La réplique › Politique de souveraineté alimentaire - Une campagne d’achat chez nous ne fait pas une politique agricole

Comme beaucoup d’autres, Josée Boileau, dans son éditorial sur la nouvelle Politique de souveraineté alimentaire, s’est laissé berner par le discours racoleur du gouvernement qui, pour une fois, semble avoir réussi à vendre sa salade. Le dossier agricole n’est visiblement pas familier à Mme Boileau et elle n’a visiblement pas lu, ou du moins compris, le rapport Pronovost.

Personne ne peut s’opposer à une présence accrue des aliments produits et transformés au Québec, surtout quand on se sert d’un concept popularisé par les petits agriculteurs paysans, comme celui de souveraineté alimentaire, pour vendre des aliments industriels à haute teneur en OGM et résidus de pesticides.


Mme Boileau croit sans doute sur parole le ministre Gendron quand il affirme sans sourciller que les agriculteurs du Québec ont réussi une prodigieuse révolution verte en agriculture, quand la part de l’agriculture biologique dépasse à peine 1 %, quand les cultures OGM nous envahissent, quand les ventes de pesticides et d’engrais chimiques ne cessent d’augmenter, quand la pollution des cours d’eau par les lisiers continue de plus belle, et cela, en dépit de réalisations agroenvironnementales positives ici et là.


Des voeux pieux


Mme Boileau, en tant qu’éditorialiste, devrait savoir qu’une politique agricole ne peut se limiter à une campagne d’achat chez nous qui ne dépasse pas les voeux pieux. On peut douter que les marges bénéficiaires des grandes chaînes d’alimentation et les budgets d’austérité des institutions publiques ne permettent une augmentation substantielle des achats d’aliments du Québec, encore faut-il qu’ils soient disponibles en quantité et aux conditions requises : le Québec n’est pas la Floride.


Le rapport Pronovost avait bien compris que la crise que vivent les agriculteurs ne pourrait se régler sans une réorientation majeure de notre agriculture impliquant des réformes structurelles, particulièrement en ce qui concerne le soutien financier, les plans conjoints de mise en marché, l’accès à la zone agricole, la représentation syndicale et la réglementation sanitaire et environnementale, pour permettre le développement d’une agriculture d’appellation et de proximité, une agriculture territoriale, multifonctionnelle, une vraie agriculture de souveraineté alimentaire, rentable au surplus. Rien, dans cette politique, ne va dans cette direction.


En réalité, au-delà du spectacle, la Politique de souveraineté alimentaire du gouvernement fait complètement fi des recommandations du rapport Pronovost, qu’a toujours refusé l’Union des producteurs agricoles parce qu’elles remettaient en question son contrôle absolu du secteur. Comme dans le cas des mines, de la forêt, de l’énergie, ce gouvernement vient de céder, malgré les apparences, au plus puissant lobby du secteur et de consacrer le statu quo. Du même coup, il fait fi de la vaste prise de conscience des 15 dernières années au Québec et dans le monde concernant une agriculture et une alimentation écologiques.


Les entreprises agricoles traditionnelles vont donc continuer à passer aux mains des grands investisseurs, et les agriculteurs écologiques et artisans vont continuer d’être marginalisés.


La table est mise, en effet… pour l’agrobusiness, et au menu, c’est de la tarte aux pommes !

 

Roméo Bouchard - Saint-Germain-de-Kamouraska, Coordonnateur de la Coalition SOS-Pronovost et ex-président-fondateur de l’Union paysanne

6 commentaires
  • Lise Des Ormeaux - Abonnée 23 mai 2013 06 h 40

    Retour à la réalité.

    Merci M. Bouchard d'apporter la réalité à une opération de marketting du gouvernement concernant la souveraineté alimentaire. L'Union paysanne peut-elle faire plus de bruit pour éclairer les lanternes d'une agriculture plus écologique, moins marchande ?

  • Jean Daoust - Inscrit 23 mai 2013 07 h 03

    La table est mise...

    Les vrais promoteurs de la «souveraineté alimentaire» ne sont pas consultés. J'ai acheté une terre agricole et je ne vois pas comment je peux vivre localement si la politique d'achat local favorise encore les multinationales. c'est plutôt une politique d'achat régional qui devrait être privilégiée. «Local» est utilisé à toute les sauces et ne veut plus rien dire: dans «mon» Métro, il peuvent vendent des carottes «locales» qui ont été récoltées dans une autre région que la nôtre. Avec la nouvelle politique alimentaire pourrais-je vendre mes carottes au Métro «LOCAL»? J'en doute. Je crois vraiment que ce sera un tremplin pour ceux qui sont déjà bien au-dessus des autres.

  • Claude Saint-Jarre - Inscrit 23 mai 2013 09 h 14

    Fiou!

    Bonjour. Un bravo au Devoir pour avoir publié cette lettre de ce grand écrivain, cet avant-gardiste fermier et ce sage évident. L'ai-je trop encensé? pour ne pas croire que je suis objectif.. je ne crois pas. Mes grands-parents étaient fermiers bio... à Kamouraska.
    Ce serait tant mieux s,il y avait des changements gouvernementaux qui vont dans le sens de cette lettre, mais si cela ne se produit pas, je suis tout de même un peu content car, au moins, monsieur Bouchard a pu dire clairement à une partie de la population qui lit...( sic) ce qu'il sait et pense.
    Je suis d'accord avec le contenu tout en étant reconaissant à madame Boileau pour son travail en génral qui demande talent, créativité et flexibilité en permamence. Je suis pour la contamination totale du Québec par l'agroécologie. J'ai 62 ans, une maîtrise en service social "écologique.
    Le contröle absolu du secteur par l'UPA... cela fait-il penser a quelque chose ces temps-ci? Examen de conscience suggéré...

  • Céline Dussault - Inscrit 23 mai 2013 10 h 28

    Merci

    Merci monsieur Bouchard. N'étant pas agricultrice, mais une femme qui veut savoir ce qu'elle met dans son assiette, je suis consternée de voir que je n'y verrai toujours rien !!! J'ai eu un regain de foi losque ce gouvernement s'est "attaqué" à la politique alimentaire. Je me suis dis qu'il ferait une place aux agriculteurs qui respectent la terre nourricière. Nada ! Je jure sur la tête de mon père, fils d'agriculteur que je continuerai de me nourrir à partir de produits sans ogm, pesticides et herbicides, fussent-ils de provenance étrangère. Je continuerai, dans la mesure du possible à m'approvisionner chez des agriculteurs qui respectent non seulement la terre, mais aussi les animaux se nourrissant des produits de cette terre. Cette politique encourage encore la contention animale et l'expansion d'animaux devenus mutans à grands coups d'hormones chimiques. Cette "nouvelle" politique va tous nous tuer. Rien de "nouveau" là-dedans.....

  • Claude Delaney - Inscrit 23 mai 2013 11 h 51

    Merci monsieur Bouchard

    Juste une autre campagne de désinformation effectué par notre bon gouvernement Péquiste??? Plus ça change....

    Et dire que l'on vas tout régler avec l'indépendance???