Les jeunes d’Option nationale et le PQ

Dans sa chronique du 12 avril, Michel David explique que Jean-Martin Aussant avait réussi à intéresser les jeunes à la souveraineté parce qu’il ne parlait pas d’identité. Selon un rapport rédigé il y a dix ans par trois jeunes députés péquistes, la souveraineté aurait désormais été « dépassée, désuète et vétuste » aux yeux des jeunes Québécois, en partie à cause de la fixation identitaire péquiste.

 

En m’appuyant sur les sources de première main que j’ai accumulées en multipliant les conférences et assemblées de cuisine devant des publics toujours nombreux (et dont la moyenne d’âge devait se situer autour de 25-30 ans), j’affirme ce qui suit : d’abord, ce que les jeunes trouvent dépassé, désuet et vétuste, ce n’est pas l’idée de souveraineté. C’est la manière de faire du Parti québécois, auquel ils associent, depuis le début de leur intérêt à la chose politique, l’indépendance du Québec. Lorsqu’on distingue les deux, l’oeil s’ouvre, les questions fusent, l’intérêt revient, comme pour n’importe quelle idée nouvelle. Pour les moins de 35 ans, l’idée est en effet nouvelle : elle ne leur a jamais été présentée en bonne et due forme puisqu’on a cessé de la défendre et de la promouvoir positivement après 1995. Elle ne représente rien d’autre que le projet abstrait d’un des deux gros partis, lequel fait tout pour conserver le monopole du vote indépendantiste alors même qu’il garde l’option sous le tapis afin de ratisser plus large. C’est comme pour les individus : à force de vouloir plaire à tout le monde, on disparaît, on devient quelqu’un de pâle, sans personnalité, qui ne plaît finalement plus à grand monde. Et si, en plus, on écrase la concurrence pour s’assurer que la foule n’ait accès à personne d’autre qu’à nous… la soirée risque d’être plate.

 

Je ne cessais d’être étonnée devant la pusillanimité du PQ, je trouvais ça tellement facile de convaincre le monde. Quelques arguments suffisaient. L’un des leurs, Stéphane Gobeil, a pourtant amassé dans « un gouvernement de trop » des arguments économiques efficaces, même pour trois secondes de micro au téléjournal. Pourquoi le PQ ne saisissait-il jamais l’occasion, par exemple, pour dire  que « les économies qu’on ferait en ne finançant plus deux niveaux de gouvernement seraient supérieures à la péréquation de 2 milliards de dollars » ? Obéissait-il à une obscure loi de l’électoralisme qui dit qu’il vaut toujours mieux ne dire que du vide ? Avait-il peur d’être incapable de s’obstiner sur ce qui devrait être son sujet de prédilection, de spécialisation ?

 

À mes yeux, l’électoralisme péquiste a varlopé ce qu’il y avait de frais et de révolutionnaire dans l’idée d’indépendance. L’histoire a maintes fois démontré l’attraction presque hormonale entre les jeunes et les idées révolutionnaires. Ceux qui prennent aujourd’hui les décisions au PQ devraient savoir de quoi je parle, eux qui avaient 20 ans lors de la Révolution tranquille.

 

Ensuite, les jeunes ne fuient pas « l’identitaire ». L’identité est aujourd’hui menacée de toutes parts par de puissants courants mondiaux de standardisation et d’acculturation radicale, et c’est contre ces courants que le printemps érable s’est dressé en bonne partie. Ce qui n’accroche pas les jeunes dans la défense péquiste de l’identité, c’est, outre sa manière de faire, le type d’identité qui est défendu. Nous n’avons pas vécu aussi fortement que les générations plus âgées les oppressions religieuse, machiste, anglo-saxonne, et cela fait que nous nous réclamons d’une identité différente. En continuité, mais différente. Moins peureuse face à l’Autre en général, qu’il soit musulman ou Anglo-Canadien. Mais plus désabusée, aussi — contrairement aux « boomeurs », nous ne faisons pas le poids démographiquement. Les sondages nous abattent régulièrement. Nous attendons notre tour…

 

M. David se trompe : l’argument identitaire n’était pas du tout absent du discours de JMA. Il disait : « À nous de constater : nous avons de quoi être enviés. Regardez ce que nous avons accompli. » Et il sortait les chiffres. Il disait : « La communauté internationale devrait nous compter parmi elle. » Et il sortait les exemples de forums internationaux où la voix du Québec aurait contribué à changer les choses et où, à la place, nous avons payé pour que des délégations canadiennes aillent défendre des intérêts et des valeurs contraires aux nôtres. Il expliquait qu’en gros, jusqu’à maintenant, les Québécois ont préféré les bâtons dans les roues à la chicane, et que malgré cela ils ont réussi à obtenir des résultats économiques (et moraux !) qui feraient des jaloux parmi bien des États riches du globe. Surtout, il s’adressait à l’intelligence des gens et il a attiré dans son sillage des jeunes gens intelligents.

 

Les moins de 35 ans sont nés dans les pelletées de publicité et de slogans vides qui caractérisent notre monde depuis le début des années 80. Ils sont passés maîtres dans l’art de départager la sincérité et l’intelligence de la bullshit des vendeurs d’idées creuses et de chars. Une sincérité authentique, directe, est la seule chose qui puisse attirer notre attention au milieu de cet écoeurant fla-fla quotidien.

 

Quand des jeunes d’ON ont rempli les salles d’université à les faire craquer, quand ils ont organisé avec succès des conférences dans des bars, il n’y eut, parmi les indépendantistes plus âgés, que quelques personnages d’exception pour saluer notre réussite. Le PQ n’a vu qu’un moustique à abattre. Stratégie à court terme, arrogance face aux petits partis, discours peu profonds qui n’accotaient pas les impressionnantes prises de parole éloquentes, intelligentes et profondément militantes des jeunes du printemps érable.

 

On ne défend pas un projet révolutionnaire comme l’indépendance du Québec sans prendre sur soi d’expliquer concrètement, de convaincre et de faire rêver. Je ne vois qu’une seule avenue positive possible pour le PQ : sortir de l’électoralisme et de l’orgueil, retrouver le chemin de la sincérité et inspirer à nouveau. Ça accélérerait notre marche. Sinon, il nous faudra malheureusement nous unir et nous consolider en dehors de lui, le supplanter et le remplacer. Nous prendrons le temps qu’il faut. Nous avons des décennies devant nous.

24 commentaires
  • François Ricard - Inscrit 19 avril 2014 06 h 32

    L'implication des jeunes, des vieux, de tout le monde


    Les résultats du 7 avril devrait être une occasion non seulement pour le PQ mais pour tous les indépendantistes de se remettre en question.
    La majorité des membres du PQ et de ON est indépendantiste. Une portion importante de QS l'est aussi.
    Pourquoi tous ces indépendantistes, pour au moins une année, ne se regrouperaient-ils pas au PQ qui pourrait alors se redéfinir et se reformuler.
    Voici comment.
    Pourquoi, dans un premier temps, d’ici l'automne 2014, ne pas déterminer la véritable direction du PQ. Un référendum interne permettrait d’y impliquer tous les membres, anciens et nouveaux.
    Ensuite, prévoir et tenir un congrès national pour définir ce pays dont nous voulons, identifier les principaux avantages de l’indépendance. Possiblement donner un nouveau nom à ce parti véritablement axé sur l'indépendance. Ce congrès pourrait avoir lieu à l’automne 2015.
    Puis une course à la chefferie qui se terminerait au printemps 2016.
    Et impliquer le plus grand nombre de personnes à toutes les étapes.
    Avec les nouvelles règles de financement, le militantisme redeviendra extrêmement nécessaire. Un général sans soldat ne gagne pas tellement de batailles.
    Et la meilleure façon de recruter des militants est de les impliquer dans toutes les phases du processus.
    J'ai aussi ma carte de membre de ON.

    • Johanne St-Amour - Abonnée 22 avril 2014 11 h 50

      Il est certain, M. Ricard que l'union des forces souverainistes auraient changé la donne.

      Ce que je trouve choquant dans les propos de Catherine Dorion est sa vision de l'identité des baby-boomers. Elle suppose que ceux-ci et celles-ci ont une peur de l'Autre (ce qui est faux) et que l'identité québécoise pour ces gens est basée sur ce qu'ils et elles ont connu de l'oppression religieuse, machiste et anglo-saxonne. En parlant de musulmans, elle mélange peur de nouvelles ethnies avec refus de l'intégrisme religieux de certains. Même Fatima Houda-Pepin dénonce cet intégrisme. Elle fait donc passer les baby-boomers pour des xénophobes alors que la plupart veulent contrer le non respect de valeurs comme la dignité des femmes et l'égalité entre les femmes et les hommes. Un intégrisme religieux qui n'est pas tendre non plus envers les homosexuel-les, mais Catherine Dorion la dénonce-elle cette intolérance?

      En disant que sa génération ne connaît pas le machisme, elle réduit le projet féministe et le banalise.

      Si les liens entre les francophones et les anglos-saxons n'est plus un lien d'employé-es né-es pour un petit pain devant de puissants patrons anglophones, il demeure que les francophones doivent continuer à se battre pour préserver leur identité et leurs langues.

      Au lieu donc de rejeter d'emblée la vision des plus vieux, et de croire détenir la vérité il serait intéressant de jeter des ponts entre les générations et peut-être de s'ouvrir à des années d'expériences.

  • Martin Pelletier - Inscrit 19 avril 2014 06 h 56

    La trahison du PQ

    "lequel fait tout pour conserver le monopole du vote indépendantiste alors même qu’il garde l’option sous le tapis afin de ratisser plus large"

    Depuis le référendum, depuis 19 ans en fait, le PQ a caché son option dans le but d'être élu. Plus il la cachait, plus il coulait. Ce PQ-là, qui a trahi la cause, doit disparaitre.

    Le PQ doit revenir à sa raison d'être: faire un pays. Et non administrer une province.

    • François Ricard - Inscrit 19 avril 2014 10 h 08

      Pour que le PQ prenne cette direction, il faut que tous les indépendantistes, au moins pour une année, investissent le PQ et lui donnent la direction à suivre.

    • Hélène Paulette - Abonnée 19 avril 2014 11 h 22

      sauf votre respect, M.Pelletier, vous oubliez l'instrumentalisation de la "menace référendaire" par les forces fédéralistes, de partout au Canada, qui plane constamment au-dessus du PQ, qu'il parle ou non d'indépendance. C'est la véritable raison de la paralysie des forces souverainistes, tous partis confondus. C'est, à mon sens, la grande erreur de Lévesque de nous avoir enfermés dans la stratégie référendaire pour répondre à Pierre Elliot Trudeau lors de la première élection du PQ. Il est tombé dans le piège en s'engageant à tenir un référendum à la fin du premier mandat. Quelle bourde!

  • ERIC LANGLAIS - Inscrit 19 avril 2014 08 h 07

    DES EXPLICATIONS

    encore une fois on parle de faire la promotion de la souverainete ou de l' independance ou de la separation mais personne ne sait de quoi on parle. on conserve la monnaie canadienne ou non , la banque du canada fait la politique monetaire ou non , il y a des frontieres ou non, le systeme financier canadien ou non, un siege a la banque du canada ou non, comment diviser la dette federale et les actifs , libre circulation economique ou non etc , chacun a sa propre idee . comment convaincre une majorite devant un telle complexite .

    • François Ricard - Inscrit 19 avril 2014 11 h 31

      Il y aura nécessairement des négociations. Sur bien des sujets.
      Mais aussi bien l'éconopolitique que la géopolitiques nous avantagent énormément.
      Nous sommes le meilleur client de l'Ontario pour sa production manufacturière. À moins de fermer pratiquement toutes ses usines, l'Ontario voudra garder son meilleur client.Et puis, sans le Québec, l'Ontario représente pratiquement 50% du ROC.
      La voie maritime est au Québec. Cette voie assure la prospérité de Brockville, de Toronto, de Hamilton. Elle permet aussi au blé canadien de gagner l'Europe.
      De plus, il semble bien que le pétrole des sables bitumineux devra transiter par le Québec. Nous pourrons faire valoir nos exigences environnementales et pécuniaires.

  • André Martin - Inscrit 19 avril 2014 08 h 58

    J'ai hâte de voir...

    Malheureusement, je n’ai rien entendu de tel chez les leaders étudiants durant l’été des casseroles, ni vu de jeune regard pétiller sur ces questions durant la campagne électorale. Mais vous avez raison : le PQ ne savait plus comment vendre leur option à une population plutôt confuse et repue (au point de ne voir dans la commission Charbonneau qu’un téléroman de plus — au lieu de la coûteuse corruption libérale!) et qui a succombé facilement au blitz de peur si bien orchestré par les naufrageurs libéraux.

    Votre approche a le mérite de revenir à la base identitaire, de sortir de bons chiffres, et j’ai hâte de voir si vous allez réussir à généraliser un écho que vous dites avoir décelé dans la génération montante. Jusqu’à présent, je ne peux que constater qu’elle a surtout laissé partir un brillant chef de file — s’il en était un, de la cause québécoise vers Londres.

  • Gilles Théberge - Abonné 19 avril 2014 09 h 31

    Des décennies....

    C'est vrai pour vous Catherine. Moi, deux peut-être. Où est le chemin de traverse?