La constitution est la convention collective des peuples

Ne laissons pas se refermer la plaie. Le mouvement de ce printemps, mouvement historique, sans une analyse profonde et une action politique à la hauteur de sa force, sans une victoire historique, pourrait bien ne représenter à terme qu’un acte autiste et automutilatoire.

Combien de fois avons-nous entendu dire ces derniers mois que nous vivions dans une société de droit ? Cette formule répétée sur tous les tons et par tous, à droite comme à gauche, comme pour s’en convaincre, ne tient pas la route. La démocratie québécoise qui serait garante de la société de droit, non plus.


La démocratie, pour être réellement effective, doit s’inscrire dans un cadre. Un cadre aménagé et arrêté par le peuple. Le cadre parlementaire tel qu’on le connaît répond-il à cette exigence démocratique fondamentale ? Si nous sommes aussi démocrates et épris de justice que nous le prétendons, le vide constitutionnel dans lequel le Québec flotte à l’intérieur du Canada, depuis trente ans cette année, un fait incontournable, devrait nous intéresser. Mais non. De le rappeler, cela ne nous convient pas. Qualifiée de vieilles chicanes par le Parti libéral et maintenant par la Coalition avenir Québec, qui veut « d’abord remettre le Québec inc. sur les rails du progrès économique », considérée comme « pas très sexy », ou « trop théorique » par les souverainistes, la confrontation avec cette aberration juridique qui nous concerne tous est remise aux calendes grecques.


La démocratie avec. Ce fait qui conditionne pourtant largement notre vie collective est, ce faisant, en voie de devenir tabou. J’aimerais trouver les mots pour dire comment cette situation, loin d’être théorique, travaille notre chair et notre âme de peuple !

 

Les paroles s’envolent…


Sans une constitution voulue et sanctionnée par le peuple, sans ce cadre fondamental et déterminant, tout ce qui s’édifie sur son absence est flottant, vague, indéfini et vite oublié. Les paroles s’envolent, les écrits restent, dit le proverbe. Sans cadre, les écrits mêmes perdent leur poids. Rien n’a de durée, tout s’efface à mesure, s’évanouit, et si les choses perdurent, c’est momentanément et, encore, au prix d’efforts insensés. C’est là que d’ordinaire un peuple se soulève et plus rien ni personne ne pourra l’empêcher d’établir cette chose absolument essentielle à son existence et à son épanouissement.


Mais il y a pire que l’absence de cadre. Bien pire. Oublier qu’il n’y a pas de cadre est infiniment pire. Être absent à cette absence. Je crois que nous en sommes rendus là. Au Québec, tout parle depuis cette conviction que nous sommes constitués. Nous nous comparons, nous interprétons les événements, nous nous projetons dans l’avenir à l’aune de ce fourvoiement initial. Nous envisageons la souveraineté politique depuis cette certitude. Mesurons-nous l’épuisement qui en résulte ? La fatigue qu’entraîne ce travail de sape ? Non, tout se passe comme si nous ignorions ce qui se trame.


Les succès de la Révolution tranquille ont jeté un voile sur cette réalité qui ne peut plus correspondre avec l’idée fausse et flatteuse que nous entretenons de nous-mêmes. Pour le dire crûment, nous sommes des parvenus. Faute de mieux, nous singeons la liberté, un mot rabaissé à la seule réussite individuelle, qui se comptabilise en espèces sonnantes et trébuchantes et se consacre au gala de l’excellence La Presse -Radio-Canada.


Mais le parvenu, c’est aussi celui qui est arrivé au bout, au point de non-retour. Dans la conscience de cet état, le vertige le prend et pourrait avoir raison de lui, de son courage et de sa lucidité nouvelle, mais s’il se souvient qu’il n’est pas seul, il saura mettre à profit la part la plus valable de l’héritage de la Révolution tranquille : le goût du risque. Collectif.


Ne laissons pas se refermer la plaie. Pendant que la bonne gestion de nos ressources naturelles, leur exploitation, à quel prix et pourquoi faire, occupe, avec la corruption, tout notre esprit civique et semble bientôt devenir l’assise de notre contrat social, j’aimerais rappeler les mots profondément modernes de Jean-Jacques Rousseau : « Une saine et forte constitution est la première chose qu’il faut rechercher ; et l’on doit plus compter sur la vigueur qui naît d’un bon gouvernement que sur les ressources que fournit un grand territoire. »

  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit 28 décembre 2012 08 h 51

    La République nous appelle

    À vous lire, on sent que cette Constitution sera unanimiste, fondée sur l'homogène et le nombril, sans trop d'égard pour l'équilibre des pouvoirs ou le respect des minorités. Non merci car dans votre République à la française, une et indivisible, je ferai parti d'une faction. Et les factieux sont toujours condamnés.

    • France Marcotte - Abonnée 28 décembre 2012 11 h 43

      «...cette Constitution sera unanimiste, fondée sur l'homogène et le nombril...»

      Je ne vois vraiment pas ce qui vous fait supposer une chose pareille à moins que vous le souhaitiez. Vous n'envisagez même pas qu'elle puisse être autrement, comme lorsqu'on préfère le statut quo, par exemple?

    • Bernard Moffett - Inscrit 28 décembre 2012 14 h 13

      La France en est actuellement à sa 5ième constitution depuis la révolution. On parle d'une 6ième. La 'République à la Française', comme vous le dites, a au moins l'avantage d'être modifiable parcequ'elle contient malgré tout un mécanisme de modification non vérouillé à tout jamais. C'est le caractère 'monarchiste' qui centralise trop de pouvoirs dans une seule personne qui pourrait pousser la France à revoir sa loi fondamentale. Ça ne vous rappelle rien ça? Allo! Harper qui ferme le parlement et qui suprime les débats sans qu'aucun mécanisme de rappel ne soit applicable? Avant de 'taper' sur la France regardez le bout de vos bottines.
      L'aventure constitutionnelle de 1982 a révélé que le droit constitutionnel Canadien s'appuyait sur 3 éléments: Textes de 1867, Traditions et Anciens traités. Le tout assemblé dans un fouillis tel qu'une chatte n'y trouverais pas ses petits. Ce fait devrait suffire à vous convaincre de laisser de côté vos arguments fallacieux de pur sophiste 'à la Trudeau' dont le seul argument a toujours été de combattre un soi-disant 'nationalisme périmé du XIXième siècle' qu'il voyait plus dans sa soupe que dans la réalité d'ici. Alors de grâce n'empoisonnez pas le discours en réanimant les fantômes. Par définition l'établissement d'une constitution n'est pas un geste visant l'oppression et rien, absolument rien ne laisse supposer qu'il en serait ainsi. Vous divaguez et perpétuez les fadaises de Chrétien et cie.
      Ceux qui ont à coeur de constater les implications réelles et parfois surprenantes des constructions constitutionnelles chambranlantes, visionnez ceci:
      http://www.youtube.com/watch?v=fEwCJEbJ9Pc
      ( Etienne Chouard - Thèmes: Constitution Européenne, Économie, Droit constitutionnel).
      Note: L'analyse comparée du droit constitutionnel dans différents pays est un excellent exercise pour tenter d'aborder ces sujets. Observer avant de s'énerver.

    • France Martin - Inscrite 29 décembre 2012 20 h 33

      Vous pourrez vous en aller au Canada.

  • Jean Lapointe - Abonné 28 décembre 2012 09 h 26

    On n'insistera jamais assez sur l'importance d'une constitution.

    Le problème, aussi incroyable que cela puisse être, c'est que nous sommes régis au Québec par une constitution que même nos propres gouvernements n'ont jamais entérinée.

    Et on ose nous dire que cela n'a pas d'importance.

    C'est comme si, comme vous le dites, nous n'avions pas de convention collective comme peuple.

    Pas étonnant alors que ce soit beaucoup l'individualisme qui prime. Beaucoup de Québécois ne pensent qu'à eux-mêmes parce qu'ils ne se sentent pas appartenir à un peuple qui se serait donné un cadre de vie.

    On invite les enfants à se donner des cadres de vie dans les écoles mais le peuple, dont ces enfants font partie, n'en a même pas lui de cadre de vie, si ce n'est celui qui lui est imposé d'autorité par une autre nation et dont on se fout pas mal.

    C'est compètement aberrant.

    Une constitution ça doit être le ciment qui tient un peuple ensemble.

    S'il n'y a pas de constitution voulue par ce peuple, ce peuple ne peut que se désagréger.

    Mais c'est peut-être ce qu'on veut dans certains milieux.

    • Sylvain Auclair - Abonné 28 décembre 2012 14 h 47

      Si un peuple a besoin d'une constitution pour tenir ensemble, j'ai bien peur pour son avenir.

    • Benoit Archambault - Inscrit 28 décembre 2012 23 h 09

      Sylvain Auclair, pourtant les États-Unis d'Amérique ont été fondés sur par une constitution, un texte commun que les 13 colonies ont ratifié.

    • Sylvain Auclair - Abonné 29 décembre 2012 22 h 35

      La consitution des États-Unis n'est pas le texte fondateur d'un peuple, mais un contrat entre treize gouvernements. D'ailleurs, c'est sans doute la plus mauvaise constitution encore en vigueur.

  • France Marcotte - Abonnée 28 décembre 2012 09 h 32

    Fondement

    Wow!

    On se doutait bien que l'essentiel s'exprimerait avec force et simplement.

    «Le mouvement de ce printemps, mouvement historique, sans une analyse profonde et une action politique à la hauteur de sa force...»

    Sans une analyse profonde d'abord, celle que vous amorcez de faire.

    Ne pas la faire, ce n'était pas faute de le pouvoir, c'était prendre parti contre ce mouvement.

    • France Martin - Inscrite 29 décembre 2012 20 h 36

      @France Marcotte Ce mouvement est, selon moi, une source d'eau pure où aller s'abreuver pour ne pas devenir complètement sclérosé dans une société qui a perdu son humanité. Vivement puiser à lui!

  • Loraine King - Inscrite 28 décembre 2012 14 h 25

    Un virage?

    Depuis des décennies on entend certains Québécois nous dire que la Constitution canadienne est illégitime parce que le Québec ne l'a pas signée. Au moins il y a évolution : dorénavant il faudra que ce soit le peuple qui donne son accord par référendum. Ce texte illustre bien que même si le Québec eut été le seul gouvernement à signer la Constitution de 1982, aucune gprovince n'étant signataire de cette constitution après tout, certains trouveraient encore les moyens de jetter le doute sur sa légitimité.

    Le fait est que seul le parlement canadien, incluant une imposante majorité de députés du Québec, a eu à approuver cette loi constitutionnelle. Pourquoi veut-on toujours illégitimiser les députés du Québec aux communes ? Quand ce ne sont pas des indépendantistes Québecois qui se comportent ainsi, c'est Harper, en mettant en doute la légitimité du vote, par exemple sur la loi sur le mariage entre conjoints de même sexe, qui n'aurait pas été adoptée sans l'appui des députés du Québec. C'est vrai que les indépendantistes québécois et les politiciens harpériens se ressemblent beaucoup, quand ils ne sont pas tissés de la même étoffe, comme Maxime Bernier.

    • Gilles Théberge - Abonné 28 décembre 2012 21 h 41

      Elle est illégitime madame King, parce qu'elle n'a pas été approuvée par le peuple, qu'elle nous fut imposée sans discussion, et parce qu'elle n'est que la copie carbonne du pouvoir colonial Britannique, à l'intérieur duquel nous n'avons pas d'autre place que d'être des sujets soumis.

      Nous sommes maintenant dans un nouveau millénaire madame King, et on nous parle de démocratie. Il n'y a pas beaucoup de place pour la démocratie dans cette constitution et dans la façon avec laquelle on nous l'impose.

    • Luc Archambault - Abonné 29 décembre 2012 16 h 47

      « ... dorénavant il faudra que ce soit le peuple qui donne son accord par référendum »

      Quel est le problème ? N'est-ce pas ce que veut la loi dite de la clarté ? L'État à venir ne pourra être valide que si ses Actes constituants sont validés par un clair OUI référendaire des Québécois,es.

      La question est est, pourquoi donc un Québec souverain sans OUI est invalide, alors qu'un Canada sans OUI, lui, serait valide ?

      Que le vote des 75 député,es du Québec siégeant à Ottawa soit valide est une chose... mais que celui des 125 siégeant à Québec ne le soit pas en est une autre...

      Pour trancher, si c'est bien seulement le vote de la députation du peuple souverain du Québec qui doit prévaloir contrairement à ce que postule la loi dite de la clarté, il faudrait la réunir toute cette députation du Québec siégeant séparément à Québec et Ottawa, pour savoir ce qu'elle en pense... Or, elle n'a jamais été réunie... Et bien sûr, même Pierre Elliott Trudeau ne s'est pas risqué à soumettre sa Constitution à l'aval référendaire des Québécois,es... c'eut été NON, et il le savait très bien...

      Soyez logique, si c'est la députation du peuple souverain du Québec qui doit trancher... réunissez-là... on verra bien ensuite... Ne tenir pour légitime qu'une seule partie de cette députation et parfaitement illogique et surtout... anti-démocratique...

      Quoi qu'il en soit, le seul à pouvoir trancher en démocratie, c'est le peuple. Il y a État démocratique quant le peuple approuve par référendum les Actes constituants de l'État. À défaut, c'est tout sauf clair... Ce que dit la loi dite de la clarté. Je suis bien d'accord avec ça...

  • Jean-Pierre Plourde - Inscrit 28 décembre 2012 22 h 13

    La dictature de l'oligarchie

    Une élite planétaire remplace présentement constituée des banques, des multinationales et des organismes d'informations entre autres, constituent aujourd'hui le groupe qui se substitut aux peuples de la planète en négociant les constitution en fonction de leurs intérêts propres et non celui du peuple. Voir,
    http://saglacweb.blogspot.ca/2012/11/bilderberg-la
    Au Canada, la constitution est modifié unilatéralement avec ou sans le consentement du peuple, il en fut de même du rappartriement et de la modification unilatéral de la constitution de 1982 par PETrudeau. Le chef des élus se prend pour le peuples et modifie les règles à l'avantage de ses amis.
    Au Québec, le protocole d'entente du traité dit de l'approche commune fut préparé par un Président d'Alcan nommé par Charest. Les deux sont en conflit d'intérêts envers ceux du peuple du Québec, le premier ayant investit temps et argent dans le camp du NON en 1995 et le Charest étant lui un chef de ce même camp. Les dépenses totales prévues initialement pour le référendum de 1995 était de 10 millions, 5 pour le OUI, et 5 pour le NON. PETrudeau et amis ont ajouter des centaines de millions au camp du Non, Air Canada, Alcan, CPRail, etc, d'autres entreprises d'états comme la poste et des milliers de fonctionnaires ont abondamment participer à retirer au peuple du Québec son droit à l'auto-déterminatinon pourtant reconnu à l'ONU. Les fonctionnaires fédéraux et de toutes les provinces ont été invités à participer au renversement de notre démocratie.
    Ce processus n'est pas plus avantageux pour les fédéraux des autres provinces. Les Canadiens sont inconscient de l'engrenage dans laquelle tout le peuple canadien s'est enlisé.
    Notre pays nous fait la guerre psychologique en préparent une suite plus violente.
    Merci d'être là.
    Jean-Pierre Plourde.