Encore sociaux-démocrates, mais plus performants!

Les pays scandinaves, le Danemark notamment, sont des modèles dans le monde en matière de gestion des finances publiques.
Photo: Jonathan Nackstrand Agence France-Presse Les pays scandinaves, le Danemark notamment, sont des modèles dans le monde en matière de gestion des finances publiques.

Depuis quelques années, une partie de la pensée dominante au sujet des défis de la « gouvernance contemporaine », thème du présent Congrès, a réussi à imposer un discours qui soutient qu’une importante intervention de l’État dans l’économie et le social, qu’une fiscalité très imposante ou encore que des taux de syndicalisation élevés ne peuvent que nuire à la croissance économique et à la prospérité d’un pays.

 

Or, la Suède, le Danemark et la Finlande sont trois pays qui, globalement, sont les plus représentatifs de ces trois caractéristiques. En effet, aucun autre pays de l’OCDE n’a à la fois des taux de syndicalisation aussi importants (environ 70 %, contre 17 % pour la moyenne des pays de l’OCDE) avec des dépenses publiques et sociales ainsi que des niveaux de taxation sur leur PIB aussi élevés. Le Danemark détient par exemple le record avec des recettes fiscales qui atteignent 48 % de son PIB, ce qui est pratiquement 24 points de pourcentage de plus que les États-Unis !

 

Si la pensée dominante est juste, on devrait pouvoir constater que ces pays vont plutôt mal depuis déjà quelques années déjà. Leur croissance devrait être plus faible que celle des pays plus en phase avec la conception néolibérale de l’économie, comme les États-Unis par exemple. Ces pays devraient connaître un plus important taux de chômage, un endettement public considérable et être moins attrayants pour les investisseurs étrangers.

 

Cependant, dans les faits, lorsque l’on regarde la croissance annuelle moyenne du PIB entre 1989-2011, soit depuis le dernier sommet de l’économie mondiale, le taux de croissance annuel moyen est de 1,73 % pour la Suède, 1,49 % pour la Finlande, 1,21 % pour le Danemark. Sur la période, la Suède et la Finlande font mieux que les États-Unis (1,33 %) et que le Québec (1,28 %) et les trois pays surpassent la croissance du Canada (1,21 %).

 

Ces petits pays du nord de l’Europe sont également très performants sur le plan des exportations. En proportion de la taille de leur économie, ils sont plus ouverts que les États-Unis ou encore les BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine). Les exportations de la Suède représentent 50 % de son PIB, celles du Danemark 53 % et de la Finlande 40 % contre 14 % pour les États-Unis. Les trois petits pays nordiques font également mieux que les 12 % du Brésil, les 32 % de la Russie, les 25 % de l’Inde et les 31 % de la Chine.

 

Les exportations totales dans le monde de ces trois pays d’Europe du Nord dépassent même celles de gigantesques pays comme le Brésil ou l’Inde. Mieux encore, ces pays sont en surplus de leurs soldes commerciaux depuis plus de 20 ans. En moyenne, lors des dix dernières années, la Suède a connu un excédent commercial représentant 7 % de son PIB, ce qui est pratiquement incroyable.

 

Ces pays sont également très attrayants pour les investisseurs étrangers. Que ce soit sur une base par habitant ou en pourcentage de leur économie, ils reçoivent plus d’IDE, en moyenne, depuis le début des années 1990 que les États-Unis ou le Canada, mais également que les BRIC, et ce, depuis plusieurs années déjà !

 

De plus, ces pays sont des modèles dans le monde en matière de gestion des finances publiques. Alors qu’au début des années 1990, l’agence de notation Standard Poor’s a abaissé la note de crédit des trois pays. Dès la fin des années 1990, ils avaient récupéré leur cote AAA. Pour ne plus jamais la reperdre. Lorsqu’on utilise le concept de « dette nette » de l’OCDE, ces trois pays détiennent même des dettes négatives ! La dette nette, selon les chiffres de 2008, représente -51,1 % du PIB pour la Finlande, -18,2 % pour la Suède et -6,1 % pour le Danemark !

 

Mieux encore, les pays scandinaves ont réussi à maintenir une bonne croissance économique, tout en étant moins inégalitaires que les autres pays membres de l’OCDE. Dans ces pays, le coefficient de Gini, qui mesure les inégalités de revenus au sein d’un pays, est parmi les plus bas des pays de l’OCDE. Pour mémoire, plus ce coefficient est proche de zéro, plus le pays est égalitaire. Le coefficient, après impôt et transfert, est de 0,248 pour le Danemark, de 0,259 pour la Finlande, et de 0,259 pour la Suède. La moyenne des pays de l’OCDE est de 0,314. Dans le cas des États-Unis, c’est 0,408 ; ce qui est très élevé. Il y a même moins d’écart entre les États-Unis et le Brésil (0,519) qu’entre les États-Unis et les trois pays nordiques ! Les trois pays scandinaves font également mieux que le Canada (0,324) et le Québec (0.303). Leurs taux de pauvreté sont également beaucoup plus bas que ce qu’on retrouve au Canada ou aux États-Unis. Il est pratiquement inexistant chez les enfants.

 

Il ne faut pas en tirer la conclusion, à partir de ces résultats exceptionnels, que ces pays n’ont pas cherché à adapter leur pays à la mondialisation et à la concurrence mondiale notamment après la crise très sévère que ces derniers ont connue au début des années 1990. Les réformes ont été très importantes. Ces pays ont revu leur fiscalité, notamment par l’introduction d’une TVA sociale au Danemark, ont réformé leur marché du travail, ont privatisé des services publics, ont réduit leurs dépenses publiques en proportion du PIB et ont procédé à d’importantes réformes de leurs États, notamment dans le domaine de la santé. Le recul des dépenses publiques sur le PIB, depuis le sommet du début des années 1990 jusqu’en 2005, est de - 19 % au Danemark, - 21 % en Suède et de - 25 % en Finlande.

 

Les mesures de redressement ont été si importantes que l’ancien ministre des Finances, Pär Nuder, a déclaré que la Suède a « mené le programme d’assainissement budgétaire le plus drastique qu’un gouvernement n’ait jamais conduit sur une période aussi courte ». En somme, ces pays ont remarquablement réussi à s’adapter aux défis de la gouvernance contemporaine !

  • Eric Lessard - Abonné 21 juillet 2014 08 h 47

    Succès scandinave

    Je crois que les succès des pays scandinaves sont dus davantage à leur culture (sens de la communauté, très bas taux de criminalité, conscience sociale...) qu'à leur fiscalité.

    En gros, le modèle suédois, on en a un petit exemple avec la SAQ qui vend des vins à 20$, des vins qui se vendent presque 10 fois moins cher en France, on peut donc payer très bien l'employé de base.

    Mais pour le pouvoir d'achat, disons que la Suède n'est pas un pays où l'on a beaucoup pour son argent. Le principe étant de monter les prix des besoins de base comme le logement ou l'alimentation pour mieux payer l'employé de base. C'est sûr qu'un litre de lait vendu 4$ fait un plus gros PIB que le même à 2$. Le logement loué à 1000$ par mois crée un plus gros PIB que le même à 500$ par mois.

    On pourrait aussi parler des riches démocrates de la Nouvelle-Angleterre pour qui posséder une Volvo est le sommet du progressisme.

    J'admire beaucoup la culture scandinave, mais je crois que copier sa fiscalité ne serait pas très bon pour notre économie même si je reconnais l'importance de la solidarité sociale par ailleurs.

    • Kim Cornelissen - Inscrite 21 juillet 2014 11 h 51

      Pour résider plusieurs semaines chaque année en Suède, j'ai été à même de constater que le prix des denrées alimentaires est le même en moyenne au Québec, pour ce qui est des épiceries. Je l'ai testé année après année... Quant aux logements, il y a de telles différences entre Stockholm, Göteborg et Malmö par rapport au reste de la Suède qu'il est difficile de parler de loyer à 1000 $ ou à 500 $... Enfin, la comparaison avec la SAQ ne tient pas non plus parce que c'est plutôt la France qui fait une guerre des prix... J'ai d'ailleurs été étonnée de constater qu'il y a plusieurs vins en Suède qui sont entre 10 et 15 dollars, y compris des vins bios...

  • Richard Coulombe - Inscrit 21 juillet 2014 09 h 40

    Il serait approprié de connaître les détails de ces réductions de dépenses publiques de 20% à 25% ! La recette de leur succès réside probablement là. Si le Québec en faisait autant, il deviendrait sans doute aussi performant, sinon plus que ces pays. Mais jamais sa population n'accepterait de tels changements. Seule une conscience sociale élevée telle que reconnue à la population de ces pays nordiques a-t-elle pu rendre possibles de tels changements. L'article et sont titres sont quelque peu trompeurs; la sociale démocratie, la syndicalisation et la fiscalité élevée ne sont pas des facteurs de succès, mais ce serait plutot la saine gestion des fonds publics et la rationalisation des services qui assainiraient le fonctionnement d'un pays et le renderaient performant et attirant.

    • Sylvain Auclair - Abonné 21 juillet 2014 11 h 18

      Le Québec n'est pas un pays. Il ne contrôle que la moitié de sa fiscalité et la moitié de ses dépenses publiques.

    • Kim Cornelissen - Inscrite 21 juillet 2014 11 h 54

      Au contraire, la sociale-démocratie, la syndicalisation et la fiscalité élevée sont tout à fait gage de succès parce que le contrat social est basé là-dessus.. Le grand "secret" des pays nordiques, c'est de s'assurer que chaque humain peut contribuer à l'effort social, en les traitant avec respect (syndicalisation), en s'occupant des dépendant.e.s (enfants, personnes âgées, handicapé.e.s, etc.), ce qui diminue le stress des gens qui peuvent être plus productifs, en n'ayant pas à s'inquiéter de leur sort et de celui de leurs proches... C'est justement ça les gages de succès...

  • André Michaud - Inscrit 21 juillet 2014 11 h 07

    Syndicats responsables, LA différence

    Si ces pays ont pu maintenir leurs services aux citoyens et améliorer leurs performances économiques, ils ont procédé à de grandes réformes qui n'ont pas été systématiqument attaqués par les syndicats de façon corporatiste comme ça se fait au Québec..

    En Suède le tiers de fonctionnaires sont passés au privé sans un combat à finir avec les syndicats ...comme ce serait sûrement le cas ici..

    Pour améliorer la gestion, plusieurs services sont maintenant donnés par le privé ( moins de bureaucratie) ou en PPP , tout en étatnt ouvert à tous ( pas 2 vitesses). Ici les syndicats sont en guerre contre toute forme de privatisation ou PPP....au contraire ils veulent tout étatiser.

    Ici les syndicats sont ultra conservateurs et corporatistes , donc pour eux un bon service serait fait obligatiorement par plus de syndiqués et payés plus cher..donc plus de cotisations et des syndicats encore plus millionnaires..tout cela dissimulé sous un discours de gauche.

    Des syndicats qui propagent une idéologie politique qui de toute évidence est différente de celle de leurs membres , la dernière élection le démontre encore un peu plus..Les syndicats dans ces pays sont moins "paternalistes" et ne croient pas de façon prétentieuse qu'ils doivent éduquer les membres pour imposer leur idéologie comme ça se fait ici ( tout étatiser, séparer le Québec etc..)

    Il faut se libérer du corporatisme syndical et débureaucratiser en privatisant certains services pour les rendre plus efficaces..ce qu'ont fait ces pays pour proytéger et améliorer les services.

    Pour avoir travaillé 35 ans dans la fonction publique, la bureaucratie empêche l'efficacité , encourage le statu quo, nivèle vers le bas, n'encourage pas la productivité...avec les résultats que l'on connait...

    • Michel Vallée - Inscrit 21 juillet 2014 13 h 19

      On devrait abolir les syndicats, diminuer les salaires et précariser les emplois, c’est le gage du succès économiques de certains (au détriment de la force laborieuse)

    • André Michaud - Inscrit 21 juillet 2014 15 h 35

      @ M.vallée

      Qui parle d'abolir les syndicats. Ils ont un rôle social important. Tous ces pays sont hyper syndiqués et n'ont pas de problèmes majeurs avec leurs syndicats .

      Il faut simplement que les syndicats défendent leurs membres sans vouloir dicter aux élus comment ils doivent gérer les services publiques, absolument sans PPP en voulant garder tout étatisé etc..

      Ce ne sont pas des élus et en plus ils ne consultent pas leurs membres avant de se proclamer indépendentiste ,ou pro étatisation...ce qui est à mes yeux est une attitude ultra paternaliste..et non représentative.

      Dans une démocratie ce sont les élus des citoyens qui décident. Quand la Suède a privatisé le tiers de ses employés, les syndicats n'ont pas fait d'objection totale, et ont plutot négocier le "comment"...

    • Kim Cornelissen - Inscrite 21 juillet 2014 21 h 00

      Pour avoir fait ma maîtrise là-dessus, je peux vous dire que les PPP suédois n'ont rien à voir avec ceux d'ici et qu'il y a une grande confusion à ce sujet.

  • Michel PROVOST - Inscrit 21 juillet 2014 13 h 47

    Québec et Scandinavie

    Les taxes à la consommation sont très élevées en Scandinavie.

    Loin d'être certain que les Québécois accepteraient des taxes si élevées: les voyages d'affaires à Plattsburgh seraient légion... Et la contrebande du tabac...

    Nous partageons avec ces peuples une nordicité certes mais là s'arrête la comparaison. Les valeurs axées sur les libertés individuelles y sont au Québec fort présentes. Les dernières élections québécoises font malheureusement foi de cette affirmation.

    Les partis d'extrême-droite sont bien représentés dans ces pays-là... Un véritable fléau.

    La Finlande contrairement aux autres pays scandinaves a adopté l'euro par peur de la Russie, sa voisine malcommode. Elle ne performe pas aussi bien que ses voisins nordiques.

  • Yvan Dutil - Inscrit 22 juillet 2014 07 h 21

    Différence subtile

    Le taux de croissance économique des pays développé baisse à peu de chose près de 0,7 % par decennie depuis 50 ans. Dans le cas des pays scandinaves, cela est un peu plus lent.

    Ce ralentissement séculaire est causé par le rendement décroissant qui vient avec la complexification de la société. Il faut donc en conclure que les scandinaves sont capables de géré plus effiacement de sociétés complèxes ou qu'au contraire qu'ils obtiennent des performances socio-économiques élevées avec des société moins complèxes.

    La raison de cette efficience est difficile à identifier. Elle est certainement multifactorielle : institutionnelle, culturelle et conjoncturelle. Des facteurs aussi simples que l'usage d'une langue phonétique peuvent être en cause.