Aide-mémoire à l’intention de M. Philippe Couillard

Le chef du PLQ, Philippe Couillard, ici en compagnie de la députée sortante Marguerite Blais, a manifesté en début de campagne son désir de voir le Québec signer la Constitution du Canada.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le chef du PLQ, Philippe Couillard, ici en compagnie de la députée sortante Marguerite Blais, a manifesté en début de campagne son désir de voir le Québec signer la Constitution du Canada.

ifficile à suivre le personnage ! Pendant sa campagne à la direction du Parti libéral, il a manifesté l’intention de relancer les négociations constitutionnelles avec Ottawa et le reste du Canada. Plus tard, il formule un souhait : s’il devient premier ministre, il aimerait, moyennant des arrangements non identifiés, ratifier la Constitution de 1982 en 2017 pour marquer le cent cinquantième anniversaire de la fédération canadienne. Consulterait-il les Québécois là-dessus ? Mystère.

 

Vendredi dernier, il annonce son intention, s’il était élu, d’« intervenir auprès de Justin Trudeau et d’autres représentants fédéraux pour qu’ils acceptent que le caractère distinct du Québec soit reconnu dans la Constitution. Lors de sa tournée qui porterait surtout sur l’économie, il manifesterait à chaque occasion son espoir et son désir de voir le Québec réintégrer le giron constitutionnel ». (La Presse). Mais le lendemain, volte-face et surprise. Il proclame qu’« il n’y a aucune urgence » à remettre ce dossier à l’ordre du jour !

 

Je ne suis pas sûr que les mots « aide-mémoire » dans le titre de mon texte conviennent. Car M. Couillard semble tout ignorer du sujet dont il parle. Ou bien, il a un plan en tête, et alors on se demande lequel. Quoi qu’il en soit, voici un petit rappel historique à son intention.

 

Fourberie et tricherie

 

L’opération « rapatriement de la Constitution » en 1980-1981 a été fondée sur la fourberie et la tricherie. Le premier ministre Trudeau et, par la suite, plusieurs de ses alliés du Canada anglais se comportèrent comme si les Québécois avaient non seulement rejeté la proposition de leur gouvernement, mais, du fait même, opté pour son contraire : la vision Canadian du fédéralisme !

 

Le gouvernement fédéral d’alors, après des péripéties qui durèrent dix-huit mois, parvint à son but malgré l’opposition constante du Québec et celle, circonstancielle, de provinces qui avaient leurs raisons à elles de redouter certaines intentions d’Ottawa. Ralliant finalement ces provinces, les fédéraux réussirent en effet à faire insérer dans la Constitution du Canada des articles dont l’esprit et les buts contredisaient totalement ce que beaucoup de Québécois avaient de bonne foi compris de l’engagement de Trudeau, le 14 mai 1980, six jours avant le référendum. Un engagement à dessein formulé de manière à laisser croire aux Québécois qu’un Non conduirait à un renouvellement du fédéralisme qui les satisferait (« Nous mettons nos sièges en jeu… »).

 

À l’encontre de la seule province de langue française du Canada, le gouvernement central et neuf provinces anglophones firent approuver par le Parlement britannique les changements qui leur convenaient, le tout assorti de dispositions qui réduiraient les compétences de l’Assemblée nationale du Québec en matière linguistique. Non seulement la nouvelle Constitution ne correspondait en rien aux réclamations historiques du Québec, mais les Québécois et les Canadiens français en général, qui se voyaient jusque-là comme un des peuples fondateurs du Canada, étaient relégués au rang de plus grosse minorité ethnique du pays. Par la confirmation du multiculturalisme canadien et l’accent mis sur les droits individuels, cette Constitution modifiait la nature du Canada et niait, pour l’avenir, toute portée politique et juridique à l’idée de nation québécoise.

 

Beaucoup de fédéralistes québécois, dont la plupart des libéraux de Claude Ryan, s’insurgèrent à l’époque contre ce résultat aussi illégitime qu’abusif. Il est tout de même hautement significatif que, depuis plus de trente ans, aucun gouvernement du Québec, tous partis confondus, n’ait ratifié la Constitution de 1982 ! De plus, on a appris, dans l’ouvrage de Frédéric Bastien, La bataille de Londres (Boréal), que le juge en chef de la Cour suprême du Canada qui devait se prononcer sur la légalité du projet de Trudeau contribua par ses confidences en Grande-Bretagne à atténuer les hésitations des parlementaires de ce pays à approuver ce projet qui, au départ, leur déplaisait.

 

D’aucuns peuvent bien prétendre que c’est maintenant là un dossier terminé et classé, mais il n’en reste pas moins que la Constitution de 1982 infléchit le régime dans un sens Canadian que les Québécois n’ont jamais voulu. L’infamie de 1980-1981 appartient à cette catégorie de méfaits dont tout peuple qui se respecte ne peut tolérer la perpétuation, car il y va de son identité.

 

Un parti servile

 

Jadis progressiste, le Parti libéral du Québec est devenu le promoteur de l’idéologie multiculturaliste d’une lourde proportion de son électorat non francophone. Il ne cherche plus maintenant qu’à convaincre les autres électeurs que, tout compte fait, « les choses ne sont pas si mauvaises » et que le temps est venu pour les Québécois de se rallier lucidement à la vision du pays et du régime fédéral que nous invitent à partager « nos compatriotes du Canada anglais ». Le parti dont les citoyens ont autrefois été fiers avec raison, celui de la Révolution tranquille, en est presque arrivé à préconiser l’Assimilation tranquille. Mais s’agit-il de la même formation politique ?

 

Le parti de M. Couillard a servilement choisi de s’enraciner ailleurs. Il nie en pratique l’existence du vice constitutionnel qui affecte le Québec d’aujourd’hui et affectera celui de demain, en raison de la dynamique sciemment instaurée contre son identité nationale dans la loi fondamentale du Canada actuel.

27 commentaires
  • Marcel Bernier - Inscrit 17 mars 2014 02 h 28

    Intéressante réflexion… mais allons plus en profondeur

    Il faut renouveler le discours concernant l’accession du Québec à son indépendance: dans son essence, ce discours a été instrumentalisé par les fédéralistes pour déprécier ce geste hautement politique.
    Le Canada est une fédération de provinces. Et notre visée, d’abord et avant tout, consiste à nous retirer de cette fédération comme province pour nous assumer comme pays. Et c’est notre droit le plus strict!
    Quand j’entends un Martin Patriquin, journaliste à Maclean’s et émule de Lord Durham, venir nous dicter comment nous devrions nous concevoir, ici au Québec, et qui claironne que Pierre-Karl Péladeau pourrait détruire le Canada, on a juste le goût de lui dire «regarde sous tes pieds», lorsque nous aurons changé le régime constitutionnel qui nous a été imposé, et tu y retrouveras le même Canada, à Toronto comme à Calgary: toujours une fédération de provinces!
    Et rajoutons une possibilité à notre arsenal: que notre gouvernement décrète l'indépendance unilatéralement et qu'il convoque un plébiscite sur ce choix politique.

  • Frédéric Benoit - Inscrit 17 mars 2014 04 h 05

    L'Affaire Morin

    C'est sûrement agréable de recevoir les conseils de quelqu'un qui s'amusait à jouer sur deux tableaux. Vous étiez assurement une personne de référence pour le PQ et indispensable au point que vous vous affériez à d'autres besoins essentiels pendant cette période de l'histoire.

    Aide-mémoire: Affaire Morin , GRC, Payé par rendez-vous, période constitutionnelle

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 17 mars 2014 17 h 39

      Tirer sur le messager, ignorer le message ...

  • Jean-Marc Drouin - Inscrit 17 mars 2014 07 h 38

    Du sang irlandais

    Merci Monsieur Morin de rappeler ces années où vous étiez ministre des Affaires intergouvernementales du gouvernement Lévesque. Il m'importe que des acteurs de premier plan tels que vous, preniez le temps d'écrire sur le sujet. Depuis mon adolescence que j'observe cette patiente destruction de cette province récalcitrante, rebelle parfois et soumise aussi, mais jamais assez aux yeux d'Ottawa et du reste du pays. C'est une lente assimilation d'une tristesse infinie, nourrie de l'intérieur par des gens comme Philippe Couillard et le Parti libéral du Québec. Je dénonce la position de ce parti, de son chef et de toute leur bande. Il n'y a qu'à voir ce médecin hier sur la rue Sainte-Catherine, serrer des mains et se présenter comme le défenseur des valeurs canadiennes, crier qu'il n'y aura pas de référendum!

    Le savons-nous assez que ces Irlandais qui célèbrent la Saint-Patrick aujourd'hui sont aussi nos ancêtres. Que beaucoup, beaucoup d'entre eux se sont mariés à des Québécoises et qu'ils ont choisi de vivre ici en français, que beaucoup d’Irlandaises se sont mariées à des Québécois et qu'un très, très grand nombre d’orphelins irlandais furent adoptés par des familles québécoises au milieu du XIXe siècle. N'y a-t-il donc que des miettes, toujours des miettes, que des détournements de ce que nous avons été en terre québécoise? À quoi ressemble ce Québec qu’on veut me vendre maintenant - à ce Monsieur Couillard qui s’époumone devant l’édifice de The Gazette pour se proclamer plus royaliste que le roi d’Angleterre, plus royaliste que la reine Elisabeth?

    À cet homme qui déteste que nous ne soyons pas comme les autres Canadians, si simplement, si inexorablement.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 17 mars 2014 17 h 44

      Comme vous, je déplore "cette patiente destruction de cette province récalcitrante" de la part de gens qui nous ont trompés, et d'autres qui continuent de nous tromper, pour nous rapetisser le plus possible.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 17 mars 2014 07 h 57

    Ceci dit !

    Beau résumé de tout ce qui s'est passé pour qu'on en soit rendu-là !

    Sauf que... là n'est pas le problème.

    Le problème est que M. Couillard prend sur ses propres épaules et à sa seule directive notre avenir. Nous n'avons pas droit au chapitre. Et il n'a aucune intention de nous demander notre opinion.

    S'il décide un beau matin de partir en voyage dans ce grand territoire, qui n'en fini plus de finir, pour aller jaser avec «d'autres» de notre avenir et que les seuls qui auront le choix sont ceux qui vivent en Alberta ou en Colombie parce qu'eux sont obligés de faire un référendum sur tout changement à la Constitution; quel poids notre opinion a-t'elle pour ce grand chef ? Quelle valeur donne-t'il «Au seul groupe homogène en Amérique du nord !»

    Rencontrera-t'il sur sa route un autre Elijah Harper ?

    Pour notre ami Couillard, notre opinion ne vaux pas une plume d'oie ! Là est le problème !

    S'il est élu, il considèrera qu'il en a eu le mandat, car il en a parlé un certain lundi matin. Nous sommes avertis ! C'est l'avantage de tout dire et dire n'importe quoi, tu peux toujours revenir sur ta parole.

    Bonne journée si vous le pouvez.

    PL

  • Carole Jean - Inscrite 17 mars 2014 08 h 28

    Le Parti libéral du Québec et son chef actuel.


    M. Philippe Couillard est sans doute le chef le moins bien préparé que le Parti libéral du Québec se soit donné depuis plus de 60 ans. On est loin des Jean Lesage, Robert Bourassa ou Claude Ryan.

    Non seulement M. Couillard s’y connaît-il très peu en économie, mais il donne l’impression d’un médecin perdu en politique.

    Quand à l’histoire constitutionnelle du Québec et du Canada, il semble n’en avoir que très vaguement entendu parler. Cela explique peut-être pourquoi il semble changer d’idées constamment sur cette question.

    Le rappel des faits historiques que fait l’ex-ministre Claude Morin est salutaire et bienvenu. La vérité est que la population québécoise a été flouée en 1980-82 par des politiciens manipulateurs et sans scrupules.

    Merci à M. Morin de nous le rappeler. Et à M. Couillard d’en prendre bonne note.