Financement universitaire - Pour une démonstration rigoureuse du sous-financement

Daniel Zizian
Photo: CREPUQ Daniel Zizian

Dans une lettre ouverte publiée récemment dans les pages du Devoir, la présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), Mme Martine Desjardins, accuse l’ensemble des recteurs d’avoir triché et d’avoir menti aux étudiants et à la population. Le dénigrement élevé au rang de stratégie n’aide en rien à créer un climat serein, propice aux échanges et à la collaboration, dont nous aurons besoin si l’on veut assurer le succès du prochain Sommet sur l’enseignement supérieur. On peut légitimement avoir des opinions divergentes sur différents sujets, mais ne pourrait-on pas tous convenir de discuter dans le respect ?

La méthodologie « tendancieuse » dénoncée par la présidente de la FEUQ a été construite par un groupe de travail auquel participait le ministère de l’Éducation, pour ce qui est de l’étude de 2002, et le Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations, pour ce qui est de l’étude de 2010. Les données utilisées sont celles de l’Association canadienne du personnel administratif universitaire, données dont personne ne conteste la validité.


L’existence même du sous-financement a été amplement discutée au cours des dernières décennies et reconnue à plusieurs reprises par des commissions parlementaires en 2004, 2007 et 2011. Tous les partis politiques et de nombreux organismes en ont reconnu la réalité, ainsi que toutes les associations étudiantes, dont la FEUQ elle-même, à plusieurs reprises et aussi récemment qu’en mars 2010.


Les contestations de la validité des études concluant au sous-financement des universités québécoises reposent sur un même argument : lorsque l’on additionne les budgets d’immobilisation et de recherche aux budgets de fonctionnement, les universités québécoises reçoivent plus d’argent que la moyenne canadienne. C’est exact, mais cela donne un portrait faussé de la réalité. Voici pourquoi.

 

Il faut exclure les budgets de recherche


Aucune université, ni même le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie, ne peut prendre la décision de transférer de l’argent du budget de recherche au budget de fonctionnement pour la bonne raison que la quasi-totalité de ce budget n’appartient pas à l’université, mais plutôt aux chercheurs à qui des fonds ont été octroyés par les organismes subventionnaires externes.


Lorsqu’un chercheur obtient une subvention pour un projet de recherche, celle-ci est versée à son établissement sous réserve qu’elle soit utilisée uniquement par le chercheur et spécifiquement pour la réalisation du projet de recherche pour lequel il a obtenu la subvention. En conséquence, cet argent ne peut aucunement être utilisé pour assumer les coûts liés à l’enseignement ou au fonctionnement de l’université.


Le Bulletin statistique de l’éducation de 2011 du ministère de l’Éducation repose sur cet amalgame inapproprié et reconnaît qu’« il aurait été souhaitable de présenter des données distinctes pour la dépense de fonctionnement (sans les dépenses relatives à la recherche et aux immobilisations)…». C’est ce qu’a fait le ministère des Finances du Québec dans le document L’avenir des universités et leur contribution au développement du Québec (décembre 2010), document qui met en évidence un financement de l’enseignement moins élevé par étudiant pondéré au Québec par rapport au reste du Canada, soit 17 454 $ contre 19 688 $.


Enfin, cet argument laisse entendre qu’il serait acceptable de déshabiller la recherche pour habiller l’enseignement. Ce n’est pas ainsi que l’on construira un Québec fort et prospère ! Les professeurs chercheurs et les étudiants des cycles supérieurs qui bénéficient de ces budgets seraient les premiers à en payer le prix.

 

Il faut exclure les fonds d’immobilisation


Pour ce qui est des budgets d’immobilisation et des projets immobiliers, ils sont consacrés à des fins spécifiques. Le nombre d’EETP (étudiant en équivalence au temps plein) dans les universités québécoises a augmenté de 30,6 %, soit de près de 50 000, au cours des dix dernières années. Par ailleurs, les établissements construits il y a 40 ans, 50 ans, et parfois depuis beaucoup plus longtemps, vieillissent ; les édifices doivent être rénovés et les équipements, modernisés. C’est en reconnaissance de ces incontournables réalités que le gouvernement, après une validation sérieuse des besoins, accorde aux universités des budgets d’immobilisation. Ces investissements, faut-il le rappeler, serviront à plusieurs générations.


Les études de la CREPUQ sur le sous-financement sont rigoureuses. Elles sont publiques et facilement disponibles (crepuq.qc.ca). Quiconque ayant des questions à l’égard de ces études est invité à nous en faire part. Nous les recevrons avec ouverture et nous y apporterons toute l’attention requise.


Le Sommet sur l’enseignement supérieur doit être un succès. Il doit être l’occasion d’un nouveau pacte social entre la société québécoise et ses universités. Pour qu’il soit un véritable succès, il devra apporter une solution viable et permanente au problème du sous-financement des universités et renforcer l’accessibilité aux études universitaires. La CREPUQ entend collaborer avec tous les partenaires qui voudront travailler dans cette voie.

  • Pierre Brulotte - Inscrit 30 octobre 2012 00 h 31

    Les coups bas commencent

    Tout ça, c'est du réchauffé, que les fonds de recherche soient pris en compte on non, il en reste que ce qui est reproché aux universités, c'est d'être d'avantage des centres de recherche que des institutions d'enseignement... L'enseignement devrait être la priorité(logiquement)! En plus, les recherches sont souvent davantage lancées dans le but de faire de l'argent au lieu de mieux comprendre le corps humain, les phénomènes sociaux et environnementaux. Pour les fonds d'immobilisations.. Eh bien, ils font quand même parti du budget total des universités, mais je suis d'accord pour dire que les écoles au Québec sont dus pour des rénovations, mais je ne sais pas si l'argent est bien gérée..?

    • Raymond Labelle - Abonné 30 octobre 2012 15 h 28

      L'auteur de l'article a inventé de toute pièce que Mme Desjardins proposait de déshabiller la recherche pour habiller l'enseignement. Le respect est important certes... et l'honnêteté intellectuelle aussi.

      Je cite de l'article de Mme Desjardins: "En réduisant l’augmentation des dépenses administratives qui ne sont pas en lien avec l’enseignement et la recherche à 3 % par année, la FEUQ avait trouvé, ô grandiose miracle, 190 millions, plus qu’il n’en fallait pour combler le soi-disant manque à gagner venant d’un gel des droits de scolarité."

      Mme Desjardins a également invoqué des dépenses administratives exagérées, non liées à l'enseignement et à la recherche - entre autres, " l’octroi d’augmentations de salaire et d’avantages financiers aux hauts dirigeants administratifs ".

      J'invite fortement les lecteurs à lire l'intervention de Mme Desjardins auquel l'auteur est censé répondre pour s'en faire une idée de façon autonome.

  • Gaston Carmichael - Inscrit 30 octobre 2012 08 h 16

    Est-ce que le budget de l'enseignement supporte les activités de recherche?

    Le budget de recherche ne peut donc pas servir à l'enseignement. Il ne peut donc pas y avoir de vase communiquant de la recherche vers l'enseignement. Cela se défend, et M. Zizian le fait très bien.

    Mais, qu'en est-il dans l'autre sens. Est-ce que le budget de l'enseignement est dédié exclusivement à l'enseignement?

    Par exemple, de quel budget provient:

    - L'entretien des batiments abritant la recherche
    - Le salaire de ceux qui collectent le ordures ou lavent les planchers des locaux de recherche
    - Le personnel administratif qui soutient les activités de recherche
    - le salaire et dépenses du recteur, et autres administrateurs seniors de l'université
    - Etc...

    Si ces dépenses sont assumés par le budget de l'enseignement, est-ce que les chaires de recherche paient un loyer pour bénéficier de ces services?

  • Gaston Carmichael - Inscrit 30 octobre 2012 08 h 16

    Est-ce que le budget de l'enseignement supporte les activités de recherche?

    Le budget de recherche ne peut donc pas servir à l'enseignement. Il ne peut donc pas y avoir de vase communiquant de la recherche vers l'enseignement. Cela se défend, et M. Zizian le fait très bien.

    Mais, qu'en est-il dans l'autre sens. Est-ce que le budget de l'enseignement est dédié exclusivement à l'enseignement?

    Par exemple, de quel budget provient:

    - L'entretien des batiments abritant la recherche
    - Le salaire de ceux qui collectent le ordures ou lavent les planchers des locaux de recherche
    - Le personnel administratif qui soutient les activités de recherche
    - le salaire et dépenses du recteur, et autres administrateurs seniors de l'université
    - Etc...

    Si ces dépenses sont assumés par le budget de l'enseignement, est-ce que les chaires de recherche paient un loyer pour bénéficier de ces services?

  • Kavin Hébert - Inscrit 30 octobre 2012 08 h 27

    J'attends encore...

    Rien dans la lettre de monsieur, on nous démontre qu'il existe un sous-financement. Le sous-financement ne semble exister que parce que la CRÉPUQ ne veut pas toucher ni aux fonds de recherche ni aux fonds d'immobilisation où l'essentiel du financement des universités se retrouvent. Une telle position n'est vraiment pas en mesure de contribuer à l'amélioration de la qualité de nos universités et ce sont les étudiants qui, visiblement, en feront les frais.

    • Gaston Carmichael - Inscrit 30 octobre 2012 10 h 58

      M. Zizian semble appeler sous-financement le fait qu'il en coûte $17,000 pour faire la même chose au ROC qui coûte $19,000.

      Cela ne veut pas dire que le financement est inadéquat. En prenant un autre pays comme référence, on pourrait arriver à une conclusion tout à fait différente.

  • Yvan Dutil - Inscrit 30 octobre 2012 09 h 03

    Oui, mais...

    Mais, alors pourquoi tant insister sur les activités de recherche quand vient le temps d'engager un prof?

    • Sylvain Lavoie - Abonné 30 octobre 2012 11 h 52

      Parce qu'un professeur est tenu consacrer un pourcentage X de sa tâche à la recherche, donc M. Zizian induit le public en erreur quand il affirme qu'il n'y a aucun lien entre l'enseignement et la recherche puisque une partie de l'argent versé à titre de salaire au dit professeur sert à rémunérer la recherche, ces sommes ne proviennent pas seulement des organismes subventionnaires, qui s’ajoutent, mais bel et bien du budget alloué à l'enseignement...Dans les fait, les activités d'enseignement se reduisent à 30% de la tâche d'un professeur.