On n’en est plus aux Temps modernes de Chaplin!

«Les Temps modernes», de Charlie Chaplin. On n’attend plus des employés qu’ils constituent les pièces passives d’un engrenage industriel.
Photo: Domaine public «Les Temps modernes», de Charlie Chaplin. On n’attend plus des employés qu’ils constituent les pièces passives d’un engrenage industriel.

Dans ces pages, le 30 août, Réjean Bergeron exprimait une inquiétude répandue auprès des professionnels de l’éducation face aux tentatives de rapprocher le système d’éducation des besoins du marché du travail. Ces tentatives équivaudraient à un esclavage volontaire de la part des étudiants et à une trahison de la mission première du système. Selon cette interprétation, le système d’éducation serait en voie d’être réduit à façonner des « outils » au profit de la grande entreprise, plutôt que de « permettre à l’être humain de s’épanouir sous toutes ses facettes ». Cette lecture nous semble étroite et relever d’une conception réductrice du marché du travail.

 

Prise dans son ensemble, une éducation de qualité doit former avant tout des citoyens dotés d’un sens critique, d’un esprit libre et d’une compréhension générale du monde social et physique. L’erreur est de penser que tel doit être le but exclusif du système à tous les niveaux et dans toutes les disciplines. Les niveaux primaire et secondaire sont presque entièrement dédiés à ces objectifs. L’éducation postsecondaire doit certainement continuer à développer ces atouts, mais aussi favoriser la participation inévitable des étudiants au marché du travail par le développement de connaissances et de compétences qui y sont adaptées, sans que les programmes soient entièrement soumis à ce but.

 

Certaines facultés universitaires — surtout en sciences sociales et en sciences pures — portent quelquefois avec ostentation leur engagement à isoler le monde universitaire des besoins du marché, pour ne s’en tenir qu’à la quête du savoir, comprise dans son sens le plus académique. Depuis le confort de leur charge titulaire, les professionnels du système d’éducation supérieure ignorent souvent l’angoisse et le sentiment d’aliénation de la foule des jeunes diplômés sous-employés, auxquels ils doivent pourtant leur position.

 

Mal nécessaire

 

Cette attitude réduit le travail rémunéré à un mal nécessaire, visant à satisfaire nos besoins primaires. Pourtant, le travail, pour lequel le marché n’est qu’un mécanisme de répartition et non une machine à broyer les âmes, constitue une des principales façons à travers lesquelles nous contribuons au fonctionnement de notre société. Il représente un facteur d’épanouissement personnel majeur, en plus de définir l’identité sociale des individus. Être sans travail n’est pas qu’un stress financier, mais aussi un handicap majeur pour la participation démocratique.

 

Dans notre économie, on n’attend plus des employés qu’ils constituent, à l’image du personnage de Charlot dans Les temps modernes, les pièces passives d’un engrenage industriel, répétant sans réfléchir une procédure abrutissante. La majorité des emplois aujourd’hui nécessitent un sens de l’initiative et de la résolution de problèmes, de l’empathie et un esprit critique qui permette de penser en dehors des paradigmes établis. Les connaissances techniques sont certes prisées par le marché, mais seulement dans la mesure où le travailleur est en mesure de les adapter aux nouvelles réalités. Le marché du travail n’a pas besoin de techniciens aux compétences étroites et rapidement périmées, ni de robots unifonctionnels. Or, en faisant fi de ces besoins, la formation universitaire condamne justement les diplômés au type d’emplois aliénants desquels elle prétend les émanciper.

 

La vision des tenants de l’isolationnisme universitaire réduit souvent le marché du travail au salariat servant la grande entreprise, oubliant qu’il sert aussi l’entrepreneuriat, le travail autonome, l’engagement communautaire, la recherche universitaire et bien d’autres. Bizarrement, dans certaines disciplines, l’éducation postsecondaire ne semble destinée qu’à combler les besoins de la recherche universitaire, comme si seule cette dernière avait une valeur sociale et comme si elle pouvait accueillir en tant que travailleurs tous les individus qui en sortent diplômés.

 

Les éducateurs soucieux du plein épanouissement de leurs étudiants auraient tout intérêt à rafraîchir leur vision du rapport entre éducation et travail. Les étudiants ne souhaitent devenir ni des outils, ni des esclaves. Leur préoccupation envers l’adéquation de leur formation au marché du travail exprime une aspiration tout à fait légitime. Celle de devenir — tout comme leurs professeurs — financièrement autonomes, mais surtout capables de participer activement à la prise des décisions politiques, sociales et économiques qui façonnent notre monde. C’est cette participation qui nous permet de nous réaliser pleinement en tant que citoyens.

Le déclencheur

«Comme le fait remarquer Chris Hedges dans son livre L’empire de l’illusion, nos établissements d’éducation supérieure, sous la pression des techniques de management, ressemblent de plus en plus à des centres de formation professionnelle haut de gamme où les étudiants ne font qu’acquérir les compétences tangibles qui pourront combler demain les demandes du marché du travail mais qui seront déjà désuètes après-demain.» — Réjean Bergeron, «Je veux être un esclave!», Le Devoir, 30 août 2014
22 commentaires
  • simon villeneuve - Inscrit 4 septembre 2014 01 h 48

    Bien sur .

    Mais je crois que le point qui n'est pas dit est celui-ci :

    les etudes post-secondaires ne devraient pas etre jumeles aux entreprises pour la simple raison que ce n'est pas a l'etat ( et donc aux citoyens) de payer pour une formation d'emploi aux entreprises prives .

    Le discours neo-liberal me fait bien rire tellement il exagere aujourd'hui.
    Quand nous sommes rendus a faire croire que l'etat doit creer des ecoles (ou en transformant des universites ) de formation pour les entreprises...

    C'est aux entreprises a assumer la formation des travailleurs et non aux citoyens.

    A moins bien sur que les impots des entreprises augmentent dramatiquement.
    Les entreprises ont deja leurs bonbons en payant deja moins d'impot au Canada qu'aux Etats-Unis, en plus le Canada devrait leur fournir des travailleurs finances par l'etat ?

    Imaginer la polemique qui serait creer aux Etats-Unis si l'etat commencerait a batir et financer des ecoles pour les entreprises a meme les impot des citoyens...

  • Réjean Bergeron - Abonné 4 septembre 2014 05 h 54

    Voilà comment on déforme un propos...

    M. Antonius, vous n'avez pas bien compris mon propos. Il faut lire attentivement avant de dire que ma lecture de la réalité est étroite!

    D'ailleurs, à vous lire, il semble que nos positions nes soient pas si éloignées. Vous dites: "Une éducation de qualité doit former avant tout des citoyens dotés d'un sens critique, d'un espris libre et d'une compréhension générale du monde social et physique." C'est exactement ce que je disais et c'est exactement ce que les cours de philosophie et de formation générale tentent de faire.

    Sauf que vous poursuivez en disant que "l'erreur est de penser que tel doit être le but exclusif du système à tous les niveaux et dans toutes les disciplines.", évidemment en référence à mon texte. Mais c'est que je n'ai jamais pensé et dit une pareille chose! Bien au contraire! Le système d'éducation doit viser les deux volets, donner une formation générale et une formation technique, car, comme vous le dites, le travail "constitue une des principales façons à travers lesquelles nous contribuons au fonctionnement de notre société." C'est bien dit et je pense la même chose. C'est comme si vous vouliez me présenter comme celui qui dénigre les travailleurs, le travail manuel. Bien au contraire (et en plus ce serait dénigrer ce que fut mon père.) Tout comme vous je crois que "La majorité des emplois aujourd'hui nécessitent un sens de l'initiative et de la résolution de problèmes, de l'empathie et un esprit critique qui permette de penser en dehors des paradigme établis." Et c'est ce que la formation générale veut développer.

    Toutefois, ce que vous ne semblez pas avoir compris, c'est que cette formation générale est de plus en plus remise en question dans notre système d'éducation, tant collégial qu'universitaire. Il est étonnant qu'un universitaire comme vous ne s'en rende pas compte. Ainsi, au lieu de déformer mon propos, vous devriez comprendre qu'on vise les mêmes objectifs et qu'on devrait plutôt unir nos forces pour améliorer notre sys

    • J-F Garneau - Inscrit 4 septembre 2014 08 h 29

      M. Bergeron, peut-être n'avez-vous pas choisi vous-même le titre qui coiffait votre lettre, mais avouez que la conclusion (sensasionaliste) se trouvait dans votre titre.
      Idem pour votre première phrase :
      "J'ai toujours trouvé inquiétant de voir de jeunes adultes encore en formation exiger du système d’éducation supérieure de niveau collégial et universitaire qu’il se colle aux exigences du marché du travail et de la grande entreprise."
      Ah oui? Probablement en référence récente aux jeunes libéraux, qui rappelons-le n'ont pas "exigé" quoi que ce soit, mais en on discuté en asssemblée... confondez-vous "discuter" et "proposer" avec "exiger"?

      La prémisse entière sur laquelle vous reposez votre argumentaire est basée sur votre hypothèse que "tous ces gens qui aimeraient que les établissements de formation supérieure répondent à la lettre aux exigences du marché et de la grande entreprise, c’est comme s’ils se mettaient à crier en choeur « nous voulons être des esclaves » .

      Je ne sais pas si nous voyons tous la même chose, et votre propos aurait été plus percutant s'il n'était pas basé sur une prémisse plutôt anecdotique et une illustration raccoleuse.
      Mais nous nous rejoingons sur le fond, à savoir que partout dans le monde, l’idée "d’éducation" évolue dans le mauvais sens avec le danger de s’identifier finalement à une simple "formation"... dont les objectifs sont limitatifs et fonctionnels. Les connaissances et l’érudition ne sont plus vues comme une fin en soi, mais emballés dans un voile qui les rend "utiles" comme une façon de former des leaders ou préparer à l’engagement citoyen.

    • François Genest - Abonné 4 septembre 2014 08 h 46

      Voilà un bon exemple de cas où deux personnes semblent dire la même chose mais ont assimilé des doctrines opposées. Vous voyez la société du point de vue des sociologues tandis que M. Antonius la voit du point de vue des économistes. Vous semblez oublier tous deux que ces disciplines étaient autrefois unifiées dans la philosophie politique. Le phénomène de la division du travail a non seulement été mis en évidence par cette science, mais il a également opéré sur la science elle-même. C'est ainsi que nous nous retrouvons avec des intellectuels comme vous qui défendez l'esprit sociologique dans l'enceinte universitaire et des pragmatiques comme M. Antonius, qui se rallient au projet totalisant d'organisation scientifique de la société. Votre débat est stérile si vous persistez à ignorer l'existence de l'autre.

    • Yvan Dutil - Inscrit 4 septembre 2014 08 h 48

      Il y deux mauvaise perception ici.

      D'une part, l'incompréhension des entreprises qui ne comprennent pas pourquoi le système d'éducation n'arrive pas à produire des travailleurs corrrespondant à des besoins de plus en plus pointus.

      D'autres part, des intellectuels qui ne comprennent pas que ce qu'il apprennent de la culture général n'est en fait qu'une sous-culture parmis d'autres.

      Pour ce qui est de «former des citoyens dotés d'un sens critique, d'un espris libre et d'une compréhension générale du monde social et physique», l'expérience montre que la formation académique n'y change pas grand chose, mais que c'est plutôt le passage du temps et l'accumulation des expériences de vie variées qui s'en charge.

      Dans le cas de la compréhension de la nature physique du monde, cet objectif est complétement exclu de ce qui est défii comme la culture par les intellectuels par qu'elle est marquée par la tache originelle de l'utilarisme, sinon on aurait pas des parcours académiques qui élimine toute trace de sciences après le secondaire iV.

    • Eric Harvey - Inscrit 4 septembre 2014 09 h 13

      Le propos de M. Antonius étaient certe mal ciblés, mais tout de même pertinents, dans le sens où finalement il ré-interprète certains de vos propos de manière plus explicite. En ce sens, je trouve coquasse votre réponse un peu sur la défensive, mais cela fait partie du jeux, j'imagine.

      Le débat entourant l'avenir des études post-secondaires est beaucoup trop souvent limité aux moyens ($) ce qui occulte totalement l'aspect le plus important; son rôle dans la cité. Alors merci pour ces deux contributions intéressantes.

      Cependant, quelle est la solution pour amener ce débat sur la place publique? Je n'ai pas l'impression que la place publique s,intéresse à ce débat...donc quel est le moyen pour amener ce débat aux instenses décisionnelles adéquates? Je suis un peu pessimiste...cela fera bientôt 10 ans que je baigne dans l'univers académique, et j'ai l'impression que les acteurs du monde universitaire sont les derniers écoutés..("pelleteux de nuâges" comme malheureusement on dit trop souvent, même en 2014)....

      Personellement, ma vision est un peu plus radicale. Je crois qu'on devrait complétement séparer la notion de "travail" et de "recherche". Se concentrer sur la découverte du savoir est un travail de moine, un choix de vie...pourquoi pas des universités complétement consacrées à la recherche et des institutions (cégeps ou universités?) consacrées à la formation citoyenne et professionnelle? J'ai vu trop d'étudiants déçus et mal conseillés par le passé; étudiants qui auraient été beaucoup plus heureux dans un programme technique que sur des bancs d'universités trop chères (je m'arrête ici..ma limite de mots approchant..)..

      au plaisir

    • Mario Jodoin - Abonné 4 septembre 2014 10 h 38

      M. François Genest, vous écrivez :

      «Vous voyez la société du point de vue des sociologues tandis que M. Antonius la voit du point de vue des économistes. Vous semblez oublier tous deux que ces disciplines étaient autrefois unifiées dans la philosophie politique.»

      Je tiens simplement à préciser que vous sembler oublier, ou ne pas savoir, qu'il esiste de nombreuses écoles de pensée, tant en économie qu'en sociologie. Il n'existe donc pas de point de vue des économistes.

      En plus, en lisant la lettre de M. Antonius je me suis dit exactement ce que M. Bergeron rétorque : M. Antonius a fait dire à la lettre de M. Bergeon ce qu'elle ne disait en lui prêtant que «l'erreur est de penser que tel doit être le but exclusif du système à tous les niveaux et dans toutes les disciplines». Cela s'appelle un sophisme de l'épouvantail (faire dire à l'autre ce qu'il ne dit pas en détruisant ce que l'autre ne dit pas pour faire croire qu'on a contredit efficacement l'argumentaire de l'autre), et je comprends bien M. Bergeron de l'avoir souligné.

    • Yves Côté - Abonné 4 septembre 2014 13 h 48

      Monsieur Bergeron, je perçois les choses exactement comme vous les avez décrites dans votre texte.
      Je crois que Monsieur Antonius n'est pas dénué d'intérets très privés pour présenter les choses tel qu'il le fait.
      Une société a besoin de l'économie en générale pour établir les relations commerciales qui lui donnent à échanger des biens et des services. Mais s'il est vrai que cette donnée implique la meilleure formation technique qu'il est possible de donner aux individus, cela ne condamne pas pour autant à faire de ces personnes des gens insensibles à la culture, aux réalités humaines qui demandent études et réflexions, de même qu'aux orientations philosophiques et politiques des uns et des autres.
      Il me semble que c'est bien la position que vous défendez et non la caricature qu'en fait ici votre contradicteur...

    • Cyril Dionne - Abonné 4 septembre 2014 17 h 34

      « La majorité des emplois aujourd'hui nécessitent un sens de l'initiative et de la résolution de problèmes, de l'empathie et un esprit critique qui permette de penser en dehors des paradigme établis. Et c'est ce que la formation générale veut développer. »

      Les apprenants reçoivent une formation de généraliste en développant leurs affinités émotionnelles, sociales et cognitives, de la 1ère jusqu'à la 5e année du secondaire incluant le cégep puisqu'il s'agit d'une école secondaire (gratuite) déguisée en une postsecondaire.

      Ne pensez-vous pas pour un instant que ces apprenants à la fin de leur secondaire n'ont pas développé leur sens de l'initiative, la résolution de problèmes, de l'empathie et un esprit critique ? L'apprentissage de ces valeurs commencent à la maison et se poursuivent à l'école. Les 5 premières années de la vie d'un enfant sont les plus importantes et l'influence de l'école sur la personnalité de celui-ci est inversement proportionnel au passage du temps. Il est un peu trop tard pour inculquer des valeurs comme l'empathie une fois que l'apprenant a atteint l'âge de 16 ans.

      Ceci étant dit, serait-il mieux que l'étudiant, au niveau universitaire, commence à approfondir ses connaissances dans un domaine particulier qu'il a lui-même choisi afin de pouvoir s'intégrer non seulement au marché du travail, mais aussi à la société ? Et pour tous nos défenseurs de l'éducation qui œuvrent dans les tours d'ivoire, n'est-il pas ridicule de voir des gens avec des maîtrises en sciences sociales travailler dans des casinos ou bien comme commis de bureau chez Wal-Mart à mettre des produits sur les tablettes ? Nos puristes qui sont contre la marchandisation de l'éducation sont plus souvent qu'autrement, bien ancrés dans leur position sociale et professionnelle et peuvent se permettre le luxe de critiquer la société comme jadis pour les philosophes grecs avec leur armée d'esclaves.

    • Marc Antonius - Inscrit 4 septembre 2014 23 h 30

      Merci M. Bergeron d’avoir répondu à mon texte et de participer à cet échange. Je ne l’avais pas écrit à l’origine comme une réplique directe au vôtre et je suis navré que vous trouviez que votre propos ait été déformé. J’avoue m’en être servi comme point de départ pour une réflexion plus large, parce que je l’ai trouvé symptomatique d’une perception très répandue au Québec et qui veut que les institutions d’enseignement se soient trop rapprochés d’un marché du travail nécessairement abrutissant, d’où mon titre (j’espère que vous avez aimé la photo).

      Je maintiens que vous ayez bâtit votre argument sur un portrait caricatural et réducteur du marché du travail. Vous juxtaposez le mal nécessaire de « façonner un outil qui répondra aux exigences du futur employeur » à l’idée, si noble, de l’épanouissement personnel et intégral de chaque être humain. Vous admettez que le travail est essentiel, mais dans la mesure où il permet à quelqu’un de « gagner sa vie » et de « subvenir à ses besoins primaires ». Vous assimilez la volonté des étudiants d’obtenir des « outils » à une volonté de devenir soi-même un outil, autrement dit, un esclave. Malheureusement, cette conception est encore trop répandue dans les cercles de l’éducation supérieure. Loin de moi l’idée que la participation au marché du travail soit idyllique. Elle peut encore s’apparenter à un esclavage, mais parions que ceux pour qui leur formation aura bien préparé au marché auront toutes les chances de se reconnaître dans la description plus optimiste que j’en fais.

      Nos positions ne sont pas si éloignées en effet, sauf sur quelques points important que j’aimerais souligner dans l’intérêt du débat.
      Si je vous comprends bien, nous serions en train de glisser dangereusement vers un système d’éducation purement axé sur la technique, formant des employés incapables de remettre en question le « système dans lequel ils sont englués ». Je crois qu’il n’en est rien. D’abord, comme je le dis dans mon texte, parce que l

    • Marc Antonius - Inscrit 6 septembre 2014 12 h 55

      Oups, coupé en plein vol.... Je disais donc:

      Je crois qu'il n'en est rien. D’abord, comme je le dis dans mon texte, parce que le marché du travail et « ceux qui contrôlent l’économie » n’ont pas besoin de ce genre d’automates.

      Ensuite, parce que la formation spécialisée pâtit présentement de l’engouement pour les formations généralistes. Il me semble évident que vous pensez exactement l’inverse. En dénonçant que les étudiants d’aujourd’hui soient de plus en plus « privés ainsi des ressources intellectuelles qu’aurait pu leur transmettre une formation générale et humaniste solide », vous insinuez que la formation généraliste, qui s’étend jusqu’à la douzième ou treizième année de scolarité est insuffisante. Mais jusqu’où doit-elle se poursuivre pour ne plus l’être? La pénurie d’employés qualifiés dans nombre de secteurs techniques offre un triste contraste avec l’absence de débouchés professionnels intéressants qui attendent des milliers de diplômés des programmes universitaires généralistes.

      Des pans entiers de l’éducation supérieure (lire universitaire) résistent encore et contre toute logique à s’ouvrir au marché du travail. Ils continuent à offrir des formations qui sont complètement déconnectés des besoins des employeurs, attirent des étudiants qu’ils maintiennent dans l’ignorance complète du monde qui les attend après l’université, et refusent tout échange avec le monde du travail. C’est cette attitude que j’ai qualifiée d’isolationnisme universitaire, et elle est à mon avis dommageable pour tous.

  • Sébastien Bouchard - Inscrit 4 septembre 2014 06 h 46

    Isolationniste universitaire?

    Est-ce que les cours de philosophie et de littérature au cégep contribuent à ce que vous appelez "l'isolationnisme universitaire"?

    Je considère tout comme vous que l'esprit doit être formé durant le parcours scolaire. Par contre, nous conviendrons que d'introduire les œuvres de Molière à un jeune de 5e année est prématuré. C'est pourquoi la formation de l'esprit doit se poursuivre jusqu'à l'université. À ce moment, les étudiants sont des adultes capables d'avoir une vision différente de la société.

    En passant, vous connaissez peut-être M. Pierre Karl Péladeau? Saviez-vous qu'il est diplômé en philosophie? Pourtant, ça ne l'a pas empêché de travailler...

    • Guy Vanier - Inscrit 4 septembre 2014 09 h 06

      Pas surpris du tout! Durant ma carrière j'ai connu plusieurs hommes d'affaire qui avaient un diplôme de philosophie entre autre....
      Ça élargie l'horizon...

    • Daniel Côté - Inscrit 4 septembre 2014 12 h 37

      Habituellement, ceux qui ont étudiés dans les sciences dites "molles" font de "dure" citoyens et ceux qui ont étudiés dans les sciences dites "dures" font des citoyens "mous"!

    • Yvan Dutil - Inscrit 5 septembre 2014 08 h 09

      Monsieur Vanier, statistiquement vous avez tord. Cependant, c'est plus facile de devenir patron quand on a passé des années à être formé à raconter des histoires que lorsque que l'on apprend à faire des choses utiles.

  • François Ricard - Inscrit 4 septembre 2014 08 h 21

    La marchandisation des institutions de haut-savoir

    Le phénomène de la hausse des frais de scolarité est le symptôme d’une logique de privatisation et de marchandisation des universités, non seulement de leur financement, mais aussi et surtout de leur finalité. On demande à des institutions, jadis dédiées à la formation intellectuelle et professionnelle, de se transformer en catalyseurs de la croissance du capital.
    Les professeurs se désintéressent de l’enseignement pour se consacrer à la recherche, souvent inutile et génératrice d’inflation bureaucratique, au détriment des étudiants qui n’en ont tout simplement pas pour leur argent, étant plutôt entre les mains de chargés de cours.

  • Jean Jacques Roy - Abonné 4 septembre 2014 10 h 03

    Des nuances ne feraient pas tort!

    Vous dites:"Pourtant, le travail, pour lequel le marché n’est qu’un mécanisme de répartition et non une machine à broyer les âmes, constitue une des principales façons à travers lesquelles nous contribuons au fonctionnement de notre société. Il représente un facteur d’épanouissement personnel majeur, en plus de définir l’identité sociale des individus."

    Surprenante cette définition du "marché". Vous déformez le sens des mots et de la réalité de l'économie de marché. Le marché est en premier lieu un LIEU D'ÉCHANGE, d'offres et demande. Le travail humain n'échappe pas et dans notre systême il est d'abord une "marchandise". En fait, dans notre société qui garantit les libertés individuelles, les entreprises qui achètent de la force de travail (physique et intellectuel) n'achètent pas la personne... sinon du "temps de travail"...
    Quant au "mécanisme de répartition" du marché, vaut mieux lui donner son véritable nom : c'est l'organisation sociale du travail qui elle ne dépend pas de l'individu "isolé" qui offre ses services sur le marché du travail... Même le travailleur où le professionnel "indépendant" doit se soumettre à la demande du marché pour les biens ou services qu'il ou elle offre sur le marché.
    Quant à la contribution du travail - dans toutes ses divisions sociales et technique -au fonctionnement de la société? C'est la pièce angulaire du système. À savoir s'il apporte l'épanouissement ou l'abrutissement de celui ou celle qui l'effectue? Sans doutes, pour éviter la généralisation faudrait-il examiner cette question de plus près selon les conditions sociales et du travail effectué!

    • Michel Richard - Inscrit 4 septembre 2014 15 h 02

      Ok, monsieur Roy, mais ces savantes distinctions changent-elles quelque chose à l'argument central de M Antonius (hormis votre "abrutissement" gratuit) ?