La réplique - Costco et le prix des livres

Le Devoir consacrait la une de son cahier Livres du samedi 26 octobre 2013 à la vente de livres en grandes surfaces. Sur un ton un brin ironique, Catherine Lalonde porte son regard surtout sur Costco en rappelant d’abord quelques faits déjà bien connus : ce commerce propose une faible sélection de titres au rabais, des valeurs sûres uniquement. Au total, environ 300 titres sur les 35 000 nouveautés en français disponibles chaque année. Entre les lignes, on sent toutefois que la journaliste a été un peu surprise en découvrant le « modèle d’affaires » de ce magasin entrepôt. Costco ne s’adresse pas aux « pauvres » en leur permettant, par une politique de bas prix, d’avoir plus facilement accès à la littérature, comme le soutiennent certains dans le débat sur le prix réglementé. Sa clientèle est généralement bien nantie : des revenus deux fois supérieurs à la moyenne nationale, si on se fie aux données américaines. Bref, le type de clients que les libraires aimeraient bien garder chez eux. Or, ils ne peuvent entrer dans ces guerres de prix. La diversité des stocks, la défense de la littérature et la qualité du service entraînent des coûts qui n’existent tout simplement pas en grandes surfaces.

 

Personne ne réclame que Costco abandonne la vente de livres. En revanche, une majorité d’acteurs du milieu veut éviter que les ventes de livres soient conditionnées par des guerres de prix qui finiront par faire disparaître la diversité des commerces. Cette diversité des lieux de vente est essentielle à la vitalité et à la richesse des oeuvres littéraires.

 

Même avec un prix réglementé sur les nouveautés, il y a de la place pour le livre dans les grandes surfaces, puisqu’il y aura toujours des acheteurs qui n’iront jamais en librairie. L’expérience internationale le démontre : dans tous les pays où il y a un prix réglementé, les grandes surfaces sont actives dans le commerce du livre. En France, à la suite de l’adoption du prix unique, les grandes surfaces ont d’abord protesté avant de s’y adapter. Ne pouvant plus concurrencer en offrant des prix coupés, elles se sont repositionnées en proposant plus de diversité. La France compte aujourd’hui, par personne, trois fois plus de commerces vendant des livres qu’en Grande-Bretagne, pays qui a abandonné le prix unique au milieu des années 1990. L’adaptation des grandes surfaces se vérifie dans d’autres marchés, même très différents de celui de la France, comme au Japon, en Argentine ou en Allemagne. Du point de vue du Québec, le cas du Mexique est toutefois particulièrement instructif. Ce pays est membre de l’ALENA, comme le nôtre, mais surtout, ce sont les mêmes grandes surfaces qui y sont actives. Walmart et Costco se sont adaptées à la réglementation mexicaine, ont maintenu leurs rayons de livres intacts et offrent des rabais dans les limites prescrites. Peut-on imaginer qu’elles feraient autrement au Québec ?

 

Le cas d’Amazon

 

L’article évoque sommairement les craintes que suscite l’arrivée d’Amazon au Québec. Pourtant, il s’agit là de l’un des plus puissants arguments en faveur d’un prix réglementé. Dans le monde anglophone, Amazon s’est développé par des guerres de prix sans relâche au cours des quinze dernières années. C’est désormais un acteur qui domine la vente des livres imprimés et il n’est pas très loin du monopole en ce qui a trait aux livres numériques. Un prix réglementé permettrait, au Québec, de maintenir plus de commerces dans le secteur de la vente au détail du livre, de soutenir la diversité et le dynamisme de l’édition québécoise.

 

Ne pas intervenir maintenant serait dramatique pour les écrivains et les lecteurs du Québec.


Benoit Prieur - Président de l’Association des distributeurs exclusifs de livres en langue française

5 commentaires
  • Michel Richard - Inscrit 31 octobre 2013 06 h 54

    Le cas d'Amazon


    Mais que dites-vous pour Amazon ? Dans la mesure ou cette entreprise fait affaires par la poste, sans présence au Québec autrement que sur un site internet, comment une réglementation Québecoise peut-elle s'y appliquer?

  • Gil France Leduc - Inscrite 31 octobre 2013 09 h 49

    Frais de poste

    En France, on a ajouté une couche au prix unique pour contrer la domination d'Amazon alors qu'une loi interdit maintenant la livraison à rabais, voire gratuite, après un certain montant d'achats.

    J'espère qu'au Québec, on aura pensé à aussi inclure une mesure semblable.

  • Paul Sven - Inscrit 31 octobre 2013 12 h 02

    loin des centres

    Claude Champagne, la livraison à rabais ou gratuite est peut-être une bonne chose dans un pays comme la France où il y a toujours des librairies à portée, mais au Canada -- et au Québec --, quand vous résidez loin des centres, qu'il n'y a pas de librairie à plusieurs centaines de kilomètres à la ronde (ou des dépôts avec des choix ridicules), pourquoi faudrait-t-il imposer en plus le transport au lecteur ?

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 31 octobre 2013 14 h 26

      "pourquoi faudrait-t-il imposer en plus le transport au lecteur"?

      Parce qu'il réside "loin des centres, qu'il n'y a pas de librairie à plusieurs centaines de kilomètres à la ronde". C'est simple?

  • André Fournier - Inscrit 31 octobre 2013 14 h 06

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