L’habit ne fait pas le moine

Ce qui compte vraiment, c’est l’authenticité de sa croyance, à mille lieues de toute apparence.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Ce qui compte vraiment, c’est l’authenticité de sa croyance, à mille lieues de toute apparence.

Il y a une tradition philosophique qui enseigne depuis plus de deux millénaires la différence entre l’être et le paraître. Cette différence, admise par les êtres rationnels, n’est pas toujours facile à établir dans les faits. Mais qui pourrait tromper des dieux, aux pouvoirs surnaturels, quant à l’authenticité de sa croyance ?

 

En effet, si Dieu, Yahvé ou Allah existent vraiment, il va de soi qu’ils savent faire la différence entre l’être et le paraître, c’est-à-dire, dans le cas qui nous intéresse ici, qu’ils ne se laissent pas berner par le simple fait de porter tel ou tel vêtement comme preuve de croyance. S’ils se laissaient tromper, il s’agirait alors de dieux bien limités, et s’ils se laissaient influencer par ces apparats, ils seraient bien superficiels et ne mériteraient pas notre dévotion. Il n’est pas inutile non plus de rappeler que ces rituels associés aux religions sont le fruit de décisions humaines : comment être sûr de leur bien-fondé ? Il serait étonnant que ces mêmes dieux nous tiennent rigueur de ne pas avoir porté leurs symboles parce que des conditions étrangères à nos convictions ne nous le permettaient pas.

 

Rappelons ce qu’est un symbole. Par définition, un symbole renvoie à autre chose que lui-même. Picasso a dessiné une colombe représentant la paix. Cette colombe n’est pas la paix elle-même, elle ne fait que la signaler ; on ne saurait la confondre avec ce dont elle est le symbole. Il n’en va pas autrement pour les symboles religieux. L’habit ne fait pas le moine, dit la sagesse populaire avec raison. Ce qui compte vraiment, c’est l’authenticité de sa croyance, à mille lieues de toute apparence.

 

Interdiction

 

Aussi, quand on confond l’interdiction temporaire de porter un symbole (par exemple pendant les heures de travail ou une partie de soccer) avec l’interdiction de liberté de religion, on commet un sophisme de substitution : on prend le signe pour la chose. Il est étonnant de voir apparaître ce sophisme chez des gens qu’on aurait cru plus avisés. On n’a pas, à mon avis, une très haute opinion de la religion quand on pense ainsi. On la rabaisse à une question d’apparence, de pratique extérieure, alors que, si l’on veut être sérieux en matière de religiosité, c’est d’abord et avant tout l’attitude intérieure qui prévaut. Dieu, Yahvé ou Allah, s’ils existent, ne se trompent pas sur nos véritables intentions quand on affiche ces signes. Ils savent distinguer entre conviction profonde, hypocrisie et revendication politique. Ils savent aussi qu’un véritable croyant ne cesse pas de l’être du moment qu’il ne porte pas son symbole religieux en tout lieu.

 

Je ne peux alors que demeurer sceptique quand des croyants ou un de leurs défenseurs prétendent le plus sérieusement du monde que la liberté de religion est brimée (avec la pente glissante qui s’ensuit : non-accessibilité au travail, non-intégration, etc.), alors qu’il s’agit de renoncer temporairement à ses symboles et non de renier ses convictions profondes. Je demeure aussi très sceptique quant à une croyance religieuse qui dépendrait aussi fortement d’apparences.


René Bolduc - Professeur de philosophie Cégep Garneau

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 29 août 2013 00 h 15

    Lavage de cerveaux

    Malheureusement, le lavage de cerveaux pratiqué par les responsables religieux ou par les parents des enfants rend cette distinction bien difficile pour certains "croyants".

  • Mario Jodoin - Abonné 29 août 2013 01 h 33

    Manque d'empathie

    «Je demeure aussi très sceptique quant à une croyance religieuse qui dépendrait aussi fortement d’apparences.»

    Le problème n'est pas que VOUS soyez sceptique, mais bien ce que pense la personne qui ne pense pas comme vous. Mais, pour comprendre ça, il faut avoir un minimum d'empathie. Malheureusement, et c'est pour moi le drame des êtres humains, ils en manquent trop.

    • Jean-Jacques Lefebvre - Inscrit 29 août 2013 11 h 35

      C'est absolument pour cela qu'une loi bien faite, et pour tout le monde est nécessaire.

  • Clyde Paquin - Inscrit 29 août 2013 02 h 23

    Voilà!

    Je suis tout à fait d'accord... et la discussion est rarement entreprise sous cet angle. Voici le choix que nous devons faire en tant de société, à quoi voulons-nous donner le plus de valeur? Un être humain ou un symbole religieux? Ces symboles ne sont de toute façon que des artifices et n'ont absolument aucun impact sur le "degré" de croyance d'une personne ou sur sa sincérité.

  • Frédéric Benoit - Inscrit 29 août 2013 03 h 17

    Vos propres sophismes

    Un symbole est une représentation, une distinction personnelle qui définie la personne. Un symbole est synonyme d'appartenance et il n'est pas qu'apparence.

    D'ailleurs, les symboles ont créé une partie de notre monde. On a qu'à penser aux premiers hiéroglyphes et plus récemment la création de drapeaux nationaux. Je trouve que vous faites vous mêmes des sophismes en réduissant l'importance d'un symbole à une question d'apparence.

    Si un moine ne peut porter son habit dans la société. Comment savoir qu'il est un moine et qu'il existe ? Il ne serait que le vouloir des autres d'être ce qu'il n'est pas.

    Voici une citation que je trouve très pertinente:

    « Nous gagnerions plus de nous laisser voir tels que nous sommes, que d'essayer de paraître ce que nous ne sommes pas. » de François de La Rochefoucauld

    • Cyril Dionne - Abonné 29 août 2013 10 h 32

      « Nous gagnerions plus de nous laisser voir tels que nous sommes, que d'essayer de paraître ce que nous ne sommes pas. » de François de La Rochefoucauld

      C'est exactement ce que disaient les nazis avec leur croix gammée et de même, pour les Chemises noires de Mussolini.

    • Frédéric Benoit - Inscrit 29 août 2013 11 h 26

      @ Cyril Dionne

      Vous venez d'atteindre le point Godwin, Reductio ad Hitlerum.

      Cette citation de François de la Rochefoucauld dit qu'il vaut mieux être soi-même que faire semblant d'être quelqu'un d'autre que soi, afin de plaire à la volonté populaire.

      Une personne croyante a le droit d'exprimer sa croyance de la manière qu'elle le souhaite, avec un signe religieux ou pas. On ne peut pas forcer les gens à choisir l'élément duquel ils accorderont le plus d'importance. Surtout lorsque ça touche leur propre liberté d'expression et leur liberté de pensée.

    • Jean-Guy Mailhot - Inscrit 29 août 2013 11 h 47

      ''Si un moine ne peut porter son habit dans la société. Comment savoir qu'il est un moine et qu'il existe ? Il ne serait que le vouloir des autres d'être ce qu'il n'est pas.''

      Pourquoi un moine aurait-il ce besoin de montrer à tous qu'il est moine en portant un habit spécifique?

      Pourquoi un motard appartenant à une organisation a-til besoin de montrer à tous son appartenance par son écusson et son casque allemand?

      Matthieu 23:5 Ils font toutes leurs actions pour être vus des hommes. Ainsi, ils portent de larges phylactères, et ils ont de longues franges à leurs vêtements;

      6.5
      Lorsque vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites, qui aiment à prier debout dans les synagogues et aux coins des rues, pour être vus des hommes. Je vous le dis en vérité, ils reçoivent leur récompense.


      J'ajouterais dieu ne se montre pas lui! Il n'intervient même pas lors des massacres et des génocides parmi ses croyants!

    • Gaston Carmichael - Inscrit 29 août 2013 12 h 53

      ''Si un moine ne peut porter son habit dans la société. Comment savoir qu'il est un moine et qu'il existe ? Il ne serait que le vouloir des autres d'être ce qu'il n'est pas.''

      Vous mélangez la sphère publique et la sphère privé.

      Personne ne s'objecte à ce que le moine puisse faire son épicerie chez Maxi avec son habit.

      Par contre, un fonctionnaire ayant à donner des services au public, il faut que catholiques, sikhs, musulmans, juifs orthodoxes, etc... sans que ceux-ci se sentent mal à l'aise d'avoir à faire affaire avec un moine.

      Un fonctionnaire peut porter deux chapeaux, mais pas en même temps.

    • Cyril Dionne - Abonné 29 août 2013 16 h 15

      @ M. Benoit

      Je dois dire d'emblée que je respecte toutes les croyances incluant la non croyance. Et c'est beaucoup mieux d'en débattre de cette façon, sur un ton posé et respectueux, à l'opposé de ce qu'on voit présentement au Moyen-Orient et ailleurs.

      J'ai toujours pensé que la religion - la croyance était une expérience spirituelle et surtout personnelle qui n'avait nullement le besoin de l'extériorisation pour être vraie. Mais lorsqu'on l'extériorise dans la sphère étatique, ne pose-t-on pas un geste qui pourrait être interprété comme une position politique puisque pour plusieurs, les symboles ostentatoires n'ont pas aussi une portée religieuse, mais aussi une portée symbolique identitaire d'appartenance à une communauté civile de la même façon qu'un drapeau ?

    • Frédéric Benoit - Inscrit 29 août 2013 21 h 57

      @ Gaston Carmichel

      C'était volontaire de ma part de prendre un exemple d'interdiction totale de l'habillement pour un moine.

      En fait, ce que j'essayais de vous faire comprendre, c'est qu'il y a toujours une limite entre ce qui est de la sphère privée et la sphère publique. Cependant, on ne peut pas restreindre les droits qu'à une sphère ou à une autre.

      Si par exemple, le droit de neutralité s'applique à l'État. Qu'est-ce qui vous dit que ce nouveau droit ne s'étendra pas encore plus dans la sphère publique et peut-être même dans la sphère privée ?

      En France, des députés songent à interdire le port de signes religieux à des employées de certaines entreprises privées qui ont des contrats avec l'État, et cela, au nom de la neutralité et de la laïcité des institutions.

      Jusqu'où ça s'arrêtera ?

  • André Chevalier - Abonné 29 août 2013 04 h 26

    Rigidité dogmatique

    Pour celui qui reçoit un service public, l'habit fait le moine.

    Dans le contexte actuel où certaines mouvances religieuse exigent d'afficher leurs convictions religieuse en tant qu'employés d'un service public, il est normal comme bénéficiaire d'un service public de voir cette exigence comme une manifestation de rigidité dogmatique qui place les préceptes religieux au-dessus de toute autre considération. Comme citoyen, je suis en droit de craindre que la prestation de service soit teintée de considérations religieuse qui me sont inconnues.

    Quand quelqu'un me dit que le fait de porter un signe religieux est pour lui une exigence fondamentale et qu'en même temps il affirme sa neutralité en tant qu'employé de l'état, je suis en droit de ne pas le croire.

    À l'inverse de la constitution canadienne, on devrait proclamer la suprématie de la raison et du droit sur les croyances.

    • Denis Marseille - Inscrit 29 août 2013 08 h 55

      ''Quand quelqu'un me dit que le fait de porter un signe religieux est pour lui une exigence fondamentale et qu'en même temps il affirme sa neutralité en tant qu'employé de l'état, je suis en droit de ne pas le croire.''

      Et vous pensez qu'en lui demandant de faire disparaître ce signe religieux, son fondamentalisme disparaîtra par la même occasion?

    • Minona Léveillé - Inscrite 29 août 2013 09 h 47

      Les symboles religieux sont souvent présentés tour à tour comme une exigence indispensable à la pratique religieuse ou comme un choix personnel dont il ne faut pas faire tout un plat, selon ce qui arrange les personnes qui le portent sur le moment.

      On peut considérer que c'est un choix que de s'imposer une contrainte religieuse mais dans ce cas on devrait peut-être cesser de considérer les demandes d'accommodement religieux comme s'il s'agissait d'accommodements destinés à pallier à un handicap ou à une maladie, des conditions qu'on ne choisi pas.

    • Odette Bernier - Abonnée 29 août 2013 16 h 33

      Il ne s'agit pas seulement d'habit, plutôt ce qu'il représente. Osons le dire, c'est surtout à cause des exigences de musulmans fanatiques que tout ce débat suscite (origine du rapport Bouchard-Taylor). Pour mieux comprendre ce fanatisme, voir l'article :http://www.lematindz.net/news/12233-monde-musulman Cela se passe également au Canada (Shafia, pour en citer un). Croyance ou religion ou les deux, il est inacceptale que nous plions à ces exigeances. Les musulmans ultra fondamentalistes doivent comprendre que nos us et coutumes sont différentes des leurs. S'ils n'ont aucun désir de s'intégrer au Québec, ma foi, qu'ils aillent ailleurs. La charte doit donner un signal clair dans ce sens. Que les anglos ou le reste du Canada se sentent offusqués, c'est leur affaire. Ici au Québec, nous sommes une société distincte. Celle-ci doit réfléter nos valeurs.