Intégration des immigrants - La francisation seule ne suffit pas

Lors de la dernière campagne électorale, Pauline Marois a annoncé qu’un gouvernement péquiste présenterait un projet de loi sur la citoyenneté québécoise. L’obtention de cette nouvelle citoyenneté exigerait des nouveaux arrivants qu’ils démontrent « une connaissance appropriée de la langue française et du Québec ». Les modalités sont encore à préciser, mais le message est clair. Il est temps de reconnaître que les nouveaux immigrants s’intègrent mal ou trop lentement et que la politique d’intégration du Québec ne peut réussir que si elle dépasse l’étape de la francisation, qui reste par ailleurs indispensable.


L’intégration des immigrants a une dimension économique fondamentale qui nous tient personnellement à coeur, mais sa dimension culturelle est tout aussi importante. Il y a intégration culturelle quand l’immigrant arrive à harmoniser les valeurs de son pays d’origine avec celles de son pays d’adoption. La recherche de cet équilibre ne va pas de soi pour tout le monde. Elle provoque un conflit au sein de la communauté immigrante elle-même. Cela prend notamment la forme d’une négociation permanente entre la tendance anti-intégrationniste et la tendance pro-intégrationniste. La première met en scène des immigrants de première génération, installés depuis longtemps au pays. La seconde regroupe des immigrants plus jeunes, arrivés plus récemment.


La présence de ces deux groupes antagonistes au sein des communautés immigrantes est mal connue de la population en général, et elle est souvent ignorée par les autorités de l’immigration. Pourtant, elle a une grande importance et il est essentiel de la comprendre. Les vieux anti-intégrationnistes veulent continuer à vivre selon la culture de leur pays d’origine. Certains craignent de s’ouvrir à la société québécoise. Ils ont peur de perdre leur identité. Ils désirent garder leur position d’autorité et de respect au sein de leur communauté. Ce phénomène est répandu dans plusieurs communautés culturelles, particulièrement chez celles qui sont de tradition confucéenne ou islamique. Dans ces dernières, les rapports sont très hiérarchiques. Les parents ont le monopole de la vérité et les enfants ne doivent pas désobéir, du moins en principe. Les jeunes doivent vouer un respect absolu aux aînés, souvent au détriment de leur indépendance normale de pensée ou d’action.


La tragédie hautement médiatisée de la famille Shafia a bien montré jusqu’où cela peut conduire. Bien que des cas aussi extrêmes soient rares, il est par contre fréquent que l’intégration des immigrants soit ralentie, voire compromise, par la mauvaise dynamique interne de la gouvernance de la communauté. Les anti-intégrationnistes occupent souvent des postes de commande au sein de leur groupe culturel. Les pro-intégrationnistes, de leur côté, tentent de se faire élire à la tête des divers organismes et associations afin de sensibiliser la communauté à la nécessité de s’intégrer et de lui faciliter les choses. Malheureusement, ces pro-intégrationnistes échouent fréquemment, notamment à cause de pratiques douteuses de certains anti-intégrationnistes, qui sont réfractaires au changement et veulent garder leur ascendant sur la communauté.

 

Des moyens adéquats


Le défi de la politique d’intégration au Québec est de mettre en place des moyens permettant de surmonter ces obstacles. Jusqu’à maintenant, l’élément central de la politique gouvernementale est la francisation des nouveaux arrivants. Le Québec dépense 70 millions de dollars par année pour la francisation. Pourtant, même s’ils ont réussi leur apprentissage du français, des dizaines de milliers d’immigrants quittent le Québec chaque année. Ces émigrants, de même que bien des immigrants qui restent au Québec, ne se définissent toujours pas comme Québécois à part entière une fois la compétence linguistique acquise.


La francisation demeure absolument nécessaire à l’intégration, mais elle est insuffisante. Le succès de l’intégration exige des solutions plus complexes, découlant d’une compréhension moins sommaire que jusqu’ici de la psychologie individuelle et familiale des immigrants et de la dynamique interne des communautés immigrantes. Ce n’est pas seulement la langue française qu’il faut enseigner à l’immigrant, mais l’histoire du Québec, sa géographie incomparable, ses figures marquantes d’hier et d’aujourd’hui, ses forces et ses faiblesses, ses espoirs et ses angoisses.


L’immigrant doit sentir que sa propre culture est respectée et valorisée, mais, en même temps, qu’il lui incombe de la concilier avec la culture et les valeurs québécoises. Il faut, tout particulièrement, aider les familles immigrantes à résoudre les inévitables conflits entre les parents, qui restent proches de leur culture d’origine, et leurs enfants, qui baignent à plein dans la culture québécoise, à l’école et ailleurs. Et il faut naturellement multiplier les contacts directs des élus, des représentants des ministères, des corps publics et des organismes communautaires avec les leaders des communautés culturelles.


La seule politique d’intégration qui va québéciser véritablement l’immigrant à long terme, c’est celle qui va susciter chez lui l’amour du Québec. L’argent aide, mais c’est l’amour qui est déterminant. Kimchi si tu veux, mais kimchi du Québec.

20 commentaires
  • Aline Bouffard Cohen - Inscrite 23 novembre 2012 03 h 47

    Poussons la réflexion encore plus loin...

    Bravo, bel article, merci aux auteurs
    Je trouve que la réflexion pourrait être poussée encore plus loin. S'il est vrai que les communautés de nouveaux arrivants ont parfois du mal à s'intégrer et adopter les valeurs et modes de vie canadiens, voire ont tendance à créér des groupes de nouveaux arrivants obéissant à leur propres valeurs, il est aussi vrai que la communauté d'accueil a ses propres résistances et que la remarque des auteurs, qui s'applique, dans l'article, aux nouveaux arrivants, peut aussi s'appliquer à la communauté qui les accueille.
    Elle comporte des anti-intégrationnistes qui occupent souvent des postes de commande au sein de leur groupe communautaire. Les nouveaux arrivants, de leur côté, tentent de s'intégrer au sein de divers organismes et associations. Malheureusement, ils leur arrive d'échouer, notamment à cause de pratiques douteuses de certains, qui sont réfractaires au changement et veulent garder leur ascendant sur la communauté.

    • Yves Claudé - Inscrit 23 novembre 2012 13 h 01

      Intégration des immigrants à la société québécoise ... ou l'inverse ?

      Madame Aline Bouffard Cohen,

      Afin de "Pousser la réflexion encore plus loin...", il faut se demander si c'est l'intégration des immigrants à la société québécoise ... ou l'inverse qui serait un objectif valable ?

      Il semble que la plupart des sociétés modernes réfutent ce qui pourrait apparaître comme une logique coloniale, pour privilégier la première option.

      Cordialement

      Yves Claudé

  • Aline Bouffard Cohen - Inscrite 23 novembre 2012 03 h 54

    Poussons la réflexion plus loin

    Je trouve que la réflexion des auteurs pourrait être poussée encore plus loin. S'il est vrai que les nouveaux arrivants ont parfois du mal à s'intégrer et adopter les valeurs et modes de vie canadiens, voire ont tendance à créér des groupes de nouveaux arrivants obéissant à leur propres valeurs, il est aussi vrai que la communauté d'accueil a ses propres résistances et que la remarque des auteurs, qui s'applique, dans l'article, aux nouveaux arrivants, peut aussi s'appliquer à la communauté qui les accueille. Comment partager la culture et les valeurs francophones ?, comment les faire aimer ? comment ouvrir une communauté aux nouveaux arrivants ? comment comprendre les chocs culturels qu'ils ont à subir et se mettre à la portée des nouveaux arrivants ?

  • Aline Bouffard Cohen - Inscrite 23 novembre 2012 04 h 02

    Suite

    Et j'ajouterai que le premier des respect qu'un pays peut offrir aux nouveaux arrivants c'est de ne pas rajouter 640 jours d'instruction - 21 mois, presque deux ans ! - pour un dossier de citoyenneté, aux 1095 jours exigé prie devenir citoyen canadien. pendant ce temps la, l'immigrant paye ses impôts, contribue à la société et...s'y sent mal car il est citoyen sans droit de vote, sans passeport voire rapidement sans papier car ce délai a aussi des conséquences sur le renouvellement de sa carte de résident permanent. L'immigrant a besoin de se sentir accueilli, respecté, considéré, comme n'importe quel citoyen qui contribue à sa société.

    • André Le Belge - Inscrit 23 novembre 2012 10 h 54

      Parfois le nouveau passeport semble donner au nouveau citoyen candadien le droit de rejeter le Québec. Triste paradoxe!

  • Yves Claudé - Inscrit 23 novembre 2012 04 h 42

    Défi de l’immigration : intégration à l’emploi, affirmation de la modernité et de la laïcité !

    Le plus grand défi pour l’immigrant est l’intégration à l’emploi, une des conditions fondamentales de son adaptation dans notre société.

    Cependant, il y a des limites à ce que, comme le font valoir Messieurs Joseph Chung et Pierre Fortin, la culture l’immigrant soit «respectée et valorisée». Il doit être affirmé très clairement aux immigrants et aux regroupements communautaristes constitués sur des bases ethniques, que la culture de la société d’accueil, celle de la société québécoise, est moderne, laïque, égalitaire entre les hommes et les femmes, non raciste et non homophobe, et qu’il ne peut y avoir aucun compromis à ce sujet.

    À défaut d’une telle affirmation, qui passe entre autres par l’établissement d’une politique globale d’une réelle laïcité, l’insécurité, voire l’hostilité des citoyens face à l’immigration et au communautarisme ethnique ne pourra que s’accentuer, avec d’inévitables et pénibles conflits dont l’ampleur ne semble pas anticipée, notamment par les propagandistes anti-laïques qui se dissimulent sous le masque d’une “laïcité ouverte”.

    Ces dériveurs éthiques postmodernes, avec leur religion de la “tolérance”, sont des alliés indéfectibles de tous les archaïsmes et traditionalismes, et d’une manière générale, des promoteurs d’une régression majeure d’une modernité québécoise qui résulte de deux siècles de luttes sociales et nationales.

    Une telle attitude de “tolérance” n’est d’ailleurs pas sans alimenter un mépris grandissant de la part de nombreux immigrants qui considèrent que le Québec n’a pas le courage et la fierté de défendre son éthique et son identité : pourquoi s’intégrer à un groupe qui se comporterait comme des vaincus et non comme des Résistants ?

    Yves Claudé

    • Raymond Turgeon - Inscrit 23 novembre 2012 11 h 44

      J'endosse votre argumentaire pertinent qui s'ajoute naturellement au complément éclairé d'Aline Bouffard Cohen, où la compassion et la sensibilité sociale se sont exprimées sans causer de préjudice à notre nation.
      Vous avez tous deux relevé d'autres aspects importants pour une saine intégration des immigrants à notre société.
      Souhaitons seulement qu'ils trouvent une oreille politique qui retienne les points que vous avez soulevés.

      Raymond Turgeon

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 23 novembre 2012 15 h 18

      Merci pour cet exemple éclairant de ce que l'on peut nommer l'anti-intégrationnisme voilé, drapé dans la vertueuse promotion de la Vérité, de la vrai laïcité, de l'Unique façon de vivre qui doit être imposée à tous par le groupe qui la défend.

      Un frissonnant «Résistants» qui vient faire vibrer la fibre des frileux, des frustrés, des adorateurs du Même, comme si dire aux autres comment vivre était faire acte de résistance dans un monde qui tend dangereusement vers une homogénéisation des cultures, vers le consommateur mondial et le supermarché global.

      Ce qui sous-tend ce genre d'argumentaire est toujours que la Nation bénie forme un groupe homogène et sans tache, contrairement aux quelques dizaines de milliers d'immigrants, qui a eux-seuls menacent la paix social. Les Grandes Valeurs du peuple seraient-elles si présentes? Les Québécois défendent-ils aprêment est le fait d'être «moderne, laïque, égalitaire entre les hommes et les femmes, non raciste et non homophobe»?

      Demandons au maire Jean Tremblay et autres catholiques, qui se drapent dans l'héritage, ou regardons les statistiques en termes de violence familiale. Croyez-vous vraiment que le crucifix de Duplessis est accroché au Parlement pour faire plaisir aux immigrants?

      C'est facile de créer une fausse impression d'identité lorsqu'on se confronte à l'Étranger. Plus difficile de constater les compromis constants qui tiennent les sociétés dans des logiques plurielles.

    • Yves Claudé - Inscrit 24 novembre 2012 17 h 10

      Monsieur Alexis Lamy-Théberge,

      Afin de vous permettre d’interpréter mes propos différemment, je dois vous indiquer que je suis moi-même un «étranger», un immigrant, qui contribue d’ailleurs très humblement non pas à une «homogènéité» mythique … que vous attribuez à tort à la nation québécoise, mais à l’identité vivante de cette nation à laquelle j’ai eu le bonheur d’être intégré, ce que je souhaite d’ailleurs à tous les immigrants du Québec.

      Yves Claudé

  • Aline Bouffard Cohen - Inscrite 23 novembre 2012 04 h 53

    Kimchi ?

    C'est qui un Kimchi ?

    Aline
    Cohen
    Fière francophone, fière canadienne

    • André Le Belge - Inscrit 23 novembre 2012 10 h 56

      Fière Canadienne mais pas Québécoise?

    • Suzanne Chabot - Inscrite 23 novembre 2012 11 h 36


      D'après ce qu'on trouve sur l'internet, c'est une recette de légumes marinés qui est consommée en Corée.

    • Yves Claudé - Inscrit 23 novembre 2012 13 h 07

      La fierté francophone n'est autre que la fierté canadienne ...

      Madame Aline Bouffard Cohen,

      Permettez-moi d'interpréter vos propos dans une perspective historique.

      En effet, la fierté francophone n'est autre que la fierté canadienne, si l'on se rapelle que l'identité canadienne est historiquement celle de la nation française d'Amérique, identité -il est vrai- usurpée par les conquérants britanniques et leurs descendants néobritanniques.

      On doit cependant faire le constat du fait qu'il faudra se battre pour récupérer nos symboles identitaires historiques, pourtant brandis par ignorance par les adversaires de la nation québécoise et autres opposants à notre libération nationale.

      Cordialement

      Yves Claudé

    • Aline Bouffard Cohen - Inscrite 23 novembre 2012 15 h 20

      Je suis une fière francophone vivant hors Québec, dans les provinces atlantiques, dans l' IPE...Je suis complètement d'accord sur l'observation faite au sujet des limites des accommodements raisonnables. Je crois qu'une intégration réussie passe par l'acceptation de la part du nouvel arrivant des valeurs et des principes qui fondent le Canada, et il y a des principes constitutionnels à respecter et une histoire fondamentale à connaître. On sait qui on est quand on sait d'où on vient.

      Je voulais souligner à quel point il est important de ne pas sous- estimer la difficulté et les conséquences des chocs culturels, lorsqu'un nouvel arrivant cherche à s'intégrer, ou quand une communauté cherche à bien accueillir, ou quand un employeur cherche à intégrer professionnellement une nouvelle compétence.

      Je trouve qu'une intégration réussie c'est toujours une affaire de deux parties, qui doivent être conscientes à tout moment, non seulement des difficultés de l'autre mais aussi des résistances qui peuvent s'exprimer dans son propre camp... et provoquer des souffrances ou des erreurs.

      Une communauté francophone peut très bien intégrer, accueillir, mais être aussi en butte avec des résistances culturelles, ou des peurs fondamentales de s'ouvrir aux étrangers...en risquant d'y perdre son identité et ses valeurs. Le débat est existant ici dans l'ile, comme au Québec. S'ouvrir et partager comporte juste un seul risque : celui de se faire aimer...

      Le "vouloir intégrer" relève de question de gouvernance communautaire. Gouverner en intégrant des nouveaux arrivants, c'est leur transmettre et leur faire aimer des valeurs francophones mais c'est aussi leur laisser faire leur place et prendre conscience qu'ils vont parler d'Acadie en étant un nouvel acadien et parler des traditions acadiennes sans pourtant s'appeler Arsenault, Cormier ou Gallant par exemple. Dans l'île une tradition fait qu'une personne par an reçoit un certificat de citoyenneté acadienne. Ça devrait être à tous les