Pour ou contre l’impérialisme culturel anglo-américain?

En 2008, Québec a fait de Paul McCartney le clou des festivités entourant le 400e anniversaire de sa fondation.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir En 2008, Québec a fait de Paul McCartney le clou des festivités entourant le 400e anniversaire de sa fondation.

Nous autres, les Québécois, on est-y pour ou contre l’impérialisme et l’hégémonie culturels anglo-américains ? On est pour à cent milles à l’heure ! On se prosterne et on se traîne à genoux jusqu’à ce qu’ils soient écorchés et on chante en choeur : « J’aime ça ! » « Peuple à genoux… », comme dit la chanson. L’américanisation a pris la place du catholicisme. La messe télévisuelle et cybernétique a remplacé la messe du dimanche.

Devant l’impérialisme et l’hégémonie culturels anglo-américains, nos médias sont honteusement serviles et lâchement complaisants, et nos journalistes répètent comme des perroquets la même infopub. Au mieux, certains critiques émettront des réserves quant à la qualité d’écriture des 50 nuances de Grey, par exemple. Sinon, c’est l’éloge mur à mur, de sorte que c’est au Québec que les best-sellers internationaux se vendent le plus au monde. Aujourd’hui, c’est le livre de E. L. James ; hier, c’était le Da Vinci Code de Dan Brown. Sans le moindre scrupule, nos journalistes ont colporté que Helen Fielding, l’auteure de Bridget Jones, avait inventé la littérature populaire féminine et que J. K. Rowlings en avait fait de même avec la littérature fantastique. Comme si Colette et Jules Verne n’avaient jamais existé ! La palme toutes catégories de la bassesse admirative revient sans contredit à ces journalistes culturels n’ayant raté aucun prétexte pour se fendre de centaines d’articles sur les différents tomes de Harry Potter.

 

Ajouter l’injure à l’insulte


Pendant que nos médias font dans l’à-plat-ventrisme, nos maisons d’édition, nos librairies et nos distributeurs ferment. Pour ajouter l’injure à l’insulte, Philippe Sauvageau clame qu’il ne connaît pas d’écrivain québécois qui soit digne de la présidence d’honneur du Salon du livre de Québec, dont il est le p.-d.g. On a réclamé sa démission, mais en vain. Cette année, le p.-d.g. a déroulé le tapis rouge pour inviter Marc Lévy, qu’on décrit comme étant le plus américain des écrivains français. Devant ce mépris, certains éditeurs songent à boycotter le Salon du livre de Québec.


Sauvageau n’est pas le premier à Québec à cracher sur la culture québécoise. Dominique Goulet, ancienne directrice de la programmation du Festival d’été, s’est retrouvée au milieu d’une tempête médiatique à cause de propos méprisants à l’égard des artistes québécois incapables de « remplir les plaines ». Six mois plus tard, au début de 2011, Daniel Gélinas l’a sacrifiée en la congédiant. Ce geste était de la poudre aux yeux et n’a servi qu’à lui sauver la face, parce que le Festival d’été de Québec n’en a que pour les artistes anglo-américains. Oups ! Je viens de commettre un crime de lèse-majesté en attaquant Daniel Gélinas, celui qui a sauvé les fêtes du 400e anniversaire de la fondation de Québec… en faisant de Paul McCartney le clou des festivités. Pierre Curzi, ancien président de l’UDA et député du PQ, s’est presque fait excommunier pour avoir critiqué ce choix. Sir Paul, représentant de l’Angleterre - qui est responsable du génocide de 40 millions d’Amérindiens, de la déportation des Acadiens et de l’assimilation des Canadiens français à coup de « Speak White » -, a fait danser pendant quelques heures un peuple amnésique. Comme dirait Aimé Césaire, « un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir ».


Entre Noël et le Jour de l’An, le Journal de Québec a demandé à Marie-Mai de dresser sa liste de coups de coeur artistiques de l’année. Vous ne serez pas surpris d’apprendre qu’il n’y avait aucun Québécois dans sa liste. Si la starlette gagne bien sa vie, la plupart des artistes de chez nous sont dans la dèche. Pourquoi ne pas leur avoir donné un coup de pouce ? Au Québec, on met sur un piédestal les artistes étrangers multimillionnaires et milliardaires, mais on déteste à mort celui des nôtres qui est millionnaire.


Bien sûr, ce n’est pas à cause de Marie-Mai si le monde de la musique se porte aussi mal. Vous direz que c’est à cause du piratage et vous avez raison. Dans un pays comme les États-Unis, où la justice est assez impitoyable, on aurait pu agir contre piratage, mais on ne l’a pas fait. Pourquoi ? Des spécialistes ont dû dire au gouvernement Clinton que le piratage allait nuire considérablement aux petits artistes et qu’il allait servir les plus grandes stars. Le piratage a finalement renforcé l’impérialisme et l’hégémonie culturels anglo-américains et affaibli les cultures du monde entier. Et au Québec, on applaudit !

27 commentaires
  • France Marcotte - Abonnée 30 janvier 2013 05 h 19

    Colère inespérée et salutaire


    Ouf, ce franc parler fait du bien!

    Ça décrasse les neurones!

  • Yves Perron - Inscrit 30 janvier 2013 08 h 01

    Pour ou contre l’impérialisme culturel anglo-américain?

    Pourquoi faut-il toujours melanger musique et politique?Si on suit la logique de ce pamphlet on devrait ecouter que de la musique classique francaise lire uniquement des auteurs francais et ou ne regarder que des films francais!Dire que Sir Paul est responsable du genocide des indiens ou de la deportation des acadiens c'est du pure Stalinisme!D'avoir des gens avec des idees aussi extremistes n'aident surement pas la cause du Quebec!Au lieu de se tourner continuellement vers le passe on devrait se tourner vers l'avenir!Les francais eux-memes aiment tout ce qui est culture anglo-americaine!Sont-ils anormaux?

    • France Marcotte - Abonnée 30 janvier 2013 09 h 15

      Pas Sir Paul responsable, l'Angleterre.

      La lecture, c'est le canari épuisé de notre situation périlleuse.

    • Paul Gagnon - Inscrit 30 janvier 2013 10 h 14

      Tiens un autre disciple de Camille Samson - il faudra bien canoniser ce dernier un jour : oui, nions le passé, tournons-nous résolument vers l’avenir, faisons un autre et encore un autre pas en avant… et disparaissons le sourire aux lèvres.

      Le silence des agneaux en quelque sorte.

      Le voilà le prix de cette sorte de ce bilinguisme tant vanté par les Lisée de ce monde! À quand l’immersion en maternelle ?

    • Nicolas Vincent - Inscrit 30 janvier 2013 11 h 09

      "Si on suit la logique de ce pamphlet on devrait ecouter que de la musique classique francaise lire uniquement des auteurs francais et ou ne regarder que des films francais!"

      En fait, cela ne plaira certainement pas non plus à M. Brûlé, puisque il s'agit de représentants de la France, qui est responsable du génocide de millions d’Africains et d'Amérindiens et de l'assimilation d'esclaves dans leurs colonies antillaises. Ah mais à moins que nous leur pardonnions à eux, parce qu'ils ont la chance de répandre le "speak French".

      Franchement, tant qu'à avoir une montée de lait M. Brûlé, assurez-vous donc que la pensée sous-jacente soit minimalement cohérente. Et si votre objectif réel est plutôt de vous assurer que les serviles Québécois dépensent leur argent sur les livres que VOUS éditez, ayez la décence de la transparence!

  • Peter Kavanagh - Inscrit 30 janvier 2013 08 h 25

    Cher M. Brulé

    Devrions-on nous interdire tout ce qui n'est pas québecois?? Si le gens écoutent la musique anglaise, lisent des livres traduits de l'anglais et écoute des films étrangers, c'est parce que c'est ça qu'ils aiment. Vous pouvez les trouver ''colonisés'', ''ignares'', sans ''culture'' mais il rete que l'on lit, ecoute de la musique et regarde des films pour se faire plaisir et se détendre, non pas pour faire de la politique ou faire des dons. Les artistes qui veulent faire une carriere a leur gout ont absolument le droit de chanter dans la langue qu'ils veulent et dans le style qu'ils aiment. Tant qu'aux artites qui comme vous le dites ''la plupart des artistes de chez nous sont dans la dèche'', il serait peut-etre temps qu'ils pensent a faire autre chose.

    • Nicolas Vincent - Inscrit 30 janvier 2013 11 h 20

      "Tant qu'aux artites qui comme vous le dites ''la plupart des artistes de chez nous sont dans la dèche'', il serait peut-etre temps qu'ils pensent a faire autre chose."

      Vous allez probablement être lynché sur la place publique pour avoir écrit cela. Je salue votre courage.

    • Guillaume Houle - Inscrit 30 janvier 2013 20 h 26

      Si un artiste produit des oeuvres intéressantes, mais qu'il n'a pas la compagnie de production américano-britannique multimilliardaire pour le supporter et qu'il peine à percer le marché bloqué par des flots de publicité étrangère, devrait-il abandonner le métier?

      Soyons solidaires : autant il ne sert à rien de culpabiliser les citoyens consommateurs de culture, autant les artistes d'ici et d'ailleurs ont le droit de se battre contre l'impérialisme culturel et de faire émerger d'autres propositions que celles des gros canons étrangers... comme la violence-vengeance mur-à-mur promise par les derniers films de Stallone, Shwarzenneger et Statham!

      Je nous invite à vivre la culture littéraire d'ici : les Salons du livre de Gatineau, en février et de Trois-Rivières en mars sont de bonnes façons de découvrir nos auteurs. C'est un rendez-vous!

  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 30 janvier 2013 08 h 36

    Il faut se battre

    La SRC est sensé promouvoir la culture canadienne-française et la CBC la culture canadienne-anglaise.
    Il suffit d'écouter régulièrement la radio en français pour constater que ceux et celles qui s'y expriment propagent allègrement et à la pelletée des anglicismes, plutôt que de faire l'effort d'utiliser l'expression française juste.
    Il faut dénoncer ce glissement.
    Il faut boycotter la SRC.
    Il faut appuyer la naissance d'une SRQ.
    Ne comptons pas sur la France pour nous donner l'exemple.
    C'est vraiment à nous seul de se battre par respect pour nous-même.
    Nous devons nous extirper de cette attitude de colonisé.

    • France Marcotte - Abonnée 30 janvier 2013 09 h 17

      Et devenir nous-mêmes exemple pour toute la Francophonie, y compris la France, rien de moins.

  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit 30 janvier 2013 09 h 00

    Empire ne veut pas dire impérialisme

    Que le monde anglo-saxon "exerce son empire" sur la consommation culturelle mondiale est un fait. Vous le combattrez comment? En mettant des barrières, en limitant l'enseignement de l'anglais? Les artistes sont généralement choyés au Québec, ne vous en déplaise, et les organismes subventionnaires abondent, à commencer par nos radios d'État.
    Des auteurs québécois ont beaucoup de succès ici et ailleurs. Si c'est le cas, c'est en raison de leur talent, pas de leur identité.
    Il en est de même des auteurs ou des artistes anglo-saxons.
    Mais il arrive, je vous le concède, que l'offre anglo-saxonne est gigantesque. De plus, c'est en anglais que les écrivains du monde entier sont le plus souvent traduits.

    • France Marcotte - Abonnée 30 janvier 2013 09 h 35

      Je comprends que par principe vous ne vous montriez jamais d'accord avec ce que disent ici vos concitoyens, mais aujourd'hui, vous n'avez vous-même pas l'air convaincu du tout de ce que vous dites pour résister aux évidences.