les renforce en fusionnant tous les établissement d'une région en une seule entité sans doute plus facilement controlable. Même coup fourré avec la fusion des commissions scolaires dont les centres de décisions seront encore plus éloignés des localités. Bref leur véritablement plan est de revenir au gouvernement centralisé dont les décisions seront à nouveau prises par des technocrates dans les ministères et appliquées par des réseaux dont la seule fidélité sera celle accordée au ministre. On revient quarante ans en arrière.