Le Québec «fou de ses enfants» a-t-il les moyens de ses ambitions?

Le Québec est souvent cité en exemple pour ses aménagements en matière de politiques familiales, dont un généreux congé parental, des services de garde à coût modique, des activités de loisirs accessibles aux familles et un système de santé et d’éducation public de qualité. Ces éléments existent, mais ils ne s’actualisent que parcimonieusement.

 

Dès l’heureuse nouvelle d’une grossesse, on doit souvent contacter plusieurs cliniques pour obtenir un suivi prénatal et répéter la même démarche pour le suivi post-natal. Puis, les places étant limitées aux cours prénataux en CLSC, on nous envoie au privé.

 

Une fois le congé de maternité entamé, il faut songer à retourner travailler pour subvenir aux besoins du petit héritier. Or, malgré une inscription hâtive alors que le test de grossesse était encore humide, être le 874e sur la liste d’attente des milieux de garde subventionnés n’est pas marginal. Si à force de persévérance on obtient une place dans une garderie privée où le téléviseur n’est pas compté dans le ratio éducateur, on doit débourser la différence et se plier aux contraintes des horaires limités en faisant des acrobaties d’aménagement travail-famille auprès d’employeurs pas toujours compréhensifs.

 

Pendant que le petit grandit, on croit naïvement que l’entrée à l’école se fera aisément. Or, dans ma localité, la maternelle aurait été relocalisée à l’extérieur de la ville, à plusieurs kilomètres de l’école de quartier, s’il n’y avait eu l’intervention de parents ayant fait annuler la décision en trouvant des solutions temporaires pour scolariser ces élèves à proximité. Puis, à certains endroits, l’accès aux activités sportives et culturelles est réservé à une élite équipée en matériel de plein air et motivée à renouer avec l’époque où on campait pour obtenir des billets de spectacle, car il faut parfois se présenter au petit matin pour obtenir une place pour son enfant.

 

On contribue, mais l’accès, lui ?

 

Mon conjoint et moi participons activement à financer ces services par l’entremise de nos taxes et impôts. Malgré notre contribution, nous n’avons pas accès aux cours prénataux du réseau public ni à un milieu de garde subventionné et n’avons pas de pédiatre. Nous camperons pour l’inscription aux loisirs mais devrons déménager pour que notre enfant puisse fréquenter une école de quartier. Malgré tout, nous nous considérons comme privilégiés de parvenir à nous débrouiller pour offrir à notre petite famille une qualité de vie appréciable en usant d’astuce, parfois d’entraide et de ressources financières. Participer en tant que contribuable à financer les programmes publics va de soi, mais financer un système dont on ne peut bénéficier le temps venu est injuste.

 

Ces exemples décrivent la réalité de plusieurs parents, qui varie probablement selon les régions. Il faut reconnaître que ces services représentent des atouts pour les familles qui y accèdent et qu’ailleurs, les politiques familiales sont bien moins développées.

 

Néanmoins, l’objet de mon propos réside davantage dans l’iniquité par rapport à l’accès à ces services dont les modalités mériteraient d’être révisées et, au besoin, indexées en fonction du revenu afin que toutes les familles puissent en bénéficier.

 

Cette réflexion découle d’expériences personnelles et professionnelles. C’est le constat de nombreuses ruptures de services en petite enfance qui me mène à me demander si le Québec, qui dit encourager la natalité, a la capacité d’accueillir tous les tout-petits citoyens qui grandissent et ceux qui germent dans les projets de leurs futurs parents. Je me questionne à savoir si le « Québec fou de ses enfants » se donne les moyens de ses ambitions.


Chloé Gaumont - Psychoéducatrice et mère, Saint-Lamber

 

  • Laurence Morel - Inscrit 10 août 2013 06 h 25

    L'universalité du service n'existe pas !

    Des petits bouts de service disséminés ici et là alors que l'universalité de paiement est bien présente via nos taxes et impôts.
    La différence de traitement existe sur un même territoire, au sein d'un mêne arrondissement (VDM), au sein d'une même commission scolaire (CSDM), etc. Le parent ne peut jamais opposer le principe d'universalité car tous ces services sont décentralisés, aucune structure d'appel centrale n'existe et la plupart du temps les services sont gérés par des organismes communautaires (par exemple loisirs) sous-traités par les villes ou par le gouvernement (CPE). Alors on oppose au parent la bonne volonté mais comme le dit l'auteur il ne s'agit pas de bonne volonté mais de droit au service ...

  • Laurence Morel - Inscrit 10 août 2013 06 h 25

    L'universalité du service n'existe pas !

    Des petits bouts de service disséminés ici et là alors que l'universalité de paiement est bien présente via nos taxes et impôts.
    La différence de traitement existe sur un même territoire, au sein d'un mêne arrondissement (VDM), au sein d'une même commission scolaire (CSDM), etc. Le parent ne peut jamais opposer le principe d'universalité car tous ces services sont décentralisés, aucune structure d'appel centrale n'existe et la plupart du temps les services sont gérés par des organismes communautaires (par exemple loisirs) sous-traités par les villes ou par le gouvernement (CPE). Alors on oppose au parent la bonne volonté mais comme le dit l'auteur il ne s'agit pas de bonne volonté mais de droit au service ...

  • Michèle Poupore - Inscrite 10 août 2013 07 h 03

    Pour un virage tenant compte des gens qui travaillent

    En Scandinavie, les garderies sont réservées aux familles dont les deux parent travaillent à temps plein. Pas question pour une femme en congé de maternité d'envoyer ses enfants à la garderie. L'idée étant de faciliter le retour au travail. Ainsi, les garderies sont un privilège réservé aux personnes qui travaillent.

    Ici, nous avons pris un virage philanthropique qui n'a pas donné les résultats escomptés. Ne serait-il pas temps de rationaliser et revoir cette approche?

    Il en va de même en santé. Les gens qui semblent avoir l'accès le plus facile aux médecins de famille sont ceux qui ne travaillent pas. Cela n'a pas de sens. Les enfants et les travailleurs devraient avoir un accès garanti aux médecins de famille.

    Qu'est-ce qu'on veut finalement en tant que société?

    Il me semble que faciliter la vie des travailleurs (toutes les personnes qui travaillent à temps plein) seraient logique.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 11 août 2013 11 h 02

      Je vais encore pousser la logique à son max : Plus ça va, moins y a de personnes qui travaillent. Donc, si on concentre les services à ceux qui «en donnent» (travaille) moins on en aura besoin ! Mais moins il y aura de personne qui travaille à donner des soins ou à s'occuper de nos enfants quand on travaille, moins il y aura besoin de personnes qui travaillent dans ces domaines. Jusqu'à ce qu'on arrive à celui qui rentre le matin pour travailler «pour tous» avec sa femme restant à la maison pour s'occuper de ses enfants. Logique pure !

      Éh que la vie est donc illogique !!!

  • Roxane Bertrand - Abonnée 11 août 2013 08 h 59

    Ou va l'argent?

    Nos taxes et nos impôts devraient être suffissants, mais il y a trop de corruption. Ou bien, il n'y a juste aucune efficacité dans nos systèmes publics.

    La santé qui coûte par habitant la 1/2 de ce que coûte le système américain de luxe mais devrait en coûter le 1/6. Donc, le 2/3 du budget de la santé est perdu dans le système. Il en est probablement de même pour l'éducation.

    C'est des frais d'administration. On est loin du 10%.

  • France Marcotte - Abonnée 11 août 2013 09 h 05

    Paraître

    Encore ici, l'important est de paraître.

    «Le Québec est souvent cité en exemple pour ses aménagements en matière de politiques familiales...»

    Comment tout cela s'articule vraiment dans la réalité? Bof, ça s'autorégule; autrement dit, c'est chacun pour soi au plus fort la poche. On joue du coude pour les services et les plus futés se réjouissent et se comptent chanceux et cela crée de l'animosité plutôt que de la solidarité.

    La réalité pour les citoyens payeurs d'impôts, ça se passe au ras des pâquerettes, pas dans les belles annonces pour épater la galerie.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 11 août 2013 11 h 07

      «La réalité pour les citoyens payeurs d'impôts, ça se passe au ras des pâquerettes,»

      Et la mentalité des «payeurs de taxes» demeure au ras des paquerettes... semble t'il !

      Rien pour épater la galerie, effectivement !

    • France Marcotte - Abonnée 11 août 2013 12 h 10

      Je ne comprends pas votre animosité, vous pouvez expliquer? (ou bien vous êtes parmi les chanceux qui profitent des services que tous paient?).

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 12 août 2013 10 h 54

      Non Mme Marcotte, je ne suis pas de ceux qui profitent des services que tous paient. En fait, je me force pour ne pas en profiter. J'endure mes bobos, mon quotidien bien ordinaire et ma vie qui se raccourcie tous les jours.

      Je suis de ceux qui ont donné la moitié de sa paye toute sa vie pour que les autres puissent survivre quand ils ne le pouvaient pas eux-même. Et la pensée que je voudrais tout gardé pour moi et que les autres s'arrangent avec leur trouble n'est pas resté collé dans mon esprit. Je suis de ceux qui considère que mon bien-être (sans mauvais jeux de mots) dépend de celui de ceux qui m'entourent sans les connaitre.

      À quoi bon vivre dans l'abondance si tout ce que je vois autour de moi n'est que misère et miséreux ? À quoi bon être assis sur ma montagne d'argent si autour de moi il n'y a que des cadavres morts de faim ?

      Pour prendre un exemple plus frappant et d'actualité, j'attend les commentaires négatifs des payeurs de taxes sur le fait que la «société» devra payer pour les pots cassés à Mégantic.

      J'en aie contre ceux qui pensent que leur individualité est imperméable au malheur des autres. Jusqu'à ce que ça leur arrive. Voilà sur ce quoi j'en aie madame !

      Je ne vous attaque pas en disant cela, je ne me sert que du moment présent pour le faire savoir et vous remercie de l'occasion. Je suis même prêt à comprendre que vous êtes d'accord avec moi quelque part.

      Je vous souhaite la meilleure journée du monde madame.