La réaction émotive et corporatiste des thanatologues

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir

La Fédération Écomusée de l’au-delà, fondée en 1991 pour préserver et faire connaître le patrimoine funéraire du Québec, réclame elle aussi un meilleur encadrement législatif pour protéger les consommateurs de services funéraires. Dans la déclaration finale du colloque sur l’avenir des cimetières qu’elle a tenue à l’automne 2013, les participants ont réclamé le besoin d’une révision de la loi sur les cimetières, mais pas au point d’empêcher l’éclosion de nouveaux rituels, dont le caractère souvent qualifié d’« indigne » est loin d’avoir été démontré.

Depuis le concile Vatican II en 1963-1964, l’autorisation de la crémation qui était jusqu’alors interdite pour les catholiques a propulsé ce mode de disposition des dépouilles mortelles de 0 à près de 70 % aujourd’hui. Au Québec, ce sont près de 50 000 personnes qui sont incinérées chaque année. Dans les grands centres urbains comme Montréal, cette pratique est un bienfait pour l’environnement. La crémation a amené des changements importants dans la pratique des rituels de sépulture qui peuvent maintenant, par exemple, être différés les fins de semaine, plus commode. Pourquoi pas ? Les dizaines de sépultures non réclamées chaque année dans quelques salons funéraires suffisent-elles à justifier l’obligation à toute la population de déposer les restes mortels dans des cimetières en grande majorité religieux ou commerciaux ? En quoi une cérémonie de dispersion de cendres d’un défunt dans un lieu spécifique, le mont Royal ou le fleuve par exemple, est-elle moins digne que l’inhumation traditionnelle ? Là où l’obligation est faite de disposer les cendres dans les cimetières, ceux-ci ont aussi l’obligation d’avoir des espaces justement réservés à cette fin, ce qui n’existe pas encore chez nous.

Qu’en pensent les Québécois?

La Corporation des thanatologues du Québec (CTQ) déplore la mise en scène des défunts dans le genre de celle du boxeur Christopher Rivera, exposé debout, où des personnes se font photographier. Pourtant, il n’y a pas si longtemps Mgr Bourget n’a-t-il pas été exposé assis dans son cercueil ? Récemment, la dépouille du comédien Gilles Latulipe, exposé en chapelle ardente dans le hall de l’hôtel de ville, lieu qui n’a aucun rapport avec la carrière du personnage, n’aurait-elle pas été plus à sa place sur les planches du théâtre qu’il a fondé ?

La CTQ déplore les funérailles au rabais sans liens réels avec les professionnels de l’industrie… Pourquoi devrions-nous absolument passer par les professionnels de l’industrie ? Au Québec, la majorité de nos cimetières sont administrés par des fabriques paroissiales, vénérables institutions créées il y a très longtemps dans le but de mettre une distance entre les biens des communautés religieuses et ceux des paroissiens. Le cimetière n’en demeure pas moins un bien d’église et les marguilliers, élus par les paroissiens, quand il y en a encore, restent malgré tout assujettis à l’autorité ecclésiastique.

L’industrie funéraire réclame depuis longtemps une révision des lois qui encadrent les services funéraires. Dans la première version du projet de loi proposé il y a quelques années — lequel est mort au feuilleton — seule l’industrie a été consultée et, à l’unanimité, elle a réclamé la contrainte. N’y aurait-il pas lieu de prendre en compte le point de vue de la population à ce sujet ?

Dans le plan d’action que notre organisme a adopté pour les prochaines années, nous avons convenu d’organiser une consultation populaire afin de connaître le point de vue de la population sur ce sujet. Nous invitons cordialement la CTQ à se joindre à nous afin de trouver des solutions à une problématique qui nous concerne tous.

5 commentaires
  • Jean-Yves Marcil - Inscrit 20 novembre 2014 08 h 55

    Thanatologues désirant plus de revenus...

    Bien d'accord avec le titre de l'article disant "La réaction émotive et corporatiste des thanatologues".

  • Michel Bédard - Inscrit 20 novembre 2014 09 h 10

    RIP pour tous...

    Toujours plaisant de vous lire, mon cher Alain. Heureux de savoir que vous vous préoccupez toujours passionnément de nos futures dépouilles... Je partage votre point de vue exprimé en amont. C'est sûr que j'irai à votre prochaine consultation populaire. Bonne continuité et longue vie à vous. Michel Bédard.

  • Yvette Lapierre - Inscrite 20 novembre 2014 09 h 39

    La perpétuité dure ...100 ans et moins

    Dans la plupart des cimetières, ensuite, si aucune personne ou urne n'est inhumée dans un lot, il est revendu. Toute une perpétuité! Si l'éternité est basée sur les mêmes principes... ne nous privons pas de pécher!

    Pour ce qui est de l'exposition de Monsieur Gilles Latulippe à l'hôtel de Ville de Montréal, le lieu était tout à fait approprié, n'en déplaise à la FÉM, car comme M. le Maire le disait, c'est la maison du peuple.

    Il aurait fallu au théâtre Latulipe (cette fois avec un seul P) annuller ou reporter d'éventuelles représentations et - ou - répétitions à ses frais? Voyons!, j'espère plus de sérieux dans les consultations à venir de la part de la Fédération écomusée de l'au delà.

  • Yvon Bureau - Abonné 20 novembre 2014 10 h 01

    Passage de Vivant de présent à Vivant du passé

    «N’y aurait-il pas lieu de prendre en compte le point de vue de la population à ce sujet ?»

    Absolument+++. Prendre en compte des points de vue et de la population et des organismes concernés.

    Une Commission spéciale sur Disparaitre dans la dignité ? Ou, plus positivement, Commission spéciale sur le passabe de vivant du présent à vivant du passé?

  • Geneviève Dubreuil - Abonné 20 novembre 2014 10 h 55

    Protectorat éhonté

    Dans le communiqué de presse du 17 novembre de la CTQ, il est dit « Les thanatologues demandent au Ministre de la Santé d'actualiser la loi qui encadre le domaine funéraire puisqu'elle date de 1974… Il faut parler de respect et de dignité humaine, il faut voir aux rituels funéraires modernes, il faut éviter que n'importe qui s'improvise directeur de funérailles… »

    Ma famille et moi avons consulté plusieurs maisons funéraires lors du décès de mon père en 2006, étant à la recherche d’un forfait qui respecterait les volontés très simples du défunt et de ses proches. Et aussi, je ne m’en cache pas, à la recherche d’un prix équitable. A ma grande surprise, ces professionnels de l’industrie funéraire se sont avérés des hommes d’affaires avant tout, exit la compréhension et la chaleur humaine. Dès que nous avons osé remettre en question certains prix, ou refusé tel ou tel service, nous nous sommes fait servir un chantage émotif éhonté par la plupart d’entre eux. En effet, comment osions-nous marchander sur le dos d’un mort ? Était-ce vraiment tout ce qu’il représentait pour nous ?? Vraiment décevants ces échanges avec des supposés fervents du respect et de la dignité humaine… Finalement, ma famille et moi avons organisé tout ce que nous pouvions nous-mêmes, et depuis ce temps, nous continuons sur cette voie! Nous osons nous improviser directeurs de funérailles! Nous avons bien sûr respecté les dernières volontés de chacun tout en vivant de beaux moments de solidarité familliale et en apprenant à côtoyer la mort d'une nouvelle façon. En effet, prendre soin d'une urne depuis le crématorium jusqu'au cimetière, en passant par le lieu d'exposition, ça rapproche les morts et les vivants d'une façon étonnante! Et nous avons économisé plusieurs milliers de dollars que nous préférons investir dans les études et les voyages de nos jeunes. Fait important à noter : nous n’avons pas vécu de représailles de la part de nos défunts ;-)

    Geneviève Dubreuil