Pierre Duchesne devra maintenant trancher

Soyons clairs : ni les étudiants de la FEUQ ni les recteurs de la CREPUQ ne représentent l’ensemble des intérêts du Québec. Aussi, le ministre de l’Enseignement supérieur, M. Pierre Duchesne, devrait passer outre à ce diktat que lui ont envoyé les différents groupes d’intérêts lors des quatre rencontres préparatoires au Sommet des 25 et 26 février prochains : il faut absolument trouver un consensus entre les parties présentes, surtout celles qui menacent de se retirer ou qui veulent mettre tout sur la table.


Par ailleurs, la commande passée à M. Duchesne par Mme Marois est sans équivoque: on veut des résultats. Mais des résultats pour qui et dans quels intérêts ?


Le ministre ne doit pas tomber dans le vieux piège des dénouements des premiers sommets qui ont marqué l’histoire du Parti québécois à partir de 1976. Au Manoir Richelieu, il fallait que l’État écoute MM. Paul Desmarais et Louis Laberge, qui vendaient chèrement leur appui au communiqué final et leur présence enjouée à la conférence de presse de clôture. Les contribuables beurraient ainsi sans le savoir la tartine de chacun qui repartait avec le sourire aux lèvres…


La situation budgétaire du Québec ne permet pas de donner la gratuité aux étudiants et 850 millions additionnels aux recteurs. Gérer, c’est faire des choix et arbitrer entre des options possibles tout en tenant compte de son discours préélectoral… La stratégie de M. Duchesne sera évidemment d’essayer d’en donner un peu à chaque groupe pour qu’il ne crie pas trop fort. Mais il ne doit pas oublier l’ouverture de son parti au discours des carrés rouges du printemps dernier. La CREPUQ devra repartir avec quelque chose même si elle n’arrive pas à bien vendre à la population l’enjeu du sous-financement universitaire ; les recteurs devront-ils réunir leurs partisans au centre Bell et leur offrir des hot-dogs, des croustilles et des boissons gazeuses ?


Le grand problème de M. Duchesne est qu’il n’a pas invité en assez grand nombre au Sommet des représentants de ceux qui apportent les 4 milliards au financement universitaire. Les débats se font entre les recteurs, les profs, les étudiants et des gens d’affaires. Point. Les sujets abordés traduisent les préoccupations des trois premiers groupes ; les gens d’affaires ne veulent pas justifier leur présence à la table en se faisant refiler l’addition… et surtout pas par une hausse de la taxe sur la masse salariale.


A-t-on soulevé les pierres de tous les vrais enjeux ? Par exemple, qui a amené la question de la croissance future de la population universitaire jusqu’en 2023 ? Comment a-t-on abordé la stagnation, voire le déclin de la population future des collèges et son impact sur la population universitaire future ? Y aura-t-il poursuite de la hausse de la demande des cours pour adultes en soirée et des étudiants de 2e et 3e cycles ? Quels seront les effets, sur l’embauche, de l’enseignement par Internet qui se répand partout ailleurs ? Quelle place réserve-t-on à l’apport des étudiants étrangers ? Ces questions auront pourtant un impact déterminant sur la nature de l’offre de la pédagogie universitaire des années à venir.


En clôture de sommet, M. Pierre Duchesne devra annoncer des choix clairs combinant l’équité et l’accès à l’université - pour lesquels son parti s’est montré sensible - et la responsabilité budgétaire. Le ministre ne doit pas chercher à tout prix la bénédiction de Guy Breton ou de Martine Desjardins, qui vont alors l’applaudir un peu, beaucoup, pas du tout, mais probablement pas passionnément ; les orientations de Pierre Duchesne devront aller dans le sens du discours de son parti tout en privilégiant le bien de l’ensemble des Québécois qui financent à 80 % les universités et qui retourneront aux urnes dans un an.

20 commentaires
  • François Ricard - Inscrit 8 février 2013 06 h 40

    Un sommet qui n'en est pas un

    Un sommet tronqué
    Les recteurs n'y croient pas.
    Les étudiants n'y croient plus, si, bien sûr, ils y ont déjà cru.
    Il y a des groupes et des gens qui prétendent que la scolarité gratuite, c'est possible, c'est rentable et c'est le véritable but à atteindre.
    J'aurais aimé entendre leurs discours pour évaluer, une fois pour toutes, le bien-fondé de leurs énoncés.
    En les muselant, nous nous privons d'une source importante d'information et, incapables de contrer leurs arguments parce que l'on ne les connaît pas, ils vont continuer leur lutte.
    Écouter des intervenants coûte bien moins cher que de mâter des manifestants.
    Il est maintenant évident que le gouvernement avait déjà pris sa décision et a voulu se servir de ce soi-disant sommet pour vendre sa salade. Une simple opération de relations publiques.

    • Claude Smith - Abonné 8 février 2013 10 h 06

      Vous auriez aimé entendre leurs discours pour évaluer..... Ayoye ! Où étiez-vous pendant tous ces mois du printemps érable ? Le Devoir a à maintes reprises, fait état des motifs de leurs revendications. Il en est de même des recteurs.

      Pendant que vous accusez le ministre de ne pas être à l'écoute, il y a en qui l'accuse de ne pas présenter des propositions claires.

      Claude Smith

    • Solange Bolduc - Abonnée 8 février 2013 10 h 42

      M. Ricard, vous avez le don de brouiller les cartes en ré-inventant la vérité. Grand bien vous fasse !

      Heureusement que l'analyse de Michel Nadeau a l'avantage de nous donner l'heure juste, autrement la vie ne serait que leurre à vos écoutes!

    • François Ricard - Inscrit 8 février 2013 18 h 04

      À quel moment nous a-t-on démontré, noir sur blanc, combien coûterait vraiment la scolarité gratuite?
      À quel moment nous a-t-on démontré, noir sur blanc, que la scolarité gratuite est rentable?
      À quel moment, nous a-t-on énuméré les balises nécessaires au bon fonctionnement de la scolarité gratuite?
      Si vous avez les références à ce sujet, svp identifiez-les.
      Si les réponses existent, je voudrais les connaître.
      Voilà la teneur de mon propos quand on le lit avec un esprit ouvert et non partisan.

  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit 8 février 2013 08 h 33

    Quel choix?

    Entre deux parties dans un débat où les principaux intéressés sont absents? Cette mise en scène du gouvernement est une vaste blague.
    Le ver était dans le fruit le jour où les bonzes du PQ ont arboré le carré rouge.
    R.I.P.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 8 février 2013 10 h 06

      Je crois plutot que le ver dans le fruit est la faute des liberaux et surtout de leur chef Jean Charest de triste memoire. JP.Grise

    • Jacques Saint-Cyr - Inscrit 8 février 2013 11 h 07

      Monsieur Grisé, la décision du gouvernement libéral d'alors était légitime. La rue ne l'était pas. Or le PQ s'est avisé de s'y coller. On en peut pas être à la fois du côté des lobbys, si bruyants et imposants soient-ils, et d'une gouvernance qui s'exerce dans l'intérêt de l'ensemble de la population.

    • Gabriel Auclair - Inscrit 8 février 2013 13 h 46

      Le gouvernement libéral était du côté des lobbys financiers.

  • André Lefebvre - Inscrit 8 février 2013 08 h 39

    Impossibilités?

    La gratuité scolaire totale est impossible!
    Le salaire du citoyen pour tous est impossible!
    0% de chômage est impossible!
    Avoir des enfants pour un couple homosexuel est impossible!

    Nous sommes parvenu à rendre possible cette dernière "impossibilité"; nous devrions, il me semble, considérer la possibilité des trois autres qui précèdent avant de "décider".

    André Lefebvre

    • Sylvain Auclair - Abonné 8 février 2013 12 h 18

      Étrange. De nombreux pays réussissent l'impossible.

      Et, monsieur, avez-vous déjà entendu parle de l'adoption? Des familles reconstituées?

  • Michel Lebel - Abonné 8 février 2013 08 h 52

    On récolte ce que l'on sème.

    Le gouvernement péquiste a fait le choix de s'associer aux carrés rouges. Un choix très proche de l'anarchie ou d'une grande transformation sociale. Le gouvernement ne peut évidemment répondre à ces utopies ou à ces grands espoirs, Mais il est difficile de fermer certaines vannes, une fois qu'elles sont ouvertes! Bref, on récolte généralement ce que l'on sème... Rien de bien valable et durable ne sortira donc de ce Sommet. C'est impossible!


    Michel Lebel

    • Solange Bolduc - Abonnée 8 février 2013 10 h 47

      Le gouvernement péquiste a fait le bon choix , et maintenant il en aura d'autres à faire. Je lui fait confiance pour prendre les responsabilité de son gouvernement, qui s'imposeront de toute façon!

      Votre défaîtiste est à la mesure de votre désarroi ou rancoeur, semble-t-il?

      Dommage pour vous, mais d'autres sont plus intéressés à aller aller de l'avant et à faire confiance à ceux qui nous gouvernent...Il y aura toujours en temps et lieux les urnes !

    • Marc Sauvageau - Inscrit 8 février 2013 15 h 51

      Selon monsieur Lebel s'associer aux carrés rouges était un choix proche de l'anarchie. Un autre rouge, qui n'est pas carré celui-là, M. Sklavounos a déclaré à l'émission de Dutrizac : « C’est sûr qu’il y a eu des personnes qui ont décidé de manifester. Les manifestations n’ont jamais dérangé. Je pense que les manifestations font partie de la démocratie. » . On récolte ce que l'on sème, sauf qu'à pisser contre le vent, on mouille sa chemise.

    • Michel Lebel - Abonné 8 février 2013 16 h 54

      @ Solange Bolduc,

      Je ne carbure pas au défaitisme ou à la rancoeur. Mais j'essaye le plus possible de voir clair. Le gouvernement actuel n'a pas agi de façon responsable en s'associant de trop près aux carrés rouges. En pratique, il leur a quasiment tout donné au plan des droits de scolarité. 

      Mais les carrés rouges veulent encore plus, soit un engagement pour la gratuité asolue à l'université, et dès maintenant! Et la question pour eux n'est même pas discutable! Et le gouvernement, quant à lui, ne peut plus reculer. Il récolte tout simplement ce qu'il a semé, soit la pagaille! Tout un succès! En plus, le ministre Duchesne est un bavard incompétent. Je dis bravo!!...

  • Jean Lapointe - Abonné 8 février 2013 09 h 06

    Je suis tout à fait d'accord avec vous

    Vous dites que d'après vous: «Le ministre ne doit pas chercher à tout prix la bénédiction de Guy Breton ou de Martine Desjardins, qui vont alors l’applaudir un peu, beaucoup, pas du tout, mais probablement pas passionnément ; les orientations de Pierre Duchesne devront aller dans le sens du discours de son parti tout en privilégiant le bien de l’ensemble des Québécois qui financent à 80 % les universités et qui retourneront aux urnes dans un an (?)»

    Il est bien sûr qu'il serait souhaitable que tous les participants arrivent à s'entendre sur les orientations à donner à l'enseignement supérieur et sur la façon de le financer mais ce serait s'illusionner étant donné les prises de position radicales de certains des participants, qui ne changeront sûrement pas d'idée.

    D'ailleurs je doute fort que ce soit ce que Pierre Duchesne recherche.

    Au moins l'occasion est donnée à tous les gens concernés de faire connaître leur point de vue avant et lors de la rencontre au sommet.

    Il y aura aussi à prendre en considération les rapports de l'Institut du Nouveau Monde que préside avec brio Michel Venne.

    Mais ça revient au gouvernement en place de prendre une décision à la lumière des éclairages qui sont et qui seront apportés et aussi en tenant compte du fait qu'il est minoritaire et qu' il ne sera donc pas nécessairement possible de prendre toutes les mesures qu' il pourrait souhaiter prendre parce que, sans doute, certaines décisions devront recevoir l'assentiment de l'Assemblée nationale.

    Le sommet ne peut être un échec. Il peut arriver par contre qu'il ne soit pas aussi profitable qu'on pourrait le souhaiter. Cela ça va dépendre des attitudes que prendront les différents participants.

    Comme on sait déjà qu'il y a des groupes qui ont des positions très tranchées sur la question , on peut facilement prévoir que ces groupes ne seront pas dutout satisfaits.

    C'est quand même déjà pas mal qu' il y ait autant de gens qui se préoccupent de l'avenir de nos uni