Autour du «Quebec bashing» du National Post - Pourquoi souhaitez-vous que nous restions dans ce pays?

Le 27 octobre 1995, des milliers de Canadiens partisans du Non au référendum québécois ont convergé vers Montréal. Si on lit ce qu’ils écrivent sur nous, sur notre société, sur la honte et le mépris qu’ils nourrissent à notre endroit, et sur le fardeau économique que nous représentons pour le Canada, on peut pourtant se demander pourquoi les Canadiens anglais s’opposent à l’indépendance du Québec, estime l’auteur.
Photo: La Presse canadienne (photo) Ryan Remiorz Le 27 octobre 1995, des milliers de Canadiens partisans du Non au référendum québécois ont convergé vers Montréal. Si on lit ce qu’ils écrivent sur nous, sur notre société, sur la honte et le mépris qu’ils nourrissent à notre endroit, et sur le fardeau économique que nous représentons pour le Canada, on peut pourtant se demander pourquoi les Canadiens anglais s’opposent à l’indépendance du Québec, estime l’auteur.

S'appuyant sur les écrits de sa collègue Tasha Kheiriddin, le chroniqueur Kelly McParland du National Post a écrit le 18 juin dernier ce qui suit : « Imaginez que quelques milliers de voix se soient déplacées en 1995 et que les séparatistes québécois aient gagné leur référendum. Aujourd’hui, le Québec approcherait du vingtième anniversaire de son indépendance. Que serait-il devenu ? Un petit pays profondément endetté, coupé du flux des subventions fédérales, à l’économie faible et dominée par l’État, une société corrompue des pieds à la tête tentant péniblement de survivre au milieu d’économies beaucoup plus importantes et performantes ne prêtant aucune attention à ses inquiétudes culturelles. »


J’ignore si ces pronostics se seraient avérés, mais je sais avec une absolue certitude :


1. que les fédéralistes canadiens ont gagné le référendum de 1995 au Québec (fort probablement en recourant à des stratagèmes illégaux contrevenant à la loi québécoise qui exigeait que les camps du Oui et du Non respectent un même plafond de dépenses) ;


2. que le Québec s’approche du cent cinquantième anniversaire de son appartenance à la Confédération canadienne ;


3. que le Québec est devenu, dans ce contexte, aux yeux de tant de Canadiens anglais : « Une petite province profondément endettée, dépendant du flux des subventions fédérales, à l’économie faible et dominée par l’État, une société corrompue des pieds à la tête tentant péniblement de survivre au milieu d’économies beaucoup plus importantes et performantes ne prêtant aucune attention à ses inquiétudes culturelles » ;


4. que, chaque semaine, à travers le Canada anglais, de multiples chroniqueurs rédigent des douzaines de textes traînant le Québec dans la boue et de textes méprisants pour les Québécois ;


5. que la corruption ambiante au Québec est à 99 % fédéraliste, les Michael Applebaum, Frank Zampino, Lino Zampito, Robert Abdallah, Nicolo Milioto, Nick Rizzuto, Saulie Zajdel, Tony Accurso, Domenico Arcuri, Paolo Catania, Jean-Yves Bisson, Gilles Vaillancourt, Claude Asselin, Richard Marcotte, Claude DeGuise, etc. soupçonnés de corruption étant tous fédéralistes et, le plus souvent, libéraux ;


6. qu’un très grand nombre des corrupteurs allégués du Québec ont été éduqués en anglais comme l’ont été Michael Applebaum, Frank Zampino, Lino Zampito, Nicolo Milioto, Nick Rizzuto, Saulie Zajdel, Tony Accurso, Domenico Arcuri, Paolo Catania et la majorité des mafiosi du Québec ;


7. que le Canada anglais et le gouvernement fédéral ont rarement eu de scrupules à pactiser avec les plus corrompus quand il s’est agi de « mettre le Québec à sa place » (comme en fait foi l’affaire des commandites).


J’ai vécu en Afrique et je peux affirmer que les manoeuvres « inavouables » du Canada anglais visant à imposer ses vues au Québec lors de tant de référendums et d’élections découlent naturellement d’une situation coloniale. Le rêve secret d’un bon nombre de chroniqueurs canadiens-anglais pratiquant le « Quebec bashing » est de voir la « colonie » du Québec se transformer peu à peu en « réserve », c’est-à-dire en une entité réduite à n’être qu’« une petite réserve profondément endettée, dépendant du flux des subventions fédérales, à l’économie faible et dominée par l’État, une société rongée par la corruption, la violence sexuelle et la toxicomanie des pieds à la tête tentant péniblement de survivre au milieu d’économies beaucoup plus importantes et performantes ne prêtant aucune attention à ses inquiétudes culturelles ».


Mon grand-père maternel était Ontarien. J’ai deux oncles et une tante qui sont de parfaits Canadiens anglais (l’un vit à Toronto, l’autre, à Halifax, et ma tante, à Hudson). Je me demande encore pourquoi les Canadiens anglais s’opposent à l’indépendance du Québec. Si on lit ce qu’ils écrivent sur nous, sur notre société, sur la honte et le mépris qu’ils nourrissent à notre endroit, et sur le fardeau économique que nous représentons pour le Canada, on ne peut que penser que l’affranchissement du Québec ne peut être pour eux qu’une délivrance et une économie incommensurable.


Pourquoi ne demandent-ils pas le divorce, ce divorce qui nous libérerait enfin du venin insupportable de leur « Quebec bashing » ?

108 commentaires
  • Denis Boucher - Inscrit 27 juin 2013 00 h 29

    Représentatin

    Le Canada, qui inclus malheureusement encore le Québec, est représenté à Dysney par des cabanes en bois rond et des hotesses anglophones habillées en búcheron! J'ai eu tellement honte. Comment des Québecois peuvent encore se reconnaitre dans ce pays!

    • Dumas Dominique - Inscrit 27 juin 2013 23 h 09

      Euh... C'est une farce? Un clin d'oeil? C'est l'image du Québec depuis un siècle! Le bucheron à la chemise à carreaux. Ma cabane au Canada.

  • Claude Buysse - Abonné 27 juin 2013 02 h 38

    $$$

    Je suis pleinement d'accord avec votre analyse mais vous oubliez une chose. Depuis 1763, les anglo-saxons ont beaucoup investi sur le territoire du Bas-Canada et ensuite ds la province de Québec. Les francophones ne sont devenus urbains qu'au début du xxème siècle.Bien que cela ait fort changé depuis ce temps ds la sphère économique, ils ne sont pas prêts à perdre les richesses passées présentes et futures de ce territoire.

    • Gilles Théberge - Abonné 27 juin 2013 09 h 43

      Ah oui, ils ont beaucoup investi... Est-ce que vous connaissez l'histoire de Jean-Baptiste Nolain monsieur Buysse? C'est un «habitant» agriculteur dans la région de Sherbrooke, dont l'exemple est éclairant. Il a du quitter sa terre parce que le pouvoir colonial avait décidé de donner sa terre à un Loyaliste.

      C'est comme ça que les anglais ont investi au Québec. Disons plutôt comment ils ont investi le Québec...

      Quant au texte de monsieur Tellier, il illustre bien une chose à mon avis. Soit que si nos chefs politiques n'avaient pas la langue entravée par la rectitude, ils tiendraient ce discours. Comme Bourgeault le faisait à l'époque. Et peut-être serions-nous débarrassé depuis longtemps du carcan fédéral, de leur Québec Bashing.

    • Gaston Carmichael - Inscrit 27 juin 2013 11 h 55

      Votre connaissance de l'histoire semble être quelque peu déficiente M. Buysse. Avant le Canada, il y avait le Bas-Canada (le Québec) et le Haut-Canada (l'Ontario). Lors de leur fusion, le Haut-Canada était pratiquement en faillite. Par contre, le Bas-Canada avait des coffres bien garnis.

      Grâce à la fusion, la dette du Haut-Canada fut payé par l'argent du Bas-Canada.

  • Jean-Luc - Inscrit 27 juin 2013 02 h 56

    Tentative d'explication (1er de 2)


    « Mon pays ce n'est pas un pays
    C'est l'envers d'un pays
    Qui n'était ni pays, ni patrie »

    Gilles Vigneault, « Mon Pays » (1965)



    L'opinion la plus généralement « accréditée », et au reste soigneusement distillée, dans les Kanadians Médias, au sujet du Québec, participe tout à la fois, je pense, dans des proportions variables, et selon les cas et/ou les événements ponctuels :

    a) de l'ignorance (volontaire ou en conséquence de l'incompétence, le plus souvent les deux réunies : à commencer par l'inaptitude et/ou le refus ferme de maîtriser ou de comprendre la langue du peuple que pourtant l'on prétend être habilité à « analyser »);

    b) d'un phénoménal préjugé idéologique à l'égard des francophones (préjugé communément appelé : xénophobie); et enfin,

    c) d'une extraordinaire, pour ne pas dire sidérante, malhonnêteté intellectuelle.


    Pour ma part, il y a longtemps que je ne m'en formalise plus. Ou si peu. À la vérité, la Kanadian Press aura plutôt joué un rôle très important, and so very positive, dans ma propre évolution citoyenne vers la conviction que l'Indépendance du Québec from Rest of Kanada est à la fois nécessaire et inéluctable. C'est une question de psychologie élémentaire : un individu sain d'esprit ne s'acharne pas à imposer son existence à qui le déteste copieusement. Voilà tout.

    Qu'un soi-disant grand pays -- moderne, informé, pacifique, instruit, libre et «ouvert» (si du moins on se fie à la réputation qu'il s'est acquise progressivement sur la scène internationale, au fil des générations, depuis 1867) -- puisse, systématiquement et en permanence, et ce à la faveur de décennies qui s'enchaînent inexorablement, régurgiter ainsi, et sans retenue, sur un autre peuple constitue à mes yeux l'indice indiscutable que la nation du Québec n'a aucunement sa place au sein de ce marché de dupes que constitue le Kanada pour les Québécois, ainsi que pour l'ensemble des «parlants français» de ce pays de papier.

    (à suivre ci-contre)

    • Michel Thériault - Abonné 27 juin 2013 12 h 49

      M. Gouin, lorsque vous écrivez :

      "C'est une question de psychologie élémentaire : un individu sain d'esprit ne s'acharne pas à imposer son existence à qui le déteste copieusement. Voilà tout.",

      vous frappez en plein dans le mille. C'est tellement élémentaire que la plupart des gens passent à côté de cette logique...

  • Daniel Clapin-Pépin - Abonné 27 juin 2013 03 h 01

    Il nous manque un Gandhi québécois !

    Je suggère deux réponses à la question de mon collègue le professeur Luc-Normand Tellier => « pourquoi les Canadiens anglais s’opposent à l’indépendance du Québec ? »

    Primo, nul maître ne saurait accepter sans rechigner que son serviteur veuille se libérer de sa domination jugée, par le premier, historiquement fondée sinon justifiée.

    Et c’est la raison pourquoi Gandhi pensait que l'oppression subie par les Indiens ne venait pas tant de la méchanceté personnelle des Anglais que de la malfaisance du système colonial britannique contre lequel il convenait de se révolter sans violence, certes, mais surtout sans aucune gêne.

    Deuxio, le Canada anglais, sans le Québec français, perdrait son identité distincte de celle des États-Unis ainsi que, à terme, sa propre souveraineté politique.

    Conclusion, il nous manque un Gandhi québécois.

    • Jacques Pruneau - Inscrit 27 juin 2013 09 h 40

      Ce qui nous manque, ce n'est pas un sauveur comme Gandhi mais bien des citoyens Québécois capables de sortir du folklore. Et de prendre leur destinée en main.

      Quand les Québécois auront compris, nous aurons un Pays. À condition qu'on ne nous le vole pas encore une fois comme en 1995. Les Fédéralistes sont retors, même dans une élection ordinaire où tout est permis. Le Canadian Gov. n'est certainement pas le modèle à suivre.

      Il est inutile d'essayer d'argumenter avec le ROC ou les corrompus fédérastes, la balle est dans notre camps. À nous de continuer le travail. Mais la question se pose depuis toujours: pourquoi on résiste tellement à ce que les mauvais Québécois fichent le camps de ce merveilleux et pur Kanada? Sourions...

      C'est un excellent article, merci!

    • Mathieu Gaulin - Abonné 27 juin 2013 10 h 08

      Nous avions notre Gandhi : il s'appelait René Lévesque. Nous ne l'avons pas suivi.

  • Jean-Luc - Inscrit 27 juin 2013 03 h 05

    Tentative d'explication (2e de 2)


    (suite et fin)

    Le Kanada ne connaît pas le Québec. Et surtout : il ne veut absolument pas le connaître. Mais fort de cette ignorance chérie comme une névrose qui conforte avec bonheur la paresse intellectuelle de qui en est affecté, du «Calgary Sun» au «National Post», au «Toronto Sun» et au «Globe and Mail», en passant par ses innombrables «Herald», son «Citizen» in Ottawa et autres (québécoises pour le coup !) «Suburban» (Beryl Wajsman au premier chef) ou «The Gazette», on ne se lasse jamais, chez ces gens-là, de dégobiller tout le fiel possible sur un Peuple qui ne les intéresse -- aveuglement volontaire et mauvaise foi jalousement entretenus en guise de carburant -- que pour mieux le discréditer, l'avilir, le décrier et, enfin, le diffamer.

    À la vérité, le Kanada est en guerre perpétuelle contre le Québec. Or il n'y a que les Québécois qui n'en savent rien. Et ça, monsieur, il faut bien en convenir, c'est d'un pacifisme rare. À faire rougir tous les Danemark, les Norvège et les Suisse de la Planète...

    En conséquence, si « ces gens-là » nous haïssent à ce point, la question de M. Tellier se pose avec haute pertinence, en effet : «Pourquoi souhaitez-vous que nous restions dans ce pays?»

    Pour ma part, je l'enchaînerais illico avec une autre interrogation non moins métaphysique. Et, il me semble, plus cruciale encore. À savoir : «Pourquoi Nous, Québécois, nous entêtons-nous à demeurer dans ce pays qui, très manifestement, aujourd'hui comme hier, et certainement moins encore que demain, est l'envers radical du pays que nous sommes d'ores et déjà, depuis toujours, indubitablement?».

    Là-dessus, je vous souhaite Happy Birthday Kanadians on the next 1st of July.

    Nous, ce jour-là, voyez-vous, ce n'est pas exactement la fête : On déménage! C'est en quelque sorte notre répétition théâtrale annuelle.

    Avant le vrai et définitif.
    Déménagement.

    A First of July.
    For sure.


    Jean-Luc Gouin,
    Vieux-Québec en Capitale nationale, jeudi le 27 Juin 2