Et si les religions exemptaient les fidèles?

lus le débat sur le projet de charte lancé par le gouvernement avance, plus le point en litige devient clair : un employé ou une employée d’un État laïque doit-il s’abstenir de porter des signes religieux ostensibles ou ostentatoires au travail, visant à démontrer clairement sa foi en une secte ou une religion donnée, afin de servir, dans une neutralité religieuse apparente, les clients de toutes les confessions religieuses qui se présentent à elle ou à lui ? Plusieurs leaders religieux et leurs fidèles s’opposent à cette proposition pour des raisons de pratiques religieuses et de foi.

 

En vertu des contraintes proposées par le projet de cette charte, chez les chrétiens, le port d’une croix peut être en cause, selon sa dimension. Chez les juifs, une kippa surdimensionnée peut poser problème. De même que le turban sikh. Chez les musulmans, l’habillement dans son ensemble, voile islamiste, hidjab, burqa, abaya, etc., semble bien envahissant. Il est à noter qu’aucune religion ne reconnaît unanimement que ces attributs ostentatoires sont obligatoires et entraînent un péché si non respecté. De nombreux fidèles de ces religions ne portent d’ailleurs pas ces attirails et n’en font aucunement la promotion. Ceci est vrai dans tous les pays de la terre, y compris dans les républiques dites religieuses dans leur identification nationale. D’autres fidèles, par contre, sont convaincus que le non-respect du port de ces signes ou vêtements religieux mène au péché. Alors, que faire ?

 

Solution toute simple

 

Voici une solution dont la simplicité vous émerveillera. Ma maman a mis au monde quatorze enfants. Elle a aussi souffert d’une fausse-couche. Elle a donc passé une immense partie de sa vie d’épouse enceinte. Or, si elle « sautait » une année de grossesse, revanche des berceaux oblige, le curé du village n’hésitait pas à la ramener à son devoir. Elle et les autres femmes en pareille situation. Ma mère, à cette époque, était bien maigre et malingre. Son médecin, le bon docteur Déry, l’appelait, bien affectueusement, « pisse-la-graisse ». Et puis, catholique très pratiquante, nous sommes au début des années cinquante à son âge adulte, ma mère respectait les obligations et contraintes que lui imposait sa foi. Ainsi, lors d’une année particulièrement difficile pour sa grossesse, elle eut toute la difficulté du monde à « faire son carême ». Mis au courant, le nouveau curé du village vint la visiter. Devant son état, ce bon curé décréta, par son pouvoir de pasteur, que maman pouvait, certains jours, selon ses besoins, être exemptée ou dispensée de respecter les contraintes sévères du carême. Ce qu’elle fit. Elle donna naissance, quelques mois plus tard, à un bel enfant en santé. Serait-ce donc en Gaspésie que survint le premier accommodement raisonnable de nature religieuse au milieu des années cinquante ?

 

Les autorités religieuses, de toutes les religions, possèdent ce pouvoir d’exemption libérant des fidèles d’obligations religieuses réelles ou perçues comme telles.

 

J’en appelle donc aux autorités religieuses du Canada et du Québec, de toutes les confessions, de libérer de l’obligation de porter des signes religieux ostensibles ou ostentatoires, durant les heures de travail, leurs fidèles travaillant dans la fonction publique et parapublique du Québec, afin de libérer leur conscience et de leur permettre d’éviter une auto-exclusion douloureuse et pénalisante, affectant toute leur famille et leur communauté. Ce qui fut accordé par Dieu à ma mère, par la sagesse divine de son représentant sur terre, ne peut-il pas l’être à quiconque désirant gagner honorablement sa vie en servant son prochain dans le respect des contraintes gouvernementales ? Ce Dieu n’est-il pas le même pour toutes et pour tous ? Et Lui-même, dans sa grande miséricorde et sa sagesse infinie, ne nous donne-t-il pas toujours la solution ? Il l’a mis là au fond du coeur de chacun, chacune. Que sa lumière nous éclaire ainsi que nos pasteurs temporels qu’Il a placés sur notre route.

 

Paix sur la terre aux âmes de bonne volonté.

46 commentaires
  • Martin Maynard - Inscrit 20 septembre 2013 04 h 49

    J'ai encore plus simple

    Laissons le monde vivre!

    • Gisèle Filion - Abonnée 20 septembre 2013 07 h 54

      En effet, c'est simple...

    • Nicolas Bouchard - Abonné 20 septembre 2013 08 h 48

      Dixit les libertariens.

      Comme il est curieux de voir qu’on nous propose comme solution le processus même qui mena à la situation que nous tentons aujourd’hui de dénouer.

      Certes, une autre couche de peinture blanche sur notre mur blanc lui donnera finalement cette nouvelle couleur tant recherchée.

      Dissonance cognitive, quand tu nous tiens.

      Nicolas B.

    • Clyde Paquin - Inscrit 20 septembre 2013 13 h 34

      M. Maynard, je dirais beaucoup plus "simpliste" que "simple" comme déclaration! Ainsi, "laissons le monde vivre!", levons l'interdiciton de fumer dans le métro, laissons les gens boirent au volant s'ils le veulent! Laissons le monde vivre! Que les employés de l'État puissent aller travailler complètement nus s'ils le désirent, mâcher de la gomme et cracher sur le tapis! Je pourrais tellement continuer 3 jours avec des exemples d'interdictions, de normes, de lois, de règles de savoir-vivre que nous respectons tous les jours sans se poser de questions, votre argument est non pertinent.

    • Martin Maynard - Inscrit 20 septembre 2013 20 h 58

      M. Bouchard
      Encore une fois de quel problème parlons-nous? Quelle est la situation catastrophique que vous voyez et qu'une bonne moitié de la population ne voit pas?
      J'ai une question toute simple pour vous. Combien va coûter la charte, son application et son maintien? Avez-vous une idée au moins? Amenons le débat sur les côuts. C'est aussi important. Combien par objet religieu à enlever selon vous? Est-ce qu'on peut se le permettre?

      Il est certain qu'a défaut d'arguments valables, l'insulte est la stratégie la plus accessible.

      M. Paquin
      Le problème avec cette charte c'est que personne ne sait à quoi elle sert. Ma solution est simple à un problème inexistant. Dans les faits, la charte est inutile. Elle sert d'appat.

      Est-ce que j'ai parlé des fumeurs? Parlons-en si vous voulez. La fumée de cigarette produite par un fumeur peut incommoder d'autres personnes. C'est vrai. C'est un problème. Mais en quoi un fonctionnaire portant un objet religieux peut incommoder quelqu'un d'autres? Ça donne mal aux yeux peut-être? Ça n'a pas été démontré? A-t'on des plaintes?
      Ça me parait illogique d'adopter une position sans fondement.

      Dans le fond, avec cette charte, on veut faire quoi réellement? Gagner les élections ... et ce sur le dos d'une poignée de gens et aussi sur le dos de la population qui devra assumer les coûts d'une autre dépense inutile.

      Il va falloir un jour que nous, les québécois, réalisions que l'argent que le Gouvernement gaspille, c'est notre argent et que le portefeuille n'est pas illimité.

      En regardant notre système d'éducation, nos routes et nos programmes de retraites trop maigres, le jour où la population devra faire le choix des priorités n'est pas loin. Et je prévois plusieurs grincements de dents.

      Je vous souhaite une bonne soirée.

    • Clyde Paquin - Inscrit 21 septembre 2013 16 h 03

      Eh bien, en tant que citoyen d'un État, lorsque je vais recevoir un service pour lequel je paye, je ne veux pas que l'on m'affirme "Je crois en Allah!" avec un voile, ou "Je crois au Guru Suprême!" avec un kirpan, ou en Dieu le Père avec une croix, ce n'est pas l'endroit pour m'affirmer cela et je ne l'ai pas demandé, cela m'incommode. Autant qu'un enseignant au primaire qui porterait un chandail inscrit "Dieu n'existe pas!", l'objectivité, la liberté de conscience et la neutralité sont primordiales lorsque l'on exerce se genre de fonction. Les signes religieux sont des affirmations, nous ne pouvons pas avoir un État neutre si ses représentants affirment leurs croyances personnelles aux citoyens. Je ne veux pas qu'on s'occupe de mon enfant dans un CPE avec un voile ou un turban sur la tête. Ces endroits doivent être neutres, c'est cela qui est fort simple.

    • Martin Maynard - Inscrit 22 septembre 2013 09 h 27

      Bon, il y a beaucoup de 'je' dans votre raisonnement. Mais pour bien comprendre votre malaise combien de fois avez-vous eu affaire avec un employé de l'état portant des signes religieux dernièrement? Dans les 5 dernières années?

      Aussi c'est quoi un état neutre? En enlevant les signes religieux l'état devient neutre automatiquement? Un foctionnaire sans signe offrira un meilleur service selon vous?

  • Suzanne Chabot - Inscrite 20 septembre 2013 05 h 55

    La nécessité lève l'interdit

    M. Denis Gaumond dit : "J’en appelle donc aux autorités religieuses du Canada et du Québec, de toutes les confessions, de libérer de l’obligation de porter des signes religieux ostensibles ou ostentatoires, durant les heures de travail [...]."

    Je connais bien la position des oulémas (théologiens et savants musulmans) sur le sujet.

    Il est effectivement possible d'exempter un musulman d'une obligation religieuse, et même de lui permettre d'avoir recours à un interdit. Toutefois, cette exemption existe seulement lorsqu'il n'y a pas d'autre choix, en cas de force majeure. Le pricipe est "La nécessité lève l'interdiction".

    Lorsque la vie de la personne est en danger, par exemple, et qu'il n'y a pas d'autre nourriture, il est permis au musulman de manger du porc. Les oulémas se fondent sur le verset du Coran suivant : "Certes, Il (Allah) vous a interdit de consommer la chair de la charogne, le sang, la viande de porc, et tout animal sur quoi on a invoqué un autre nom qu'Allah. Il n'y a pas cependant de péché pour celui qui est contraint par la nécessité, sans toutefois abuser ni transgresser, car Allah est Pardonneur et Miséricordieux" (Sourate 2, verset 173).

    Pour l'application de ce principe au travail dans la fonction publique, chaque cas doit être analysé par un mufti, qui est un spécialiste du droit musulman apte à émettre des avis religieux. Il devra considérer si le travail en question est une nécessité ou pas, et s'il existe d'autres choix possibles.

    Je vous parie que de tels cas seront râres, car même si le travail ets nécessaire, il est toujours possible de se trouver un autre emploi, quitte à déménager.

    • Jean Lapierre - Inscrit 20 septembre 2013 08 h 59

      Il s'agirait donc d'exempter quelqu'un d'une obligation qui n'existe pas!

    • Suzanne Chabot - Inscrite 20 septembre 2013 10 h 23


      Non, M. Lapierre. Selon l'ensemble des oulémas, le voile est bel et bien une obligation religieuse.

    • Suzanne Chabot - Inscrite 20 septembre 2013 10 h 41


      Tous les oulémas s'entendent que le port du voile est une obligation religieuse.

    • Jean Lapierre - Inscrit 20 septembre 2013 11 h 58

      Et bien sûr, Mme Chabot, nos curés du temps jadis invoquaient "bel et une obligation religieuse" lorsqu'ils disaient aux petits garçons de ne pas mettre leurs mains dans les poches et aux petites filles de ne pas s'appuyer sur les calorifères.

    • Jérémie Poupart Montpetit - Abonné 20 septembre 2013 16 h 15

      Mme. Chabot,
      Ce n'est pas parce qu'un Oulémas a décidé que c'était obligatoire que ce l'est dans le livre sacré, qui soit dit en passant a force de loi et préscéance sur ce que disent les oulémas.

      En bref, c'est de l'obstination bornée de leur part de ne pas vouloir reconnaitre qu'il n'y a pas d'obligation de porter le voile alors même qu'il est clair net et précis dans les différents livres sacrés qu'il ne s'agit pas d'une obligation.

      De plus, celà ne change rien au fait que l'oulémas n'est pas dieu, ni président. Autrement dit, il a une opinion citoyenne et une faible autorité morale qui ne devrait jamais avoir préscéance sur les lois sociales...

      Jérémie Poupart Montpetit

  • Lise Des Ormeaux - Abonnée 20 septembre 2013 06 h 13

    Charmante utopie ?

    Vous m'avez fait sourire, Monsieur, et dans le coeur et dans l'esprit ! Charmante solution à cette fameuse Charte des valeurs québécoises qui bousculent les pro et les contre.....Utopie cependant ? Quand j'entends ces femmes au voile 'perdre leur identité' si elles l'enlèvent ? Iraient-elles chercher dérogation auprès de leur iman ?

    Pourquoi leur religion les incite-t-elle à porter ce signe ? Par humilité envers leur Dieu ? Par modestie féminine (pour ne pas 'allumer' les hommes) ?

    Je m'y perds un peu moi-même dans le but de ces vêtements. Parce que ces voiles sont souvent de couleur voyante, ou cousus de brillants. Parce que le maquillage des yeux et de la bouche devient une autre attraction. Dans un groupe, ce sont ces femmes que l'on remarque d'abord.

    Alors expliquez-moi. Ai-je mal compris pourquoi on s'oblige ces vêtements ? Où serait la modestie, l'humilité, l'identité religieuse dans ce choix de porter le voile ? J'y vois plutôt une façon de paraître différente.

    Désarmante utopie....
    Lise Des Ormeaux, Boucherville.

    • Jean Lapierre - Inscrit 20 septembre 2013 09 h 02

      Touché

    • Normand Chaput - Inscrit 20 septembre 2013 10 h 38

      au Qatar il est possible de s'acheter un voile en forme de cheveux comme les perruques dans le temps de Louis XIV

    • Francois Gougeon - Inscrit 20 septembre 2013 12 h 52

      Pourquoi les femmes ici doivent-elles couvrir leur poitrine?

    • Martin Maynard - Inscrit 20 septembre 2013 21 h 09

      Mme Des Ormeaux
      Ces femmes sont nées et ont grandies dans un autre cadre référentiel que le nôtre. Elles voient des choses différemment de nous et donne de l'importance à des choses qui pour nous paressent anodines. Doit-on les comdamner pour ça?

      Nous ne pouvons pas nous substituer à ce qu'elle pense et inversement, elles ne comprennent pas toujours nos gestes, comme manger de la poutine par exemple.

      De même votre mère et votre grand-mère n'avaient pas le même référentiel que vous. Ne donnant pas la même valeur aux choses. C'est normal la société change et aujourd'hui, nous avons l'impression qu'elle change encore plus vite.

  • Gisèle Filion - Abonnée 20 septembre 2013 06 h 26

    Religion à visée politique

    Oui. Tout à fait d'accord avec cette proposition de demander à toutes les autorités de toutes les confessions, cette exemption pour leurs fidèles. La religion étant d'abord et avant tout une affaire d'intériorité, on pourrait même aller plus loin et demander à chacun de s'arranger avec son Dieu, dans son intériorité pour être dispensé du port de symbole religieux. Il y a, dans le fait de tenir à porter son symbole religieux dans la fonction publique, quelque chose d'autant plus suspect qu'on y tient mordicus. Une religion qui tient à forcer l'espace étatique dévoile ses visées politiques.

  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 20 septembre 2013 06 h 49

    Libérer de quoi?

    Aucune religion, que je sache, n'oblige ses fidèles à porter quelque signe d'appartenance. Le Coran lui-même ne dit rien du voile. Cela étant, le «signe ostentatoire» relève tout simplement de la mode.

    Se pourrait-il que le débat porte moins sur Jésus et Mahomet que sur Chanel et Balenciaga?

    Desrosiers
    Val David

    • Richard Laroche - Inscrit 20 septembre 2013 13 h 16

      Je suis du même avis.

      Les symboles sont avant tout une question d'identité et d'apparence avant d'être une question de religion. Le fait d'interdire certains symboles, religieux ou pas, revient ultimement à interdire certaines identités.

      Que l'État établisse des critères d'identité à l'immigration c'est une chose. Mais ce n'est pas la responsabilité de l'État de gérer les libertés d'identité des citoyens qui sont déjà là. La société génère elle-même ses propres pressions discriminatoires naturelles, par exemple avec la mode, les règles du civisme et les standards non-écrits, comme la "tenue de ville". L'État n'a pas besoin d'écrire des lois pour que ces pressions se fassent.