Le PQ est-il devenu «ringard»?

Si les chiffres parlent, ils peuvent aussi hurler : le Parti québécois a fait un score de 25 % aux dernières élections, plancher historique depuis 1970. Chez les 18-25 ans, le PQ était en quatrième position. À Montréal, le vote s’est effondré. Normalement, quand on veut connaître les grandes tendances qui s’affirmeront au cours des prochaines années, on regarde du côté de la jeunesse. Inquiétude…

 

Si des élections avaient lieu aujourd’hui, les résultats seraient encore pires, le PQ glisserait au 4e rang… chez les 18-45 ans ! Parmi les gens que j’ai rencontrés au cours des dernières semaines, certains ont exprimé l’idée que le PQ n’est plus en phase avec la société, ni avec sa jeunesse, encore moins avec les idées émergentes ; que, trop drapé dans le passéisme, il a manqué son passage à la modernité. Se pourrait-il qu’il y ait du vrai là-dedans et qu’un danger de ringardisation le guette ?

 

Faire le bilan devient un exercice incontournable. Le bilan d’une campagne et de ses stratégies, bien sûr, mais aussi l’examen des tendances lourdes qui semblent s’installer depuis quelques années.

 

En voici quelques éléments. Plusieurs, nous avons eu ce sentiment que la campagne du PQ n’avait été menée qu’au seul gré de sondages et moins par des convictions s’inscrivant dans un projet de société. Si on parle de la charte — il faut bien le faire —, s’il s’agissait d’une réponse somme toute normale aux intrusions du religieux dans l’espace public, il devenait inconvenant qu’on laisse s’amalgamer religion et immigration, permettant certaines expressions d’ignorance, de fausses craintes et de peur de l’étranger. Les communautés immigrantes se sont senties ostracisées. Il fallait engager un dialogue ; cela n’a pas été fait. Il fallait trouver un point de rencontre entre toutes ces forces qui s’exprimaient, apporter certaines modifications, celle proposée par Guy Rocher par exemple. Somme toute, il fallait régler cette question avant de déclencher des élections. Cela n’a pas été fait. Nous aimons ce « travaillons ensemble ». Nous ne l’avons pas fait. Il y a là une leçon.

 

Il y a eu un indéniable effet PKP : l’effet-surprise sinon ahurissant du poing dans les airs, la confusion des communications par la suite et aussi, ne l’oublions jamais, la réaction épidermique des milieux syndicaux. Ce qui devait nous renforcer nous a paradoxalement affaiblis. Ce qui aurait dû être rassemblement a débouché sur un manque de cohésion.

 

Le PQ ne peut se permettre de faire de la politique comme les autres, il y trahit son âme. Il doit redevenir le parti de ses militants où l’espace de discussion et de débat est décloisonné. Celui de la sincérité parce qu’habité par le feu sacré, celui du pays, celui du changement, celui du peuple.

 

Il faut mobiliser l’espoir, redonner confiance en nos institutions, démontrer l’importance de notre modèle social et comment on peut continuer à le développer. Il faut répondre aux chevaliers de l’apocalypse avec la force innovatrice qui caractérise notre société et notre parti, il faut faire acte d’écoute et de pédagogie, le faire sans cesse et inlassablement, comme une oeuvre toujours inachevée, toujours perfectible, le faire dans le doute, avec passion, mais foncer !

 

Notre destin comme nation doit s’accomplir. Cette question est intrinsèquement liée à ce que nous sommes. Force est de constater que l’approche mise en place par le Parti québécois depuis un certain nombre d’années n’a plus l’écoute. Il faut remuer tout cela, s’inscrire dans une démarche de reconstruction, chercher à rebâtir de nouvelles majorités. Les idées ne manquent pas.

 

Nous sommes sociaux-démocrates : nous sommes le seul parti au Québec à l’être. Nous sommes souverainistes ; nous incarnons l’instrument de ce grand projet historique. Nous demeurons mobilisés. Voilà qui devrait nous vivifier.

33 commentaires
  • Jean-Pierre Beaudry - Abonné 7 juin 2014 04 h 05

    Ouais

    Pipe dreams, peut-être...

    Mais, tout de même, bravo!

    Il nous faut du cœur, de la constance et de l'intégrité.

    • gaston bergeron - Abonné 7 juin 2014 10 h 01

      Excusez mon ignorance, que signifie « pipe-dreams » ?

    • Mathieu Bouchard - Abonné 7 juin 2014 13 h 01

      @ Gaston : Ça veut dire « délire de fumeux d'opium » dans la langue de l'Empire. Je ne vois pas comment il peut dire ça et le reste de son message du même souffle... ni pourquoi ce sont ces mots qui lui viennent à l'esprit.

    • gaston bergeron - Abonné 7 juin 2014 21 h 44

      Merci aux collègues lecteurs, sincèrement. Je sais, je demeure un peu naïf.

  • François Dugal - Inscrit 7 juin 2014 08 h 37

    La vieille garde

    La vieille garde passéiste des stratèges déconnectée de la réalité doit être remerciée de ses inutiles services.
    Merci pour les services rendus, on leur donne une médaille et basta!

    • gaston bergeron - Abonné 7 juin 2014 10 h 02

      Excusez-moi, que signifie « basta »?

    • François Beaulé - Abonné 7 juin 2014 11 h 15

      Allez voir sur Google. Basta: il n'y a rien à ajouter. Pipe dream : un impossible rêve.

    • Alain Bernard - Inscrit 8 juin 2014 09 h 38

      Vous faites exprès monsieur Bergeron ?

  • Jean-Charles Morin - Abonné 7 juin 2014 09 h 12

    Une absence remarquée

    Dans votre texte n'apparaît nulle part les mots "indépendance" et "pays".

    Pourquoi ceux qui rêvent de faire du Québec un pays donneraient-ils leur appui à un parti qui cache son option quand il ne la met pas en veilleuse et qui ne parle jamais des avantages de l'indépendance, laissant ses adversaires en parler à sa place pour la dénigrer?

    C'est dans cette perspective qu'aurait dû s'ouvrir votre réflexion mais vous n'êtes manifestement pas rendu là, puisque vous préférez vous égarer dans les virgules de la charte...

  • Patrick Boulanger - Abonné 7 juin 2014 09 h 23

    Et QS M. Céré?

    « Nous sommes sociaux-démocrates : nous sommes le seul parti au Québec à l’être. (M. Céré) »?

    Et QS M. Céré, le parti qui est arrivé au deuxième rang - et donc devant vous - dans Laurier-Dorion le 7 avril dernier, n'est-il pas un parti social-démocrate? Par ailleurs, je me demande bien pourquoi vous ne joignez pas ce « parti vert ».

    • Mario Jodoin - Abonné 7 juin 2014 12 h 13

      Je me suis fait la même réflexion, en pensant en plus que le PQ l'est de moins en moins, social-démocrate, et pas seulemenr quand il est au pouvoir. Il était d'ailleurs rigolo d'entendre cette semaine M. Marceau dire que son parti aurait autant diminué les demandes des ministères que le PLQ. Bref, le PQ avait présenté un budget aussi austère que celui du PLQ. Il est drôlement mal placé pour le critiquer!

    • Christian Bizier - Abonné 7 juin 2014 18 h 03

      Sur le plan de la philosophie politique, QS représente davantage une gauche socialiste que que sociale-démocrate. Cela répond simplement à un objectif de nommer les choses, ce qui n'est pas un jugement de valeur en soi envers QS.

      Traditionnellement, le PQ a toujours plus ou moins tendu vers la social-démocratie, c'est-à-dire une gauche (ou un centre-gauche) visant à utiliser l'économie de marché au service d'un certain filet social.

      J'insiste sur le "traditionnellement", parce que le PQ ne l'a pas toujours bien fait, justement... comme il n'a pas toujours défendu avec la même ardeur l'idéal du pays. Je pense que c'est le problème visé M. Céré dans son texte.

      http://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/s

  • Maria Gatti - Inscrite 7 juin 2014 09 h 37

    Et les Solidaires?

    On sait qu'à cause de Parc-Extension et le vote en bloc, Laurier-Dorion demeure un château-fort libéral dur à prendre.

    Or, c'est Andrés Fontecilla de Québec solidaire qui est arrivé deuxième avec 27,69% des voix. Pierre Ceré, troisième avec 15,93% des voix. Alors, comment est-ce que Monsieur Céré peut prétendre incarner la "social-démocratie" et l'orientation souverainiste à lui tout seul?

    Il y a plus d'électeurs de gauche et souverainistes dans cette circonscription qui ont choisi un nouveau parti.

    Oui, la dérive "identitaire" autour du débat sur la laïcité a dérouté plusieurs, même plusieurs laïcistes convaincus. Et comment est-ce que les syndicalistes et autres partisans de conditions de travail plus décentes, humaines auraient pu faire autrement que d'être estomaqués par le choix de présenter le pire employeur au Québec (et qui a sévi contre les travailleurs des communications jusqu'en France et aux USA), un "lockouteur" en série, comme candidat vedette?

    Très loin du Québec terre d'accueil de Gérald Godin, ou la loi anti-scab de jadis. Triste.

    • Pierre Raymond - Abonné 7 juin 2014 12 h 55

      « Alors, comment est-ce que Monsieur Céré peut prétendre incarner la "social-démocratie" et l'orientation souverainiste à lui tout seul? »

      Vous avez raison de faire ce rappel à M. Céré mais quand J'entend les gens de QS solidaire répéter leur mantra «La souveraineté si nécessaire mais pas nécessairement la souveraineté», je vous avoue que ça manque carrément de conviction à mon goût.

      Pierre Raymond, Montréal

    • Patrick Boulanger - Abonné 7 juin 2014 21 h 07

      @ M. Raymond

      Le « mantra » des solidaires? Vraiment M. Raymond, vous l'entendez souvent de la bouche des solidaires cette citation-là de M. Khadir?

    • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 8 juin 2014 18 h 49

      Monsieur Péladeau n'est pas seulement «le pire employeur au pays». Même s'il ne l'avait pas été, le pire selon moi c'est le message que ses médias envoie depuis des années, qui est essentiellement antisyndical et anti-révolution tranquille, qui a encore plus un impact négatif sur la classe moyenne que le seul lock-out de ses propres employés.

      Les médias de M. Péladeau s'affairent depuis des années à construire un Québec modelé sur la droite américaine.