La corruption, une culture

Beaucoup d’entre nous ont suivi, comme on suit un feuilleton, la commission Charbonneau et son cortège de personnages à l’honnêteté douteuse. La télévision est alors devenue le miroir d’un des aspects les plus négatifs de notre culture.

Ces individus que l’on voyait défiler, tentant d’expliquer les systèmes dont ils faisaient partie, étaient motivés par les mêmes instincts que la plupart d’entre nous. Ces systèmes, révélés au grand jour, sont les métaphores d’une part de notre propre système marchand, à grande et petite échelle. Ces « magouilleurs » rêvent le même rêve qu’ont la majorité des individus : de la richesse personnelle, des privilèges, des cadeaux, du pouvoir. Ces rêves sont conditionnés par les mêmes forces à l’oeuvre : le désir et son instrumentalisation par les différents agents de la société de consommation.


Nous, honnêtes gens, offusqués devant tant de corruption, demandons-nous si, devant une offre de privilège, un cadeau, une enveloppe de billets, etc., nous l’accepterions. Cela ne peut-il pas devenir très facile, dans certains contextes, d’oublier que ce qui nous est donné de cette façon est retiré à d’autres ?


Mais nous sommes dans un monde où les mots d’ordre sont : « plus, c’est mieux », « je le veux, je le mérite », « si ce n’est pas moi qui le prends, ce sera un autre », « on est tous pour la vertu, mais… ».


La fabrique des « désireux »


Nous sommes aussi dans un monde mobilisé par la télévision, et il faudrait se demander, à travers notre divertissement, combien d’heures de publicité nous visionnons chaque année. Que nous apprend-on ? Qu’il faut posséder telle ou telle chose pour être quelqu’un d’important, viril, amoureux, heureux, beau, jeune, etc.


Comme une lancinante mélopée, jour après jour, les messages publicitaires fabriquent des « désireux » avides de possessions. Cela ne peut mener, à la longue, qu’à des dérives morales quant aux moyens d’assouvir ces désirs, souvent hors de portée de beaucoup de citoyens.


Nos rêves infantiles de richesse et de pouvoir personnel contaminent notre système de valeur jusque dans ses fondements. Même notre gouvernement y met du sien avec la promotion des loteries et autres jeux. L’appel de ces sirènes est d’autant plus fort quand il est légitimé par nos propres institutions. Mais que fait-on des comportements que cela entraîne ? Cela constitue pourtant le moteur de la corruption partout sur la planète et une menace permanente pour la démocratie.


Nous avons raison d’être offensés par ce triste spectacle de la commission Charbonneau et par ce qui est révélé dans les médias, mais cette situation, dans nos institutions et dans la société en général, vient de l’ADN même de nos valeurs sociétales axées sur ce qui est aujourd’hui pertinent de nommer l’hyperconsommation.


Je pense, comme beaucoup, qu’il faut qu’il y ait des conséquences à ces crimes de corruption, mais avec une petite pensée pour nos propres responsabilités. Je ne sais pas si l’expression « examen de conscience » est toujours recevable dans notre culture hédoniste, mais pour qu’il y ait un réel changement, il faudrait nous ouvrir les yeux sur les mécanismes, tout autour de nous et en nous, qui mènent à ces comportements.

12 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 4 janvier 2013 07 h 48

    Vivre sans Dieu...

    Quand la personne choisit de vivre sans Dieu, elle se crée d'autres dieux: la consommation, la technologie à outrance, le sexe obsessionnel, la violence, les drogues, etc. Car la personne a horreur du vide. Mais les choses finies ne peuvent pas la combler entièrement. Il faudra bien un jour revenir à Dieu, à l'Infini. Librement. On n'en sort pas!

    Sans transcendance, les règles morales sont bien difficiles à suivre, la personne se trouvant toujours des portes de sortie, des justifications. L'Occident a choisi de vivre comme si Dieu n'existait pas. Il a choisi sa perte, sa mort, mais évidemment il ne l'avoue pas! Qu'arrivera-t-il...?

    • Bernard Dupuis - Abonné 4 janvier 2013 10 h 38

      Dieu et la société de consommation.

      Ce n'est pas parce que la personne choisit de vivre sans dieu qu'elle valorise nécessairement la consommation, la technologie à outrance, etc. En effet, ces faits relatifs à la société moderne existaient avant la naissance de tous nos contemporains soi-disant sans dieu. De plus, ces faits ont pris naissance dans une société où la croyance en dieu est inscrite dans la constitution et sur les billets de banque d'un dollar. La société de consommation aux valeurs plus que douteuses que vous décrivez provient d'une civilisation où la suprématie de Dieu envahissait non seulement les consciences individuelles, mais aussi les plus hautes sphères de l'État. Nous sortons à peine du temps de fêtes ou nous avons vu encore et encore ce curieux amalgame entre la croyance en dieu et la croyance au père Noël.

      Parmi ceux qui vivent selon des valeurs de simplicité volontaire et de pacifisme, de respect de l'humanité, nous retrouvons souvent au moins autant de non-croyants que de croyants. Ce n'est pas parce que nous n'avons pas la foi que nous avons perdu le respect des valeurs humaines, au contraire!

      Bernard Dupuis,
      Berthierville

    • Sylvain Auclair - Abonné 4 janvier 2013 11 h 17

      Évidemment, les personnes religieuses ne sont jamais corrompues, ni par l'argent, ni par le sexe, ni par le pouvoir...

  • Michel Bédard - Inscrit 4 janvier 2013 11 h 02

    Et oui...

    Bons textes M.Boucher, et M.Lebel: sans transcendance ni règles morales, la personne trouve toujours des portes de sortie, des justifications...

    Justifications ou excuses, dont les objets deviennent des dépendances.

    Et il y a cette pseudo solidarité, ce manque de collaboration sociétale. Gil Courtemanche, journaliste et brillant écrivain, décédé: "À Montréal, on ne meurt pas de faim comme en Afrique, on y meurt d'une impossibilité de vivre". D'où notamment la fuite dans la surconsommation de biens, la drogue, le jeu, etc (incluant la surconsommation d'antidépresseurs ou d'excitants) pour combler maladroitement le vide en nous. Michel Bédard.

  • Gaston Bourdages - Abonné 4 janvier 2013 14 h 32

    Monsieur Boucher, en ce qui me concerne, vous...

    ...avez vu, perçu et voyez fort juste. La corruption, «ça» se cultive jusqu'à en devenir un mode de vie. Façons de vivre qui, pour certaines et certains chanceux(sic...), se transformeront, se métamorphoseront en interpellants, dérangeants, encombrants séjours derrière des barreaux, lieux privilégiés pour des rendez-vous néssaires mais non nécessairement souhaités par cette très grande Dame qu'est la conscience.
    Que de visages que ceux portés par la perversité corruptrice! Et que de comportements possibles et disponibles à l'être humain pour s'en masquer et s'enrober!
    Si, à partir des textes de Madame Bernard Dupuis et Monsieur Auclair, j'y remplaçais le mot «Dieu» par le mot «Amour»...dans et avec tout ce qu'il est possible d'y accoler ?
    Mes respects,
    Gaston Bourdages
    Simple citoyen - ex-bagnard et écrivain publié «en devenir»
    Saint-Mathieu de Rioux, Qc.
    http://www.unpublic.gastonbourdages.com

  • Michel Lebel - Abonné 4 janvier 2013 14 h 53

    @ Bernard Dupuis

    Oui! Je vais être plus précis, et si possible, plus clair! Quand j'invoquais Dieu, je pensais au Christ et à son message radical de changement, de conversion. Son message est celui de la pauvreté, de l'amour, de la compassion, de la justice, et de la paix. En ce sens, il rejoint plusieurs courants humanistes qui croient, qui défendent l'Homme et la planète.
    C'est essentiellement l'amour(charité et solidarité)) qui défint tout Homme, croyant comme incroyant en Dieu. Le danger d'un certain humanisme est cependant le repli de la personne sur elle-même et de se croire auto-suffisante, et de se construire ainsi de faux dieux: l'hyperconsommation, les drogues, la violence, les égoïsmes, etc. Je ne veux pas dire que pareils dangers n'existent pas pour un chrétien, mais d'importants garde-fous sont là: les Évangiles et les enseignements de l'Église. L'Homme, laissé à lui-même, peut aisément se fourvoyer. L'Histoire le démontre.

    Michel Lebel

    • Thomas Sallé Phelippes de La Marnierre - Inscrit 6 janvier 2013 14 h 25

      Quand on a aucun dieu, aucun, on se construit une morale à partir de nos propres valeurs. Quand on a aucun dieu, on choisit ce que l'on veut faire. Ça peut être ce que vous dites, ou totu le contraire.

  • Richard Laroche - Inscrit 4 janvier 2013 15 h 37

    Les mécanismes du comportement

    Intéressant que ce texte se termine en évoquant les mécanismes du comportement.

    Religion, télévision, internet, nouvelles, culture...

    J'ai une soudaine envie de lire du Edward Bernays.